L'INSTRUCTION GÉNÉRALE DU 27 AOÛT
Le 27 août, une instruction générale pour toutes les
armées opérant en France est rédigée à Coblence. C'est la
première depuis celle du 20 août. Après la grande bataille de Belgique, les exécutants sont restés sans ordres pendant trois jours et ont continué à opérer pour leur propre compte. Le grand quartier général a estimé sans doute que cela valait compensation et leur adresse l’interminable
document que voici :
« Les forces aüverses, réparties en trois groupes, ont tenté de faire échouer l'offensive allemande. A l'aile nord, devant nos [°, Il° et II armées, soutenues par l’armée anglaise et une partie de l’armée belge, elles ont observé une attitude généralement défensive entre Maubeuge, Namur et Dinant. Leur projet de déborder l'aile droite
allemande a été déjoué grâce au mouvement à grande
envergure de notre [!° armée.
Entre Mézières et Verdun à opéré le groupe ent de
l'ennemi. Son aile gauche a pris l’offensive et a marché au
devant de notre IV° armée après avoir franchi la Semoy. Après l'échec de cette offensive, le groupe central a essayé,
par une attaque lancée de Verdun, de couper de Metz l'aile
gauche de notre V° armée. Cette tentative a aussi échoué.
Ün troisième groupe important s’est efforcé de pénétrer en Lorraine et dans la haute vallée du Rhin, pour atteindre, en passant au nord et au sud de Strasbourg, le Rhin et le cours inférieur du Mein. Nos VI°et VIF armées ont réussi, après de durs combats, à repousser l'adversaire.
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Tous les corps d'arhée actifs francais y compris les 44° et 40° D. I. de nouvelle formation ‘, ont déjà été engagés et ont subi des pertes appréciables. La majorité des divisions de réserve a aussi combattu et est très éprouvée. On ne peut encore se rendre compte du degré de résistance actuelle de l’armée anglo-française. L'armée belge est désorganisée et ne saurait songer à prendre l'offensive en rase campagne. Il peut y avoir une centaine de mille hommes de troupes de campagne et de forteresse à Anvers, fortement éprouvés et peu capables d'entreprises offensives...
Les Français se trouvent — au moins en ce qui concerne les groupes du nord et du centre — en pleine retraite dans la direction du sud-ouest et de l’ouest, c’est-à-dire sur Paris. [lest à prévoir qu’en cours de route, ils opposeront de nouveau une résistance acharnée. Toutes les nouvelles provenant de France confirment qu’on combat pour gagner du temps, pour fixer la plus grande partie des forces allemandes sur le front français afin de faciliter une offensive des Russes. |
Les groupes du nord et du centre des Anglo-Français peuvent, après la perte de la ligne de la Meuse, opposer une nouvelle résistance derrière l'Aisne, avec l'extrême gauche poussée peut-être en avant jusqu'à Saint-Quentin, la Fère, Laon, l’aile droite à l'ouest de l’Argonne vers Sainte-Ménehould. La ligne suivante serait probablement celle de la Marne, le flanc gauche appuyé à Paris. Il est aussi possible que des forces se concentrent sur le cours inférieur de la Seine. La situation de l'aile sud est encore imprécise. Îl n’est pas impossible que l'adversaire, afin de soulager son aile nord et son centre, reprenne l'offensive en Lorraine. Si ceite aile du dispositif français recule, elle
1. Cette affirmation est inexacte en ce qui concerné la 45e D. I., formée à Oran, et qui ne devait paraitre sur le front qu’à la bataille de la Marne.
entreprendra constamment, en s'appuyant au triangle for- . tifié Langres, Dijon, Besançon, de déborder les armées
allemandes par le sud ou de préparer des forces pour une
nouvelle offensive.
Il y a lieu de compter avec de nouvelles formations et la reconstitution des unités existantes de l’armée française.
Si elle ne dispose pour le moment, en dehors de faibles
dépôts, que du contingent de recrues de cette année, il
. faut cependant admettre qu'elle fera appel à la prochaine
classe et se renforcera de toutes les unités disponibles de l'Afrique du Nord et de troupes de marine. La formation de bandes de francs-tireurs sera sans doute bientôt pres-
crite par le gouvernement français.
L’Angleterre s’évertue aussi avec ardeur à constituer
. une nouvelle armée de volontaires et de territoriaux. Il
est vrai qu on ne peut envisager son intervention avant
quatre ou six mois.
Il importe, par la marche rapide de l’armée alomarde
. sur Paris, de ne pas laisser de répit à l’armée française,
d'empêcher la constitution de formations nouvelles et
. d'enlever au pays le plus possible de moyens de combattre.
La Belgique va devenir un gouvernement général, sou-
1 mis à à l'administration allemande. Elle servira de zone de
# l'arrière pour le ravitaillement des J°, Il° et III armées :
. la ligne de communications de notre aile droite sera ainsi notablement raccourcie.
Sa Majesté prescrit la marche de l’armée allemande dans
. Ja direction de Paris.
La [® armée !, à laquelle le II° C. C. est subordonné, . marchera à l’ouest de l'Oise vers le cours inférieur de la
Seine. Elle devra être prête à intervenir dans les combats
1. Le grand quartier général avait fait connaître le 27 août, dans la
… matinée, que la [°° armée n’était plus sous les ordres de la Ile.
que livrera la Il* armée. Elle sera chargée en outre de la protection du flanc de l’ensemble de la ligne. Elle devra empêcher la constitution de nouvelles formations adverses |
dans sa zone d'opérations. Les unités laissées devant
Anvers (III et IX° C. À. R.) relèveront directement du |
commandement suprême. Le IV° C. A. R. est remis à la disposition de l’armée. |
La Il° armée, à laquelle le [* C. C. est subordonné, marchera sur Paris par la ligne la Fère-Laon. Elle est
chargée d'investir et de prendre Maubeuge, puis la Fère |
ainsi que Laon, cette dernière place de concert avec la
IIIe armée. Le [7 C. C. reconnaitra le terrain devant le |
front de marche des IT° et III armées et fournira des ren- seignements à celle-ci,
La Ill° armée poursuivra sa marche par la bénn Laon- Guignicourt, à l’ouest de Neufchâtel, sur Château-Thierry.
Elle s’emparera d'Hirson ainsi que de Laon et du fort de |
Condé de concert avec la Il° armée. Le [°" C. C., qui opère devant les fronts de marche des If° et ITT° armées, fournira des renseignements à celle-ci.
La IV° armée marchera par Reims sur Épernay. Le
IV° C. C., subordonné à la V° armée, fournira aussi des
renseignements à la IV° armée. Le matériel de siège
nécessaire à la prise de Reims sera mis en temps utile à la disposition de l’armée. Le VIS C. A. est rattaché à la.
V° armée.
La V° armée, à laquelle le VI° C. À. est rattaché, se dirigera vers la ligne Châlons-sur-Marne, Vitry-le-François. Elle s’échelonnera en arrière et à gauche pour cou-
vrir le flanc du dispositif général, jusqu'au moment où la
VIe armée, parvenue à l’est de la Meuse, pourra s’en charger. Le IV° C. C. reste subordonné à la V° armée: il devra reconnaître le terrain devant le front de marche des
IV® et V° armées et fournir des renseignements à la,
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