‹ Le plan pangermaniste démasqué; le redoutable piège berlinois de "la partie nulle."Chapitre 13 sur 29 · III. Tous les éléments ethnographiques nécessaires à · texte numérisé non relu

III. Tous les éléments ethnographiques nécessaires à

la destruction du plan pangermaniste existent en Europe centrale.

Maintenant qu'ils ont pu mettre la main sur les 9/10 des territoires convoités par eux (V. p. 112), les Allemands ne céderont qu'à la dernière extrémité. Maximilien Hardeh Ta nettement déclaré. « Tous les moyens seront employés avec enthousiasme contre ses ennemis par le peuple allemand. Nous en reviendrons aux époques sauvages oà r homme était un loup pour r homme, » (Cité par Le Temps, 9 février 1916.)

En face d'une résolution aussi absolue de la part des Allemands de réaliser à tout prix leur

plan de domination universelle, dont le Hambourg-Golfe Persique est l'armature nécessaire mais suffisante, la destruction bien réelle du militarisme prussien s'impose plus que jamais. Seul ce résultat pourra récompenser les sacrifices des admirables « poilus » des armées alliées. S'ils sont décidés à tenir tant qu'il faudra, ce n'est pas pour conquérir la gloire militaire; c'est pour avoir la certitude que « cela ne recommencera pas », que leurs enfants ne connaîtront pas des borreurs semblables à celles de la lutte infernale déchaînée par l'Allemagne prussianisée.

Les Alliés sortiront certainement vainqueurs de cette guerre formidable mais à la condition que désormais la lutte soit guidée d'après l'enseignement des faits acquis. Ces faits essentiels procèdent des éléments géographiques, ethnographiques, économiques, stratégiques constitutifs du plan pangermaniste de 1911 momentanément réalisé; or, ces faits acquis démontrent que les Alliés n'ont pas la possibilité de se contenter d'une demi-victoire, que seule une victoire intégrale peut les garantir contre tout retour offensif, après la paix, du militarisme prussien.

Les constatations suivantes paraissent justifier solidement ce point de vue.

« Si en France, a déclaré Harden, on croit que

LE PLAN l'ANGERMANISTE 177

le rétablissement de la paix n'est possible que par la restitution de l'Alsace-Lorraine et si la nécessité nous oblige à signer une telle paix, les 70 millions d'Allemands la déchireraient bientôt. » (Cité par /.e Temps, 9 février 1916.) Est-il un seul Français raisonnable qui voudrait recouvrer TAlsace-Lorraine dans des conditions telles qu il faudrait faire ensuite d'incessants et épuisants eflorts militaires pour la conserver? Évidemment non. La rétrocession de TAlsace-Lorraine n'aura de valeur pour la France que lorsque l'anéantissement du militarisme prussien lui en garantira la légitime et paisible possession. Or, comme je crois ravoir démontré, il serait impossible de compter sur cette sécurité si la France laissait Berlin réaliser le Hambourg-Golfe Persique qui donnerait à TAllemagne des moyens surabondants de lui reprendre, après un court répit, TAlsace-Lorraine.

La nécessité impérieuse d'échapper à la ruine financière oblige encore les Alliés à la victoire intégrale. En effet, seule celle-ci leur permettra d'éviter la plus atroce misère pour les Etats alliés comme pour leurs citoyens. Les dépenses fantastiques qu'exige la guerre en cours font que celle-ci est séparée par un abîme, au point de vue financier, de toutes les guerres précédentes.

Après 1870, l'État a pu rétablir relativement

très vite sa situation et les particuliers ont pu dès le lendemain de la paix faire prospérer leurs affaires malg^ré les malheurs de la patrie. Mais après cette guerre aciuelle, si les Alliés n'avaient pas la victoire intégrale, les Etats comme les particuliers alliés (voir p. 146j se trouveraient aux prises avec des difficultés pécuniaires à peu près inextricables. Les répercussions économiques infinies qui résulteraient d'impôts écrasants, impossibles à percevoir régulièrement et durablement seraient telles que les Etats et la plupart des particuliers alliés se verraient réduits à l'impuissance et partant à la misère. C'est cependant bien là la situation qui serait celle des pays alliés si l'Allemagne réalisait le Hambourg-Golfe Persique puisque cette solution lui conserverait son énorme butin de guerre et lui permettrait de mettre la main sur des richesses considérables. (V. p. 142.)

Or, ne serait-il pas d'une iniquité suprême que les peuples de France, de Russie, d'Angleterre, d'Italie, fussent réduits pour des dizaines d'années à une prodigieuse misère parce qu'il a plu à l'exécrable ambition des Hohenzollern de vouloir réduire l'Europe en esclavage.^

La victoire intégrale seule peut sauver les pays alliés de la ruine financière parce que y quoiqiien disent certains, F Allemagne pourra

payer les frais de la lutte qu'elle a déchaînre. En raison de sa responsabilité, l'Allemagne doit déjà à l'ensemble des Alliés une sommq colossale qu'on peut estimer globalement entre 250 et 300 milliards. Mais, si le crédit de l'empire allemand est destiné à disparaître le jour de sa défaite, les richesses matérielles de l'Allemagne qui sont des plus considérables subsisteront. Elles représenteront bien plus de 300 milliards. Assurément, l'Allemagne ne pourra qu'acquitter très lentement sa dette fantastique. Mais lorsque les moyens de perception des revenus allemands auront été systématiquement étudiés à loisir par les Alliés vainqueurs, lorsque ces perceptions de revenus seront assurées, non pas évidemment par des promesses allemandes écrites, chiffons de papier sans valeur, mais par des garanties réelles conformes aux précédents de l'histoire, que le gouvernement de Berlin d'ailleurs a fortement contribué à établir en 1870, l'Allemagne pourra parfaitement versera chacun des grands alliés vainqueurs environ 2 milliards par an. Or, cette annuité, grâce aux combinaisons financières modernes, sera suffisante pour permettre à chaque Etat allié de gager des emprunts annuels relativement peu élevés, donc faciles à faire souscrire, qui lui permettront d'éviter à ses citoyens les impôts non pas seule-

ment écrasants mais mortels auxquels.il serait impossible de se soustraire s'il devait renoncer à se faire rembourser par l'Allemagne ses dépenses de guerre.

Or, cette victoire réellement intégrale, indis pensable aux Alliés à tant de points de vue, est parfaitement possible malgré les fautes commises par les Alliés qui seules l'ont retardée.

Un raisonnement aide d'abord à justifier cette possibilité. Harden lui-même a été contraint, comme on l'a vu plus haut, d'envisager l'hypothèse de la cession à la France de l'Alsace-Lorrainci Or, il est clair que lorsqu'à Berlin on en sera venu là, c'est que l'Allemagne aux abois, à la limite du désastre absolu, essaiera de traiter avec les Alliés pour sauver le Hambourg-Golfe Persique qui lui permettrait après un court répit de reprendre à la France l'Alsace-Lorraine ainsi d'ailleurs qu'en avertit également Harden. Donc, à partir de ce moment, l'effort à faire par les Alliés pour passer d'une victoire douteuse, qui dissimulerait, en réalité pour eux, une catastrophe, à la victoire intégrale, sera relativement faible. Cet effort ne représentera peut-être que la centième partie de tous ceux déjà faits par les Alliés. H faudrait être fou ou criminel pour ne pas l'accomplir car c'est cet ultime effort qui déterminera la fin de l'atroce cauche-

inar que le militarisme prussien fait planer sur le monde.

Pour assurer cette victoire intégrale, il ne nous faut plus que tirer renseignement des fautes commises. Comme Ta dit M. Briand à Rome, la solidarité des Alliés doit être plus étroite que jamais. Ils « doivent mettre en commun toutes leurs ressources, toutes leurs énergies, toutes leurs forces vives ». Mais la coordination des efforts des Alliés, réclamée de toutes parts, serait singulièrement facilitée si l'objectif C07?2wizm -géographique, militaire et politique de V action commtine de tous les Alliés apparaissait désormais très nettement.

Les Alliés surpris par l'agression allemande ont dû tout d'abord lui résister. Puis par la force même des choses, des buts particuliers ont surtout guidé les opérations de chacun d'eux. L'Angleterre et la France on^ des raisons' d'honneur et d'intérêt personnel "de vouloir l'indépendance absolue de la Belgique. La France doit recouvrer ses départements envahis et libérer l'Alsace- Lorraine. La Russie doit non seulement reconquérir ses frontières de l'Ouest, mais libérer la Pologne entière à laquelle elle a promis l'autonomie. L'empire des Tsars doit encore en finir

avec la menace lurco-allemande au sud du

Caucase. L'Italie doit recouvrer ses terres irredenta détenues par la maison des Habsbourg.

Mais tous ces buts particuliers si légitimes, si nécessaires qu'ils soient ont empêché longtemps les Alliés de voir la guerre dans son ampleur européenne et par suite détourné leur attention de l'objectif géographique, militaire et politique commun à tous leurs efforts d'un intérêt cependant capital car l'atteinte de cet obje-tif, à la fois, les délivrait de la menace du Hambourg-Golfe Persique gui est commun à tous les Alliés et, en portant un coup décisif au militarisme prussien, garantirait robtention et la permanence des résultats pratiques que poursuit chacun des Alliés.

Or, cet objectif commun, ce nœud géographique, militaire, politique, de tous les problèmes que les Alliés ont à résoudre est représenté par TAutriche- Hongrie. A son sujet, la diplomatie des Alliés paraît, grâce encore à M. Briand et à ses collaborateurs, être entrée dans la bonne voie. Le Matin du 4 février 1916 signalait la réception par M. Briand du professeur Masaryk, un des chefs les plus écoutés de la Bohême. Le Matin ajoutait à ce sujet ces lignes significatives qui méritent de retenir l'attention. « M. Briand a encouragé M. Masaryk à persévérer dans sa propagande et il lui a exprimé ses vœux et sa sympathie pour les légitimes revendications du peuple tchéco- slovaque. » Or, la Bohême est

la pierre angulaire du groupement des peuples non-Allemands de rAutriche-Hongrie dont l'indépendance est l'une des conditions inéluctables de l'anéantissement du militarisme prussien. La grande opinion publique alliée doit donc comprendre désormais très clairement le rapport étroit exposé ci-dessous, qui existe entre la question d'Autriche -Hongrie, encore si insuffisamment connue et la fin du cauchemar pangermaniste. Elle aura alors une raison de plus, extrêmement puissante, de se convaincre que la victoire intégrale qu'impose aux Alliés le plan pangermaniste ne peut plus, s'ils le veulent et évitent de nouvelles fautes, leur échapper.

L'Autriche -Hongrie représente le nœud du problème européen et même universel posé par l'agression allemande, parce que :

1° L'Autriche -Hongrie est entrée dans la lutte dans des conditions très particulières. Cet Etat nest ennemi des Alliés que de par la volonté de la dynastie Habsbourg qui, cédant aux injonctions de Berlin, a trahi ses peuples. En effet, François- Joseph a déclaré la guerre sans même oser consuUer son Parlement, car il savait bien que près des trois quarts de ses sujets, sympathiques à

LE PLAN PANGERMANISTE l8o

la Russie, à la France et à l'Angleterre et nettement hostiles à rAllemagne, se seraient opposés par la voix de leurs représentants à toute lutte sanglante devant profiter au germanisme.

2"* Il est manifeste que l'Allemagne ne peut mener la guerre contre TEurope que grâce à la mainmise astucieuse qu'elle a pu réaliser sur les soldats austro-hongrois dont certainement l'immense majorité ne se battent que contraints par la férocité des cadres allemands qui les commandent.

3° Il est clair qu'après la paix, — en supposant que TAUemagne évacue tous les territoires qu'elle occupe à l'Est et à l'Ouest et restitue l'Alsace-Lorraine à la France, — si l'Allemagne devait conserver sa mainmise, plus ou moins déguisée, sur l'Autriche -Hongrie, Berlin aurait tous les moyens de reprendre, après un court délai, l'Alsace -Lorraine à la France, puisque, comme on l'a saisi, au chapitre précédent, la mainmise allemande sur l' Autriche-Hongrie impliquerait la réalisation inéluctable du Hambourg- Golfe Persique.

4" Il résulte de cette dernière constatation que si l'Allemagne devait conserver à la paix sa mainmise déguisée, sur TAutriche-Hongrie, la promesse solennelle faite par la France, l'Angleterre, la Russie, de rétablir la Serbie dans

son indépendance et dans son intégrité serait pratiquement tout à fait irréalisable.

o"* Par contre, l'indépendance assurée, au nioins de la majorité des territoires de l'Autriche-Hongrie actuelle, à Fégard de l'Allemagne, apiès la paix, empêcherait absolument dans l'avenir tout retour agressif du militarisme prussien. Du fait de cette indépendance^ en effet, l'état-major de Berlin serait privé d'effectifs militaires qui sont indispensables à la réalisation par la force des projets pangermanistes.

6° La seule vue de la carte (p. 182) permet de constater que du fait de sa situation géographique rindépendance de la majorité des territoires de l'Autriche- Hongrie à Tégardde TAllemagne seule peut permettre aux Alliés de tenir leurs promesses envers la Serbie et, en brisant définitivement le grand axe du plan pangermaniste ^ d'écarter l'immense péril du Hambourg-Golfe Persique dont tous les Alliés, sans aucune exception {France, Angleterre, Russie, Italie, Japon. Belgique, Serbie, Monténégro), ont un intérêt absolument vital à empêcher la réalisation. Or, comme on le constatera à la fin de ce volume, cet intérêt est aussi celui de tout l'univers civilisé.

Le fait que l'importance capitale, essentielle, de la question d'Autriche-Hongrie pour l'issue de la guerre et Tavenir de TEurope n'est pas encore apparue très nettement à l'opinion publique des pays alliés tient à des causes diverses qu'il faut préciser.

D'abord, la question d'Autriche-Hongrie constituée d'éléments ethnographiques et sociaux, très complexes, est incontestablement fort difficile à bien connaître.

Ensuite, le regrettable manque d'intérêt pour les questions extérieures qui a régné jusqu'à la guerre dans les pays alliés fait que leur opinion publique est encore imprégnée de notions fort inexactes sur l'Autriche-Hongrie que systématiquement les agences germaniques d'information de presse ont réussi depuis bien longtemps à faire passer dans les journaux des pays aujourd'hui alliés.

Il en résulte que dans ces pays, — et surtout en Angleterre, — très nombreux sont ceux qui s'imaginent encore" que l'Autriche-Hongrie (50 millions d'habitants) est un pays en majorité allemand ce qui est absolument faux. Cette erreur considérable est même commise à ma connaissance par des hommes occupant parfois des situations fort importantes.

Évidemment, une bonne partie du public n'en

est plus tout à fait là. Il n'empêche que pour lui la question d'Autriche-Hongrie est encore pleine d'obscurités. Comment s'en étonner? Les diplomates officiels eux-mêmes en général, quelle que soit leur intelligence personnelle, mais pour les raisons exposées (V. chapitre I, § 3) et à cause des méthodes d'observation et d'information archaïques qu'ils sont contraints d'employer n'ont pu pénétrer que très incomplètement les affaires intérieures de l'empire des Habsbourg.

Enfin les savants qui ont étudié l'Autriche- Hongrie seulement en historiens, c'est-à-dire de l'étranger et dans les livres, quelle que soit leur valeur, ne peuvent pas connaître la situation intérieure exacte de cet État qui s'est profondément transformée, surtout depuis dix ans. Or, c'est cet état actuel seul qu'il importe de bien saisir. Cette absence de notions bien nettes sur l'Empire des Habsbourg comporte un très grand danger pour les Alliés. Elle a contribué largement aux fautes fort graves qu'ils ont commises dans la conduite générale de la guerre. La lin de cette ignorance est indispensable. Vraiment, il ne faudrait pas qu'à propos de FAutriche-Hongrie les Alliés continuent à commettre des erreurs aussi capitales que celles qui ont constitué la politique des Alliés dans les Balkans. Ils en seraient encore plus cruellement punis.

L'unique moyen d'éviter ces erreurs serait d'écouter les quelques hommes, citoyens des Etats alliés, qui, dans les dernières années, en raison deleurs études poussées à fond et de leurs voyages nombreux dans toute U Autriche-Hongrie ont pu acquérir une connaissance vraiment exacte et générale des réalités présentes.

Ceux qui répondent à ces conditions sont très peu nombreux. Je citerai notamment deux Russes : M. de Wesselitsky, correspondant du Nocoie Vremia à Londres qui non seulement connaît rAutriche-Hongrie mais toute l'Europe et a des vues très profondes ; M. Briantchaninoff, de Pétrograd. Je sais bien que celui-ci est considéré dans les milieux officiels comme ayant des idées trop ardentes ou excessives, mais il est un des rares Russes qui ont beaucoup voyagé pour apprendre les affaires extérieures. Fort intelligemment libéral et clairvoyant, il préconise depuis très longtemps l'octroi par la Russie de l'autonomie la plus large et la plus sincère à la Pologne. En ce qui concerne TAutriche-Hongrie qu'il a souvent visitée, il mériterait d'être écouté.

Deux Anglais spécialement sont d'excellents connaisseurs de la Monarchie des Habsbourg : M. Wickham Steed, directeur de la politique étrangère du Ti?nes, qui a ét<'' dix ans à Vienne

le correspondant remarquable de ce puissant organe ; M. Seton-Watson, qui sous le nom de Scotiis Viator a publié depuis une dizaine d'années, à la suite de multiples enquêtes, des ouvrages de la plus baute valeur sur les nationalités.soumises au joug germano-magyar.

En France, nous trouvons M. Louis Léger, membre de l'Institut, qui, depuis cinquante et un ans, a étudié d'une façon très particulière tous les peuples d'Autricbe-Hongrie et les connaît admirablement. Il vient de publier cbez Alcan une excellente brochure au titre significatif : La liquidation de l' Au triche- Hong t^ie ; M. Ernest Denis, professeur à la Sorbonne, qui a écrit une remarquable bistoire de la Bobéme. En se documentant sur place pour écrire cet ouvrage, il a acquis une connaissance très complète du peuple tcbèque lequel, de par sa situation géographique en Bohême et en Moravie, constitue la base indispensable de toute rtconstilution de l'Autriche-Hongrie sous une forme moderne.

Enfin, on me permettra de me citer moi-même puisque, depuis vingt deux ans, par une série de multiples enquêtes sur place, je me suis efforcé de comprendre le détail des problèmes si complexes qui constituent la question d'Autriche- Hongrie.

Or, j'ai des raisons de croire que ces hommes qui ont étudié à fond l'Autriche-Hong-rie et que, par conséquent, il faudrait croire, sont d'accord sur les lignes générales de ce que les Alliés devront faireàTégard delà Monarchie des Habsbourg. Je pense bien ne pas me tromper en disant que les opinions que je vais exprimer sont dans Tensemble en harmonie avec les leurs.

Comprenons d'abord que ceux qui soutiennent encore la thèse de la conservation de l'Autriche- Hongrie telle qu'elle est, donc restant soumise à la dynastie des Habsbourg, retardent d'au moins vingt ans. Adopter cette solution serait faire le jeu de l'Allemagne car il estpratiquement impossible de séparer les Habsbourg des HohenzoUern. Ce serait assurer le joug germanique sur les Slaves et les Latins sujets des Habsbourg, donc faciliter la réalisation du Hambourg-Golfe Persique. Enfm, la dynastie des Habsbourg a donné suffisamment de preuves de son incapacité, de sa duplicité et de sa docilité aux suggestions de Berlin pour qu'on ne puisse pas envisager sérieusement son maintien à la tête des peuples de r Autriche-Hongrie .

A aucun degré, les Alliés ne doivent être dupes de la comédie que les pangermanistes de Berlin, de Vienne et de Budapest, organisent actuellement pour tâcher de profiter de l'igno-

rance des Alliés des réalités austro-hongroises.

Toutes les mesures tendant à faire entrer rAutriche-Hong:rie dans le Zolleverin allemand, ce qui rendrait ensuite inévitable son absorption politique, doivent être tenues pour une comédie, pour un simple cambriolage des volontés de l'immense majorité des populations de la Monarchie des Habsbourg. Gela est tellement vrai que certains nobles Magyars qui jusqu'à présent avaient été des Alliés déterminés de Berlin émettent déjà des protestations contre le joug prussien qu'ils comprennent enfin qu'on veut leur imposer. Le comte Théodore Batthyany, vice-président de la gauche indépendante à la Chambre hongroise, à la fin de mars 1916, a déclaré :

« On dit souvent chez nous que la future union douanière créera dans notre pays de meilleures conditions économiques. Cela est plutôt vrai pour r Allemagne qui tiendra et les rênes et le fouet dans la combinaison... Du reste les Allemands ne cachent pas que dans le futur pacte il y aura d'autres Etats agricoles qui seront nos concurrents directs. 'Allusion à la Turquie et aux Etats balkaniques). Certes, à partir de la conclusion de l'union, les capitaux nous viendront d'Allemagne et plus jamais d'ailleurs. Les Allemands auront le monopole des capitaux chez ?ious et

LE PLAN PANGEKMANISTE 193

VOUS savez ce que c'est qu'un monopole et ce qiiil coûte. V argent nous coiitera cher ». (V. Le Temps^ i""' février 1916.)

En Autriche, M. Nemetz, président de la Chambre de Commerce de Prague, a déclaré :

« Tous les arguments présentés en faveur d'une union douanière avec FAUemagne ne résistent pas un instant à la critique. Un obstacle infranchissable s'oppose à une union douanière intime entre les deux empires : leurs intérêts ne sont pas solidaires mais concurrents ». (Cité par Le Temps, 9 février 1916.)

Ces déclarations catégoriques établissent quelles résistances la manœuvre pangermaniste dans Tempire des Habsbourg rencontre déjà. Les Alliés peuvent tirer un grand parti de ces constatations car elles prouvent la réalité de l'opposition profonde existant entre les intérêts de l'Allemagne pangermaniste et ceux de la majorité des peuples de l' Autriche-Hongrie.

Mais il reste un point essentiel à établir car il trouble particulièrement cette partie de l'opinion publique des pays alliés qui vit encore sur cette idée fausse : l'Autriche-Hongrie, pays surtout allemand. Cette opinion publique se demande si l'application du principe des nationalités dont les Alliés réclament l'application n'aurait pas pour résultat d'accroître fatalement et considé-

194 LE PLAiN PANGERMANISTE

rablement r Allemagne en lui incorporant les x\llemands de l'empire des Habsbourg.

Il importe donc de démontrer par des cbiffres et des arguments géograpliiques et ethnographiques précis que cette crainte est tout à fait chimérique. L'Aulriche-Hongrie contient tous les éléments dun nouvel Etat à constituer sur des bases justes et durables, dans des conditions telles, qu'il formera dans l'avenir une barrière infranchissable au pangermanisme. C'est là, comme on va voir sur la route du Hambourg- Golfe Persique, en Europe centrale, et nulle part ailleurs, que réside la solution essentielle du formidable problème posé devant l'univers par l'ambition exécrable des Hohenzollern.

Examinons schématiquement ce que donnerait en Europe centrale l'application du principe des nationalités qui doit constituer la base morale des Alliés pour la reconstitution de la future Europe. Le congiès socialiste français de la fin de 1913 a donné une définition excellente, selon moi, du principe des nationalités en fonction de la guerre actuelle. « Pas de paix durable^ a déclaré le manifeste du congrès, sans que soient

restawés dans leur indépendaiice économique et politique les petites 7iations martyrisées... Pas de paix durable sans que soient rendue aux populations opprimées de l'Europe la libre disposition d'elles-mêmes ». (V. V Humanité, 30 décembre 1915.)

Comme rien n'est absolu en ce monde, il est clair que le principe des nationalités ne pourra pas toujours recevoir pratiquement une application intégrale. Pour constituer des Etats viables, il faut en effet tenir compte non seulement des nationalités, mais des nécessités stratégiques défensives, historiques, économiques, de la majorité. Tl y a d'ailleurs des pays comme la Macédoine et comme certaines régions de TAutriche-Hongrie où les nationalités sont tellement enchevêtrées que l'application du principe des nationalités ne saurait être que relatif.

D'autre part, des sacrifices doivent parfois être faits à l'intérêt général européen aux dépens du principe des nationalités. Ainsi par exemple, la France ne peut pas songer à récupérer ceux qui parlent français en Belgique ou en Suisse. Les premiers veulent rester Belges et les seconds Suisses. Leur volonté doit être d'autant plus respectée que le maintien de l'Etat belge et de l'Etat suisse est nécessaire à l'équilibre et à la paix de l'Europe. Or, il y a d'autres parties du continent

l'J6 LE PLAN PANGERMANISTE

OÙ cette considération présente un intérêt supérieur à celui des nationalités.

Ces explications et réserves nécessaires étant faites, voyons ce que donnerait, dans les grandes lignes, l'application du principe des nationalités à l'empire allemand. En vertu de ce principe, il devrait rendre à la liberté les peuples qu'il a englobés par la force dans ses frontières, c'est-àdire environ :

Habitants.

Polonais 5.000.000

Alsaciens-Lorrains 1. 500. 000

Danois 200.000

Soit au total 6.700.000

L'Allemagne actuelle qui comptait 68 millions d'babitants en 1914, — y compris les non-Allemands, — serait donc ramenée à environ 61.300.000, 61 millions en chiffres ronds d'Allemands authentiques.

Mais l'application logique du principe des nationalités donnerait à cette Allemagne la faculté d'absorber ceux des Allemands de l'Empire des Habsbourg qui se trouvent dans des conditions historiques, stratégiques et géographiques permettant honnêtement de les rattacher à cette Allemagne ramenée de 68 à 61 millions d'habitants. Quel pourrait être le résultat?

Reportons-nous, page 68, à la carte qui résuma

LE PLAN PANGERMANISTR 197

la situation ethnographique de rAutriche-Hongrie. Sur cette carte, les nationalités slaves et latines sujettes des Habsbourg, nommées dans la légende de la carte, sont indiquées par des grisés différents. La région habitée par des Allemands et celle peuplée par des Magyars est restée en blanc. Ces deux derniers groupes ethnographiques sont séparés par une ligne en pointillé. Or, cette carte ne donne qu'une idée fort imparfaite des réalités ethnographiques parce qu'elle est dressée d'après les documents ethnographiques allemands et magyars qui sont volontairement tendancieux. En réalité, les régions slaves s'étendent très sensiblement plus qu'il n'est indiqué sur les zones blanches (Allemands et Magyars). Gela est particulièrement vrai dans la zone blanche au nord et au nordouest de la région purement tchèque.

Vienne, qui cependant est au centre d'une zone tout à fait blanche, n'est pas du tout, comme on le croit généralement, une ville purement allemande. Sa population est slave pour un tiers environ (Polonais et surtout Tchèques). Ce fait, qui est certain, n'est cependant reconnu par aucune statistique officielle autrichienne^/Jarce que celles-ci sont dressées par des fonctionnaires allemands charges de les fausser. Voici leur principal procédé de truquage.

198 LK l'LAN PANGERMANISTE

Dans TAutriche entière, tout Slave ou Latin qui sait seulement quelques mots d'allemand est compté, bien malgré lui d'ailleurs, pour un Allemand. Or, tous les Slaves qui vivent à Vienne savent au moins quelques mots d'allemand. C'est ce qui permet aux statisticiens allemands du gouvernement autrichien de conclure qu'il n'y a pas de Slaves à Vienne et de diminuer considérablement leur nombre dans tout le reste de l'Autriche.

En Hongrie, les statistiques sont également cyniquement truquées par les fonctionnaires du gouvernement de Budapest en faveur de l'élément magyar.

Voici cependant les résultats que donnent pour toute la Monarchie des Habsbourg les statistiques officielles germano-magyares.

Chiffres du recensement de 1910 sans les étrangers.

Autriche.

Chiffres arrondis en dizaines de mille.

Allemands 9.950.000

Tchèques 6.440.000

Polonais 4.970.000

Ruthènes 3.520.000

Slovènes 1.260.000

Serbo-Croates 790.000

Italiens 770.000

Roumains 280.000

Total ■ . 27.980.000

Hongrie.

Magyars. . . .

Roumains. . .

Serbo-Croates .

Allemands. . .

Slovaques . .

Ruthènes . . .

Total.

Bosnie et Herzégovine.

Serbo-Croates (orthodoxes ou musulmans d'origine serbe) . . . .

D'après ces chiffres, les Allemands sont 12 millions dans FEmpire des Habsbourg, mais on va voir qu'à beaucoup près ces 12 millions d'Allemands ne sauraient être rattachés à l'Allemagne. En effet :

1° Comme le tableau permet de le constater, un peu plus de 2 millions d'Allemands sont en Hongrie où ils se trouvent disséminés par petits paquets parmi les autres nationalités. Ils ne sauraient donc être rattachés à l'Allemagne.

2*" Sur les iO millions environ d'Allemands d'Autriche, ceux de Bohême, au nord et au nordouest de la zone purement tchèque, ne sauraient être rattachés à l'Allemagne parce que, dans cette zene, ils sont mélangés à de nombreux Tchèques et que la ligne pointillée qui, sur la carte de la page 68, sépare la Bohême de l'Empire allemand

actuel représente les frontières historiques et stratégiques du royaume de Bohème. Or, il serait impossible, sans ces frontières, d'assurer Tindépendance aux Tchéco-Slovaques. On ne peut évidemment songer à sacrifier près de 9 millions de Tchéco-Slovaques à 1 million d'Allemands de Bohème qui d'ailleurs ne se sont installés jadis dans cette région qu'à la faveur de la fraude et de la violence.

3^ De ce fait, les 10 millions d'Allemands d'Autriche apparemment récupérables sont ramenés à 9 millions environ. Ceux-ci forment sur la carte le groupe blanc qui s'étend de la Suisse à la ligne pointillée indiquant la frontière ethnographique magyare. Or, il y a de sérieuses raisons de penser qu'un examen approfondi des réalités ethnographiques, c'est-à-dire le mélange de Slaves et d'Allemands existant à Test de ce groupe, donc entre le groupe purement tchèque au nord de Vienne et le groupe purement slovène au sud de Vienne, ne permettrait pas de laisser se réunir à l'Allemagne la totalité de ce groupe allemand. Gomme il ne saurait être question d'entrer ici dans ces détails ethnographiques très ardus et faisant à ce sujet les plus expresses réserves, nous supposerons cependant pour la commodité de la démonstration que la totalité de ce groupe allemand serait rattachée à l'Aile-

magne. Mais de ces 9 millions d'Allemands, il y aurait certainement lieu de défalquer encore les Slaves qui se trouvent compris dans ce chiffre en raison du truquage systématique des statistiques autrichiennes. L'exemple topique de la ville de Vienne cité plus haut montre cette nécessité. Comme ce truquage est fait dans d'énormes proportions aux dépens des Slaves, on peut admettre que le chiffre vrai des Allemands se trouvant dans cette partie de l'Autriche et que nous supposons géographiquement récupérables par l'Allemagne est seulement de 7 à 8 millions. Prenons ce dernier chiffre. Si ces 8 millions étaient rattachés à l'Allemagne dans la future Europe, l'Allemagne actuelle, ramenée à 61 millions d'habitants pour les raisons indiquées page 196, trouverait aux dépens de l'Autriche 8 millions d'habitants de plus. Elle aurait donc au total 69 millions d'habitants.

Donc, comme l'Empire allemand actuel avait en 1914 68 millions d'habitants, on constate que l'application du principe des nationalités ferait gagner à l'Allemagne an sud-ouest à peu près l'équivalent de ce que ce même principe lui ferait perdre sur la périphérie de l'empire actuel.

Une Allemagne de 69 à 70 millions d'Allemands authentiques serait-elle dangereuse pour l'Europe ? Je ne le pense pas car, comme on va voir,

202 LE PLAN PANGERMANISÏE

l'application du principe des nationalités aurait pour conséquence de soustraire radicalement à l'influence du pangermanisme de Berlin tout ce qui resterait des habitants de l'Autriche-Hongrie.

En effet, si sur les 50 millions d'habitants de l'Autriche-Hongrie actuelle, 8 millions environ passaient à l'Allemagne, 42 millions de sujets austro-hongrois resteraient. Sur ce chifl"re ;

5 millions de Polonais passeraient à la Pologne ;

4 millions de Ruthènes passeraient à la Russie ;

3 millions de Roumains passeraient à la Roumanie ;

1 million d'Italiens passeraient à l'Italie.

Soit au total : 13 millions d'habitants.

Resterait donc un groupe compact formé de 29 millions d'habitants, formé de Tchéco-Slovaques, de Magyars, d'Allemands dilués dans la masse magyare et de Serbo-Croates. Comme ces derniers veulent s'unir aux 5 millions de Serbes de Serbie, on constate ainsi la présence en Europe centrale d'une masse de 34 millions d'habitants ne contenant qu'une proportion tout à fait infime d'Allemands et qui, bien groupés géographiquement, pourraient parfaitement former des Etats-Unis où les droits de chaque nationalitéetlaforme gouvernementale de chaque Etat seraient respectés et qui constitueraient cependant un territoire économique assez vaste

LE PLAN PANbthMAM&iK 2Uo

pour correspondre aux nécessités modernes. L'obstacle à la création de tels Etats-Unis -pourrait sembler être le fait que les Magyars qui actuellement font à fond lè jeu des Allemands ne voudraient pas s'entendre avec les nationalités voisines. Celte objection disparaît quand on sait ceci qui malbeureusement n'est connu que d'un très petit nombre de spécialistes. Sur les 10 millions de Magyars, il y a environ 9 millions de pauvres ouvriers presque tous agricoles, exploités cyniquement par la noblesse magyare qui possède à peu près toute la terre. Or, ce sont ces nobles, énormes propriétaires fonciers qui avec les fonctionnaires magyars qu'ils nomment, soit au total 1 million de Magyars seulement, sont, et encore pas tous, prussophiles 11 faut savoir encore que les 9 millions de prolétaires magyars, en fait, ne sont môme pas actuellement représentés au Parlement de Budapest car les élections en Hongrie constituent des vols éhontés pratiqués cyniquement au seul profit du million de Magyars qui exploitent leurs compatriotes pauvres. Or, les 9 millions de malheureux paysans magyars ne sont nullement prussophiles. Ils sont, en outre, parfaitement disposés à faire bon ménage avec les autres masses démocratiques représentées par les nationalités qui les entourent. Donc, le jour oii le vrai peuple magyar

sera délivré de la noblesse féodale qui Topprime et deviendra lui aussi maître de ses destinées, il ne se refuserait pas du tout à la création des Etats-Unis envisagés. Je suis parfaitement sûr de cet état d'esprit car, dans mes derniers voyages à Budapest, j'ai pu entrer en rapport avec des chefs des organisations démocratiques magyares. C'est ainsi que j'ai appris que déjà avant la guerre, ils essayaient de trouver un terrain d'entente avec les autres nationalités slaves de la Hongrie. Cette tendance était si forte qu'elle a d'ailleurs contribué à pousser le néfaste comte Tisza à déclarer la guerre afin d'éviter le mouvement démocratique qui menaçait les privilèges de la noblesse magyare dont il est un des chefs.

En définitive, on constate donc qu'il y a en Autriche-Hongrie et en Serbie une masse de 34 millions d'habitants, pratiquement purs d'éléments germaniques, qui permettraient de constituer en Europe centrale des Etats-Unis qui pourraient devenir plus tard l'embryon des Etats-Unis d'Europe.

Tous les éléments ethnographiques existent donc bien qui rendraient possible d'élever en Europe centrale une triple barrière très puissante contre tout retour offensif du Pangermanisme. (V. p. 84.) La création de cette barrière serait

la solution du ^rand problème posé par le péril pangermaniste. Elle libérerait du joug prussien pour toujours de nombreuses nationalités. Elle serait conforme aux intérêts non seulement de tous les Alliés mais encore du monde entier, car, comme j'espère le prouver au chapitre IX, les Américains du Sud et ceux du Nord ne seraient pas moins vitalement touchés que les Alliés européens et le Japon par la réalisation du Hambourg-Golfe Persique.

Donc, comme je voudrais Tavoir établi, l'armature nécessaire, mais suffisante, du plan pangermaniste, représentée par le Hambourg-Golfe Persique peut être sûrement détruite en Europe centrale et ne peut l'être que là. // en résulte que la question d' Autriche- Hongrie constitue le nœud du problème non pas seulement européen mais universel, posé à tous les Etats civilisés par la guerre déchaînée par rAllemngneprussianisée et r ambition exécrable des Hohenzollern.

La question d'Autriche-Hongrie a encore un aspect social d'intérêt universel que les libéraux et les socialistes des pays alliés ou neutres n'ont peut-être pas encore suffisamment envisagé. L'hégémonie de l'Allemagne que l'Autriche- Hongrie aurait, en effet, cette conséquence sociale de portée infinie : un bail nouveau de puis-

sance écrasante et renforcée serait assuré à Taristocratie allemande autrichienne, à l'aristocratie magyare de Honp^rie, à l'aristocratie allemande de l'empire allemand et surtout aux exécrables Junkers prussiens, les principaux responsables de la guerre. Ce triomphe insolent et considérable de l'esprit junker, consolidé par les moyens de la domination universelle mis à la disposition du gouvernement de Berlin comme suite de la réalisation du Hambourg- Golfe Persique, aurait pour effet réflexe fatal un refoulement des mouvements démocratiques et libéraux en évolution légitime et nécessaire non seulement dans les pays alliés mais encore dans le monde entier. Il en résulterait finalement de nouvelles crises révolutionnaires, causes de perturbation qu'il est d'un haut intérêt d'éviter en ne laissant pas perdre aux idées de justice sociale et de liberté le terrain qu'elles ont déjà si péniblement conquis.

Ces considérations permettent donc de conclure : la libération définitive du joug allemand de tous les peuples slaves et latins de r Autriche- Hongrie est d'intérêt social général. Elle constitue, en effet, une condition essentielle du progrès des idées libérales, du développement pacifique et de l'organisation de la démocratie dans l'Univers entier.

Page 1