‹ Le plan pangermaniste démasqué; le redoutable piège berlinois de "la partie nulle."Chapitre 15 sur 29 · III. Pourquoi une paix séparée et prématurée des · texte numérisé non relu

III. Pourquoi une paix séparée et prématurée des

Alliés avec les Bulgares ferait le jeu de la Pangermanie.

Au moment où paraît ce livre, les Allemands n'ont certainement pas encore renoncé à l'espoir de maintenir à titre définitif leurs occupations actuelles à l'ouest et à Test, mais toujours fort prévoyants, ils envisagent cependant l'éventualité oiî ils se résigneraient à évacuer Touest, soit: 90.478 kilomètres carrés, et Test soit 260.000 ki-

lomëtres carrés, afin de conserver la quasi totalité de la partie principale des occupations pangermanistes, c'est-à-dire celles réalisées directement ou indirectement au sud et au sud-est; l'Autriche-Hongrie (676. G16 kilomètres carrés), les Balkans (210.58") kilomètres carrés), la Turquie (environ 1.792.900 kilomètres carrés). Soit au total 2.685.101 kilomètres carrés.

Pour maintenir sur ces territoires sa domination, le gouvernement de Berlin se livre dès maintenant à trois sortes de manœuvres fort astucieuses, très bien coordonnées entre elles, quoique revêtant des aspects différents et dont chacune correspond à chacun des trois territoiresétapes essentiels du Hambourg-Golfe Persique : l'Autriche-Hongrie, la Turquie et la Bulgarie qui forme le pont entre ces deux territoiresétapes

En ce qui concerner Autriche-Hongrie, le programme berlinois se résume ainsi : profiter de H occupation des territoires de la Monarchie des Habsbourg par les troupes de Guillaume II pour imposer, par tous les moyens, tant à la Hongrie quà l'Autriche^ ime série démesures d union dite économique avec r Allemagne qui laissent subsis-

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ter m apparence l'indépendance de V Autriche- Hongrie, de façon à faire illusion aux Ai lié s, mais, en fait, la subordonne absolument aux volontés de Berlin.

Jusqu'à présent, cette tactique n'a pas pu revêtir de décor légal. Depuis la guerre, les pangermanistes de Vienne n'ont même pas osé convoquer le Parlement autrichien sachant fort bien que les députés slaves et latins eussent protesté de la façon la plus véhémente contre l'assujettissement de leurs pays à l'Empire allemand. Actuellement, les Allemands de Vienne, en terrorisant les Slaves autrichiens, et en leur persua' dant que les Alliés les ont abandonnés, s'efforcent de préparer une réunion du Reichsrath qui aurait l'air de sanctionner les faits accomplis. Mais on conçoit que cette comédie ne s'arrange pas aisément quand on sait que même les Magyars, qui ont lié étroitement partie avec l'Allemagne, commencent à résister depuis que Berlin est contraint de démasquer ses procédés d'esclavage dont la Hongrie doit supporter les effets comme les autres Etats destinés à être assujettis à la Pangermanie. On prétend que le grand complice magyar de Guillaume II, le comte Tisza lui-même, proteste. En tous cas dans le Pesti Hirlap, de Budapest, du 12 avril 1916, son ami assure-t-on. le sénateur Eugène

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Rakosy, vient de publier les lignes suivantes particulièrement significatives.

« Toute cette épidémie centre-européenne n'aura d'autre but que de faire tirer aux Hongrois les marrons du feu pour les Allemands. On veut que nous construisions pour les Allemands des routes nationales vers TOrient... Toutes ces alliances et unions centre-européennes ne signifient rien sinon qu'on nous propose daliéner notre intelligence nationale au joug germanique. » (Cité par Le Temps, 19 avril 1911-)

Mais que les Alliés n'aient pas la moindre illusion. Les protestations les plus véhémentes des Magyars n'y feront rien. Les Allemands occupent l'Autriche-Hongrie et ont la force. Qu'ils cachent leur asservissement de ce vaste empire sous des formules diverses ; extension du Zollverein, union économique des empires du Centre, unification des lois commerciales austroallemandes, etc., ou que même, par tactique, pour endormir les craintes des Alliés, les Allemands renoncent à l'emploi de toute formule positive, le résultat final sera toujours le même : mainmise politique de l'Allemagne sur la monarchie des Habsbourg dissimulée sous des décors d'apparences économiques.

A ce résultat les Allemands tiennent par-dessus tout parce quil est la base de tout le plan pan-

germaniste, depuis 1895, et la condition même du Hambourg -Golfe Persique, comme on en trouvera les raisons détaillées, il y a quinze anSy dans mon livre L'Europe et la Question d'Autriche au seuil du XX* siècle et parce que c'est pour réaliser tout au moins sur r Autriche-Hongrie cette mainmise absolument essentielle pour les plans de Guillaume II que t Allemagne a fait la guerre.

Seule, la victoire intégrale des Alliés peut faire renoncer Berlin à ce plan de domination et libérer les peuples non allemands de la monarchie des Habsbourg. En attendant, les Allemands prennent toutes les assurances possibles contre cette éventualité. On a vu p. loi comment déjà, sous leur pression, les Magyars concertent avec eux les mesures économiques à prendre en vue de la future guerre destinée à compléter les résultats insufflsants d'une paix qu'on considère déjà à Berlin comme devant être « imparfaite ». Impossible donc aux Alliés d'avoir le moindre doute sur la nouvelle guerre qui sortirait fatalement, plus ou moins tôt, de l'union économique, et forcément politique, des empires du Centre. On a pu constater au chapitre V que les conséquences certaines de cette unk)n économique seraient :

P D'assurer à l'Allemagne la conservation de son butin de guerre et le monopole exclusif de

raction commerciale sur près de 3 millions de kilomètres carrés contenant d'immenses richesses.

2° Par contre, de laisser aux Alliés tous leurs frais de guerre, c'est-à-dire de condamner leurs peuples à la ruine.

3^ De rendre le militarisme prussien plus puissant que jamais puisque, du fait du rayonnement du bloc de l'Europe centrale, il disposerait d'une armée de 15 à 21 millions de soldats.

4*^ De donner à FAllemagne l'hégémonie sur la plupart des points stratégiques essentiels terrestres et maritimes ce qui procurerait à Berlin tous les moyens de réaliser progressivement et intégralement son plan de domination mondiale.

Or, il semble que ces conséquences formidables de la mainmise allemande sur l' Autriche- Hongrie n'ont pas été encore bien « réalisés » dans les pays alliés. C'est ce que tendent tout au moins à faire croire les opinions suivantes exposées dans quelques journaux français et anglais. « Les déclarations de M. Runciman, ministre du Commerce du Royaume-Uni, constatait Le Temps du 25 mars 1916, prouvent que la Grande-Bretagne est résolue à travailler sans retard à la formation d'une alliance économique contre les puissances de r Europe centrale. »

M. Hughes, premier ministre d'Australie, dans une conférence au « Carlton Club » a donné à entendre qu'il ne faut pas laisser Tempire allemand espérer qu'il lui sera possible de placer d'autres pays sous sa dépendance commerciale (V. Le Temps, 23 mars 1916.) A la suite de ces déclarations naquit Tidée d'une entente économique entre les Alliés afin de constituer, constatait Le Petit ParisieHy « la réponse efficace des Alliés au projet d' « Europe centrale » conçu par nos ennemis ».

M. Jules Siegfried dans une lettre au Temps, 3 avril 1916, a déclaré à ce sujet: « L'Allemagne qui sent le danger cherche à faire une union douanière avec l'Autriche, la Bulgarie et la Turquie. Il est donc nécessaire pour nous de parer à ce danger ». M. Hewins, président du 5?«me55 commitee de la Chambre des Communes, a assuré à Londres le 6 avril : « Mais la France et l'Angleterre victorieuses prétendront, vis-à-vis du bloc austro-allemand, à une prépondérance qui leur permettra d'imposer leurs tarifs, etc. ». 'V. L'Echo de Paris, 7 avril 1916.) M. Edmond Théry,dansZ/eil!/a/mdu 13 avril 1916, envisageant le même problème, conclut : « Il suffira donc aux nations alliées d'élever en même temps et dans des conditions identiques une puissante barrière douanière entre leur marché intérieur respectif

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et les produits de V Allemagne et de ses complices, pour porter un coup mortel à son industrie, à son commerce et à son crédit ». Ces déclarations ne sont-elles pas surprenantes? Comment le problème économique à résoudre par les Alliés peut-il, même par l'effet d'une évidente « inadvertance », être posé sur des bases de toute évidence aussi inexactes? Comment, en effet, admettre volontairement la moindre connexité entre la conférence économique des Alliés et l'union économique des empires du centre, cette union étant d'une façon manifeste en contradiction certaine avec le but général de la guerre que les Alliés sont cependant parfaitement d'accord pour poursuivre ? En effet, continuer à dire que les Alliés vont constituer une alliance économique des A\iiés pour lutte?' après la gueire contre le bloc économique de l Europe centrale, et pour ne pas laisser l'empire allemand espérer placer d'autres pays que l'Autriche-Hongrie sous sa dépendance commerciale, c'est laisser supposer par voie de déduction logique que les Alliés consentent à la mainmise de l'Allemagne prussianisée sur les 50 millions d'habitants de l'Autriche-Hongrie, ce qui assurerait à Berlin les moyens de réaliser le Hambourg-Golfe Persique. Il est cependant clair que cette solution est radicalement incompatible avec le but supérieur et

idéal de la guerre que veulent atteindre les Alliés, but que proclament sans cesse leurs gouvernements, c'est-à-dire la destruction du militarisme prussien.

Il y a donc incontestablement eu erreur de la part de quelques Français et Anglais cependant qualifiés, dans « la position de la question » et l'association de leurs idées. Cette erreur s'explique sans doute par le fait qu'en Angleterre des notions insuffisamment précises régnent encore sur le plan pangermaniste et sur TAutricbe-Hongrie. Beaucoup s'imaginent encore outre-Manche que la majorité de la population de cet empire est allemande alors qu'en vertu du principe des nationalités, l'Allemagne pourrait tout au plus récupérer 7 ou 8 millions d'Allemands, actuellement sujets des Habsbourg. (V. p. 20i.) Ces idées inexactes qui régnent en Angleterre sont très difficiles à détruire. Ce sont d'ailleurs elles qui ont déterminé les erreurs de nos alliés britanniques au sujet des Balkans et de Salonique alors que cependant, en raison de TEgypte et des Indes, l'Angleterre était plus intéressée encore que tous les autres Alliés à la réalisation rapide de cette expédition.

Quoi qu'il en soit, comme les Alliés ne peuvent plus se permettre le luxe sanglant de nouvelles fautes graves, il convient de montrer pourquoi

le projet d'entente économique des Alliés doit être absolument indépendant du projet berlinois d'union de l'Europe centrale.

En effet, si cette dissociation n'était pas bien faite, on déterminerait les conséquences néfastes suivantes qui retarderaient encore la victoire pour l'obtention de laquelle les peuples alliés font des sacrifices si gigantesques.

1° Laisser entendre dans les journaux alliés, même par inadvertance, que l'union économique que l'Allemagne prétend imposer à l'Autriche- Hongriepeut être admise par les Alliés, ce serait fournir aux journaux allemands les moyens de « raffermir » le moral du peuple allemand qui faiblit en lui montrant qu'il peut encore compter sur la réalisation de la partie principale du plan pangermaniste qu'il considère comme le but essentiel de la guerre.

2° Le projet allemand de mainmise économique sur l'Autriche-Hongrie est radicalement incompatible avec les engagements pris par les Alliés envers la Serbie. Dans son toast au prince de Serbie, M. Poincaré déclarait : « Avec l'armée serbe, les Alliés libéreront le territoire serbe, rétabliront sur des bases solides l indépendance et la souveraineté de votre noble pays et vengeront le droit opprimé ». (V. Le Tanps, 23 mars 1916.) Or, il suffit de regarder la carte page 134

pour constater que la mainmise de l'Allemagne sur rAutriche-*Hongrie rendrait cette promesse solennelle absolument irréalisable. La Grande- Allemagne en contact avec les Balkans c'est, en effet, TAllemagne maîtresse de ceux-ci et par conséquent, pour la Serbie, Timpossibilité même d'espérer vivre.

3"* Laisser supposer que le projet d'union économique de l'Allemagne et de TAulriche-Hongrie pourrait être même envisagé par les Alliés serait plonger dans le plus affreux désespoir les 28 millions de Slaves et de Latins, sujets des Habsbourg, qui attendent les Alliés comme des libérateui's et qui, en raison de leurs sympathies pour eux y supportent les effets du plus atroce terrorisme. Nul doute que la presse allemande ne se servirait de phrases douteuses, parues dans la presse alliée, à propos du ô/oc économique de l'Europe centrale, pour persuader à ces malheureux qu'ils sont abandonnés déGnitivement par les Alliés et qu'ils n'ont plus qu'à se soumettre au joug germano- magyar. Or, il est manifestement de l'intérêt politique et militaire actuel des Alliés qu'au contraire les 28 millions de Slaves et de Latins d'Autriche-Hongrie sachent, dès maintenant, qu'ils peuvent compter sur les Alliés et que la victoire de ceux-ci impliquera la fin de leur propre esclavage. Ce résultat à obte-

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nir delà guerre ne constitue pas seulement un incontestable devoir moral pour Mes Alliés, il est, en outre, strictement conforme à leur intérêt futur car l indépendance des 38 millions de Slaves et de Latins d' Autriche-Hongrie est absolument indispensable à rétablissement dune nouvelle Eiiî'ope viable qui, fondée sur le principe des nationalités, constituera en même temps en Europe centrale une barrière infranchissable à tout retour offensif du pangermanisme .

4*^ Toute erreur, même apparente, au sujet du sort réservé à l'Autricbe-Hongrie par les Alliés d'Occident soulèverait les plus vives protestations chez nos Alliés russes. Gomme le disait excellemment M. Milioukoff, dans un discours à la Douma : a Après la liquidation de la Turquie qui s esquisse déjà, la liquidation d'un autre Etat parasite s'impose, celle de r Autriche-Hongrie. Nous sommes certains que les nombreuses nationalités faisant partie de la monarcbie dualiste auront leur liberté des mains de la Russie ». (Cité par Le Temps, 21 mars 1916.) Or, le point de vue exposé par M. Milioukoff, qui est celui de tous les vrais connaisseurs de TAutricbe-Hongrie (V. p. 189), ne peut qu'être celui de tous les Alliés puisqu'ils veulent la destruction du militarisme prussien et qu'ils ne mènent évidemment pas la plus atroce des guerres pour que celui-ci

en sorte avec des éléments de puissance infiniment plus grands encore qu'avant la lutte.

Pour ces multiples et très fortes raisons, on voit donc combien il est nécessaire qu'aucune équivoque ne puisse avoir lieu dans la presse alliée au sujet de la conférence économique des Alliés. Que celle-ci s'occupe dès maintenant de prendre pour après la paix des « mesures concertées pour lutter contre les pratiques déloyales pour lesquelles l'Allemagne a poursuivi Tanéantissement de ses rivaux », pour prévenir les nouvelles mainmises allemandes en pleine paix, sur les établissements Qnanciers alliés, pour empêcher les Allemands de tourner les tarifs douaniers comme ils savent le faire, etc., rien de mieux, mais qu'à aucun prix la moindre solidarité même apparente ne puisse subsister entre ces études des Alliés et la prétention de Berlin de fonder le bloc économique de l'Europe centrale. D'ailleurs, comme Ta dit M. Lloyd George, avec son robuste bon sens : « Avant de discuter le régime commercial à adopter pour après la guerre, il s'agit d'abor4 de gagner la guerre. Tout dépend de cela ». (Cité par Le Temps, 25 mars.) Or, la guerre ne sera vraiment gagnée par les Alliés que quand tout retour ultérieur offensif du Pangermanisme sera rendu impossible; ce qui implique précisément la plus

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énergique opposition à la mainmise de l'Allemagne sur la majorité des terres formant actuellement l'empire des Habsbourg.

Une manœuvre astucieuse dont l'objet est de réserver l'avenir du Pangermanisme et du clan Enver Pacha en Turquie a été déjà esquissée parles Allemands. Comme elle sera certainement tentée à nouveau, si, comme tout l'indique, Berlin a intérêt à la pousser à fond, il faut donc la démasquer complètement par avance. En février 1916, les nombreux agents turcs installés en Suisse et qui semblent bien avoir des intelligences dans les pays alliés, ont commencé à mettre en circulation le bruit que la Turquie était prête à conclure une paix séparée. Enver Pacha avait été assassiné, ce qui d'ailleurs était faux, etc. Cette manœuvre a eu pour objet de commencer à trouver dans les pays alliés le concours de ces naïfs irréductibles, cuirassés d'une ignorance épaisse sur les affaires d'Orient et qui cependant ne sont pas toujours sans influence sur les milieux dirigeants. Si je suis exactement informé, la tactique astucieuse des agents turcs avait momentanément recruté certains de ces naïfs. Pour ceux-ci, conclure une

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paix séparée avec la Turquie eût été très habile puisque l'Allemagne serait ainsi privée du concours de son alliée ottomane, etc. Ce sont là des illusions singulièrement dangereuses et il faut montrer comment et pourquoi cette solution ferait le jeu de Berlin et compromettrait gravement la victoire des Alliés.

Les Turcs fort inquiets des succès russes en Arménie voient, en outre, leur rêve de mouvement panislamique s'évanouir. Ils sont bien obligés de commencer à se rendre compte que les Allemands les exploitent cyniquement, les acheminent vers la famine en razziant toutes leurs ressources alimentaires et les font tuer pour le plus grand intérêt de la Pangermanie. Mais si la masse turque peut bien avoir des sentiments anti-allemands naissants, elle est entièrement dans la dépendance des meneurs jeunes- Turcs qui, eux, sont irrémédiablement compromis avec les Allemands, lesquels en Turquie sont de plus en plus maîtres des organes d'administration et de gouvernement. Il n'y a donc guère à compter sur une révolte efficace de la population turque qui d'ailleurs est entièrement dépourvue d'esprit d'organisation. D'autre part, les Allemands sont des gens prévoyants, ils comprennent parfaitement que la Turquie se rapproche de la catastrophe. Or, déterminer une

paix séparée de la Turquie acec les Alliés ce serait faire reconnaître par ceux-ci la permanence de l'Empire ottoman, donc le sauver du désastre et par conséquent ménager à Berlin la possibilité dy reprendre Faction allemande après la conclusion de la paix sur la base de «/a partie nulle ». (V. chap. V.)

Au contraire, si la question d'Orient ottomane reçoit enfin ses solutions logiques, tout espoir de réaliser plus tard le rêve pangermaniste de Constantinople au golfe Persique est définitivement anéanti. D'autre part, une paix séparée ferait aussi l'affaire des meneurs jeunes-Turcs, agents allemands, car c'est évidemment la seule solution qui leur permettrait de conserver le pouvoir et les empêcherait d'être massacrés par leurs compatriotes le jour où la débâcle ottomane se produira. On voit donc pourquoi les bruits de paix séparée de la Turquie avec les Alliés, qui ont été mis en circulation et ensuite démentis en attendant d'être propagés à nouveau, constituent bien une manœuvre turco-allemande.

D'ailleurs le journal 2iVd\i^ AlMokaitan du Caire (22 avril 1916) a constaté « qu'une paix turque séparée ne serait pas de nature à inquiéter l'Allemagne, à laquelle la sortie de la Turquie du conflit actuel enlèverait la responsabilité de Tassistance quelle prête aux Turcs ». P]nfin la Vos-

siche Zeitung a avoué « qu'une paix de la Tur-

quie avec les ennemis de TAllemagne ne portera aucun préjudice aux Austro-Allemands ». (Cité par Le Journal de Genève^ 2o avril 191ti.)

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Il n'est d'ailleurs pas à supposer que les dirigeants de l'Entente se laisseront prendre à la manœuvre turco-allemande. La question d'Orient est un véritable ulcère qui « empoisonne » la politique européenne depuis une centaine d'années; elle est le cauchemar des chancelleries. Toutes les tentatives de réformes de l'Empire ottoman ont toujours échoué . En réalité d'ailleurs, cet état vermoulu n'a subsisté qu'en raison des rivalités des puissances. Puisque la victoire des Alliés doit assurer au Vieux Monde une très longue période de paix, la source inépuisable de troubles et de guerres qu'est la Turquie doit être tarie. Une raison de justice supérieure commande, en outre, cette solution.

En Turquie, comme ailleurs, pour constituer un nouvel état de choses viable, le principe des nationalités doit être appliqué dans toute la mesure du possible. Or, sur les 20 millions d'habitants de l'Empire ottoman, 4 grandes nationalités (V. la carte ci-contre) en absorbent environ 18. En l'absence de statistiques offrant la moindre garantie, on estime qu'il y a en Turquie environ :

2 millions de Levantins, d'Européens, de Juifs et de divers,

2 millions de Grecs,

2 millions d'Arméniens,

LE PLAN PANGERMANISTR 263

8 millions d'Arabes,

6 millions seulement de Turcs.

En ce qui concerne les Grecs, qui malheureusement ne forment pas un bloc unique (V. p. 230), il y a plusieurs solutions à étudier afin de leur permettre d'avoir une fraction de l'Empire ottoman s'ils participent à la lutte dans les Balkans aux côtés des Alliés. Quant aux Arabes, ils détestent les Turcs qui les oppriment depuis des siècles. L'affranchissement des Arabes du jouo^ turc est donc à réahser dans toute la mesure du possible. Quantaux Arméniens, dont plusieurs centaines de mille viennent d'être massacrés par les Turcs, il est évidemment impossible d'envisager le maintien de ce qui reste de ce malheureux peuple sous la domination des séides d'Enver pacha, Talaat, etc. Quant aux G millions environ de Turcs, représentant moins du tiers des populations de UEmpire ottoman^ ils n'habitent vraiment que l'Anatolie, c'est-à-dire cette fraction de l'Empire ottoman comprise entre la mer Noire et la Méditerranée. Partout ailleurs, les Turcs ne sont que de détestables fonctionnaires qui, depuis la conquête des Sultans Osmanlis exploitent cyniquement les autres populations de l'empire ottoman. Sans doute le paysan turc de l'Anatolie, lorsqu'il n*est pas en proie à une de ces crises de fanatisme religieux

qui le prend périodiquement, est généralement un brave homme. Très sobre et résistant, il fait un excellent soldat, mais ce Turc d'Anatolie a une « mentalité » de plusieurs siècles en arrière. 11 est incapable de se gouverner lui-même à l'époque moderne. Il y a bien quelques milliers de Turcs qui font d'excellents employés dans les services de la Dette ottomane, mais c'est à la condition expresse qu'ils soient incessamment contrôlés et dirigés par des cadres européens. Parmi les Turcs de Constantinople, il n'existe aucun groupement offrant des garanties sérieuses pour la direction de la masse turque. Autant le paysan turc d'Anatolie présente des qualités natives incontestables, autant les Turcs de Constantinople sont, sauf de rares exceptions, corrompus jusqu'aux moelles. Etant données ces conditions d'ensemble, s'imaginer qu'un empire turc vraiment indépendant puisse encore être constitué c'est donc caresser une chimère absurde. Quant à Constantinople, ce n'est même pas une ville turque, c'est une cité essentiellement cosmopolite. Ses 1.200.000 habitants sont Turcs (43 p. 100), Arméniens (18 p. 100), Grecs (17 p. 100), Juifs (16 p. 100), Européens, Levantins et divers (6 p. 100).

D'autre part, il est bien évident que cette guerre fantastique ne peut pas se terminer sans que la

Russie acquière une situation prépondérante à Constantinople. La Russie n'a certainement pas voulu la guerre, mais elle a été contrainte de la mener et de faire massacrer des millions d'hommes en supportant des charges financières formidables. A ces sacrifices gigantesques, la Russie doit trouver des compensations. L'octroi de l'autonomie que la Russie fera à la Pologne, qui est juste et conforme à Tintérêt commun des Polonais comme des Russes, ne peut évidemment pas être considéré comme de nature à payer la Russie de ses énormes sacrifices. La compensation nécessaire, la Russie doit donc la trouver ailleurs. Or, il suffit de regarder la carte et de connaître le caractère cosmopolite de Constantinople pour comprendre que la Russie ne peut pas continuer à être embouteillée dans la mer Noire. Autant il est nécessaire à la paix de la future Europe que le régime que la Russie donnera aux Détroits soit aussi libéral que possible, autant il faut qu'on comprenne bien en Occident combien est juste, môme au prix d'incontestables sacrifices des puissances occidentales, que la Russie occupe à Constantinople une situation prépondérante. Si les soldats du Tsar font preuve d'une abnégation sans exemple, si, malgré des revers cruels, ils montrent une ténacité inébranlable, c'est qu'ils obéissent à deux mobiles : la

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haine de rAllemand qui a « empoisonné » la bureaucratie russe et l'ardent désir de satisfaire l'espoir qui anime le plus humble des moujiks russes : assurer à la Russie une issue libre sur la Méditerranée. Ce sont là des sentiments dont M. Milioukoff a traduit la profondeur et la puissance en disant à la Douma : « Notis ne terminerons pas la guerre sans réaliser la sortie sur la mer libre. L'annexion des Détroits ne sera pas une annexion territoriale car la vaste Russie na pas besoin de territoires nouveaux mais elle ne peut pas prospérer sans la mer libre ». (V. Le Journal de Genève, 28 mars 1916.) Or, en répandant le bruit de paix séparée avec la Turquie, les Allemands espèrent tirer de cette manœuvre le parti suivant. Ils comptent que quelques journaux alliés d'Occident feront accueil à cette idée. Les Allemands en feraient aussitôt usage pour soulever en Russie un violent courant d'indignation et de doute contre les Alliés d'Occident. L'exemple de 1915 doit servir à ceux-ci d'avertissement contre toute imprudence imprimée. On ne sait pas assez en France que l'an dernier les Allemands ont largement exploité la passivité apparente des troupes françaises, lorsque les Russes ont dû subir leur longue retraite de cinq mois. Cette passivité n'était certes pas le fait d'une mauvaise volonté de la part des Français

à regard de leurs alliés russes ; elle était la conséquence de cette théorie néfaste du front occidental considéré alors comme principal et exclusif, théorie qui a empêché Tinterv^ention par Salonique, alors qu'elle aurait pu se produire encore aisément entre mai et juillet 1915. Il n'empêche que cette passivité apparente a été exploitée en Russie par les Allemands contre les Français, non sans succès, car pendant longtemps beaucoup de Russes leur en ont voulu d'une immobilité qui leur paraissait inexplicable. Ce précédent permet aisément d'imaginer quel désastreux effet aurait en Russie la nouvelle qu'en Occident des journaux ou des cercles plus ou moins influents envisagent comme possible, l'idée d'une paix séparée avec la Turquie, au moment précis où les succès russes s'affirment en Arménie et où ces succès, non seulement réconfortent les soldats du Tsar de leurs échecs antérieurs, mais encore rendent aux Alliés l'incontestable service commun de décongestionner d'effectifs turcs la péninsule balkanique, ce qui évidemment est de nature à faciliter l'offensive des Alliés partant de Salonique vers le Nord. Tels sont les divers effets auxquels tend le nouveau coup astucieux de paix séparée avec Tempire ottoman. 11 suffit assurément de les bien connaître pour que les alliés d'Occident

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ne se laissent pas prendre à cette nouvelle manœuvre turco-allemande.

En môme temps que le bruit d'une paix séparée des Turcs a été répandu, en février 1916, on a mystérieusement insinué aux Alliés d'Occident que les Bulgares voudraient également traiter avec eux. Les deux manœuvres d'ailleurs, comme on va voir, sont complémentaires. Si les Bulgares venaient dire aux Alliés : « Nous nous sommes trompés ; abusés par Berlin, nous avons fait une politique odieuse. Comme preuve de notre bonne foi nous allons évacuer immédiatement les territoires serbes envahis et, dans toute la mesure du possible, nous réparerons le mal que nous venons de faire. Accordez-nous la paix sur ces bases ». Il est clair qu'il y aurait lieu d'écouter Sofia. Mais il faudrait tout ignoi-er du cajractère des Bulgares et de leur gouvernement pour s'imaginer qu'ils pourraient même songer à une pareille proposition. Ce que les Bulgares voudraient bien, ce serait la paix avec les Alliés en conseroant leurs acquisitions territoriales dont, le r^ mars 1916, M. Radoslavoff proclamait le caractère définitif. Cette solution ferait d'ailleurs.

ainsi qu'on va le constater, entièrement Taffaire à la fois de Solia et de Berlin.

Au fond, les Bulgares voudraient bien la paix, la continuation de la guerre ne pouvant guère désormais leur procurer plus que ce qu'ils détiennent déjà. Par contre, Toffensive des Alliés par Salonique, si elle est bien organisée, doit apporter aux Bulgares le châtiment qu'ils redoutent surtout depuis Téchec des Allemands devant Verdun et les succès des Russes en Arménie. Le peuple bulgare est d'ailleurs profondément mécontent des lourdes pertes qu'il a déjà éprouvées par le feu et la maladie dans sa campagne contre la Serbie. Il voit toute la Bulgarie aux mains des officiers allemands. Quant à l'armée bulgare, elle se trouve dans une situation fort peu satisfaisante qui a déjà déterminé des mutineries locales et de nombreuses désertions. Dans ces conditions, la Bulgarie ferait évidemment à tous égards une excellente opération si elle concluait une paix séparée avec les Alliés. Or, la manœuvre bulgare que, bien entendu, on n'avoue pas à Sofia, mais qui est pratiquée clans Tombre et probablement, pour les raisons qu'on va voir, d'accord avec Berlin, est fort dangereuse car, il faut bien le dire dans l'intérêt de la cause commune alliée et de la vérité, elle a trouvé des points d'appui dans les pays alliés chez ceux

qui, faisant preuve d'une irréductible inclairvoyance, ont encore sur les Balkans des idées vieilles de quarante ans.

Il y a ainsi des Russes qui continuent à s'imaginer qu'en 1915 la diplomatie alliée a eu tort de ne pas détruire les conséquences du traité de Bucarest, — ce qui a cependant été fait et même a constitué comme on l'a vu, chapitre II, § 1, l'erreur balkanique fondamentale des Alliés, — afin de rétablir la Bulgarie dans les limites du traité de San-Stefano. C'est la thèse que soutenait encore en mars 1916 M. Milioukoff à la tribune de la Douma. J'ai expliqué, p. 216, pourquoi à l'ouest, la Bulgarie du traité de San-Stefano ne correspondait nullement à des réalités ethnographiques et pour quelles raisons la Macédoine, formant le sud de la Serbie, est très loin d'être bulgare. Une preuve péremptoire résulte de ce fait que les Bulgares viennent d'y massacrer une quantité de Serbes. Au sujet de l'ethnographie de cette région, il faut encore verser au débat un argument nouveau aussi original que probant, semble-t-il. En réalité, ce sont les cuisiniers qui, à travers les âges, ont le plus exactement transmis la vérité ethnographique sur la Macédoine telle qu'elle a été appréciée par la tradition séculaire. Dans le grand dictionnaire Larousse, tome X, p. 8oo, édition de 1873, donc

antérieure de cinq ans au traité de San-Stefano (1878), on peut lire : Macédoine. Mets composé d'un grand nombre de légumes ou de fruits différents. « Ce mot (Macédoine), dit Ch. Nodier, s'est probablement employé d'abord en parlant d'un mets très composé, par allusion à cette variété incroijable de peuples auxquels Philippe et Alexandre firent subir les lois de la Macédoine. »

Or, ces peuples variés, ce sont les Turcs, les Albanais, les Bulgares, les Juifs, les Roumains et les Serbes qui peuplent le sud de la Serbie. La plus lointaine tradition transmise par les cuisiniers, dont l'impartialité ethnographique est incontestable, contredit donc la thèse de l'unité ethnographique de la Bulgarie de San-Stefano qu'en 1878 la diplomatie russe avait des raisons particulières (V. p. 217], qui d'ailleurs n'existent plus, de considérer comme exclusivement bulgare. Les paroles de M. Milioukoff prouvent que les idées erronées de 1878 subsistent encore chez certains Russes. Heureusement que devant l'évidence des faits l'immense majorité de nos Alliés de l'Est s'est dépouillée de ses sentiments bulgarophiles jadis irréductibles. Les Bulgares ont d'ailleurs eux-mêmes fortement aidé les Russes à une plus juste appréciation des réalités actuelles. Fin 1915, dans la première ivresse de

leurs sentiments germanophiles, les journaux de Sofia ont, en effet, proclamé que les Bulgares ne sont pas des Slaves mais des Tartaro-Mongols et que cette raison ethnographique s'ajoute aux autres pour leur faire former avec les Turcs et les Magyars, le bloc toiiranien qui, associé au germanisme, assurera en Europe la domination des Slaves et des Latins. La manœuvre bulgare d'une paix séparée avec les Alliés a donc fort peu de chances d'être accueillie sérieusement en Russie. Mais malheureusement quelques-uns de ces mêmes Anglais dont les informations erronées ont grandement contribué aux fautes balkaniques de 1915 lui prêtent un concours réel. Je ne ferai naturellement allusion ici qu'à des Anglais n'ayant pas de caractère officiel. Parmi ceux-ci il faut surtout citer les frères Charles et Noël Buxton, à la tête, depuis longtemps, d'un comité dit balkanique mais qui, en réalité, a toujours été systématiquement bulgarophile. Or, par un hasard curieux, les frères Buxton ont par surcroît des tendances germanophiles. Le Temps du 10 janvier 1916 signalait d'eux un livre singulier paru récemment en le qualifiant de « Rêveries pacifistes ». Ils semblent ainsi partisans d'une paix prématurée avec Berlin aussi bien qu'avec Sofia, ce qui est caractéristique de leur action. Plus dangereuse encore, est

ractivilé de termites tenaces de quelques correspondants de journaux anglais dans les Halkans. Il en est parmi eux qui ayant encore les idées justes du temps de Gladstone, mais inexactes aujourd'hui, sont systématiquement bulgaropliiles. Leur parti pris a été tel qu'ils n'ont pas compris la portée du traité de Bucarest ni même aucunement soupçonné les traités passés par la Bulgarie avec TAUemagne et la Turquie au printemps de 19 14 y dont M. Radoslavoff vient de révéler l'existence (V. p. 213). Ces correspondants, en raison du crédit qu'on leur faisait à Londres, bien à tort, ont fortement contribué à abuser en 1915 les autorités britanniques sur les véritables intentions de la Bulgarie jusqu'à son entrée en guerre aux côtés de l'Allemagne. Il est résulté de cette très lourde erreur l'écrasement de la Serbie avec ses multiples conséquences. Or, les faits acquis n'ont cependant pas convaincu ces quelques Anglais irréductibles. Tout en reconnaissant les très grandes difflcultés de la situation actuelle des Bulgares, ils arrivent cependant à cette conclusion paradoxale que les Alliés doivent faire la paix avec les Bulgares en leur laissant leurs conquêtes actuelles.

Quoi qu'il en soit, cette agitation sourde, limitée mais très active qui s'est faite récemment à Londres en faveur des Bulgares a été naturelle-

ment réprouvée par Topinion britannique bien informée. Les Anglais qui, en avril 1916, ont fait un si cbaleureux accueil au prince de Serbie ont redouté qu'une nouvelle faute balkanique ne soit commise. C'est pour la prévenir qu'une question a été faite, le 28 mars, à la Chambre des Communes. « Un député a demandé qii on lui donne l' assurance que la Bulgarie ne sera pas admise à une paix séparé'e et surtout qu'elle ne sera j^a^ autorisée à acquérir des territoires aux dépens des peuples qui se sont battus aux côtés des Alliés durant la guerre. » (V. L'OEuvre, 29 mars 1916.) Cette motion britannique est conforme à la fois aux intérêts moraux et matériels récents et futurs des Alliés.

D'abord, on ne doit pas compter, comme certains en ont l'illusion, sur un mouvement vraiment efficace du peuple bulgare contre son gouvernement. Le tsar Ferdinand a toujours fait ce qu'il a voulu en Bulgarie et maintenant qu'il a partie liée avec Berlin, les Allemands lui prêteront main-forte pour se maintenir. Quant au peuple bulgare, il est sans doute victime de cette situation mais il le restera. Le peuple bulgare a des qualités incontestables. 11 est travailleur, énergique et sobre. Mais le peuple bulgare « ressemble en beaucoup de points » aux Prussiens, ainsi que le proclamait tout récemment.

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en ces propres termes, le nouveau ministre d'Allemagne à Sofia. (V. Le Temps, 18 mars 19i().) En effet, le peuple bulgare a Tâpretc au gain, la duplicité et l'esprit de domination des Brandebourgeois. Au surplus, le peuple bulgare est la proie des politiciens bulgares qui eux, entêtés comme des buffles et d'une intransigeance dont rien ne peut donner idée, sont irréductibles sur la question de Macédoine. Sans doute, les politiciens bulgares fort astucieux pourraient bien, comme en 1915, avoir Fair de négocier avec les kWïé^ pour faire retarder par ceux-ci r offensive partant de Salonique, que redoute au plus haut 'point Berlin^ mais croire qu'il est possible de conclure avec la Bulgarie une entente durable et de bonne foi serait caresser la plus pernicieuse des chimères. Faire une paix prématurée avec les Bulgares comporterait d'ailleurs pour les Alliés d'autres résultats funestes qu'il est aisé de mettre en lumière. Pour traiter avec les Bulgares qui de concert avec les Allemands viennent de massacrer systématiquement un nombre énorme de Serbes, il faudrait, de toute évidence, trahir la Serbie et considérer que les crimes des Bulgares puissent devenir pour eux constitutifs de droits. Il est clair que l'opinion publique alliée n'admettrait pas une pareille infamie. En outre, au point de vue militaire, le calcul ne serait guëre

LE PLAN PANGERMANFSTE

judicieux. Pour éviter d'avoir à se battre contre

) 350.000 Bulp^ares dont les forces (Tailleurs doivent.

-^ être divisées entre le front roumain et le front de

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