‹ Le placenta des rongeursChapitre 51 sur 88 · EU · texte numérisé non relu

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par cette figure, on voit une mince fente qui de cette cavité s'étend jusqu'à l'œuf (en e), fente qui a été produite par la turgescence et la transformation de la muqueuse utérine ; sur les bords de cette fente, et dans la région où est l'œuf, l’épithélium utérin a disparu, et partout, à la place des anciens éléments de la muqueuse, on constate une accumulation d'éléments anatomiques au milieu desquels serpente un fin réseau vasculaire (i, fig. LXXIV; c, fig. LXXV). Pour

Fig. LXXV. — (Ercolani (1877), pl. LI, gs. 2.) Légende d’Ercolani : Coupe longitudinale de la portion de corne utérine du mème Mus decumanus, comprenant la région où est fxé un œuf et les parties voisines demeurées vides. pour montrer les complets changements survenus dans la muqueuse utérine et ses parties sous-jacentes au niveau du point de fixation de l'œuf; 4,4, paroi externe musculaire de l'utérus, dans la région où est l'œuf; — 6.b, paroi externe musculaire de la partie vide de la corne; — c. néoplasme cellalo-vasealaire qui embrasse l'œuf (voyez f, dans la figure précédente); — d, restes des anciennes glandes utriealaires; — e, l'œuf; — f.f. portions vides de la eavité utérine; — g, muqueuse utérine de ces portions; les glandes utrieulaires y sont volumineuses: on ne voit dans ces portions de la muqueuse aucun changement dans ses divers éléments anatomiques.

donner une idée exacte des changements survenus dans la muqueuse utérine, dans cette région, comparativement à celles qui ne renferment pas l'œuf, j'ai représenté dans la fig. 2 (fig. LXXV, cidessus) une section longitudinale de ce même utérus. On y reconnaît l’œuf (en 2), entouré du néoplasme cellulo-vasculaire en question (c); dans les parties qui ne renferment pas l'œuf on voit en b les parois extérieures musculaires de l'utérus et en g la muqueuse utérine tuméfiée, avec ses glandes utriculaires intactes. Dans cette coupe on ne trouve plus aucune trace ni de la cavité triangulaire, ni de la fente dont il a été parlé à propos de la figure précédente, ce qui prouve bien la rapidité avec laquelle se font ces transformations, puisque ces deux préparations sont empruntées à l'utérus d'un seul et même individu. »

Remarquons d’abord qu'Ercolani ne s’est pas rendu compte que sa figure 2 (fig. LXXV ci-dessus) est bien une coupe longitudinale de l'utérus, mais que cette coupe ne va pas du bord mésométrique vers le bord opposé, ainsi qu’il serait nécessaire pour qu’on y retrouvât la cavité triangulaire en question; cette coupe va d’une face latérale à l’autre face latérale de la corne utérine; elle est dans une direction perpendiculaire au mésomètre, et, passant au niveau de l'œuf, elle ne peut montrer les parties situées plus haut que lui, du côté du mésomètre ; on ne pouvait donc en aucun cas y retrouver cette cavité triangulaire, non parce que celle-ci a disparu, mais parce qu'elle n’est pas dans la coupe.

Quant aux dénominations de decidua caduca, serotina et reflexa, remarquons qu’elles ne correspondent pas à celles que nous avons employées. C'est qu'en effet Ercolani n’a pas observé le processus par lequel se produit ce que, d’après les notions classiques chez les autres mammifères, nous avons appelé la caduque réfléchie, c'està-dire la capsule que la muqueuse utérine fournit à l'œuf. Il a cru que cette capsule se forme par une sorte d’exfoliation de la muqueuse utérine ; il lui donne donc le nom de decidua caduca (ce qui correspond au nom de caduque vraie, dans la nomenclature classique et nous verrons en effet, dans un instant, que Tafani, partageant les mêmes errements qu'Ercolani, appelle caduque vraie ce que Ercolani nomme decidua caduca, ce que nous appelons caduque réfléchie). Par suite Ercolani désigne sous le nom de caduque réfléchie seulement la portion qui établit la continuité entre la sérotine et sa decidua caduca. Quant à l'expression de decidua serotina il l'emploie pour la partie que tout le monde en effet appelle la sérotine. Ces explications vont devenir évidentes par l'étude de la figure suivante (LXXVI) d’après laquelle Ercolani étudie le placenta du rat.

En effet, passant à l'examen d’un stade plus avancé de la gestation, Ercolani le décrit en ces termes (page 10) : « La figure de la planche IT (reproduite ci-contre par la fig. LXX VI) représente la moitié d’une coupe transversale d’un segment d’utérus gravide de Mus musculus, alors que le placenta n’a pas encore atleint son complet développement. La « decidua caduca » à ce stade s’est déjà détachée de l'utérus dans toute la portion indiquée par les lettres f et g. La portion g correspond à la partie de caduque qui au début est la plus voisine de l'œuf, car le placenta se forme tou-

Fig. LXXVIL — (Ercolani (1877), pl. IIL.) Légende d'Ercolani : Moitié d'une coupe transversale

totale de l'utérus et du placenta du Wus musculus. Le placenta n’est pas encore arrivé à

son complet développement; —a.,a, musculature de l'utérus; — 6.b, surface interne revètue

d'un nouvel épithélium qui représente à lui seul tous les éléments futurs de la muqueuse

non gravide. y compris la couche glandulo-vasculaire qui lui sera sous-jacente; — €, decidua

refleza formée de deux couches d'éléments divers ; — d, sa couche externe formée d'élé-

| ments identiques à ceux de la portion glandulaire du placenta(i}; — e, sa couche interne

formée d’an réseau cellulo-vasculaire ; — f, réseau cellulo-vasculaire de la decidua caduca :

— g, portion de la decidua caduca dans laquelle a disparu toute trace du réseau cellulo-

vasculaire sus-indiqué ; — À.h, decidua serotina ; — i, portion glandulaire ou utérine du

placenta, dans laquelle ne pénètrent pas les villosités choriales; — /, portion vasculaire

ou supérieure du placenta; — m, portion centrale du placenta adhérent au chorion et dans

laquelle pénètrent les vaisseaux fœtaux qui vont se distribuer à la portion vasculaire du

placenta; — n.n,chorion non adhérent ; cette partie du chorion ne s’est pas encore soudée

à la caduque réfléchie (c). pour former l'espèce de bourse qu'on trouve sur la surface fœtale

du placenta du rat à la fin de la gestation; — 0,0, épithélium pavimenteux qui recouvre la surface interne de la caduque et la surface fœtale du placenta.

Sn. US

jours chez le rat à la base du canal triangulaire ci-dessus décrit comme conservant encore son épithélium utérin et représentant l’ancienne cavité de l'utérus. Sur toute la surface interne de la musculature (en b, b), dans la région où s’est détachée la caduque, déjà s’est reformé un nouveau revêtement épithélial. La « decidua reflexa » (c) se montre formée de deux couches bien distinctes : l’une externe (d), en rapport avec la musculature utérine, est formée des mêmes éléments qui constituent la masse uniforme des cellules de la caduque au début de la gestation; l’autre interne (e), qui semble formée par un réseau que constituent d'énormes cellules étoilées; les espaces circonscrits par ces cellules ne sont autre chose que la lumière de gros vaisseaux coupés transversalement ‘. Dans la portion « decidua caduca » (en f) qui se continue avec cette « decidua reflexa », la couche externe des cellules caduques primitives a disparu, et il ne reste plus que la couche en réseau de grosses cellules, couche qui perd même sa structure dans le reste de la « decidua caduca » (en g). Il est remarquable qu'une sorte d'épithélium pavimenteux, très incomplet (0, 0), recouvre non seulement toute la surface interne des diverses parties de la caduque, mais encore s'étend sur toute la surface fœtale du placenta jusqu’à l'endroit où le chorion adhère au placenta (m). Si dans la période précédente du développement, nous ne nous étions assurés que dès les premiers moments de la gestation il y a disparition de l’épithélium utérin, cette couche épithéliale « de la decidua caduca » eût pu être considérée comme un reste permanent dudit épithélium utérin; mais, dans l’état des choses, cette interprétation est inadmissible, et il faut voir là le produit d’une nouvelle formation *. Dans la portion de caduque qui forme la sérotine (en h) on constate encore la présence, au stade actuel, des travées cellulovasculaires de la caduque primitive, sous forme d’une couche interposée aux deux parties si distinctes du placenta chez le rat, à savoir la portion utérine, dite par moi glandulaire, privée de vaisseaux fœtaux (en i) *, et la portion fœtale dans laquelle seule se distri-

A. Ces énormes cellules sont les cellules ectodermiques géantes; les prétendus gros vaisseaux sont les lacunes sanguimaternelles de l’ectoplacenta.

2. Il est presque superflu de faire remarquer que ce prétendu épithélium de nouvelle formation est l’entoderme distal, dont Ercolani signale du reste assez bien la disposition aplatie et incomplète.

3. Il faut vraiment une foi bien vive dans la prétendue constitution glandulaire du

placenta, pour arriver à retrouver une couche glandulaire dans cette zone à, qui n’est autre chose que la caduque sérotine avec ses larges sinus.

buent les vaisseaux du cordon (en /). Avec les progrès du développement les grandes cellules étoilées qui entourent le réseau capillaire ectasié dans celte portion de la caduque sérotine disparaissent complètement et les deux parties du placenta ne sont plus distinguées l’une de l’autre que par la présence ou l'absence de vaisseaux fœtaux entre les cellules placentaires que revêtent les vaisseaux maternels. Dans la période représentée par la figure en question (fig. LXX VI) le chorion (en n) ‘ n’adhère au placenta qu’à sa partie centrale (m); c’est seulement plus tard que se produit la soudure du chorion aux parties marginales du placenta, précisément dans la région où j'ai signalé la présence de la caduque réfléchie (en e), et ainsi se forme cette bourse choriale qui clôt hermétiquement toute la surface fœtale du placenta à la fin de la gestation. Là sont les cellules géantes étoilées que j'ai décrites et qu’on doit considérer comme représentant les éléments de la caduque primitive dans la région où elle devient caduque réfléchie. »

Dans le dernier mémoire (1880) Ercolani ne fait que peu d’allusions au placenta du rat, dont il ne donne pas de figure; il se contente de répéter quelques-unes de ces interprétations précédentes, toutes erronées, et dont la principale erreur consiste à prendre les cellules géantes pour des productions dérivées de la caduque. Ainsi (page 1717) : « Chez le rat, dit-il, c’est toujours la portion de néo-formation déciduale correspondant au côté mésométrique de la corne utérine qui devient caduque sérotine, puis portion maternelle du placenta. Tout autour de cette portion la néoformation déciduale primitive, après avoir présenté des modifications dans la forme des éléments qui la constituent (production d’une couche d'énormes cellules étoilées), subit un processus regressif et arrive à l’état de membrane amorphe ? qui correspond à la « decidua caduca » vraie de la femme. »

On voit donc que tout ce que Ercolani a écrit sur le placenta du rat se trouve résumé par la planche reproduite pour notre figure LXX VI, et il suffira de lire la légende de cette figure pour saisir les principales erreurs, ci-dessus signalées en notes au fur et à mesure que nous reproduisions le texte de l’anatomiste italien.

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