‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 52 sur 107 · MESURES PRISES · texte numérisé non relu

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IVe armée. On investira Verdun. En outre des cinq brigades de landwehr de la position de la Nied, les X° et

VIIT: divisions d’ersaiz seront rattachées à la V° armée,

* dès que la VI° armée n’en aura plus besoin.

Les VI° et VII armées, ainsi que le HI° C. C., tout en conservant le contact avec Metz, auront pour première mission d'empêcher que l'adversaire ne pénètre en Lorraine et en Haute-Alsace. La place de Metz est mise sous les ordres de la VI‘ armée. Si l'adversaire se retire, la VI armée franchira, avec le ITT° C. C., qui lai est subor-

donné, la Moselle entre Toul et Épinal, dans la direction :

générale de Neufchâteau. Elle sera alors chargée de la protection du flanc gauche du dispositif. On investira Nancy et Toul; on masquera Epinal avec des forces suffisantes. Dans ce cas la VI° armée sera renforcée par une partie de la VII (XIV°, XV° C. À. et une division d’ersaiz), mais passera les X° et VII divisions d’ersatzà la Ve armée. La VIl° armée deviendra alors indépendante.

La VIT armée reste provisoirementsubordonnée’à la VI. Si celle-ci franchit la Moselle, la VIIe armée deviendra indépendante. La forteresse de Sirasbourg et les places du Haut-Rhin avec leurs garnisons restent sous ses ordres. L'armée interdira alors à l'ennemi toute irruption entre Épinal et la frontière suisse. Il lui est recommandé de fortifier solidement le terrain devant Épinal, dans la montagne et dans la vallée du Rhin jusqu'à Neuf-Brisach, ainsi que de masser la plus grande partie de ses forces derrière son aile droite. Les XIV°, XV° C. A. et une division d'ersatz passeront alors à la VI° armée. |

Toutes les armées devront opérer d'accord et se soutenir réciproquement au cours des combats qu’elles auront à livrer devant les lignes successives qu'occuperal’ennemi. Il y aura peut-être lieu pour les armées de changer de direction du sud-ouest au sud, si elles se heurtent à une

pe sure Ans APRÈS LA BATAILLE DE BELGIQUE 457

| Fésistance. sérieuse sur l'Aisne et ensuite sur la Marne. … Il est de toute urgence d'entamer au plus tôt la marche 1 en avant, afin de ne pas laisser aux Français le temps de se regrouper et d’ opposer une solide résistance. Les armées rendront compte du moment où elles seront en mesure de commencer leur mouvement. »

À Ce qui frappe d’abord dans cette longue élucubration, . c'est la confiance extrême qui l'anime. Le commandement ù suprême y montre clairement le peu de cas qu'il fait - de l'armée française. Il semble persuadé qu’elle est devenue incapable de tenir en rase campagne, qu'elle ne peut plus que s’accrocher passagèrement aux lignes de défense naturelles et aux places fortes. Il parle bien de résistance acharnée sur l’Aïisne et la Marne, mais ajoute que c’est uniquement pour gagner du temps et permettre . à l’offensive russe de se produire. Donc, par elles-mêmes, les troupes françaises n'ont pour ainsi dire plus aucune valeur. Les avertissements du 24 août en Woëvre et du 25 en Lorraine paraissent n'avoir produit aucune impression sur le chef des armées ailemandes. Aussi son instruction est-elle un ordre de poursuite et de poursuite d'un ennemi en déroute. En marchant vite on l' empêchera de se reconstituer et de se renforcer ; toute autre précaution est superflue.

On n’est pas moins surpris des contradictions que l’on … relève dans l’instruction du 27 août au sujet de la direction de marche des armées. Moltke prescrit d’abord très nettement celle du sud-ouest, puis, comme s'il regret- » jait de s'être montré trop catégorique, il dit un peu plus loin : « Il y aura peut-être lieu pour les armées de . changer de direction du sud-ouest au sud, si ellesse heur- … tent à une résistance sérieuse sur l'Aisne et ensuite sur . la Marne. » Cette phrase détruit ou du moins affaiblit l’idée primitive et ne peut que jeter le trouble dans Pes-

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158 LE PLAN DE CAMPAGNE ALLEMAND DE A94E RER prit des exécutants. Elle n'était pas faité en tous cas pour leur donner l'impression que Molike désirait réjrendre fermement en main la conduite des opérations qu'il avait volontairement abandonnée à la veillé dé la batailie de Belgique. Le sens de la discipline allait fatalement s’émousser chez eux en présence de cette autorité défaillante et incapable de se ressaisir.

Troisième remarque. Moltke affirme expressément dans son instruction que la gauche et lé cenire des Alliés se reliraient sur Paris. Rien, Cépendant, né l'indiquait et, en fait, c'était inexact. D'autre part, noüs voyons que la L° armée recoit l’ordre dé marcher vers la basse Seine. On retrouve là un souvenir des proiets formulés autrefois par Schlieffen. Celui-ci, en effet, dans l’hypothèse où les Français, n’acceptant pas la bataille à la frontièré, se repliaient derrière l'Aisne ét le cours inférieur dé l'Oisé en appuyant leur aile gauche à la capitale, voulait déborder leur ligne en contournant le camp retranché de Paris par l’ouest et le sud, puis déboucher sur leurs derrières par Melun et Auxerre. On est amené à se demander si Moltke, ayant constaté qu'il n'avait pas réussi à exécuter le plan de son prédécesseur en enveloppant notre aile gauche à la première rencontre, ne désirait pas maititenant se « repêcher » en appliquant la recette de Schlieffen pour la suite des opérations et si, tout à cette pensée, il n’assignait pas de sa propre autorité aux Français la direction de repli qui convenait lé mieux à cette solution. Les phénomènes d’auto-suggestion de Ce genre sont fréquents à la guerre.

Quoiqu'il en soit, la mise en œuvre des dispositions éonseillées jadis par Schlieffen n'était pas possible dans les circonstances où se trouvait Moltke, parce que les effectifs de sa masse principale et surtout de son äile droite n’y suffisaient plus. Schlieffen, on s’en souviént,

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* conliait la manœuvre autour de Paris à une armée forte \ lde sept corps ; celle de Kluck n’en comptait que cinq. En outre, pour masquer pendant là marche dé ces sept corps » les fronts ouest ét sud du camp retranché devant lesquels . ils devaient défiler, le plan de 1905 recourait à toutes les. üñités d’ersatz disponibles, unités qui jusque-là auraient suivi les corps de première ligne de l'aile droite. Mais où était l’érsatz présentement? Moltke én avait énvoyé . uné partie à la frontière russe et lout le resté à sa gauche, en Alsace-Lorraine. Enfin il venait dé s’affaiblir, le | 96, ét précisément à son aile droite du C. À. R. de la Garde et du X[° C. A. au profit d'Hindenburg. De toutes les fautes qu'avait accumulées depuis l'entrée én campagne le . commandement suprême aucune n’était plus lourde ni . plus grosse de Conséquences que celle-là.

. Dans cés conditions, la manœuvre par l’ouest dé Paris devenait imnpraticable, à moins soil d'étirer la ligne entière à tel point qu’elle risquait d’être crévée par l’ennemi du premier choc s’il reprenait l'offensive, soit d’aban- » dôütiner le pivot de Metz-Thionville sur lequel s’était appuyé lé mouvement de conversion générale. Moltke choisissait 1 ce dernier parti, mais il le conduisait à imposer à l’ar- ' mée de gauche, la V', une tâche au-dessus de ses … forces. Elle devait, en même témps, porter son gros sur la Marne, de Châlons à Vitry-le-François, échelonner des unités dépuis ce point jusqu'à Verdun et enfin investir cé camp retranché, le plus important, le mieux défendu de tous ceux que nous possédions. Même avec l'appoint de3 Corps d'armée, de 2 divisions d’ ersatz et de o brigades . delandwehr, la V° armée ne pourrait évidemment s'acquitter * de ces obligations surhumaines, à moins que l'ennemi ne “ là regardât faire sans bouger. [l n’en était pas encore là. … Les événements allaient bientôt se charger d’annuler " automatiquement le programme du 27 août.

con LE PLAN DE CAMPAGNE ALLEMAND. DE 194

Alors qu'il fallut près de trois jours à Moltke pour

produire une instruction inexécutable, son'adversaire, en

moins de 24 heures, en avait mis une sur pied qui répon-

dait parfaitement aux exigences de la situation fâcheuse où se trouvaient les Alliés. Le général Joffre s'était rendu compte de la gravité du péril auquel son aile gauche venait de se dérober par une prompte retraite, mais qui allait la menacer de nouveau dès que l’ennemi reprendrait le contact. Il ne pouvait y avoir de salut que dans le renforcement de cette aïle gauche par des troupes prises à la

droite de la ligne de bataille. Si on parvenait à transpor-

ter ces troupes au bon endroit en temps utile el en nombre suffisant, il serait possible, non seulement de parer au mouvement enveloppant des Allemands, mais encore de les envelopper eux-mêmes. Mais pour y réussir, il était indispensable de maintenir la cohésion du front pendant que s’exécutaient ces mouvements de rocade derrière lui. Il fallait donc exécuter un large repli tout en conservant la liaison des armées entre elles, la 3° armée restant appuyée à Verdun, devenu le pivot de la manœuvre. Ainsi notre ligne allait se déplacer ves le sud, non vers le sudouest et l’ouest comme le disait Moltke à ses lieutenants.

Voici d’ailleurs la première partie de l’instruction du général Joffre : « La manœuvre offensive projetée n'ayant pas pu être exécutée, les opérations ultérieures seront réglées de manière à reconstituer à notre gauche, par la jonction des # et 5° armées, de l’armée anglaise et de forces nouvelles prélevées dans la région de l'Est, une

masse capable de reprendre l'offensive pendant que les autres armées contiendront, le temps nécessaire, les

efforts de l’ennemi. »

* Cette instruction est du 25 août, celle de Moltke du 27. :

La compraison de ces deux documents n’est certes pas a l'avantage du haut commandement allemand.

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