‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 37 sur 107 · PREMIÈRES DISPOSITIONS DE MOLTKE · texte numérisé non relu

PREMIÈRES DISPOSITIONS DE MOLTKE

Le 17 août, le déploiement des armées allemandes se terminait dans les conditions les meilleures. L’aile gauche (IV: et V° armées) et le centre de la masse principale (IL armée) étaient prêts à se mettre en marche. A l'aile droite la [* armée avait poussé ses avant-gardes jusqu’à la ligne Kempt (I[° C. A.), Stevoort ([V° C. A.), Saint-Trond (LI° C. À.) Brusthem (IX° C. A.); les deux corps de réserve cantonnaient sur la Meuse; le quartier général de l’armée se portait à Glons. La [l° armée s’était contentée de faire serrer les corps de seconde ligne sur Ja tête. Le front, en retrait sur celui de la I" armée, passait par Liers (VIT: C. A.), Hollogne (X° C. À. R.), Hermalle (X° C: A); la Garde, établie au sud de la Meuse à hauteur de Huy, couvrait le mouvement vers Namur; le VII C. À. R. et le C. À. R. de la Garde; suivant les itinéraires des corps actifs correspondanis, atteignaient respectivement Liége et Bomal, sur l'Ourthe; Q. G. de l’armée à Liége. Le

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général von Bülow avait demandé la veille à son collègue

de la IT armée de mettre sa droite en marche dès le 17 et de prendre ainsi à son compte la couverture vers Namur au sud de la Meuse, ce qui eût permis de faire passer le C. A. de la Garde sur la rive gauche. N'ayant reçu aucune

instruction à ce sujet du commandement suprême, Hausen refusa.

Dans cette même journée du 17 août, le grand quartier impérial, parti la veille de Berlin, s’installait à Coblence. Les renseignements qu'il possédait alors sur l'ennemi, sans être très complets, suffisaient pour qu’il pût prendre une première décision. Des Anglais, on ne savait encore rien. En ce qui concernait l'armée française, les combats des jours précédents avaient révélé qu'une partie considérable de ses forces était engagée dans les offensives d'Alsace et de Lorraine. On demeurait assez pauvrement

informé de ce qui se passait entre Nancy et Mézières. Au

delà, on avait aperçu de grosses colonnes montant vers le nord dans l'angle formé par la Meuse et la Sambre, mais aucun élément autre que de la cavalerie ne s'était montré sur la rive gauche de ce dernier cours d’eau. L'armée de campagne belge restait en position derrière la Gette. 11 semblait urgent de la metire hors de cause avant l’arrivée de renforts français. On pouvait soit la rejeter sur le bas

. Escaut en tournant sa droite el l'isoler de ses alliés, soit

au contraire la manœuvrer par sa gauche et la refouler

vers la Sambre pour l’empêcher de gagner l'abri de la forteresse d'Anvers, d'où elle serait plus tard en mesure d’inquiéter les communications des armées allemandes. Cette deuxième solution prévalut.

Le commandement suprême donna l’ordre général de

mise en marche à toute sa masse offensive pour le 18. Les

instructions adressées aux armées de droite et du centre étaient formulées comme suit :

« Les [°° et IL° armées, ainsi que le I° c. di; : seront Nblhoés 4 pour l'offensive au nord de la Meuse sous les ordres du général commandant la Il° armée. Il importe de couper d'Anvers les forces ennemies dont la présence a été reconnue entre Diest, Tirlemont et Wavre, tout en se gardant à gauche du côté de Namur. L’intention du commandement est de donner ultérieurement comme base d'action à ces deux armées la ligne Bruxelles-Namur; elles devront alors se garder du côté d'Anvers.

Les [l° et IIl° armées, recevront de nouveaux ordres pour la prise de Namur, dont seront chargées l’aile gauche de la première et l'aile droite de la seconde. La [T° arméerapprochera de l’objectif l’artillerie mise à sa disposition.

La [T° armée se portera en avani en dirigeant son aile droite par Durbuy et Havelange contre le front sud-est de Namur en liaison avec l'aile gauche de la Il° armée et en maintenant le contact entre son aile gauche et l'aile droite de la [V° armée.

L'idée de . sous le même cool) les deux armées et la cavalerie de l'aile droite était certainement juste. Ces troupes allaient opérer dans une région où on ne savait en somme Ce qu'on rencontrerait derrière les Belges, où la place de Namur et la proximité de celle d'Anvers attireraient leur attention dans des directions divergentes. [l paraissait donc fort à propos de les faire obéir à une impulsion unique, afin de coordonner leurs efforts. Peut-être eüt-il mieux valu encore ajouter à ce groupement le [* C. C. et la IF° armée, puisqu'elle devait participer à l'attaque de Namur. Mais si Molike avait raison en principe, il se trompait lourdement dans l’application, en choisissant comme commandant de l’aile droite le chef de la IF° armée.

Nous avons déjà indiqué le danger qu’implique, d’une “manière générale, la subordination d’un commandant d’ar-

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méeàson voisin, qui, n'ayant sous les yeux que son unité,

est tenté de faire passer l'intérêt de celle-ci avant celui

du groupement entier. Dans le cas particulier qui nous

occupe, ce danger s'aggravait de ce que la 1I° armée ne constituait pas l'aile extérieure, mais marchait encadrée entre la IIT°et la L*. N’étant pas, comme cette dernière, chargée de la manœuvre enveloppante, elle avait naturellement plus tendance à perdre de vue le caractère stratégique de l’ensemble des opérations pour se consacrer surtout au caractère tactique de celles qui se dérouleraient dans sa zone de marche. Pour ces motifs il eût été rationnel soit de donner comme chef à l'aile droite une autorité plus haute, comme on le fit plus tard en créant l'échelon du groupe d’armées, soit de mettre la I[° armée sous la direction de la FE. Ici la question de personnes intervenait. . Bülow était plus ancien que Kluck; il jouissait depuis . longtemps d’une grande réputation dans toute l’armée, à

telle enseigne qu'on avait jadis vu en lui le successeur naturel de Schlieffen. Moltke voulut sans doute éviter le reproche d'avoir diminué le prestige de son ancien rival, mais il aurait dû y songer plus tôt et investir dès le temps de paix Bülow du commandement de la [°° armée et Kluck | de celui de la II°. Cela lui eût évité le pas de clerc dont il

se rendit coupable le 47 août.

… L'emploi dela cavalerie n’était pas moins mal conçu. Son théâtre d'action naturel se plaçait à l'extrême droite du dispositif général ; en le prolongeant elle fournirait là un précieux appoint pour la manœuvre d’encerclement. C'était aussi de ce côté, en Flandre, qu'il était le plus important de pousser l'exploration lointaine parce qu'on ignorait . complètement en quelles forces s’y trouvait l'ennemi. Enfin le terrain, très uni, très ouvert, paraissait beaucoup . mieux adapté aux évolutions de masses de cavalerie que la zone de marche de la Il° armée, qui côtoyait le camp

Eté fe

retranché de Namur et pénétrait ensuite dans le district minier, très peu praticable, de la basse Sambre. On pouvait craindre que Bülow ne conservât la majeure partie du Il° C. C. pour battre l’estrade devant son propre front; c'est ce qui arriva, puisqu'il ne laissa qu’une division sur trois au général von Kluck, auquel 11 eût été us d'attribuer le corps tout entier.

La même observation s'applique au Ie C. C., qui, depuis le 15 août, restait inactif et inutile près de Dinant devant la Meuse, dont il n'avait pu forcer le passage. Il n’existait plus aucune raison pour sa présence en ces parages. On aurait dû le faire glisser sans retard vers la droite et le porter sur la rive gauche du fleuve soit par Huy, soit même

plus en aval. Molike ne s'en avisa que trois jours plus tard.

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