‹ Le plan de campagne allemand de 1914 et son exécution 1923Chapitre 89 sur 107 · SITUATION GÉNÉRALE DANS LA SOIRÉE DU S SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SITUATION GÉNÉRALE DANS LA SOIRÉE DU S SEPTEMBRE

. Pendant celte Journée du 8 septembre, la physionomie Ù de la bataille, restée encüre dans le vague la veille, s’était précisée. Il devenait manifeste que la poussée des IV° et . V° armées allemandes sur Neufchâteau ne réussirait pas à atteindre son but en temps utile. Au point où en étaient arrivées les choses dans la partie occidentale du champ de bataille, des plaines du camp de Mailly à la forêt . de Villers-Cotterets, il paraissait certain que c'était là que serait obtenue la décision à bref délai, bien avant qu’elle ne pourrait l’être plus à l’est, entre la Marne et la Meuse.

En effet, la situation de l'aile droite allemande (f"°, . IF armées et groupement Kirchbach) subissait une ten- . sion extrémement forte, qui faisait prévoir un dénoue- . ment prochain. Aux deux extrémités de son front, l’avantage était de son côté. À gauche, dans la région de Fère- … Champenoise, elle avait fait plier l’armée Foch et comptait accentuer ce succès le lendemain. A droite, au delà de . l’Ourcq, la journée du 9 s’annonçait encore meilleure. Les » trois quarts du IX° C. À. et la moitié du IIl° se trouvaient déjà sur le flanc de la 6° armée française; la brigade du IV° C. À. R. rappelée de Bruxelles à la fin d'août était . déjà à Verberie et allait déboucher par Baron sur Nanteuille-Haudoin; on pensait ainsi enfoncer l’aile gauche de

l'ennemi, en | repousser les dabris sur le” "centre et la Tant pour jeter dans la Marne les forces du général Maunour, et leur faire subir le sort auquel avait échappé naguère le | corps expéditionnaire britannique sur la Sambre. 4 Ces espérances dont on se flattait à la droite et à l: gauche de l'aile droite allemande ne pouvaient faire illu- 4 sion sur la détresse du centre. La dispersion de la cavalerie … de Richthofen y laissait un vide total, sans un homme pour | 4 arrêter ou même retarder la marche de l'adversaire, sans 4 un bataillon de renfort en vue. Là, la percée était faite l'ennemi pouvait pénétrer sans obstacle par la brèche et. manœuvrer à son gré contre le flanc de Bülow et contre | les communications de Kluck. 1 Au grand quartier général, à Luxembourg, on [ut long à se rendre à l'évidence. Depuis que la lutte avait repris SUT la Marne, Molike s'était abstenu de toute intervention. Pourtant l'offensive générale des Alliés, le 6 septembre constituait un fait nouveau, imprévu, qui avait surpri: l'aile droite allemande au moment où elle entamait le. redressement face à Paris que lui prescrivait la directiv du 4 septembre. à 1 Dans ces circonstances, il semble que le commgndemen 4 suprême eût rempli son rôle en modifiant ses instruction: primitives de manière à les faire cadrer avec l’état d choses actuel, très différent de celui qui les avait inspirées. M S'il estimait ce soin superflu, en tout cas il lui aurait fallu \ coordonner les opérations de ses armées là où l'attaque |. ennemie apportait un trouble visible chez les exéeulanis, | Il n’en fit rien et ne sembla même pas se soucier de se tenir au courant des événements ni de suivre de près les. 1 péripéties de la bataille qui s’annonçait décisive. 4 1 Les renseignements arrivaient tardifs et laconiques. Kluck surtout montrait peu d’empressement à rendre compte avec quelque détail de sa position et de ses intenz

Der, LUS nn

tions. Moltke se contenta d’abord de cette maigre pitance et resta complètement inerte quoique l'offensive de son centre et de son aile gauche, sur laquelle il avait échafaudé sa manœuvre, ne donnât aucun résultat appréciable. Il ne S'inquiéta pas non plus de l'attaque de l’armée Maunoury

dans le flanc de la ligne allemande ni des prélèvements successifs que Kluck opérait au sud de la Marne pour renforcer sa ligne à l’ouest de l'Ourcq. Pendant les G et 7 septembre, le commandement suprême ne manifesia pas son existence par le moindre ordre, par une simple demande d'informations complémentaires.

Tout à coup, le 8 au wmatin, Moltke prit peur. Il reçut Coup sur coup deux mauvaises nouvelles qui secouèrent enfin un peu sa torpeur. C'était d’abord un message de Bülow envoyé à 4 h. 45 et ainsi conçu :

« Positions maintenues jusqu'à présent contre forces supérieures. Le 8, aile gauche renouvellera attaque, soutenue par deux divisions saxonnes. Par suite pertes très élevées capacité de combat de IF armée ne représente plus que celle de trois corps ».

Ce message était moins inquiétant par ce qu'il disait que par ce quil laissait entendre. Au commencement de la bataille, la Il armée comptait quatre corps d'armée, dont l'un, Le VIf’, incomplet; sa réduction à trois corps d'armée après deux jours de combats continus et acharnés n'avait rien en soi d’exagéré. Mais pour qui a quelque expérience des comptes rendus d'opérations, il est clair que lorsqu'un chef annonce avoir maintenu ses positions Jusqu'à présent, c’est qu'il envisage déjà l'éventualité d'un repli, et que lorsqu'il parle de la supériorité des forces adverses et de la diminution des siennes, c’est qu’il prépare des excuses à sa retraite. Le texte de ce télégramme prenait un carac- tère encore plus alarmant si on le rapprochait des indica- . tions déjà fournies par Bülow et d’ailleurs confirmées par

Kluck, Fabre lesquelles le terrain entre Montmirail et

Meaux s'était vidé de troupes allemandes.

: Moltke et son état-major en étaient là de leurs réflexions

quand leur poste de T. S. F. intercepta un radio émis par

la D. C. de la Garde faisant connaître que l’ennemi avait

forcé la ligne du Petit Morin et que le corps Richthofen

se retirait derrière celle du Dolloir. Cette retraite signifiait que le front était rompu entre les I" et Il° armées.

En une aussi grave conjoncture Moltke sentit qu'il lui fallait tout de même s'occuper un peu de ce qui se passait et orienter ses subordonnés dont la divergence d'action s’accusait de plus en plus. Seulement, pour orienter les autres, il convient d'abord d’être orienté soi-même et à Luxembourg on ne l'était guère. On savait, par les lamentations de Bülow, que la IT° armée ne pourrait rien opposer aux forces alliées si celles-ci, après avoir pénétré dans

la trouée, se rabattaient à l’est; mais on ignorait si Kluck

se trouverait en mesure de . résister, au cas où elles

se rabattraient à l'ouest. Le commandant de la I armée avait-il arrêté les IF et IX° C. A. sur la Marne? S'était-il

constitué des réserves avec des unités tirées du front de l'Ourcq? Il n’en avait rien dit, on n'avait pas insisté pour être mis au courant. De cetie abstention réciproque il résultait que Le commandement suprême était dans l’incapacité de prendre une décision faute de connaître la situation réelle. Un général en chef doué de tant soit peu d'activité eùt sauté dans une automobile et couru à toute vitesse aux quartiers généraux des armées de l'aile droite pour se renseigner et prendre un parti sans délai. Moltke préféra y déléguer un officier de son état-major, le lieutenant-colonel Hentsch.

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