En 1917, en Roumanie
2. Les témoignages concordent à représenter Hentsch comme l'inspira-
. teur ou du moins le confident le plus écouté de Moltke. Voir, notamment, Siürgkh, Loc. cit., page 24,
que le 5 ne Un. il avait été envoyé sur le Îr ù pour prêcher les vertus de l'instruction générale du ke persuader aux commandants d'armée d’en exécuter les dispositions. 4 Quand on reçut au HR quartier général, le 8 au matin, les nouvelles qui ne laissaient aucun doute sur la fâcheuse tournure que prenaient les affaires au centre de l'aile droite, Moltke résolut d'envoyer une seconde fois Hentsch aux armées et lui donna des instructions à ce sujet en présence du chef de la section des opérations, le lieutenant-colonel Tappen, et d’un autre officier de l'étatmajor, le lieutenant-colonel von Dommes. Chose incroyable, ces instructions ne furent pas consignées par écrit et Henisch se mit en route sans avoir même un papier l'ac- 4 créditant et indiquant l’objet de sa mission. On en est done réduit pour connaître la vérité aux affirmations des ESF eUnES qui assistaient à la conversation du 8 ol |
Tappen prétend que les instructions données à Hentsch le chargeaient seulement « au cas où des mouvements rétrogrades auraient déjà été entamés, d'essayer de les. diriger de manière à combler le vide existant entre les I” et Il° armées ». 7 Ces deux textes sont bien différents l’un de l'autre. Quoiqu'il en soit, Hentsch se mit en route aussitôt pr cet entretien, vers 11 heures. Il se rendit d'abord aux quartiers généraux des V°, IV° et IT armées; il y trouva tout le monde plein de confiance, surtout à la II° armée, où on était encore sous l'impression des succès remporlés dans la matinée par le groupement Kirchbach; il rendit. compte télégraphiquement à Luxembourg en ces termes à
‘ = 4 1 ÿ à Se ; = ; ; BATAÏLLE DE LA MARNE. — (CRISE ET DÉNOUEMENT 283
« Situation et élat d'esprit tout à fait satisfaisants à la III° armée ».
De Châlons-sur-Marne, où il avait expédié ce message, Hentsch alla à Montmort, quartier général de la Il: armée. Le premier spectacle qui frappa son regard à l’arrivée fut
celui des fourgons de l'état-major que l’on déchargeait. Le détachement du train du quartier général avait en effet reçu l’ordre de déménager, puis contre-ordre et exécutait ce conire-ordre. Il était 20 heures. Bülow et le premier échelon de l'état-major se trouvaient encore au poste de commandement, à Fromentières, mais ils en revinrent peu après et aussitôt rune conférence réunit Hentsch, Bülow, son chef d'état-major Lauenstein et le lieutenantcolonel Matthes, officier le plus ancien de l'état-major.
« On m'orienta sur la situation, dit Hentsch dans le rapport qu'il établit après à son retour à Luxembourg, et on me dit que l’aile gauche de l’armée avait progressé, mais que son aile droite, qui s’étendait par Montmirail vers Chézy,avaitdü rester sur la défensive, ne contenant l’adversaire qu'avec peine. L'intention de l’armée était de maintenir ses positions le lendemain et elle pourrait le faire si elle ne se voyait pas enveloppée. Ce qui gâtait tout e’était que la [° armée se trouvât si loin, ce qui ouvrait entre les deux armées une vaste brèche, bouchée difficilement avec de la cavalerie et des chasseurs. On avait à plusieurs reprises invité la 1° armée à se rapprocher et à combler la brèche. |
Pendant qu'on me mettait au courant arriva un compterendu annonçant que l'aile droite avait été tournée au refoulée et qu'il fallait la replier derrière la Verdonnelle?. Il s’ensuivait que le trou entre les E'° et IT armées aug-
4: Ce rapport est daté du 15 septembre, soit cinq jours après le retour de Hentsch à Luxembourg. 2, Ruisseau qui passe à Margeny.
mentail encore de 15 kilomètres. La Il° armée 1 n avait plus de troupes disponibles. | Je rendis compte au grand quartier général : « <tuton à la I[° armée sérieuse, mais non désespérée ». + Dans la soirée du 8 septembre, on ne prit done pas encore | la résolution de battre en retraite au quartier général de la Il armée, mais Bülow avait déjà été plusieurs fois sur le point de la prendre’, et, s’il ne le fit pas alors, c’est qu'il espérait encore que Kluck profiterait de la nuit pour se
reporter à l’est de l’Oureq. En attendant, pendant que l'aile
droite de la Hl° armée s'’établissait défensivement sur la
ligne Margny-le Thoult, le centre et la gauche recevaient M
l'ordre d'attaquer le lendemain, en liaison avec le groupement Kirchbach, dans la direction générale de Sézanne. Le 9 septembre, dès 6 heures, Hentsch se retrouvait, dans le parc du château de Monimort, avec Lauenstein et Matthes. Bülow n'assistait pas à se second entretien; Lauenstein est mort sans en avoir laissé aucune relation et - Matthes n’a rompu le silence que pour déclarer qu'il ne s'en souvenait pas bien. On ne peut donc savoir ce qui s’est.
passé que par le rapport de Hentsch du à septembre, … document unilatéral, il est vrai, maïs écrit à un momentoù son auteur n’était accusé de rien par personne et n'avait
aucun motif de farder la vérité. Voici comment il raconte J sa conversation avec le chef d'état-major de Bülow :
Le lieutenant-général von Lauenstein me dit, en. présence du lieutenant-colonel Malthes, que la Il° armée.
resterait en position, mais à la condition expresse que la … I'° armée rompît le combat aussitôt et se rapprochât de la « [f. Comme j'objectais que la I" armée ne serait peut-être 4
pas en état de le faire, S. Exc. von Lauenstein estima qu’en …
1. On a plusieurs témoignages qui en font foi, notamment éoit du général von Einem, commandant 16 VIT: C, TAC
Ni hu
ce cas la retraite derrière la Marne, puis derrière la Vesle, s'imposerait et j'exprimai le même avis. Il fut convenu que, après avoir pris connaissance de la situation de Ja 1° armée, je lui indiquerais, comme direction générale, celle de Fismes. »
De ce texte, dont la dernière phrase n’est pas absolument claire, il ressort cependant que Hentsch se rendait à la F° armée pour la sommer, en quelque sorte, de reprendre contact sur le champ avec la droite de la [T° armée ; si elle ne le voulait ou ne le pouvait pas, Les deux armées devaient se replier sur la Vesle.
L'ouvrage de Bülow "donne la même impression. Après avoir résumé la situation le 8 au soir, il ajoute :
« Dans ces conditions, il fallait compter avec la probabilité de la percée d'importantes forces ennemies, si la ['° armée ne se décidait pas, au dernier moment, à se reporter dans la direction de l’est et à reprendre Le contact avec la Il° armée... Aussi, lorsque, dans la matinée du 9 septembre, de nombreuses colonnes ennemies franchirent la Marne éntre la Ferté-sous-Jouarre et Château-Thierry, il ne subsista plus aucun doute sur le fait que la situation stratégique et tactique rendait inévitable la retraite de la ["° armée et que la Il° armée devait aussi se replier pour ne pas être complètement enveloppée par sa droite. »
Ce passage indique aussi que la décision de battre en retraite n’a été prise qu'après la constatation du passage de la Marne par les Alliés, par conséquent après la conversation qui eut lieu à Montmort, puisque Hentsch quitta le quartier général à 7 heures et que le renseignement d'aviation qui informa Bülow du passage de la Marne par les Alliés y parvint à 10 heures seulement.
Hentsch partit donc à 7 heures. De Montmort à Mareuilsur-Ourcq, où le quartier général de la [°° armée s’installait ce matin même, la distance est d’un peu moins de 80 kilo-
nôtres a l'itinéraire le re direct. On poiviit. doie espérer avoir une réponse à la EF arinée dans trois heurés à environ. Mais, à la güerre, souvent les étäts- -majors pro- À posént et les incidents de la bataillé disposent. Héntsch trouva les routes encombrées par les convois où menacées par les pointes de la cavalerie anglaise. Après dé nombreux « détours, il n’atteignit Märeuil que cinq héurés et demie après être parti de Moütmort:
Entré temps les événements avaient ri ee D. Gi de la Garde s'était repliée dans la nüi sur celle du Surmelin, livrant aux Alliés les Füutés coke sant à Chézy ét à Châtéau-Thiérry. Le 18° C. A. français et le C. C. Conneau s’y étaient engagés. À eur gauche les 41” et 2 C. À. britanniqués, précédés dé li cavalerie du général Allenby, se. disposaient à frañchir la Maïne éñtre Nogent-l’Artaud et Saacy. Ils avaient été aperçus par lé lieutenant aviateur Bérthold qui en avisa | aussitôt l’état-mdjor de la Il° armée, sighälänt que qüatie longues colonies éfinemies atieignaienit par léurs têtes, à 9 hGures, Näñteuil-sur-Märné, Citry, Pavänt et Nogenil’Artaud. Gé renseigheïent, réçu à 10 heures, détériina Bülow à ne pds altendre davantage et à donner l’ordre de retraite à Son ärmég ainsi qu'au grotpément Kirehbach, qui pourtant rélévait de [à IF. |
Quand Héntsch arriva vérs midi et déni à Mäfeuil, il n'y trouva qué le chef d'état-major, Kukl. Kluék était sur 16 terrain. À ce ioment, la situation de la 1° armée, telle qu’on là connaissait au quartier géhéral, se e présentait de là manière Suivañte :
Le front sud, le long dé là Marne, étédait de Coñgis à Chamigny (8 kiloiètres éh amont de là Ferté-sous-. Jouarre). Lés crêtes à l'ouest de Värreddés avaient été évacuées pendätit la nuit du 8 au 9 par la HE D. L ; Qüi, conformément à l'ordré donné par Kluck, s'étäit repliée
BATAILLE dE: fi Mann, — CRISE ET DÉNOUEMENT 287
. “tt la lighé Etrépilly-Congis. Ee 117 0: Gi (IX pic EF D.C. et cinq bataillons de chasseurs) tenait le cours de la Marné depuis Ussy jusqu'à Chämigny contre le . HEC. À. britannique, qui ne s’employait que très molle- . ment à forcer le passage, mais au delà de Chamigny la vallée de la Marne n’était pas défendue. La brigade Kraewel restait groupée à Montreuil-aux-Lions, la V° D. C. à Marigny-en-Orxois. Il n’y avait même pas une patrouille aux ponts pour signaler l'approche de l’ennemi.
Le commandant de la 1 armée n’apprit la présence des Anglais sur la Marne qu'à 10 h. 1/2, non par ses propres . éléments d'observation, Inais en captant un radio de la D. C. de la Garde adressé à la [T° armée et annonçant qu’une forte colonne d'infanterie et d'artillerie adverse passait la Marne à Charly. Or de Charly à l'Ourcq il y a moins de 20 kilomètres et on ne disposait que de la brigade Kraewel (6 bataillons et 2 groupes d'artillerie) pour barrer ja route à l’ennemi. Si la gauche de la ligne allemande à l’ouest de l’Ouréq restait en place de Congis à Acy-en- Multien, elle courait le risque d’être canonnée dans le dos avant la fin de la journée par l'artillerie britannique. Il fallait aviser, en présence de ce danger qui menaçait depuis si longtemps et que la I" armée avait toujours volontairement méconnu. | A 11 h. 30, Kluck donnait l’ordre au général von Linsingen de porter la V° D. Î., restée en réserve au nord-ouest de Trocy, sur Dhuisy, pour Joindre ses efforts à ceux dela brigade Kraewel contre les colonnés britanniques débou- chant de la Mäïne. Il lui prescrivit aussi de replier la gauche de sà ligne de combat én la faisant pivotér autour d'Acÿ-én-Muliien de manière à la refofmér fâce au sud, à cheval sur l'Ourcq, entre Acy-en-Multien et Coulombs. On abandonnait donc le plateau de Trocÿ, si âprernent disputé pendant plus de trois jours.
À l'aile droite de la I" armée, la VE D. FE. s'était déployée à hauteur de Cuvergnon, mais attendait pour s'engager que le IX° C. A. parüt à sa droite. Celui-ci, à midi, n'avait pas encore débouché de la forêt de Villers-Cotterets qu'il
T° . ÿ FE F