LA RÉALITÉ DU MONDE CÉLESTE
Certains critiques, ayant très imparfaitement compris les enseignements de la Théosophie concernant la vie future, ont parfois objecté que la vie de l’homme ordinaire dans le monde céleste inférieur n’est, en somme, que rêve et illusion. Se croit-il heureux au sein de sa famille ou avec ses amis, met-il ses projets à exécution avec une joie et un succès auxquels rien ne manque, il n’est eu réalité que la victime d’une cruelle illu-
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sion. On oppose parfois à cette félicité imaginaire ce qu’on appelle «la solide objectivité » du ciel promis par l’orthodoxie. Il y a deux manières de répondre à cette critique. Quand nous étudions les problèmes de la vie luture^ il ne s’agit pas de savoir laquelle des deux hypothèses en présence nous serait la plus agréable, (c’est en somme une question de goût), mais plutôt de déterminer quelle est la vraie. D’autre part, un examen plus attentif de la question nous montrera que les partisans de la théorie de l’illusion se placent à un point de vue très faux et qu’ils n’ont absolument pas compris les faits.
Tout d’abordj rien n’est plus facile, pour les personnes qui ont acquis cette faculté, de pouvoir de leur vivant passer en pleine conscience sur le plan mental ; leurs investigations sur ce plan concordent parfaitement avec les indications que les Maîtres de la Sagesse nous ont données par la grande fondatrice de notre Société, par notre instructrice, M“® Blavatsky. Voilà qui supprime du premier coup la théorie de « la solide objectivité » dont nous parlions tout à l’heure. A nos amis orthodoxes à fournir leurs preuves. En second lieu, si l’on soutient que sur les niveaüx inférieurs du monde céleste Thomme ne connaît pas encore la vérité tout entière et que, par conséquent, l’illusion y règne toujours, nous l’admettons sâns
hésiter. Mais en général nos critiques Tentendent tout autrement. La plupart sont effrayés à Fidée que la vie céleste sera plus illusoire et plus inutile que la vie physique. Or rien n’est plus contraire à la réalité des faits qu’une notion semblable.
Mais, dira-t-on, si sur le plan mental nous créons nous-mêmes notre entourage, nous ne pouvons voir qu’une très petite partie de ce plan. Ici-bas, répondrons-nous, le monde dont nous sommes conscients n’est jamais la totalité du monde extérieur, mais seulement cette partie que nos sens, notre intellect et notre éducation nous permettent de percevoir. Il est bien certain que, pendant l’existence terrestre, l’homme de développement moyen n’a sur tout ce qui l’entoure que des notions erronées — creuses, imparfaites à maints égards. Que sait-il des grandes forces — éthérique, astrale, mentale — masquées par tout ce qu’il voit, mais en formant la partie la plus importante ? Que sait-il, en général, même des faits physiques moins apparents qui l’entourent, le rencontrent à chaque pas ? En réalité il vit, icibas comme dans le règne céleste, dans un monde dont il est, dans une large mesure, le créateur. Il ne s’en doute pas plus ici que là, mais son ignorance en est la seule cause ; il fait ce qu’il peut.
Dans le ciel, objecte-t-on encore,l’homme prend
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ses pensées pour des réalités. Je répondrai qu’il fait bien. Ses pensées sont en effet des réalités. Sur le plan dont il s’agit, c’est-à-dire sur le plan mental, nulle réalité en dehors de la pensée. Làhaut cette grande vérité nous apparaît évidente ; ici-bas c’est le contraire. Sur lequel des deux plans l’illusion est-elle donc la plus grande ? Ces pensées, dans le monde céleste, sont bien des réalités et sont capables de produire sur les gens en vie qui nous entourent les effets les plus marqués — effets qui ne peuvent être que bienfaisants, car les pensées aimantes peuvent seules subsister sur un plan aussi exalté. Pour soutenir la théorie que la vie céleste est illusoire, il faut donc avoir mal compris la question ; c’est montrer une certaine ignorance des conditions et des possibilités de cette vie. Plus nous nous élevons et plus nous nous rapprochons de l’unique réalité : voilà le fait.
Pour mieux comprendre combien la période supérieure de la vie humaine est réelle et à tous égards naturelle^ le commençant fera peut-être bien de la regarder simplement comme la conséquence du séjour fait auparavant sur les deux plans inférieurs. Nous savons tous que jamais ici-bas notre idéal le plus élevé n’est atteint, que jamais^ nos aspirations les plus hautes n’y sont entièrement satisfaites, si bien qu’à cet égard il
semble qu’il y ait des efforts iilutiles et de Ténergie perdue. Mais nous savons que ceci est impossible, car la loi de la conservation de Ténérgie règne sur les plans supérieurs absolument comme sur les autres. L’énergie spirituelle émise ne peut, pendant la vie terrestre, réagir sur son auteur que dans une faible mesure, car nos principes supérieurs sont incapables de répondre à ces vibrations infiniment plus hautes et plus subtiles avant d’être délivrés de leur prison charnelle. Mais la vie céleste commence et l’énergie accumulée se répand immédiatement au dehors, obéissant à l’inévitable réaction exigée par la justice éternelle. Comme l’a dit Browning en des vers grandioses :
Aucun bien ne se perdra jamais. Ce qui était ne cessera d'exister / — Le mal est nul, le mal n'est point ; cest le silence impliquant le son. — Ce qui était le bien restera le bien, d'autant meilleur que le mal est plus grand. — Sur la terre les arcs brisés ; au ciel lé cercle parfait.
Tout le bien que nous avons voulu, espéré, rêvé, prendra corps ; — ce ne sera pas son image, ce sera lui-même. — Nulle beauté, nul bien, nulle force, — dont le chant s'est élevé en nous, qui ne survive pour le mélodiste — quand Véternité confirmera la conception d'une seule heure.
L'idéal qui paraissait trop haut, l'héroïsme
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impossible ici-bas — Vardeur qüi abandonnait la terre pour se perdre dans le ciel — sont une musique envoyée vers Dieu par l’amant et par le poete,
il suffit qu’une seule fois Dieu l’ait entendue i
nous l'entendrons un jour.
Notez aussi qüe la manière dont la nature a combiné les conditions de la vie posthume est absolument la seule qui puisse lui permettre de faire éprouver à chacun la plus grande somme de bonheur dont il soit susceptible; Si la félicité céleste h’offràit qu’un type unique, comme le voudrait la théorie orthodoxe^ il y aurait toujours des personnes qui s’en fatigueraient et d’autres qui ne pourraient en jouirj soit que leürs goûts les portassent dans une direction différente, soit qu’elles y füssent mal préparées par leur éducation passée. Faut-il ajouter que, si la vie céleste devait durer éternelletnent, il y aurait une injustice flagrante à récompenser d’une manière uniforme tous ceux qui y parviennent. Sans tenir compte de leur mérite personnel ?
Pour les parents et les amis, il est difficile d'imaginer rien d’aussi satisfaisant. Si le défunt pouvait suivre dans ses fluctuations la fortune des amis restés ici-bas, tout bonheur lui serait impossible ; si, d’autre part, ignorant ce qui leur advient, il devait attendre leur mort aVant de les retrouver, une période d’attente pénible, souvent
prolongée pendant bien des années, lui serait imposée ; sans compter que, très souvent, l’ami serait si changé qu’il n’éveillerait plus la même sympathie.
Grâce aux sages dispositions prises par la nature, toutes ces difficultés sont évitées ; l’homme détermine lui-mêmè le caractère et la durée de sa vie céleste par les causes qu’il a générées pendant sa vie terrestre ; il obtient donc infailliblement la quantité qu’il a méritée et la qualité de joie qui convient le mieux à son tempérament. Ceux qu’il aime le plus ne le quittent jamais et ne lui montrent que le côté le plus noble et le plus élevé de leur nature ; enfin nulle ombre de désaccord ou de changement ne peut s’élever entre eux, puisqu’il reçoit toujours de ses amis exactement ce qu’il désire. Oui, la réalité est infiniment supérieure à tout ce que l’imagination humaine a pu nous offrir à sa place. Et comment s’en étonner ? Ces spéculations représentent l’idée que l’homme se fait d’une existence parfaite, mais la vérité est l’idée Divine.