‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 18 sur 107 · LE GRAND ÉTAT-MAJOR · texte numérisé non relu

LE GRAND ÉTAT-MAJOR

L'empereur, fidèle à la règle qu'il s'était imposée en temps de paix, abandonnait complètemement la direction des opérations au chef d'état-major. Ainsi l'autorité et la responsabilité n'étaient pas divisées. Moltke signait les ordres au nom du souverain. [Il apparaissait à tous comme le véritable commandant en chef et on le reconnaissait comme tel. GuillaumelIl s’appliquait à lui donner en toutes circonstances des marques publiques d'estime et d'amitié : en lui adressant la parole, il ne l’appelait que « Julius », sobriquet qu'il avait reçu au début de sa carrière. Cette attitude était fort judicieuse, car elle coupait court à toute velléité d’intrigue. Écartant les inconvénients qu’aurait pu faire naître la dualité des attributions, elle consolidait la position du chef d’état-maJor vis-à-vis de ses subordonnés. Cela dura autant que l’ère des succès.

Est-ce pour être plus loyalement servi que Moltke ne s’entoura que d'hommes de second plan ? Pendant les années qui précédèrent la guerre, on avait vu au grand état-major des officiers réputés dans toute l’armée pour leur savoir et leur talent, tels que Ludendorff, Kuhl, Freytag-Loringhoven. En août 1914, ils avaient tous disparu pour faire place à des officiers de bien moindre notoriété. « he

Le quartier-maitre général, titre qui correspond à peu près à celui de sous-chef d'état-major chez nous, remplissait en pratique les fonctions de chef d'état-major, de même que le chef d’élat-major assumait celles de comman-

dant en chef. Le lieutenant-général von Er avait été nommé à ce poste et le conserva jusqu’au milieu de septembre. Il se faisaitremarquer par des manières arrogantes,

un ton sec et une suffisance que ses capacités ne justifiaient guère. Placé à la tête d’un corps d'armée après sa

disgrâce, il fut loin d'y briller. Stein était le type de

l'officier de bureau, rivé à sa table de travail, où il traitait

les questions avec un tour d'esprit doctrinal, schématique, comme faisant à dessein abstraction des réalités. Pas plus que son chef il ne quittait le grand quartier; ni l’un ni l’autre ne se rencontrèrent une seule fois jusqu’à la bataille de la Marne avec aucun des commandanis d'armée. « Qu'on compare cette abstention, a écrit un général allemand, à l'inlassable activité personnelle du général Joffre. Les rapports français signalent à tout instant sa présence, Chaque fois qu'ily a une décision importante à prendre, une entente à établir entre deux armées, on le trouve sur place, stimulant les uns, retenant les autres, dénauant partout les difficultés. » !

Le lieutenant-colonel Tappen dirigeait la section des opérations, l’équivalent de notre 3° bureau. Après la guerre, cet officier s'est constitué le défenseur du grand état-major de 1914, violemment attaqué de toutes parts: il a publié un opuscule dans lequel il s’est efforcé de répondre aux critiques qu'on adressait à ses chefs et à lui-même. Ces quelques pages de demi-aveux et de faibles arguments donnent une assez piètre idée de leur auteur et de ce qu'a dû être son action sur l'important service qu’on lui avait confié. Lui aussi n’est jamais sorti de son bureau.

Le conseiller le plus écouté de Moltke était le major

Hentsch, chef de la section des renseignements. Ce jeune

officier avait beaucoup voyagé dans le nord et l’est de la

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