LE MILIEU
Les premières impressions éprouvées par le pupille lorsqu’il pénètre, pleinement conscient, dans le plan mental, sont donc, habituellement, un bonheur intense, une vitalité indescriptible, une force prodigieusement accrue et la confiance parfaite qui en résulte. Que voit-il quand, mettant en jeu ses facultés nouvelles, il étudie le milieu où il est placé? Il se trouve immergé dans ce qui lui semble être tout un univers de lumières, de couleurs et de sons toujours changeants, comme jamais, dans ses rêves les plus audacieux, son imagination n’en a conçu l’idée. Ici-bas, en vérité, les gloires du monde céleste sont des choses « que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a
point entendues et qui ne sont point venues dans Tesprit de Thomme » (1), et celui qui en a fait une seule fois l’expérience regardera toujour^e monde d’un œil très différent. Mais cette expérience a si peu de rapports avec nos connaissance s du monde physique qu’en essayant de la décrire par des mots l’auteur éprouve un curieux sentiment d’impuissance, étant absolument incapable, non seulement d’être à hauteur de sa tâche, car dès le commencement il en a perdu tout espoir, mais encore de donner la moindre idée du monde céleste à ceux qui ne l’ont pas eux-mêmes contemplé.
Imaginez-vous, éprouvant la béatitude profonde et l’extraordinaire augmentation de force que nous venons de décrire, flottant dans un océan de lumière vivante, entouré de toutes les variétés de beauté pouvant s’exprimer par la couleur et par la forme. Le spectacle se modifie à chacune des ondes mentales projetées au dehors. A vrai dire — et l’observateur s’en aperçoit bientôt — ce n’est là que l’expression de sa pensée dans la matière du pian et dans son essence élémentale. Cette matière est de la même nature que celle dont le corps mental est lui-même composé ; aussi, quand se produit la vibration des particu-
(1) 1 Cor., Il, 9.
CARACTÈRES GENERAUX
les du corps mental appelée pensée, elle gagne immédiatement la substance mentale environnante, y éveille des vibrations synchrones, tandis qu'elle se reflète avec une fidélité absolue dans f essence élémentale. Les pensées concrètes prennent naturellement la forme de leurs objets ; les pensées abstraites, au contraire, sont généralement représentées par toutes sortes de formes géométriques, d’une perfection et d’une beauté extrêmes. Ne l’oublions pas cependant ; beaucoup de pensées qui ne sont guère ici-bas que de pures abstractions deviennent sur ce plan plus exalté des faits concrets.
On voit ainsi que, dans ce monde plus élevé, toute personne désirant pendant un temps réfléchir avec calme et s’isoler de tout ce qui l’entoure, peut littéralement vivre dans un monde à soi, sans interruption possible, et avec l’avantage additionnel de voir toutes ses idées (jusqu’à leurs conséquences extrêmes) passant devant ses yeux en une sorte de panorama. Veut-elle, par contre, étudier le plan où elle se trouve, il lui faudra pour l’instant suspendre très soigneusement toute activité mentale, cette activité pouvant par ses créations influencer autour de l’observateur la matière facile à impressionner et ainsi modifier entièrement les conditions de son étude.
Gardons-nous de confondre cette suspension
Si
de Tactivité mentale avec le vide mental qu-ont pour but un si grand nombre de pratiques de la Hatha Yoga. Dans ce dernier cas le mental est réduit à un état de passivité absolue, afin qu’il ne puisse s’opposer, par aucune de ses propres pensées, à l’entrée d’une influence extérieure quelconque venant à s’approcher de lui — état qui ressemble fort à celui du médium ; dans le premier cas, au contraire, le mental est aussi en éveil et aussi positif que possible et se borne à suspendre momentanément sa pensée, afin d’empêcher l’équation personnelle de troubler, par son action intempestive, les observations qu’il se propose de faire.
Le visiteur du plan mental parvient-il à prendre cette attitude, il s’aperçoit que, s’il a cessé d’être lui-même un centre de rayonnement dans ce monde prodigieux de lumière et de couleur, de formes et de .sons, dont j’ai si inutilement tenté de donner une idée, il n’a pas pour cela cessé d’exister, car les harmonies et les lueurs éclatantes sont, au contraire, plus complètes et plus grandioses que jamais. Cherchant alors à s’expliquer ce phénomène, il commence à comprendre que toutes ces splendeurs ne sont pas un spectacle inutile et fortuit, une sorte d’aurore boréale dévakhanique ; il découvre que tout cela présente un sens et un sens qu’il peut lui-même
CARACTÈRES GENERAUX
saisir ; bientôt il constate que ce qu’il observe avec un tel ravissement est simplement le merveilleux langage en couleurs des Dévas, l’expression mentale ou la conversation d’êtres beaucoup plus élevés que lui sur l’échelle évolutive. Par l’expérience et la pratique, il découvre qu’il peut, lui aussi, employer cette nouvelle et admirable manière de s’exprimer et, par le fait même, il entre en possession d’une autre et vaste région de l’héritage qui l'attendait dans le monde céleste : je veux dire la faculté d’y converser avec ses habitants supérieurs à l’homme et de recevoir leurs enseignements. Nous en reparlerons du reste plus longuement, quand nous aborderons cette partie de notre sujet.
Le lecteur doit comprendre maintenant pourquoi il était impossible de consacrer une section de cet ouvrage au paysage du plan mental, comme nous l’avions fait pour le plan astral. En réalité, les seuls paysages du plan mental sont ceux que chaque individu juge à propos de créer par ses propres pensées ; à moins de tenir compte de ce fait que les innombrables entités toujours en mouvement devant l’observateur offrent en ellesmêmes, très souvent, un spectacle de la plus transcendante beauté. Encore serait-il plus exact de dire — tant il est difficile d’exprimer en mots les conditions de cette vie supérieure — que tous les
LE PLAx\ MENTAL
paysages possibles y sont réunis ; car toutes les beautés dont la terre, le ciel ou la mer peuvent nous faire concevoir l’idée sont présentées dans une plénitude et avec une intensité qui défient toute imagination. Mais, de toutes ces réalités splendides et vivantes, chaque homme voit uniquement ce qu’il a, en lui-même, la faculté de saisir, ce que le degré de développement atteint dans les vies terrestre et astrale Tont rendu capable d’atteindre.