I.K IM.AN I'AN<;K»MAMSTK
payer les frais de la lutte quelle a dèchaiw'e. En raison de sa responsabilité, l'Aliemagne doit déjà à rensomblo dos Alliés une somme colossale qu'on peut estimer globalement entre lioO et 3(10 milliards. Mais, si le crédit de l'empire allemand est destiné à disparaître le jour de sa défaite, les ricliesses matérielles de rAllemagne qui sont des plus considérables subsisteront. Elles représenteront bien plus dt» 300 milliards. Assurément, l'Allemagne ne pourra qu'acquitter trës lentement sa dette fantastique. Mais lorsque les moyens de perception des revenus allemands auront été systématiquement étudiés à loisir par les Alliés vainqueurs, lorsque ces perceptions (le iivenus seront assurées, non pas évidemment par des promesses allemandes écrites, cbiffons de papier sans valeur, mais par des garanties réelles conformes aux précédents de l'histoire, que le gouvernement de Berlin d'ailleurs a fortement contribué à établir en 1870, l'Allemagne pourra parfaitement versera chacun des grands alliés vainqueurs environ t milliards par an. Or, cette annuité, grâce aux combinaisons financières modernes, sera suffisante pour permettre à chaque Etat allié de gager des emprunts annuels relativement peu élevés, donc faciles à faire souscrire, qui lui permettront d'éviter à ses citoyens les impôts non pas seule-
ment écrasants mais mortels auxquels il serait impossible de se soustraire s'il devait renoncer à se faire rembourser par TAUemag-ne ses dépenses de guerre.
Or, cette victoire réellement intégrale, indi pensable aux Alliés à tant de points d'e vue, est parfaitement possible malgré les fautes commises par les Alliés qui seules l'ont retardée.
Un raisonnement aide d'abord à justifier cette possibilité. Harden lui-même a été contraint, comme on l'a vu plus baut, d'envisager l'bypothèse de la cession à la France de l'Alsace-Lorraine. Or, il est clair que lorsqu'à Berlin on en sera venu là, c'est que l'Allemagne aux abois, à la limite du désastre absolu, essaiera de traiter avec les Alliés pour sauver le Hambourg-Golfe Persique qui lui permettrait après un court répit de reprendre à la France l'Alsace-Lorraine ainsi d'ailleurs qu'en avertit également Harden. Donc, à partir de ce moment, l'effort à faire par les Alliés pour passer d'une victoire douteuse, qui dissimulerait, en réalité pour eux, une catastrophe, à la victoire intégrale, sera relativement faible. Cet effort ne représentera peut-être que la centième partie de tous ceux déjà faits par les Alliés. Il faudrait être fou ou criminel pour ne pas l'accomplir car c'est cet ultime effort qui déterminera la fin de l'atroce cauche-
m: plan pangermaniste i»i
mar ({ue le mililarisnio prussien fait planer sur le inonde.
l*our assurer celle vicloire intégrale, il ne nous faut plus que tirer l'enseip^nement des fautes commises. Comme l'a dit M. Briand à Rome, la solidarité des Alliés doit être plus étroite que jamais. Ils « doivent mettre en commun toutes leurs ressources, toutes leurs énergies, toutes leurs forces vives ». Mais la coordination des efforts des Alliés, réclamée de toutes paris, serait singulièrement facilitée si l'objectif commun géographicjue, militaire et poiili(jue de Vaction coînmune de lotis les Alliés apparaissait désormais très nettement.
Les Alliés surpris par l'agression allemande ont dû tout d'abord lui résister. Puis par la force même des choses, des buts particuliers ont surtout guidé les opérations de chacun d'eux. L'Angleterre et la France ont des raisons d'honneur et d'intérêt personnel de vouloir l'indépendance absolue de la Belgique. La France doit recou- , vrer ses départements envahis et libérer TAlsace- Lorraine. La Russie doit non seulement reconquérir ses frontières de l'Ouest, mais libérer la Pologne entière à laquelle elle a promis l'autonomie. L'empire des Tsars doit encore en finir
avec la menace turco-allemande au sud du
Caucase. L'Italie doit recouvrer ses terres irredenta détenues par la maison des Habsbourg.
LK PLAN PANOKRMANISTK 1^!
>[;iis tous ces buis particuliers si légitimes, si m'cessiiires qu'ils soient ont empêché longtemps It's Alliés de voir la guerre dans son ampleur européenne el par suite détourné leur attention (le Tobjectif géographi(jue, militaire et politique coy/i/yiM/j à tous leurs ('H'orts d'un intérêt cependant capital car l'atteinte de cet objectif, à La fois, les délivrait de la menace du Hambourg-Golfe Persique qui est commun à tous les Alliés e/, en portant un coup décisif au militarisme prussien, garantirait iobtention et la permanence des résultats pratiques que poursuit chacun des Alliés.
Or, cet objectif commun, ce nœud géojçrapliique, militaire, politique, de tous les problèmes que les Alliés ont à résoudre est représenté par l'Autriche -Hongrie. A son sujet, la diplomatie des Alliés paraît, grâce encore à M. Briand et à ses collaborateurs, être entrée dans la bonne voie. Le Matin du 4 février 1916 signalait la réception par M. Briand du professeur Masaryk, un • des chefs les plus écoutés de la Bohème. Le Matin ajoutait à ce sujet ces lignes significatives qui méritent de retenir l'attention. « M. Briand a encouragé M. Masaryk à persévérer dans sa propagande et il lui a exprimé ses vœux et sa sympathie pour les légitimes revendications du peuple tchéco- slovaque. » Or, la Bohème est
184 LE PLAN pan(;ermaniste
la pierre angulaire du groupement des peuples non-Allemands de rAutriche-Hongrie dont l'indépendance est l'une des conditions inéluctables de l'anéantissement du militarisme prussien. La grande opinion publique alliée doit donc comprendre désormais très clairement le rapport étroit exposé ci-dessous, qui existe entre la question d'Autriche -Hongrie, encore si insuffisamment connue et la fin du cauchemar pangermaniste. Elle aura alors une raison de plus, extrêmement puissante, de se convaincre que la victoire intégrale qu'impose aux Alliés le plan pangermaniste ne peut plus, s'ils le veulent et évitent de nouvelles fautes, leur échapper.
L'Autriche -Hongrie représente le nœud du problème européen et même universel posé par l'agression allemande, parce que :
1° L'Autriche -Hongrie est entrée dans la lutte dans des conditions très particulières. Cet État nest ennemi des Alliés que de par la volonté de la dynastie Habsbourg qui, cédant aux injonctions de Berlin, a trahi ses peuples. En effet, François- Joseph a déclaré la guerre sans même oser consulter son Parlement, car il savait bien que près des trois quarts de ses sujets, sympathiques à