kilomètres carrés et 22 millions de non- Allemands
3** La main-mise politique et militaire de l'Allemagne sur la Turquie qu'on s'efforcerait
* Moins les régions italiennes du Trentin que Berlin était décidé à céder aux dépens de l'Autriche à l'Italie pour acheter sa neutralité.
ensuite d'accroître de l'Egypte et de la Perse. L'opération sur la Turquie était prévue en deux étapes. Dans la première période, la douzaine de pseudo jeunes-Turcs qui, depuis 1908, disposent en maîtres de l'Empire ottoman et se prêtent au jeu de l'Allemagne à Constantinople, devait rester en façade. L'indépendance de la Turquie, d'ailleurs liée à l'Allemagne par un traité d'alliance militaire, eût subsisté en apparence pendant cette phase. Elle eût permis de placer de nombreux fonctionnaires allemands à la tête de toutes les administrations ottomanes sous couleur de les réformer, ce qui eût préparé la deuxième étape. Celle-ci avait pour objet de faire passer, sous le protectorat étroit de TAllemagne, la Turquie avec ses 1.792.900 kilomètres carrés et ses 20 millions d'habitants non-Allemands . (Sans compter les dépendances : Egypte et Perse.)
La Confédération germanique de l'Europe centrale devait former un immense Zollverein ou Union douanière. Des traités de commerce spéciaux imposés aux Etats balkaniques et à la Turquie asservie eussent eu pour résultat de réserver ces vastes régions exclusivement à la Grande-Allemagne comme débouché économique.
En somme, le plan pangermaniste de 1911 se résume dans les quatre formules :
Berlin-Calais ;
Berlin- Riga;
Hambourg-Saloniqiie ;
Hambourg-Golfe Persique.
La réunion des trois groupements : Europe centrale, Balkans et Turquie devait placer finalement sous l'influence prédominante de Berlin 4.015.146 kilomètres carrés et 204 millions d'habitants dont 127 eussent été obligés de subir la domination directe ou indirecte de 77 millions d'Allemands seulement.
Ce plan pangermaniste continental de 1911 devait être complété par des acquisitions coloniales considérables dont on trouvera l'exposé à la fin du chapitre V.
Guillaume II savait fort bien qu'un pareil pro- ^amme ne pourrait devenir une réalité durable qu'à la suite de la disparition de toutes les grandes puissances. Le Kaiser, en établissant son plan pangermaniste, avait donc formellement résolu, — il faut se persuader de cette vérité capitale à bien saisir, car sans elle ou ne peut absolument pas comprendre le caractère de la guerre actuelle, — l'anéantissement de cinq grandes puissances. La disparition de l'Autri-
che-Hongrie était prévue par absorption, déguisée par son entrée dans l'union douanière allemande. L'anéantissement de la France et de la Russie devait résulter de la destruction totale de leurs forces militaires au moyen d'une guerre préventive foudroyante. La mise hors de cause de l'Angleterre devait se produire par l'effet d'une opération ultérieure qui fût devenue très aisée une fois la France et la Russie démembrées et réduites à une complète impuissance. Quant à l'Italie, destinée à devenir un simple État satellite, elle n'était pas considérée comme capable d'oflrirla moindre résistance aux ambitions pangermanistes. L'Italie, écrivait en 1900 un des propagandistes de la doctrine du Kaiser, « est trop inhabile à la guerre pour pouvoir être considérée comme une rivale ». (V. Deutschland bei Beginn de.r 20 Jahrhunderts^ p. 53. Librairie militaire R. Félix, Berlin, 1900).
Il faut ajouter que le plan pangermaniste de 1911 7ie comportait pas la guérite avec r Angleterre, En faisant éclater la lutte en août 1914, Guillaume II était persuadé que la Grande-Bretagne n'y prendrait pas part au moins immédiatement. Le Kaiser avait d'ailleurs pris toutes les précautions imaginables pour attiser les crises intérieures de l'Angleterre et tromper le cabinet de Londres. 11 faillit un instant réussir. La décision
de la Grande-Bretagne de participer sans délai à la lutte n'a tenu qu'à un fil, mais ce fil a été rompu. Si l'Angleterre avait tardé, ?ie fût-ce que de quelques jours, des débarquements allemands se seraient produits dans le Cotentin, en Bretagne et jusque près de Bordeaux. La France étant ainsi rapidement réduite de toutes parts à l'impuissance, l'intervention anglaise eût été ensuite inefficace, et tout le plan pangermaniste de 1911 se serait alors réalisé intégralement. Mais en entrant en guerre au moment qu'il fallait et en barrant ainsi la mer, la Grande-Bretagne, tout en se sauvant elle-même, a vraiment donné à l'humanité civilisée les moyens d'éviter le joug prussien. L'intervention anglaise, succédant au premier répit résultant de la magnifique résistance armée de la Belgique, a bouleversé, en effet, le plan allemand initial.
Mais Jes Allemands sont habiles, tenaces et retors. S'adaptant aux circonstances nouvelles qui se sont imposées à eux, ils n'ont pas encore renoncé à tirer de la guerre un énorme profit. Il faut donc savoir quels procédés ils ont imaginé pour tâcher de réaliser encore la presque totalité du plan pangermaniste de 1911.
Afin que les responsabilités de l'Allemagne soient bien nettement établies aux yeux des neutres, — dont beaucoup ont été trompés par la propagande allemande, — il importe de montrer clairement le mécanisme de réalisation du plan pangermaniste tel qu^il apparaît à travers les faits.
De 1892 jusqu'à la guerre, c'est-à-dire pendant vingt-deux ans, le mouvement pangermaniste s'est développé avec une intensité croissante. Aûn de diffuser dans le peuple allemand les désirs d'annexion et ainsi le préparer à la lutte par Tappât du butin, les pangermanistes ont exposé le plan pangermaniste dans tous ses détails dans une multitude de publications. Deux sont particulièrement importantes. La brochure, publiée sous Tégide de V Alldeutsclier Verbandy Grossdeutschland iind Mitteleuropa um das Jahr 1950. — La Grande Allemagne et V Europe centrale en 1930, éditée par Thormann et Goestch S. W. Bessel Strasse, 17. Berlin en 1893, donne le plan pangermaniste de 1893. Le livre d'Otto Richard Tannenberg : Gross-Deutschland die Arheit des 20 Jahrhunderts. — La Grande A llemagne^ Vœucre du XX^ siècle, qui a paru chez Bruno
Volger àLeipzig-Gohlis en 1911, fournit presque tous les renseignements désirables sur le plan de 1911.
Malheureusement, bien que cette littérature pangermaniste fût très considérable, fort savamment documentée et répandue dans les masses à un nombre d'exemplaires énorme par des sociétés extrêmement puissantes, patronnées par les plus hautes autorités de TEmpire, bien rares furent ceux hors d'Allemagne qui voulurent croire à son extrême importance. Mais maintenant, celle-ci est démontrée par les faits. La réalité, l'étendue et les étapes de réalisation du plan pangermaniste de 1911 sont établies par :
1° La direction donnée par TAllemagne depuis le i" août 1914 à ses opérations politiques et militaires qui ont eu pour objectif, non pas comme beaucoup l'ont cru, de prendre des gages, mais de s'emparer des territoires à annexer à peu près exactement selon le plan de 1911 tel qu'il est exposé dans le livre de Tannenberg.
2° Le mémoire remis, le 20 mai 1915, au chancelier de l'Empire allemand par la Ligue des agriculteurs^ la Ligue des paysans allemaîids, le Groupement provisoire des associations chrétiennes de paysans allemands^ actuellement Association des paysans westphaliens, l'Union cen-
traie des industriels allemands, la Ligue des industriels et l'Union des classes moyennes de lEmpire. (V. Le Tetnps^ \2 août 1915). L'importance de ce document ne saurait être exagérée. En effet, il émane des associations les plus puissantes de l'empire qui groupent tous les éléments influents du peuple allemand, notamment les agrariens et les néfastes hobereaux prussiens. Or, ce mémoire a eu pour objet, comme on le constatera, de réclamer des annexions aussi exactement conformes au plan pangermaniste de 1911 que l'a permis le développement des opérations militaires. Pour quiconque connaît l'Allemagne, il est difficile de douter que ce mémoire a été remis à M. de Bethmann-Holweg après entente préalable avec celui-ci. On a voulu sans doute que ce document parût constituer une pression de l'opinion publique allemande dominante sur le gouvernement de Guillaume II. Mais si les idées exprimées dans ce mémoire reflètent incontestablement les volontés des cercles les plus influents outre-Rhin, elles correspondent, en outre, fort nettement, au programme d'extension dont Guillaume II a préparé progressivement la réalisation depuis plus de vingt ans.
S"" Les déclarations faites à la séance du Reichstag du 11 décembre 1915 prouvent l'exac-
titude de cette constatation. Le Chancelier de l'Empire a dit :
« Si nos ennemis ne veulent pas se courber maintenant, ils seront obligés de le faire plus tard... Quand nos ennemis soumeltront des propositions de paix conformes à la dignité et à la sécurité de r Allemagne , nous serons prêts à les discuter... Mais nos ennemis doivent se dire que plus ils conduiront la guerre avec acharnement, plus les garanties nécessaires augmenteront. »
M. de Bethmann-Holweg dont le jeu diplomatique consiste naturellement à ne démasquer que progressivement les énormes prétentions de l'Allemagne, afin de ne montrer que le plus tard possible aux neutres le monstre pangermaniste dans toute son horreur, ne pouvait alors s'exprimer plus clairement. Mais à peine avait-il fini de parler que le député Spahn fit à la tribune du Reichstag un commentaire fort précis des paroles du chancelier allemand.
« Nous attendons, dit M. Spahn, l'heure qui rendra possible les négociations de paix, sauvegardant 6/*^^^e /«f on />e;';?i«n/?n/e et par tous les moyens, y compris les acquisitions territoriales nécessaires, tous les intérêts militaires économiques et politiques de l' Allemagne dans toute son étendue. »
Le tonnerre d'applaudissements qui accueillit ces paroles prouve qu'elles avaient l'assentiment de l'écrasante majorité des députés allemands qui croyaient encore à cette date à la possibilité pour l'Allemagne de réaliser d'énormes acquisitions. ,
La préparation du plan pangermaniste a nécessité, depuis plus de vingt ans, une propagande formidable dans les masses allemandes et une organisation mondiale. Comment se .fait-il que ce plan a été ignoré, dans sa réalité et son étendue, à la fois par les diplomaties de la France, de l'Angleterre et de la Russie? Il en a été cependant bien ainsi, car autrement ces trois puissances n'auraient pas été surprises par la guerre. Il y a là un fait de prime abord invraisemblable dont il convient de donner l'explication.
Les agents diplomatiques des Alliés ne sont certainement pas inférieurs personnellement aux agents diplomatiques de Guillaume II mais l'organisation d'action extérieure totale du Kaiser comporte des instruments nouveaux d observation et d'influence dont le gouvernement de Berlin, depuis une vingtaine d'années, a flanqué
sa diplomatie officielle sans que ces organes nouveaux aient aucun lien apparent avec elle. Or, dans aucun des pays aujourd'hui alliés, des instruments d'observation et d'action correspondant à ces nouveaux organes germaniques n'ont été créés. Il en est résulté dans les moyens d'action extérieure de TEntente une infériorité d'équipement qui était considérable.
Le plan pangermaniste est fondé sur la connaissance très exacte acquise par les Allemands au prix d'un travail intense qui dure depuis vingt-cinq ans, de tous les problèmes politiques, ethnographiques, économiques, sociaux, militaires et navals, non seulement de l'Europe, mais du monde entier. Or, ce travail formidable na pas été fait par la diplomatie officielle ailemande. Il a été effectué soit par des adhérents de YAlldeutscher Verband ou Union Pangermaniste^ soit par des agents du service allemand secret, lequel a reçu un développement extraordinaire. Ce sont ces divers agents, rouages intermédiaires entre les espions classiques et les diplomates officiels, — leJ)aron de Schenk qui a opéré à Athènes en 1915-1916 est le type d'une catégorie de ces agents, — qui ont étudié métho-
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diquement tous les problëmes-bases du plan pangermaniste, qui ont préparé les moyens de fausser Topinion des neutres, de paralyser la révolte des Slaves de rAutriche-Hongrie, de corrompre ceux des neutres (personnes ou journaux) qui pouvaient l'être, etc. Les rapports de ces multiples agents, une fois contrôlés et résumés, ont été envoyés à la fois à la Wilhelmstrasse, au grand état-major allemand, — dont les opérations d'ensemble sont toujours combinées de façon à correspondre aussi bien aux nécessités politiques quaux nécessités militaires, — et au cabinet de Guillaume II dont le cerveau a ainsi pu emmagasiner tous les moyens techniques de préparer et de réaliser son plan de domination.
La diplomatie des Alliés était-elle outillée pour saisir dans son ensemble mondial l'immense travail de préparation pangermaniste des agents secrets allemands? Non. On va voir pour quelles raisons.
Tout d'abord, il importe de rectifier l'idée fausse que le grand public se fait souvent de la diplomatie. Il s'imagine volontiers que les diplomates /on/Thistoire en préparantde mystérieuses et savantes combinaisons. Or Texpérience des siècles prouve que, le plus généralement, les diplomates enregistrent seulement l'Histoire mais ne la créent pas. Mon maître Albert Sorel
exprimait cette vérité par cette jolie formule : « Les diplomates sont les notaires de r Histoire ». En réalité, la diplomatie d'un pays quelconque contribue k préparer et à faire IHistoire seulement quand le destin place à sa tête un grand homme aux idées puissantes et justes qui sait les appliquer avec tous les moyens de son époque. Or, c'est un lait curieux à remarquer, ce grand homme n'est pour ainsi dire jamais de la carrière, avec un grand C. Par exemple Richelieu, Napoléon, Palmerston, Disraeli, Gavour, Bismarck, qui ont préparé et créé de l'Histoire n'étaient pas des diplomates de profession. Malheureusement, il n'apparaît pas que la Fortune ait doté aucun des pays alliés, avant ou depuis la guerre, d'un cerveau capable de mener avec une compétence grandiose la diplomatie de l'Entente. Celle-ci s'est donc trouvée, avant et depuis la guerre, réduite aux services de ses diplomates en tant que fonctionnaires, qui, comme tous les fonctionnaires, attendent les instructions d'en haut, lesquelles fort souvent ne viennent pas.
En outre, la diplomatie des pays alliés, n'ayant pas été flanquée comme la diplomatie allemande d'organes nouveaux d'observation, en est encore réduite aux moyens d'information de jadis. Ces moyens, à peine différents de ceux d'il y a cent ans, sont tout à fait insuffisants pour suivre,
soit la formation et Tenchaînement si rapide des idées ou des événements multiples qui, en Europe centrale et dans les Balkans, ont été, — comme on le constatera, — les causes immédiates de la guerre, soit dans l'organisation pangermaniste qui, précisément parce qu'elle est énorme, est constituée d'éléments infiniment divers dont l'impoitance d'ensemble ne se dégage que lorsqu'on découvre le lien qui les relie entre eux. Or le diplomate officiel classique vit dans un monde à part. Ses renseignements sont surtout des renseignements de chancellerie ou de seconde main. Ils proviennent très rarement d'une observation directe des populations ou des faits. Les secrétaires d'ambassade partagent leur temps entre leur travail de bureau qui consiste pour les 9/10'' à rédiger et à copier en belle écriture et des relations mondaines charmantes mais qui ne sortent pas d'un cercle spécial et fermé. Très peu connaissent la langue dupays où ils résident ; moins encore voyagent dans l'intérieur pour l'étudier. Or, les événements qui bouleversent l'Europeprocëdent, en réalité, soit de l'hypertrophie des ambitions allemandes, qui se sont traduites par une foule de manifestations locales, soit des progiès des nationalités en Autriche-Hongrie et dans les Balkans qui ont donné également lieu à de multiples faits locaux. Ces faits se passent le
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plus souvent loin des capitales et l'appréciation exacte de leur importance nécessite une observation directe et sur place à laquelle précisément il n'est pas conforme aux usages des diplomates officiels de procéder. Or, les diplomates de l'Entente n'ont pas eu à leur disposition les agents d'observation qu'il eût fallu, pour aller, par exemple, entendre les multiples conférences de propagande pangermaniste, leur procurer et leur traduire les brochures significatives de y Alldeutscher Verband, entrer en rapports personnels avec ces chefs de partis slaves ou latins d'Autriche -Hongrie, souvent sans action parlementaire, plus souvent encore sans aucune fortune, sans rang dit social, qui n'avaient pour eux que leur idéal national, leur puissance de conviction, mais qui étaient les vraies forces nouvelles, car ils agissaient surles masses populaires en étroite communion d'idées avec elles. En l'absence de cette organisation, qui eût été indispensable, les diplomates de l'Entente en ont été réduits, sur bien des points, aux renseignements superliciels et fort incomplets des coupures de journaux, publiés souvent d'ailleurs dans des langues qu'ils ne pouvaient pas lire. Ces coupures et ces renseignements tout à fait superficiels, insuffisants, sans lien entre eux, n'étaient donc pas de nature à les avertir de l'approche
d'un grave péril. Il faut ajouter que dans les diplomaties de tous les temps, quand elles ne sont pas menées par un homme supérieur, les formules « pas d'affaires », « il est urgent d'attendre », « il ne faut pas croire que c'est arrivé», ont exercé une funeste influence. Il en résulte unscepticismequi généralement, dans lesmilieux diplomatiques, est considéré comme nécessaire et élégant. Cet état d'esprit se combinant avec Tabsence de renseignements multiples, directs et coordonnés a fait que quand, avant la guerre, on tentait de persuader un diploinate officiel que le but final de la politique de Guillaume II était l'établissement delà domination allemande sur le monde, on était rapidement classé parmi les esprits systématiquement soupçonneux et chimériques.
Il faut concevoir enfin que le système qui consiste à changer de poste un diplomate tous les quatre ou cinq ans, en l'envoyant souvent aux antipodes, le met dans l'impossibilité d'arriver 8^ avoir une vue générale précise et documentée des événements en formation dans une zone territoriale aussi étendue, aussi complexe et aussi difficile à connaître que l'Europe centrale et les Balkans.
Ces diverses considérations permettent de comprendre pourquoi si, dans les vingt-cinq
années qui précédèrent la guerre, certains des diplomates des puissances alliées ont bien pu signaler dans leurs rapports une action locale pangermaniste qui leur paraissait suspecte et digne d'attention, aucun d'eux n'a été à même de saisir le plan pangermaniste total dans sa réalité et dans son étendue. Ces considérations expliquent aussi, en partie, les échecs de la diplomatie de l'Entente dans les Balkans.
En résumé, les diplomates officiels alliés ne sont pas personnellement inférieurs aux diplomates officiels allemands, mais ceux-ci ont eu cependant sur leurs collègues de TEntente rénorme supériorité de connaître le plan général de la politique berlinoise, de savoir, dans chaque poste qu'ils occupaient, dans quelle direction il fallait marcher, ce qu'il fallait obtenir ou empêcher, pour concourir au but final. Il est incontestable, en effet, que dans les vingt-cinq dernières années, sous l'inspiration du Kaiser, la politique extérieure allemande a été constructive d'un plan défini alors que la diplomatie des pays aujourd'hui alliés, reflétant la politique de leurs gouvernements sans plan concret, s'est bornée,
parce qu'ils croyaient obstinément à la paix, à une défensive amorphe et stagnante.
D'autre part, en tant qii instrument d observation, la diplomatie des alliés réduite aux anciens procédés a été une simple loupe ne permettant de voir que les faits les plus gros. Par contre, r organisation d'action extérieure allemande^ en raison des organes nouveaux, officieux et secrets, dont la diplomatie allemande a été flanquée, comprenait dans son outillage de puissants microscopes permettant d'étudier la totalité des faits, même des infiniment petits qui cependant ne sont pas sans importance.
Enfin, en tant qiCinstrument d'action^ la diplomatie des Alliés, employant encore seulement les vieux moyens classiques, a été comparable à une armée n'ayant que de l'artillerie de campagne tandis que X organisation d'influence extérieur e allemande totale était l'équivalent d'une armée dotée à la fois d'artillerie de campagne et d'artillerie lourde.