QUATRIÈME SOUS-PLAN ; LE QUATRIÈME CIEL
C^est le plus élevé des niveaux « roupa »; les. activités en sont si variées qu’il est difficile de leur trouver un caractère commun. Peut-être pourrait-on former quatre divisions principales : la recherche désintéressée des connaissances spirituelles, la pensée philosophique ou scientifique élevée, les talents littéraires ou artistiques exercés avec altruisme, le service dont le seul mobile est la joie de servir. Quelques exemples de chacune de ces classes en fera mieux comprendre la définition exacte.
La population de ce sous-plan se recrute naturellement presque en entier parmi les religions qui reconnaissent la nécessité d’acquérir les connaissances spirituelles. Le lecteur se souviendra que sur le sixième sous-plan nous trouvâmes de nombreux Bouddhistes dont la religion avait pris, en général, le caractère de dévotion éprouvée pour leur grand chef envisagé dans sa personnalité. Ici, au contraire, nous trouvons des sectateurs plus intelligents, dont l’aspiration suprême était de recevoir les leçons du Maître, assis à Ses pieds, et qui voyaient en Lui un Instructeur plutôt qu’un objet d’adoration.
Or, dans la vie céleste, ce vœu suprême est réa-
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lisé ; ils reçoivent véritablement les leçons du Bouddha ; Timage qu’ils se sont formée de Lui n’est pas une forme vide, car elle est véritablement illuminée par la sagesse, la puissance et Tamour merveilleux du plus grand des Instructeurs de ce monde. Ils acquièrent donc des connaissances nouvelles et leur horizon intellectuel s’élargit, ce qui aura nécessairement, dans leur prochaine existence, les conséquences les plus importantes. Peut-être ne se rappelleront-ils pas les faits individuels appris dans le passé, (faits dont ils s’empareront néanmoins avec avidité quand ils les retrouveront dans une vie future et dont ils reconnaîtront intuitivement la vérité), mais l’enseignement reçu aura communiqué à l’Ego une tendance prononcée à envisager tous ces sujets d’une manière plus large et dans un esprit plus philosophique.
Une semblable vie céleste ■— on le comprendra sans peine — hâte nettement et incontestablement l’évolution de l’Ego. Ici encore nous apparaît l’avantage énorme réalisé par ceux qui se sont laissé guider par des instructeurs véritables, vivants et puissants.
Nous retrouvons ce genre d’instruction, sous une forme moins développée, dans les cas où un écrivain vraimen tgrand et spirituellement développé est devenu pour un étudiant une personna-
lité vivante, un ami faisant partie de sa vie mentale — une figure idéale toujours présente dans ses rêveries. Un auteur comme celui-là peut figurer dans la vie céleste de Télève et, parce que sa propre âme est hautement évoluée, animer Timage mentale qui a été formée de lui ; il peut, grâce à ces circonstances favorables, jeter des lumières nouvelles sur les enseignements contenus dans ses propres ouvrages et amener le lecteur à en découvrir le sens profond.
Parmi les Hindous, beaucoup de ceux qui suivent le Sentier de la sagesse trouvent sur ce plan leur vie céleste ; du moins si leurs instructeurs étaient des hommes de savoir véritable. Quelquesuns des Soufis et des Parsis les plus avancés sont également sur ce plan. Nous y trouvons encore certains des Gnostiques les plus anciens, dont le développement spirituel leur a valu un séjour pro. longé dans cette région céleste. Mais, sauf ce nombre relativement restreint de Soufis et de Gnostiques, ni le Mahométisme, ni le Christianisme ne semblent faire atteindre ce niveau à leurs sectateurs, bien que certaines personnes, appartenant de nom à ces deux religions, puissent être portées jusqu’à ce sous-plan, grâce à la présence dans leur caractère de qualités indépendantes des enseignements particuliers à leur religion.
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Nous trouvons encore dans cette région des étudiants en occultisme, sérieux et dévoués, qui [ ne sont pas encore assez avancés pour avoir acquis le droit et le pouvoir de renoncer en faveur du monde à leur vie céleste. Dans leurs rangs se trouvait un homme qui, de son vivant, avait été personnellement connu de certains de nos investigateurs ; c'était un moine Bouddhiste. Il avait étudié la Théosophie avec ardeur et longtemps avait aspiré au privilège d'être instruit un jour directement par les Adeptes qui l'enseignent. Dans sa vie céleste le Bouddha tenait la première place, tandis que les deux Maîtres plus spécialement en rapport avec la Société Théosophique apparaissaient comme Ses lieutenants, enseignant et commentant Sa doctrine. Ces images étaient toutes trois imprégnées de la puissance et de la sagesse des grands êtres qu’elles représentaient. Le moine recevait donc bien, en réalité, sur des sujets occultes, des leçons dont l’effet sera très probablement de l'amener dans son incarnation prochaine au Sentier de l'Initiation.
Un autre exemple pris dans nos rangs et sur ce même niveau, montrera les conséquences terribles de soupçons injustes et sans fondement. Il s'agissait d'une personne qui, s'étant donnée à l'étude avec zèle et abnégation, avait malheureusement, vers la fin de sa vie, conçu à l'égard de
sa vieille compagne et amie M“® Blavatsky, dont elle avait reçu les leçons, une défiance indigne et sans motif. On ne pouvait constater sans tristesse à quel point ce sentiment la privait des influences et des enseignements supérieurs dont elle aurait joui durant sa vie céleste. Non pas que ces influences et ces enseignements lui fussent en aucune façon refusés, car ceci ne peut jamais arriver; mais sa propre attitude mentale la rendait jusqu’à un certain point réfractaire à leur action. Elle était naturellement bien loin de s’en douter et croyait goûter les joies d’une entière et parfaite communion avec les Maîtres. Et cependant il était évident pour les investigateurs que, sans les regrettables limitations qu’elle s’était ainsi imposées, elle aurait retiré de son séjour sur ce niveau des avantages beaucoup plus marqués . A sa portée se trouvait un trésor, pour ainsi dire infini, d’amour, de force et de savoir, mais son ingratitude lui en fermait presque entièrement le chemin.
Il y a d’autres Maîtres de la Sagesse que neux qui dirigent notre mouvement et d’autres écoles d’occultisme dont les études, en général, sont analogues aux nôtres ; aussi rencontre-t-on fréquemment leurs élèves sur ce sous-plan.
Si nous passons maintenant à la division suivante, celle de la pensée philosophique et scienti-
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fique élevée, nous y trouvons beaucoup de ces penseurs plus nobles et plus désintéressés qui ne cherchent à pénétrer rinconnu et à résoudre les problèmes que pour éclairer et aider leurs semblables. Nous ne rangeons point parmi les philosophes certains hommes — en Orient comme en Occident — qui perdent leur temps en raisonnements verbeux et en arguties. Jamais ce genre de discussion, ayant pour mobiles Tégoïsme et la vanité, ne pourrait aider à comprendre les faits de Tunivers. Comment des discours aussi superficiels produiraient-ils des résultats capables de se développer sur le plan mental ? . /
Parmi les véritables hommes d’étude rencontrés sur ce sous-plan, il en est un qui se rattachait dans les temps modernes à l’école néo-platonicienne et dont les annales de son époque nous ont heureusement conservé le nom. Ici-bas sa vie s’était résumée en un long effort pour assimiler les enseignements de cette école et maintenant son existence céleste se passait à en pénétrer les mystères et à en saisir les rapports avec la vie et le développement humains.
Citons encore un astronome dont les croyances, tout d’abord orthodoxes, semblent s’être élargies jusqu’au Panthéisme. Durant sa vie céleste, il poursuivait ses études avec un respect religieux et, sans aucun doute, recevait les leçons de ces
grandes hiérarchies de Dévas pour lesquelles, sur le plan physique, le majestueux mouvement cyclique des puissantes influences stellaires s'exprime, en apparence, par l’éclat toujours changeant d’une lumière vivante qui ne connaît point d'obstacles. Perdu dans la contemplation d’un immense panorama de nébuleuses tourbillonnantes, de systèmes et de mondes en cours de formation, il semblait vouloir attribuer à l'univers une forme, celle d'un énorme animal. Ses pensées l'environnaient • c’étaient des formes élémentales qui se présentaient à lui comme des étoiles. Sa grande joie consistait à écouter la musique, au rythme solennel, dont les globes mouvants faisaient résonner les chorals formidables.
Le troisième mode d'activité pouvant s’exercer sur ce niveau est ce genre d’effort artistique et littéraire dont l’inspiration principale est le désir d’élever et de spiritualiser la race humaine. Nous trouvons ici tous nos plus grands compositeurs : Mozart, Beethoven, Bach, Wagner et d'autres avec eux, répandent encore à travers le monde céleste des flots d’harmonie plus merveilleux que leurs chants terrestres les plus sublimes. Des régions supérieures, un fleuve immense de musique divine semble venir se déverser en eux, spécialisé en quelque sorte à leur usage; ils se l’approprient, puis le renvoient au loin, comme une
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puissante marée musicale qui intensifie la béatitude de tous. Si les personnes pleinement conscientes sur le plan mental peuvent entendre distinctement et goûter ces accents magnifiques, les entités désincarnées dont chacune, sur ce niveau, est environnée de son cortège particulier sont, elles aussi, extrêmement sensibles à Tinfluence de cette mélodie puissante qui les élève et les ennoblit.
Les peintres et les sculpteurs qui toujours ont exercé leur art dans un esprit généreux et désintéressé ne cessent de créer et d’émettre, pour ravir et encourager leurs frères, mille formes admirables, simples élémentals artificiels, enfants de leur pensée. Tout en causant un plaisir extrême à tous ceux qui vivent entièrement sur le plan mental, ces créations ravissantes peuvent très souvent être saisies mentalement par des artistes encore en possession d’un corps physique ; elles les inspirent et peuvent ainsi être reproduites icibas, pour élever et ennoblir cette partie de l’humanité qui se débat dans le tourbillon de l’existence terrestre.
Une touchante et belle figure se fît remarquer sur ce plan, celle d’un jeune garçon qui, autrefois choriste, était mort à l’âge de quatorze ans. La musique et un enthousiasme juvénile pour cet art possédaient entièrement son âme, avec la
conviction profonde que, tout en exprimant les aspirations religieuses de la multitude qui se pressait dans une immense cathédrale, il lui transmettait à flots les encouragements et les inspirations célestes. L’enfant savait chanter ; là se bornait son instruction ; mais il avait fait de ce grand don un noble usage, s’efforçant de personnifier la voix du peuple s’élevant vers le ciel et la voix du ciel descendant vers le peuple. Son unique désir était de mieux connaître la musique et de la rendre dhine manière plus digne de l’Église. Or, dans le monde céleste son désir portait des fruits. Vers Tenfant se baissait l’étrange et anguleuse figure d’une sainte Cécile du moyen âge dont l’image, empruntée à un vitrail, était reproduite par sa pensée aimante. Extérieurement cette image représentait, sous des traits grossiers, une légende ecclésiastique d’une authenticité douteuse ; mais elle servait de voile à une vivante et glorieuse réalité. L’un des puissants archanges appartenant à la hiérarchie céleste du chant vivifiait la forme-pensée naïve et, par elle, enseignait à l’enfant des accents plus sublimes que tous les chants de la terre.
Sur ce niveau pouvait encore se voir une épave de la vie terrestre - car l’existence d’ici-bas laisse parfois des traces étranges, même dans les demeures célestes. Dans un séjour où le souvenir des
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êtres aimés évoque leur présence affectueuse et leur sourire, cet homme pensait et écrivait dans la solitude. Il avait jadis entrepris d’écrire un ouvrage considérable et refusé de prostituer sa plume à de vils travaux mercenaires qui auraient assuré son pain quotidien. Mais il ne trouva pas de lecteurs et traîna une vie errante et misérable, jusqu’au jour où il mourut de chagrin et de misère. Toujours solitaire, il n’avait eu dans sa jeunesse ni amis ni famille ; parvenu à l’âge d’iiomme, il n’avait su travailler qu’à sa guise, repoussant toutes les influences qui eussent élargi ses idées concernant l’avenir de l’humanité et le paradis terrestre qu’il aspirait à donner à ses semblables.
Maintenant, dans la vie mentale, ne paraissait aucun êtr^ secourable qu’il eût aimé ici-bas, comme un modèle personnel ou comme un idéal.
Néanmoins, absorbé dans ses pensées et dans ses travaux littéraires, il avait sous les yeux l’Utopie de ses rêves, pour laquelle il avait voulu vivre et, dans leur collectivité, les innombrables foules qu’il avait voulu servir ; la joie de les voir heureuses inondait son âme et transformait sa solitude en un séjour céleste. Quand il reviendra sur la terre, il possédera sans doute, avec le don de les concevoir, la faculté de réaliser ses pensées philanthropiques et la vision céleste se traduira
partiellement par des vies terrestres plus heureuses.
Sur ce niveau du monde mental, se rencontraient aussi beaucoup de personnes qui s’étaient consacrées au service d’autrui, parce qu’elles sentaient le lien de la fraternité humaine, et qui avaient servi leurs semblables pour la joie de servir, sans la préoccupation de plaire à une divinité quelconque. Éclairées par une lumière intellectuelle puissante et par une calme sagesse, elles s’appliquaient à former d’immenses projets humanitaires, des plans de réforme magnifiques, tout en acquérant la faculté qui leur permettra de les réaliser un jour ici-bas sur le plan de l’existence physique.