OPÉRATIONS DE LA Î'° ARMÉE JUSQU'AU PASSAGE DE L'OISE
La 5° armée, par ses attaques sur Saint-Quentin et Guise, avait arrêté pendant quelque temps la marche de Bülow. Les forces françaises opérant à l'extrême gauche du front s’elforcèrent d'obtenir le même résultat vis-à-vis de Kluck. Malheureusement l'urgence des circonstances les empêcha de se grouper pour agir; elles attaquèrent les unes après les autres et se firent battre en détail.
Nous avons vu comment les divisions territoriales, le corps Sordet, puis les 61° et 62° D. R. donnèrent suc-
cessivement à Tournai, à Orchies, à Condé, à Cambrai, sur le plateau de Combles, du 25 au 27 août. Kluck se
contenta, comme mesure de précaution à l'égard de ces unités, de retirer le IV° C.A.R. de la première ligne et de le remettre en échelon, en arrière de sa droite. Ce détachement devait suffire à tenir en respect les troupes françaises défaites les jours précédents.
Débarrassé de toute préoccupation pour son flane, le commandant de la 1" armée se décida dans l'après-midi du 28 à reprendre le lendemain la poursuite du corps expéditionnaire britannique, dont il avait perdu le contact depuis la bataille du Cateau et qui semblait s’être retiré derrière l'Oise, dans la région de la Fère. Ilse proposait de le tourner paf le sud en abordant la rivière entre Noyon et Compiègne, mais pour manœuvrer ainsi les Anglais, il fallait qu’on les fixât d’abord et seule la [T° armée se trouvait en situation de le faire. À ce moment le commandement suprême n'avait pas encore donné signe de vie; il importait donc de s’entendre directement avec Bülow pour obtenir son concours. On le pria d'attaquer par sa droite la ligne de l'Oise en amont de Noyon, tandis
que la [” armée la passerait en aval.
Ce projet, avant même d'être examiné par Bülow, devenait caduc, car dans la soirée on recevait aux armées l'instruction générale du commandement suprême, qui orientait Kluck vers la basse Seine. D’autre part, des événements inattendus et beaucoup plus impératifs que la directive de Moltke, détournaient provisoirement l’aile droite allemande de la poursuite des Anglais. C’étaient l'attaque de l’armée Lanrezac contre celle de Bülow et l'apparition de nouvelles forces françaises dans la zone d'opérations de Kluck.
Le 29, en effet, la !* armée allemande, après avoir passé la Somme, rencontrait à Proyart le 7° C. A. fran-
| oe LE PLAN DE CAMPAGNE ALLEMAND DE 49e
s'agissait là des premiers éléments de la 6° armée francaise. Jetés à la hâte contre le front solide de la l° armée
allemande, ils y brisèrent leur élan et refluèrent au sud
de l’Avre. Leur intervention, qui se produisait au moment
où Bülow appelait au secours, changeait brusquement la
situation. Kluck n’envoya qu'une division (du IX° C. A.) en renfort à son voisin et voulut employer le reste de ses forces à disperser les Français, qui avaient surgi inopinément devant lui. Son ordre pour la journée du 30 comporlait l'attaque de la ligne de l’Avre entre Moreuil et Roye. Le corps de Marwitz devait prolonger le front sur la gauche de manière à pouvoirpréserver le flanc de l’armée d'une attaque éventuelle des Anglais déBouchant de l’ Oise. Kluck enlevait ainsi la cavalerie de sa place naturelle à
l'aile marchante et se privait délibérément de tout moyen
de reconnaissance sur son flanc droit, tant il se sentait en süreté de ce côté. Aux
Dans la journée du 390, l'horizon se dégagea. L’ennemi n'accepta pas la bataille sur l’Avre et continua à rétrograder. Bülow signalait aussi que devant son front les Français reculaient et demandait à son collègue, pour exploiter à fond la « victoire complète » que venait de remporter la if armée, de se rabaitre sur la Fère et Laon.
Déjà Kluck regrettait de n'avoir pas donné suite à son projet du 28 août. Il lança son armée vers l'Oise, maïs se garda de la diriger sur Laon, comme le préconisait Bülow et où la II° armée devait aussi se porter. Cela eût amené sans doute possible l’encombrement fatal, contre lequel Schlieffen avait si souvent mis ses élèves en garde. La
4, Le Te C. À., venant de l’armée d'Alsace, se composait alors de Ia 44 D. [. et de la 63° D. R., celle-ci remplacant la 41° D. L., restée dans les Vosges méridionales. La 55° D. R. avait appartenu au 3e groupe de divisions de réserve (Pol Durand) opérant en Woëvre en dernier lieu.
çais, puis, dans les environs de Nesle, la 55 D. BR. on. .
6 pe armée fut orientée plus au sud, entre Noyon et Com- . piègne, afin d'essayer de couper la retraite aux Anglais et peut-être aux troupes de Lanrezac. Dans son impatience h de rattraper Le temps perdu Kluck assignait à sa gauche des … objectifs éloignés, Coucy-le-Château au IX° C. AÀ., Bailly.
- ét Cuts au Ill: C.A., Soissons à la cavalerie. La droite . marchait fortement échelonnée, leIV°C. A. sur Mareuil, le
HE C. A. sur Tricot, le IV° C. À. R. sur Ailly.
Ces dispositions soulignent le dédain de Kluck pour les troupes françaises, dédain qui s'explique jusqu'à un certain point, par la physionomie des précédents combats. À Mons, la [°° armée s’était mesurée à des divisions britanniques solides, dont elle ne vintà bout que difficilement, tandis que les territoriaux français opérant à leurs côtés n'avaient guère soutenu le choc. Puis la cavalerie du général Sordet, épuisée par de longues marches, s'était montrée incapable d'agir vigoureusement. Les divisions de réserve ‘et même la division active du T° C. A.,rencontrées les jours suivants, ne produisirent guère meilleure impression sur leur adversaire. Celui-ci ne se rendit pas compte des circonstances particulières qui diminuaient temporairement la valeur de ces unités, fourvoyées dans la bataille à peine débar-
quées,sansavoireule loisirde se rassembler etde s'organiser
en vue du combat. Il estima les troupes britanniques très supérieures au nôtre. Il en arriva peu à peu à englober dans un même et souverain mépris toute notre armée. Cette
. appréciation devait lui coûter cher quelques jours plus tard.
À Pour le moment, la conversion de la {" armée sur
… l'Oise était un événement gros de conséquences, le plus
… important depuis la bataille de Belgique. C'en était fait de
l’encerclement de Paris par l'ouest, qu'avait ordonné le
commandement suprême; Kluck le rendait désormais
1 impossible. Pour avoir envoyé à ses lieutenants des
instructions trop vagues, Molike voyait, le même jour,
deux d’entre eux, Kluck et Hausen, les interpréter nd le sens qui leur plaisait et en contradiction flagrante avec l'orientation générale qui en formait le fond. [l semble ne
pas leur en avoir tenu rigueur et ratifia sur le champ cette désobéissance. Dès le soir du 30 août, partaient de
Luxembourg, où le grand quartier général venait d’être transféré, des ordres particuliers à l’adresse des comman-
dants d'armée, approuvant leur initiative, sans une obser-
vation, sans la moindre instruction supplémentaire au sujet de la conduite à tenir les jours suivants. Ces messages ne cContenaient que la seule indication, pour la Il° armée, de porter son aile gauche dans la direction approximative de Reims. Une fois de plus le commandemant suprême laissait ses subordonnés agir à leur guise, et, abandonnant le gouvernail, s'attachait à la remorque qu'on lui jetait.
Cette carence du haut commandement allemand produi-
sit un singulier renversement des rôles. Après la'bataille
de Belgique, le général Joffre avait résolu de ressouder son front en le ramenant vers le sud, Moltke de déborder l'ennemi en poussant le sien vers le sud-ouest. Mais tandis que le chef français surveillait et coordonnait les mouvements de ses armées, son antagoniste ne s'occupait pas des siennes, qui subirent l'attraction de l’adversaire. On assista alors au spectacle étrange du vaincu, forcé partout à la retraite, imposant cependant sa volonté au vainqueur. La masse allemande, en dépit de ses succès, allait s’engoutirer malgré elle et sans même paraître s’en apercevoir, entreles camps retranchés de Paris et de Verdun, offrant ses deux flancs aux entreprises de l'ennemi. Cette armée à quil'on ne cessait de répéter depuis si longtemps que le mouvement enveloppant est la meilleure garantie de la victoire, se mettait de plein gré dans l'impossibilité de l’exécuter et s'exposait au contraire à en devenir la victime.
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