‹ Le plan pangermaniste démasquéChapitre 43 sur 81 · I.K IM,\N l'ANGEBMANISTK 18:i · texte numérisé non relu

I.K IM,\N l'ANGEBMANISTK 18:i

la Hussio, à la France o,[ à l'An^lelern' et nellemenl lioslilos à rAllomugne, so seraient opposés par la voix de leurs représentants à toute lutte san{:;lante devant proliler au germanisme.

2" Il est manifeste que l'Allemagne ne peut mener la guerre contre l'Kurope (jue grAce à la mainmise astucieuse qu'elle a pu réaliser sur les soldats austro-hongrois dont certainement l'immense majorité ne se battent que contraints par la férocité des cadres allemands (|ui les comuuindenl.

3" Il est clair qu'après la paix, — en supposant que l'Allemagne évacue tous les territoires qu'elle occupe à l'Est et à l'Ouest et restitue l'Alsace-Lorraine à la France, — si l'Allemagne devait conserver sa mainmise, plus ou moins déguisée, sur l'Autriche-Hongrie, Berlin aurait tous les moyens de reprendre, après un court délai, l'Alsace-Lorraine à la France, puisque, tomme on l'a saisi, au chapitre précédent, la mainmise allemande sur l'Autriche-Hongrie impliquerait la réalisation inéluctable du Hambourg - Golfe Persique.

4" Il résulte de cette dernière constatation que si l'Allemagne devait conserver à la paix sa mainmise déguisée, sur l'Autriche-Hongrie, la promesse solennelle faite par la France, l'Angleterre, la Russie, de rétablir la Serbie dans

son indépendance et dans son intégrité serait pratiquement tout à fait irréalisable.

o° Par contre, l'indépendance assurée, au moins de la majorité des territoires de l' Autriche-Hongrie actuelle, à Fégard de l'Allemagne, après la paix,, empêcherait absolument dans l'avenir tout retour agressif du militarisme prussien. Du fait de cette indépendance^ en effet, l' état-major de Berlin serait privé d'effectifs militaires qui sont indispensables à la réalisation par la force des projets pangermanistes.

6° La seule vue de la carte (p. 182) peimet de constater que du fait de sa situation géographique l'indépendance de la majorité des territoires de TAutriche-Hongrie à l'égard de l'Allemagne seule peut permettre aux Alliés de tenir leurs promesses envers la Serbie et, en brisant définitivement le grand axe du -plan pangermaniste^ d'écarter l'immense péril du Hambourg-Golfe Persique dont tous les Alliés, sans aucune exception (France, Angleterre, Russie, Italie, Japon, Belgique, Serbie, Monténégro), ont un intérêt absolument vital à empêcher la réalisation. Or, comme on le constatera à la fin de ce volume, cet intérêt est aussi celui de tout l'univers civilisé.

LK l'I.AN l'AN(.KRMA>'lSrK 187

Le lait (jut' rimjM>i-tan(H' capitale, essentielle. lie la (juestioii d Auliiclie-Uon{:;rie pour Tissu»' de la guerre et l'avenir de l'Kurope n'est pas encore apparue très nettement à l'opinion publique des pays alliés tient à des causes diverses (ju'il faut j)réciser.

J) abord, la question d'Autriche-Hongrie constituée d'éléments ethnographiques et sociaux, très complexes, est incontestablement fort difficile à bien connaître.

Ensuite, le regrettable man(jue d'intérêt pour les questions extérieures qui a régné jusqu'à la guerre dans les pays alliés fait que leur opinion publique est encore imprégnée de notions fort inexactes sur l'Autriche-Hongrie que systématiquement les agences germaniques d'information de presse ont réussi depuis bien longtemps à faire passer dans les journaux des pays aujourd'hui alliés.

11 en résulte que dans ces pays, — et surtout en Angleterre, — très nombreux sont ceux qui s'imaginent encore que l'Autriche-Hongrie (50 millions d'habitants) est un pays en majorité allemand ce qui est absolument faux. Cette erreur considérable est même commise à ma connaissance par des hommes occupant parfois des situations fort importantes.

Évidemment, une bonne partie du public n'en

1S8 LE PLAN pan(;kkmaniste

est plus tout à fait là. Il n'empêche que pour lui la question d'Autriche-Hongrie est encore pleine d'obscurités. Comment s'en étonner? Les diplomates officiels eux-mêmes en général, quelle que soit leur intelligence personnelle, mais pour les raisons exposées (V. chapitre I, § 3) et à cause des méthodes d'observation et d'information archaïques qu'ils sont contraints d'employer n'ont pu pénétrer que très incomplètement les affaires intérieures de l'empire des Habsbourg.

Enfin les savants qui ont étudié l'Autriche- Hongrie seulement en historiens, c'est-à-dire de l'étranger et dans les livres, quelle que soit leur valeur, ne peuvent pas connaître la situation intérieure exacte de cet État qui s'est profondément transformée, surtout depuis dix ans. Or, c'est cet état actuel seul qu'il importe de bien saisir. Cette absence de notions bien nettes sur l'Empire des Habsbourg comporte un très grand danger pour les Alliés. Elle a contribué largement aux fautes fort graves qu'ils ont commises dans la conduite générale de la guerre. La fin de cette ignorance est indispensable. Vraiment, il ne faudrait pas qu'à propos de l' Autriche-Hongrie les Alliés continuent à commettre des erreurs aussi capitales que celles qui ont constitué la politique des Alliés dans les Balkans . Ils en seraient encore plus cruellement punis.

1,K PLAN PANdKHMANISlK

L unit|uo moyen d'éviter ces erreurs sérail d'écouler les quelques lionimes, citoyens des Etats alliés, (jui, da/is ies dernières amu^ca, en raison de leurs études poussées à fond et de leurs voyages nombreux dans toute F Autriche-Hongrie ont pu acquérir une connaissance vraiment exacte et générale des réalités présentes.

Ceux qui répondent à ces conditions sont très peu nombreux. Je citerai notamment deux Russes : M. de Wesselitsky, correspondant du Novoie Vremia à Londres qui non seulement connaît l'Autriche-Hongrie mais toute l'Kurope et a des vues très profondes ; M. Briantchaninoff, de Pétrograd. Je sais bien que celui-ci est considéré dans les milieux otiiciels comme ayant des idées trop ardentes ou excessives, mais il est un des rares Russes qui ont beaucoup voyagé pour apprendre les affaires extérieures. Fort intelligemment libéral et clairvoyant, il préconise depuis très longtemps l'octroi par la Russie - de l'autonomie la plus large et la plus sincère à la Pologne. En ce qui concerne TAutriche-Hongrie qu'il a souvent visitée, il mériterait d'être écouté.

Deux Anglais spécialement sont d'excellents connaisseurs de la Monarchie des Habsbourg : M. Wickham Steed, directeur de la politique étrangère du Times, qui a été dix ans à Vienne

190 LK PLAN PAMiERMANISTE

le correspondant remarquable de ce puissant organe ; M. Seton-Watson, qui sous le nom de Scotîis Viator a publié depuis une dizaine d'années, à la suite de multiples enquêtes, des ouvrages de la plus haute valeur sur les nationalités soumises au joug- germano-magyar.

En France, nous trouvons M. Louis Léger, membre de l'Institut, qui, depuis cinquante et un ans, a étudié d'une façon très particulière tous les peuples d'Autriche-Hongrie et les connaît admirablement. Il vient de publier chez Alcan une excellente brochure au titre significatif : La liquidation de l' Autriche-Hongrie ; M. Ernest Denis, professeur à la Sorbonne, qui a écrit une remarquable histoire de la Bohême. En se documentant sur place pour écrire cet ouvrage, il a acquis une connaissance très complète du peuple tchèque lequel, de par sa situation géographique en Bohême et en Moravie, constitue la base indispensable de toute reconstitution de l'Autriche-Hongrie sous une forme moderne.

Enfin, on me permettra de me citer moi-même puisque, depuis vingt-deux ans, par une série de multiples enquêtes sur place, je me suis efforcé de comprendre le détail des problèmes si com- 'plexes qui constituent la question d'Autriche- Hong-rie.

Page 1