‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 8 sur 107 · LES PLANS DE CAMPAGNE DE 1815 ET DE · texte numérisé non relu

LES PLANS DE CAMPAGNE DE 1815 ET DE

En 1871, l'Allemagne était triomphante, la France abattue. Notre frontière de l'Est, privée de ses forteresses, s’ouvrait à toute incursion,; notre armée, désorganisée par la défaite et les bouleversements politiques, ne faisait plus figure dans le monde. Aucune des grandes puissances ne paraissait désireuse de lier son sort à celui d’un pays vaineu et affaibli. L'Allemagne au contraire s'était rapprochée de l'Autriche et le prestige de sés succès la servait en Russie. Bismarck en profita pour conclure avec ces deux États, en 1872, l'accord connu sous le nom d’Alliance des trois empereurs.

La jeune monarchie germanique n'avait done rien à craindre. Quoiqu'il en soit, la politique de Bismarck tendait à maintenir la France dans l'isolement où l'avait laissée la guerre, mais bientôt les événements des Balkans

!. Le rôle de l'élat-major allemand dans la préparation et la conduite

de la guerre, par H. von Kuhl. Le comte Schlieffen et la guerre mondiale, par Wolfgang Foerster.

allaient mettre le chancelier dans un cruel embarras. Après le traité de San Stefano, le conflit d'intérêts de l'Autriche et de la Russie dans la péninsule prit un caracière si aigu qu'il ne parvint pas à conserver la balance égale entre les deux rivales, comme il l’eût désiré. Obligé d'opter pour l’une d'elles, il embrassa le parti de l’Autriche et soutigt ses prétentions au Congrès de Berlin, réuni sous sa présidence en vue de régler la question d'Orient (1878). L'Alliance des trois empereurs avait vécu. Le chancelier allemand chercha une compensation du côté de l'Italie, qu'il sut gagner à sa cause, et favorisa l'expansion coloniale de la France, dans l'espoir de la voir se brouiller avec l'Angleterre. En dépit des avantages qu'il pouvait ainsi espérer recueillir, l’abstention de la Russie n’en restait pas moins un sujet d'inquiétude pour l'avenir, d’autant plus que la mort d'Alexandre IT, en 1881, faisait disparaître un ami personnel du vieil empereur Guillaume et que son successeur, Alexandre IIF, semblait au contraire assez mal disposé envers l'Allemagne. Après le renvoi de Bismarck, Guillaume If, par sa mégalomanie tapageuse, acheva d'indisposer le tsar et le détermina à s’allier à la France. |

. Molike, le plus prévoyant des hommes, n'avait pas attendu ce moment pour envisager l'hypothèse d’une guerre qui mettrait l'Allemagne aux prises avec ses deux voisines de l’est et de l’ouest. Il s’en occupa presque dès le lendemain de notre défaite, car l'Alliance des trois >mpereurs ne lui inspirajamais qu'une médiocre confiance, surtout après qu'il eut vu le gouvernement de Pétersbourg intervenir à Berlin, en 1875, afin de calmer les vélléités belliqueuses de Bismarck, qui projetait alors de nous attaquer de nouveau pour parfaire son œuvre de destruction. La rapidité de notre résurrection consternait le chancelier. Elle n’alarmait pas moins Moltke, qui suivait avec atten-

tion les progrès de notre armée. Dès 1872, celle-ci Pa dotée de lois organiques calquées sur celles de la Prusse; deux ans après on renouvelait son armement. Elle cessait | désormais de se présenter comme quantité négligeable sur l’échiquier européen. Moltke ne fut pas le dernier à s en apercevoir et prit ses mesures en conséquence.

La situation géographique de l'Allemagne, entre la France et la Russie, la plaçait dans une situation difficile au cas d’une rupture avec ces deux pays. Quand la régénération de l’armée française fut un fait accompli, il ne put plus être question pour les Allemands de prendre l'offensive simultanément à l’est et à l’ouest. Le principe de l’économie des forces, un de ceux sur lesquels se fondait la doctrine de Moltke s'y opposait; il lui imposait au contraire la manœuvre par lignes intérieures, dont Frédéric et surtout Napoléon avaient fait un si heureux usage dans des cas analogues. Elle consiste à opposer à l’un des adversaires un minumum de troupes, si possible un simple rideau, pour rassembler tout le reste contre l’autre, l'accabler, se porter ensuite vers le premier avec ses forces réunies et l’écraser à son tour. Une pareille opération est fort délicate à régler; il faut d’abord ne pas se tromper dans le choix de l’ennemi qu'on attaquera le premier; il importe ensuite d'agir très rapidement contre lui, afin de ne pas laisser trop longtemps toute liberté au second adversaire.

Vers 1875, le grand état-major allemand avait calculé que l’armée française aurait terminé sa concentration à la frontière le douzième jour de la mobilisation. Elle serait donc en mesure dès ce moment de prendre l'offensive, tandis que les Russes ne pourraient arriver sur la Vistule que deux semaines plus tard et seulement avec une partie de leurs armées. D'autre part notre frontière n’avait pas encore été fortifiée. On pouvait donc espérer en finir rela-

tivement vite avec les Français. Le plan de campagne établi à cette époque prévoyait en premier lieu une offen-

sive à l’ouest avec la masse principale des effectifs; on.

n’entreprendrait rien contre les Russes avant d’avoir mis leurs alliés hors de cause. |

En 1879, après le traité de Berlin, la situation politique et militaire avait changé. La désaffection de la Russie n'était plus une simple hypothèse: par contre, en cas de rupture, on pouvait compter dorénavant sur le concours de l’Autriche-Hongrie. D'autre part, les progrès de l’armée française s’accentuaient, et elle pouvait s'appuyer, pour la défense du territoire, sur le système fortifié qu'avait créé le général Séré de Rivières et qui remplaçait très avantageusement les places perdues en 1870. Celles-ci, indépendantes les unes des autres, à faible rayon d'action, avaient Joué un rôle plutôt fâcheux pendant la guerre; maintenant l'accès de notre territoire se trouvait intercepté par une barrière solide, presque continue, utilisant les obstacles du sol. Au sud s’allongeait d’abord la ligne des défenses de la Moselle, série de forts assis sur les crêtes de larive gauche, que renforçaient aux deux extrémités les camps retxanchés de Belfort et d’Epinal, organisations à vaste périmôtre, pourvues d'un armement puissant pour l’époque. Au nord, la ligne des Hauts de Meuse s’alignait entre la rive droite du fleuve et la plaine de Woëvre, reliant les camps retranchés de Toul et de Verdun. Ces deux digues laissaient libres deux trouées, celle de Charmes, au centre, entre Epinal et Toul, celle de Stenay, au nord, entre Verdun et la frontière luxembourgeoise. On avait maintenu ces brèches ouvertes à dessein, afin de donner à l'ennemi la tentation d'y passer sans s'être rendu maître auparavant des lignes fortifiées. S'il tombait dans le piège,

Page 1