‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 62 sur 107 · MOUVEMENTS DES 9 ET À SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DES 9 ET À SEPTEMBRE

Au grand quartier général, la certitude d’avoir remporté w la victoire décisive, finale, sur les frontières de France j commençait à s’émousser. La poursuite ne prenait pas, . comme on s’y attendait d’abord, la tournure d’une simple promenade militaire. Le 27 août, on avait voulu reprendre « la manœuvre de Schlieffen en remettant les armées des Lorraine sur la défensive et en encerclant l’ennemi par un. mouvement autour de Paris; le 30, il avait fallu y renoncer. Sur divers points les Français, en contre-attaquant vigou-. reusement, venaient de montrer que leur force de résistance n’était pas aussi complètement anéantie qu'on sen plaisait à limaginer. Tout indiquait qu'on ne viendraits définitivement à bout de l'adversaire qu’au prix d’une nos velle bataille. 48

Cette bataille, comment l’engager? Après trois jours! de réflexion Moltke finit par prendre un parti. Puisque l’on: ne pouvait pas déborder la ligne ennemie par l'ouest des

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Paris, on le ferait par l’est, en masquant la capitale avec

une partie de la I" armée et en manœuvrant les forces du

général Joffre vers le sud-est avec le reste de l’aile droite.

C'était exactement ce qui s'était passé quand on s'était trouvé à hauteur d'Anvers. Mais Paris n'était pas Anvers. La forteresse de l’Escaut ne disposait que de quelques faibles divisions belges peu capables d'entreprendre une action sérieuse en rase campagne; isolée aux confins du territoire néerlandais, elle ne pouvait recevoir beaucoup de renforts. Paris, au contraire, conservait ses communicationsouvertes dans presque toutes les directions. Les forces engagées à la fin d'août en Picardie, soit plus de 6 divisions d'infanterie et 3 de cavalerie — que les Allemands avaient toutes identifiées au cours des récents combats — s'y

étaient retirées; rien n'empêchait l’arrivée d’autres troupes

provenant de la partie orientale du front, des dépôts, de l'Afrique du Nord, voire d'Angleterre. À Anvers on savait exactement à qui l’on avait affaire ; à Paris, on l’ignorait. D'autre part, les armées allemandes n'étaient plus dans le même état que lorsqu'elles traversaient la Belgique. Deux corps d'armée les avaient quittées pour le front oriental,

. un autre (VII CG. A.R.)assiégeait Maubeuge;le IV°C.A.R.,

à l'extrême droite, c’est-à-dire au point le plus important, avait été amputé d’une brigade, laissée comme garnison à Bruxelles. Il ne restait aucune réserve à proximité du front. Et puis les unités de toute nature n'avaient pu être recomplétées ni en cadres, ni en hommes, ni en matériel comme la plupart de celles des Alliés qui reculaient sur leurs dépôts. Elles étaient éprouvées par d’âpres combats et des marches prodigieuses.

Moltke ne tint aucun compte de ces divers facteurs d'affaiblissement, pas plus que du voisinage du camp retranché de Paris à si courte distance de son aile marchante. Il pensait qu’il suffirait d’échelonner celle-ci pour

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se garantir de toute surprise désert En consé- | quence, dans la nuit du 2 au 3 3 septembre, il envoya à Kluck et Bülow le message suivant : « Mon intention:est de couper l'ennemi de Paris et de le rejeter vers le sudest. La [° armée suivra la Il° armée en s'échelonnant; elle estchargée en outre de protéger le flanc de l’ensemble de nos forces ». Cette instruction ne souffre, semble-t-il, aucune interprétation. Pour l'exécuter, la I® armée, qui se trouvait à une bonne étape en avant de la Il, n'avait qu'à faire halte jusqu’à ce que celle-ci eût pris la Lête du. mouvement. Une journée de repos n'était certes pas superflue pour des troupes qui marchaient sans arrêt depuis le 43 août. Pourtant Kluck, après avoir reçu de message ‘de Moltke, ne contremanda pas l’ordre qu’il venait .de donner

à ses corps d'armée. C'était un acte flagrant d’indiscipline

que rien n’excusait. Le lendemain, il devait encore l'acentuer. de Dans da matinée du 3 septembre, le quartier. général. de Ja T° armée fut transféré de Compiègne à la Ferté-Milon, où il arriva vers 10 heures. On y appritique le IX° C. A. avait passé la Marne à Château-Thierry et à Chézy; il se trouvait aux prises avec d'importantes fractions ennemies sur le plateau au sud de la rivière’. Ce mouvement, dû à

. l'initiative du général von Quast, mettait la T° armée dans

une situation qui s’écartait encore bien davantage de .celle que lui prescrivaient les instructions récentes du :commandement suprême. Au lieu de faire faire demi-tour à son subordonné ou du moins de l'arrêter, Kluck résolut de le soutenir et de corser l'opération ainsi entamée en poussant d’autres unités au sud de la Marne. Il était impossible d'agir en contradiction plus formelle avec la lettre et

1. Ces fractions appartenaient au 18° C. A. (5° armée) et au corps de cavalerie Conneau, arrivé lla veille de d'est.

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46 l'esprit du message de Moltke. Mais, depuis le 27 août, le

commandant de la [ armée avait coutume d’agir d'après

son propre jugement et, depuis le 50, dele faire à l'encontre

des ordres reçus. Poursuivant inlassablement un seul but,

l’écrasement de l'aile gauche ennemie, chaque matin il

avait cru l’atteindre et chaque soir avait constaté que ce but était manqué. Voilà qu’on venait enfin lui apprendre

qu’on avait fixé l'aile gauche adverse. Il allait donc pou-

voir, après tant de déceptions, après tant d’elforts stériles, réussir sa manœuvre. Maintenant qu'il tenait l'ennemi, ce n'était pas le moment de le lâcher. Les légers scrupules de la veille se dissipèrent à l’écho du canon qui tonnait de l'autre côté de la Marne.

Les dispositions furent vite prises. À 15 heures, partait l'ordre dont l'exécution devait, dans la pensée de Kluck, donner le coup fatal aux Alliés. Il portait les IIF° et IV° C. A. de l’autre côté de la Marne, le premier par Nogent-l'Artaud et Charly, le second par la Ferté-sous-Jouarre. On rendait compte au grand quartier général en ces lermes : « La [°° armée refoule les Français avec son aile gauche à

Château-Thierry et à l’ouest de cette ville; elle pousse son

centre sur la Ferté-sous Jouarre et couvre le flanc droit avec le H° C. A. et le IV° C. À. R. dans la région de Nanteuil. Une partie des troupes ennemies donne des signes

de désorganisation. On exploitera cette situation autant

quil se PONTS » », Les deux dernieres phrpsee de ce mesir l'ennemi ne nn |. sur aucun fondement, mais elle fournissait une excuse à l'acte d'indiscipline qu'on commettait. En endormant d'avance les inquiétudes possibles de Molike, on croyait éviter les récriminations et surtout un ordre ferme de rebrousser chemin. |

Lancé dans une si bonne voie, Kluck ne devait plus s'arrêter. À 21 h. 15, il expédiait l’ordre d'opérations

pour le 4 septembre, dont voici la Le one n

« La |° armée continuera demain à franchir la Marne

pour refouler les Français vers l’est. On rejetiera les forces anglaises qui tenteraient d'intervenir. |

Le IX° C. A., après entente avec le VIF, se sors

dans la direction de Montmirail par Chézy-sur-Marne, Rozoy-Bellevalle et par la route de Château-Thierry à Montmirail. FA Le IEF* C. A., se portera par Bois-Martin, Sablonnières

sur Saint-Barthélemy et par Vieils-Maisons sur Monto-

livet. Paul Le IV° C. A., franchira la Marne à la Ferté-sous-Jouarre et Saacy, puis se portera dans la direction générale de Rebais.

Le I C. À., se couvrant vers Paris, atteindra demain la Marne à l’ouest de la Ferté-sous-Jouarre et poussera des

éléments avancés jusqu’à la grand’route de Meaux à la Ferté-sous-Jouarre.

Le IV° C. À. R., après entente avec le Il° C. A., se por-

tera demain dans la région de Nanieuil-le-Haudoin et à l'est. Il sera chargé de la protection du flanc et des com-

munications du côté de Paris et se tiendra prêt à se

joindre, le 5 septembre, au mouvement de l’armée sur son

flanc droit. À

Le corps de cavalerie se mettra en marche avec deux divisions sur la Ferté-sous-Jouarre; il laissera une division face au front nord-est de Paris. Cette division restera demain sur ses emplacements actuels et passera sous les ordres du général commandant le IV° C. A. R. »

Par ces dispositions téméraires, Kluck compromet davantage la situation et aggrave son cas. Le 3 septembre, la couverture face à Paris comprenait encore deux corps d'armée (IF C. A. et IV° C. À. R.) ainsi que le Il: C. C. en entier, forces respectables. L'ordre pour le

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