‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 15 sur 107 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

lités. [I Le connu au grand A pour son a puissance de travail, une certaine netteté de vues et sur-

tout un talent de conférencier qui le faisait briller dans les kriegspiels; nui ne troussait mieux que lui une critique après les manœuvres. Mais c'étaient là, en somme, des titres de second plan. Sous ces dehors engageants, rien ne révélait un esprit capable d'idées générales, de vastes conceptions, de cette espèce de divination que possédait le vieux Moltke et qu'où avait cru retrouver en Schlieften. On craignait suriout que le nouveau chef d'état-major n’eût pas reçu en partage la force de caractère, la volonté de fer sans lesquelles 1l n'est pas de véritable conducteur d'armées. Il semblait au contraire enclin à l’indécision, porté à subir l'influence de son entourage, à adopter l'avis de la dernière personne qui lui parlait. Il manquait aussi de confiance en lui et le manifesta en hésitant longuement à accepter les hautes, mais lourdes fonctions auxquelles l’appelait la faveur du souverain.

Nous avons vu que Moltke, quand il remplaça Schlieffen, fit publiquement profession de se conformer à ses préceptes et de respecter l'esprit, sinon la lettre de son plan de campagne. Il y resta fidèle, au début, lorsque l’obligation s’imposa de reconstituer une armée sur la frontière russe, après la liquidation dela campagne de Mandchourie. Il n’affecta à celte armée que 9 divisions d'infanterie et 1 de cavalerie, en sus des formations territoriales. C'était là un minimum, et les armées de l’ouest, après ce léger prélèvement, restaient très suffisamment étoffées pour mener à bien la manœuvre du plan de 1905.

Bientôt cependant Moltke fut pris de scrupules d’ordre politique et moral. Îl ne pouvait se résoudre à abandonner Sans combat, comme le faisait son prédécesseur, la plus grande partie de l’Alsace et il prescrivit qu'on envisageàt le détachement d’un corps d'armée dans la région de Mulhouse pour défendre le sud de la province. C’étaitune dérogation, très légère il est vrai, au dispositif de Schlieffen, mais de

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plus importantes allaient s'y ajouter, car en pareille matière il n’y a généralement que le premier pas qui coûte. 14e L'état-major allemend continuait à observer de très près l'évolution de la doctrine stratégique en France. Il ne : tarda pas à constater que le dogme de l'offensive à. outrance y gagnait chaque jour du terrain. En 1911, le colonel de Grandmaison fit à Paris aux officiers de l’étatmajor de l’armée deux conférences dans lesquelles il accu-

‘sait les règlements en vigueur et les principes admis chez

nous de limidité, de mollesse. On ne songeait, selon lui, qu’à la sûreté, au détriment de l'offensive ; on oubliait que la victoire revient à celui qui sait prévenir son adversaire, s'assurer l'initiative de l'attaque. Ces conférences, publiées au cours de la même année, eurent le plus grand reientissement. Un courant s’établit qui emporta la très grosse majorité des officiers à la suite du nouveau prophète. Dans les kriegspiels, sur le terrain, chacun s’évertua à paraître plus offensif que le voisin; on courait à l'ennemi dès qu’on l’apercevait. Le haut commandement se laissa gagner par cette frénésie contagieuse ; le fatal règlement de manœuvres de l'infanterie, paru en 1915, est là pour Pattester.

Après ces manifestations passionnées, on ne conservait auçun doute à Berlin sur l'attitude de l’armée française en cas de guerre. Il était désormais évident qu’elle attaquerait avec toutes ses forces dès qu'elles seraient prêtes. On se rappelle que Schlieffen n’osait espérer, de notre part, une manœuvre aussi imprudente, qui favoriserait la sienne. Moltke ne s’en réjouit pas moins, mais au lieu de s’en tenir au projet de son devancier, il voulut profiter dela témérilé de l'ennemi pour Jui infliger deux défaites successives au lieu d’une seule, en Lorraine d’abord, dans le nord de la France ensuite.

L'offensive principale française, pour des raisons que

nous avons exposées précédemment, ne semblait devoir être lancée qu’en Lorraine, dans la région située entre le camp retranché de Metz et le bastion naturel des Vosges, : dans la trouée Delme-Sarrebourg. Le chef d'état-major allemand reprit à son compte la théorie de l'exploitation stratégique des trouées, théorie qui était due au général Séré de Rivières. [l méditait de laisser les assaillants s’enfoncer entre Metz et le Donon et de les écraser, à la sortie du défilé, par des ripostes sur les deux flancs.

Une contre-offensive aussi importante n'était pas exécutable, bien entendu, avec les effectifs modiques que le plan de Schlieffen attribuait à cette partie du théâtre de la lutte, 9 divisions d'infanterie, 3 de cavalerie, 41/2 brigades de landwehr. Moltke porta l'effectif de l'infanterie à 16 divisions d’active ou de réserve, 10 1/2 brigades de landwehret toutes les unités d’ersatz mobile disponibles, celles que Schlieffen destinait à sa chère aile droite.

Ainsi le centre de gravité des armées allemandes se déplaçait vers le sud. La manœuvre simple, à objectif unique, de Schlieffen se dédoublait. En apportant cette modification profonde au plan de 1905, Moltke croyait sans doute de bonne foi rester dans la tradition de son maitre, puisque, à la bâtaille d'extermination tant prônée par lui, il donnait une sœur Jumelle.

C'était pourtant une entreprise bien ambitieuse. À la guerre, Comme en chaque chose, il n’est jamais bon de courir deux lièvres à la fois. Les grands généraux de tous les temps ont montré qu’à moins d’une écrasante supériorité numérique il ne faut pas vouloir être partout le plus fort, mais savoir le demeurer au point essentiel. C’est le principe même de l’économie des forces. Schlieffen le mettait en pratique dans son plan de campagne. Le vieux Moltke l’avait professé autrefois. Son neveu l’oublia.

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