OPÉRATIONS EN HAUTE ALSACE
Les opérations des armées françaises en Alsace et en Lorraine justifièrent les conjectures de Moltke, sauf sur quelques points, dont l’un était capital pour la réussite de son plan : noire attaque en Lorraine fut beaucoup moins | rapide qu'il ne le pensait et voici pourquoi. sn Le 4 août, l'apparition des avant-gardes allemandes à dans la région de Liège faisait jouer automatiquement Ja se variante du plan français qui comportait la double attaque en Lorraine eten Belgique. Mais notre haut-commandemeni s'était mépris sur l'amplitude du mouvement débordant de l'ennemi, parce qu’il croyait que les Allemands n’emploieraient en première ligne, comme il voulait le faire lui-même, que des troupes de l’armée active et non des unités de réserve. Il en résultait que dans ses calculs il estimait le front d’attaque adverse à 44 ou 46 divisions, alors qu'il le fut en réalité de 68. Dans ces conditions, on croyait que l’ennemi ne dépasserait pas vers le nord la ligne de la Meuse et de la Sambre. Il devint bientôt évident qu’on s’était abusé et qu'une fraction des forces | germaniques opérerait au delà. On dut redresser à la hâte le dispositif dans la direction menacée en étirant notre propre front jusqu’à la Sambre. Mais cette rectification obligeait à prélever deux corps d'armée sur notre groupement de Lorraine pour étoffer la gauche, ce qui influa
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naturellement sur la mise en action de ce groupement en la retardant de quelques jours. |
Le général Joffre avait l’intention « de rechercher ja bataille toutes forces réunies, en appuyant au Rhin la droite de son dispositif général. ! » L’aile droite formée des 1'e et 2° armées, ? concentrées respectivement dans les
régions de Belfort-Epinal et de Nancy, devait marcher
dans la direction générale de Sarrebruck et de Sarrebourg. Pour appuyer sa droite au Rhin, la 4'° armée porterait d'abord dans la Haute-Alsace un détachement chargé d'atteindre rapidement Colmar et Sélestat, de détruire les ponts du fleuve et de masquer la place forte de Neuf- Brisach.
Le détachement auquel fut confiée cette action se com-
posait de la 8° D. C., du T° C. À. et d'une brigade de la
défense mobile de Belfort (114°), Il franchit la frontière le 7 août par la trouée de Belfort et la vallée de la Thur et occupa Mulhouse le lendemain. La couverture allemande s'était repliée sans résister plus qu'il ne fallait pour reconnaître l'importance des effectifs de l’assaillant. Elle jugea qu'on n’avait affaire qu’à des forces relativement peu considérables et qui se trouvaient irès en l'air à Mulhouse. Le général von Heeringen dirigea aussitôt toutes les unités disponibles des XIV® et XV®C. À. vers le sud de l’Alsace. Le 9 août, elles attaquèrent notre corps d’armée de deux côtés et le contraignirent à battre en retraite. La poursuite vint buter le 14 août sur la garnison de Belfort en position à la frontière, qui l’arrêta.
Le haut commandement français en apprenant l’échec de Mulhouse décida de reprendre l'opération sur une plus grande échelle. Il constitua à cet effet l’armée d’Alsace
1. Instruction générale n° 1, du 8 août, 2, Suivant l'usage établi, nous désignerons les unités françaises par des chiffres arabes et les allemandes par des chiffres romains,
sous les ordres du général Pau; elle comprit le T° CAS la 44° D. L., les 57e, 58°, 63°, 66° D.R., cinq en Li éL/la SCD 0e
Autant les troupes françaises avaient fait preuve dé pré- Cipitation dans leur première offensive, alors qu elles étaient en petit nombre, autant elles se montrèrent circonspectes et lentes maintenant qu’elles se trouvaient en forces. On manœuvra par les cols des Vosges méridionales en vue de couper la retraite aux troupes allemandes restées dans le Sundgau, au lieu de marcher au plus vite vers le nord, ce qui eût dégagé l'aile droite de la masse principale
de notre 1"° armée et c'était là l'important. Le mouvement
commença le 14 août; malgré le peu de résistance offert par l'ennemi, on ne réoccupa Mulhouse que le 19.
Le général von Heeringen eut tout le temps de retirer les XIV® et XV C. À. pour les ramener à la gauche de la VI armée ; il les fit relever dans la Haute-Alsace par des brigades de landwehr destinées, dans le plan primitif, à border la rive droite du Rhin supérieur. Ces brigades, formant le détachement Gaede, n'étaient ni très nombreuses, ni très bien outillées et en outre d’assez médiocre valeur. La progression hésitante de l'armée du général Pau leur
permit de s’esquiver sans trop de mal par les ponts du
Rhin et sur Colmar.
En somme la VII armée allemande s’était tirée adroitement d’un mauvais pas et avait exécuté au mieux les instructions du commandant en chef. Le 18 août, ses trois corps d'armée étaient en place dans la région du Donon, prêts à jouer leur rôle dans la manœuvre conçue par
4 La 4%° D. I, de nouvelle formation, était composée de régiments alpins. La 57° D. R. appartenait à la défense mobile de Belfort; les 58e, 63° et 66° D. R. formaient le 1+r groupe de divisions de réserve (général Archinard) rassemblé dansla région de Vesoul aux ordres directs du grand quartier général. Chaque groupe alpin est constitué par un bataillon de chasseurs, une batterie de montagne et une section du génie.
UT VS SPC
Moltke pour mettre hors de cause les 1"° et 2° armées françaises.