‹ Le plan pangermaniste démasquéChapitre 60 sur 81 · II. IM.AN PANGERMANISTE iOii · texte numérisé non relu

II. IM.AN PANGERMANISTE iOii

Hussie ti('(iuirn' une silualion prépondéranlo à (^onslantiiio|tle. La Hussie n'a certainement j)as voulu la guerre, mais elle a été contrainte de la mener et de faire massacrer des millions d'hommes en supportant des charges financières formidahles. A ces sacrifices giganlfsques, la Russie doit trouver des compensations. L'octroi de l'autonomie que la Russie fera à la Pologne, qui est juste et conforme à l'intérêt commun des Polonais comme des Russes, ne peut évidemment pas être considéré comme de nature à payer la Russie de ses énormes sacrifices. La compensation nécessaire, la Russie doit donc la trouver ailleurs. Or, il suffit de regarder la carte et de connaître le caractère cosmopolite de Constantinople pour comprendre que la Russie ne peut pas continuer à être embouteillée dans la mer Noire. Autant il est nécessaire à la paix de la future Europe que le régime que la Russie donnera aux Détroits soit aussi libéral que possible, autant il faut qu'on comprenne bien en Occident combien est juste, même au prix d'incontestables sacrifices des puissances occidentales, que la Russie occupe à Constantinople une situation prépondérante. Si les soldats du Tsar font preuve d'une abnégation sans exemple, si, malgré des revers cruels, ils montrent une ténacité inébranlable, c'est qu'ils obéissent à deux mobiles : la

266 LE PLAN PANGEHMANISTE

haine de l'Allemand qui a « empoisonné » la bureaucratie russe et l'ardent désir de satisfaire l'espoir qui anime le plus humble des moujiks russes : assurer à la Russie une issue libre sur la Méditerranée. Ce sont là des sentiments dont M. Milioukoff a traduit la profondeur et la puissance en disant à la Douma : « Notis ne terminerons pas la guerre sans réaliser la sortie sur la mer libre. V annexion des Détroits ne sera pas une annexion territoriale car la vaste Russie n a pas besoin de territoires nouveaux mais elle ne peut pas prospérer sans la mer libre ». (V. Le Journal de Genève, 28 mars 1916.) Or, en répandant le bruit de paix séparée avec la Turquie, les Allemands espèrent tirer de cette manœuvre le parti suivant. Ils comptent que quelques journaux alliés d'Occident feront accueil à cette idée. Les Allemands en feraient aussitôt usage pour soulever en Russie un violent courant d'indignation et de doute contre les Alliés d'Occident. L'exemple de 1915 doit servir à ceux-ci d'avertissement contre toute imprudence imprimée. On ne sait pas assez en France que l'an dernier les Allemands ont largement exploité la passiyité apparente des troupes françaises, lorsque les Russes ont dû subir leur longue retraite de cinq mois. Cette passivité n'était certes pas le fait d'une mauvaise volonté de la part des Français

Ils PLAN PANdKKMANISTi: 267

il I ti;;inl de leurs alliés russes ; elle était la constMiuetu'e de celle liiéorie néfasle du frotil occidenlal considéré alors comme principal et exclusif, théorie (jui a cmpéciié rintervenlion par SaIoiii(jue, alors (juelle aurait pu se produire encore aisément entre mai et juillet 1915. Il n'empéclie que cette passivité apparente a été exploitée en Russie par les Allemands contre les Français, non sans succès, car pendant longtemps beaucoup de Russes leur en ont voulu d'une immobilité qui leur paraissait inexplicable. Ce précédent permet aisément d'imaginer quel désastreux effet aurait en Russie la nouvelle qu'en Occident des journaux ou des cercles plus ou moins inlluents envisagent comme possible, l'idée d'une paix séparée avec la Turquie, au iiioinenl précis où les succès russes s'affirment ^n Arménie et où ces succès, non seulement Tcoiifortent les soldats du Tsar de leurs échecs lutt-rieurs, mais encore rendent aux Alliés incontestable service commun de décongeslonner d'effectifs turcs la péninsule balkanique, ■•' ({ui évidemment est de nature à faciliter offensive des Alliés partant de Salonique vers e Nord. Tels sont les divers effets auxquels end le nouveau coup astucieux de paix séparée ivec l'empire ottoman. 11 suffit assurément de es bien connaître pour que les alliés d'Occident

208 Li: 1'I.A.N l'ANf.ERMANlSTE

ne se laissent pas prendre à cette nouvelle manœuvre turcô-allemande.

En môme temps que le bruit d'une paix séparée des Turcs a été répandu, en février 19i6, on a mystérieusement insinué aux Alliés d'Occident que les Bulgares voudraient également traiter avec eux. Les deux manœuvres d'ailleurs, comme on va voir, sont complémentaires. Si les Bulgares venaient dire aux Alliés : « Nous nous sommes trompés ; abusés par Berlin, nous avons fait une politique odieuse. Comme preuve de notre bonne foi nous allons évacuer immédiatement les territoires serbes envahis et, dans toute la mesure du possible, nous réparerons le mal que nous venons de faire. Accordez-nous la paix sur ces bases ». Il est clair qu'il y aurait lieu d'écouter Sofia. Mais il faudrait tout ignorer du caractère des Bulgares et de leur gouvernement pour s'imaginer qu'ils pourraient même songer à une pareille proposition. Ce que les Bulgares voudraient bien, ce serait la paix avec les Alliés en conservant leurs acquisitions territoriales dont, le i"' mars 1916, M. RadoslavofF proclamait le caractère définitif. Cette solution ferait d'ailleurs.,

Page 1