‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 17 sur 107 · ORGANISATION DU GRAND QUARTIER GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ORGANISATION DU GRAND QUARTIER GÉNÉRAL

généraux francaise et allemand étaient très diéreuts l'un Li de l’autre. Celui du général Joffre, organe puremen: militaire, au personnel relativement restreint, se. déplaçait sans difficulté. Dès que la mobilisation fut ordonnée se il s'installa à Vitry-le-François, puis changea à plusieurs reprises de résidence suivant les exigences de la situation militaire. On le vit successivement à Bar-sur-Aube, Châtillon, à Romilly, à Chantilly. Malgré les perturbations que produisit la retraite, il resta toujours en haison av les armées. | mi Le grand quartier général allemand présentait uné autre physionomie. La présence de Guillaume I y entraînait celle de ses cabineis militaire, naval, civil, d'une À

partie de la cour, de nombreux fonctionnaires. Les chambellans et les écuyers y voisinaient avec le chancelier d’empire, les secrétaires d'Etat aux Affaires Etrangères, à

la Marine, les diplomates, les amiraux. Le ministre de la

Guerre accompagné d’un échelon de son administration y figurait aussi en permanence. Tous ces personnages s’entouraient d’une nuée de secrétaires, de plantons, de domestiques auxquels s’ajoutaient les troupes d’escorie. Le déménagement de cette foulée d'hommes, de chevaux, de véhicules, était toute une affaire; il faisait songer, a dit un observateur irrévérencieux, à la migration des peuples !. ù

La sécurité du souverain commandait certaines précautions dont la première consistait à se tenir assez loin du front. Jusqu'après la bataille de la Marne, malgré les progrès rapides des armées, le grand quartier général ne changea qu'une fois d'emplacement. Formé le 17 août seulement à Coblence, il fut transféré le 30 à Luxembourg, où il devait rester Jusqu'au 25 septembre.

À de pareilles distances des premières lignes, les relations du commandement suprême avec les quartiers généraux subordonnés demeuraient forcément précaires. Les voies ferrées et les fils télégraphiques étant coupés en territoire ennemi, on en était réduit, pour communiquer sûrement avec l'avant, à la télégraphie sans fil et aux automobiles. Ce dernier procédé ne s'affirma pas comme très pratique à cause de la longueur des trajets à parcourir sur des routes souvent détériorées et encombrées. Pour se rendre au front et en revenir, c'étaient de véritables expéditions que les grands chefs n'’osaient affronter; ils laissèrent ce soin à des officiers plus Jeunes.

1. Josef Graf Stürgkh : 1m deutschen Grossen Haupiquarlier, p. 19, — Le général Stürgkh était délégué de l’armée austro-hongroise au G, Q.G, allemand.

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Donc aucun échange de vues direct, aucune discussion verbale entre le commandant en chef et les principaux exécutantis. - ar Restait la ressource de la télégraphie sans fil, ressource assez médiocre si on s’en rapporte au témoignage du général von Kuhl, ‘ alors chef d'état-major du colonelgénéral von Kluck. « Le quartier général de la E° armée, dit-il, disposait de deux postes de systèmes diirérents, dont l’un communiquait directement avec le grand quartier général, l’autre seulement par l'intermédiaire du quartier général de la Il armée; mais, même par la voie directe, il fallait attendre des heures avant de pouvoir faire parvenir un radio, parce que le grand quartier général n’avait qu'un unique poste récepteur où convergeaient les messages de toutes les armées. Pendant ces journées de grande chaleur les orages provoquèrent de fréquentes interruptions ; ensuite la tour Eiffel brouilla les transmissions. Il fallut répéter jusqu’à trois et quatre fois les envois avant qu’on en reçüût le texte exact. Puis on devait compter encore avec le déchiffrement. C’est ce quiexplique qu'à des moments décisifsles comptes rendus mettaient parfois 24 heures à atteindre leur destination. » Aïnsi l'éloignement et l'insuffisance des liaisons empéchaient le chef de se tenir au courant des événements. Pour compenser cette infériorité il eût fallu qu'il possédât la faculté intuitive de discerner la situation et le don de prendre instantanément la décision qu’elle comportait. A défaut de ces rares qualités chez Moltke, les trouvait-on chez ses collaborateurs immédiats? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'examiner brièvement la composition de l'état-major et la manière dont le service y fonctionnait.

4, H, von Kubl : Der Marnefeldzug 1914, p. 98.

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