‹ Le plateau central nigérianChapitre 13 sur 100 · IV. — î · texte numérisé non relu

IV. — î

Tout le Soudan nigf'îricn est couvert de sépultures dont les formes extérieures seules suffisent le plus souvent à confirmer incontestablement Toccupfttion du pays par différentes races. Cependant quelques-unes de ces sépultures remontent à une époque tn'^s reculée et leurs constructeurs leur ont donné des formes si différentes de celles utilisées par les peuplades actuelles qu'aujourd'hui les indigènes eux-m^rmes ignorent totalement la destination de ces monuments.

Il est à remarquer que toutes les populations du centre de la Boucle et de l'Est nigérien, qui enterrent leurs morts assis ou accroupis, se servent de meules en pierre pour broyer leur grain et connaissent bien la fabrication de la poterie, paraissant ainsi avoir conservé en partie les traditions néolithiques, tandis que les populations de TOuest stationnées dans toutes les plaines à partir de la région montagneuse, qui est là comme une zone de transition, ne font que des inhumations couchées, quelle que soit la forme du monument funéraire, cercles de pierres, tuyaux de poteries, petites cases sépulcrales de la montagne, tumuli. En outre, beaucoup de ces peuplades ignorent presque totalement l'art de fabriquer la poterie et l'usage des meules pour broyer le grain, n'utilisant que des récipients et des mortiers en bois, quoitjuo le sol qu'elles occupent soit parsemé d'instruments de l'Aij;e do la pierre et de débris de poteries. On voit donc que de nombreuses influences et de grands mouvements démographiques ont bouleversé les traditions, les coutumes et les populations de ces contrées soudanaises, à une époque

PLANGIE XXV

i7. — Tombe Basiiias. sur lo plaloau de la slalion agronomique df Kuulikoro.

Kig. 48. — ÛJneliiTL' de La Hozengai' l'oUls cercles juinlifs de pierres dressées, dont plusieurs [lorlenl dca e cl des inscriptions LybicO'BiTbÈrus.

bien antérieure à Tlslam car ces différences de rites funéraires existent dans des monuments antérieurs au Mahométisme et de nos jours chez des populations non musulmanes : Mossi, Bambara, Malinké.

I/étude de ces sépultures et leur fouille méthodique permettront sans doute plus tard de déterminer etlinographiquement les populalious qui les ont érifiées et leur rapport avec les populations actuelles.

Les plus canictéristiques [)armi les tombes anciennes ou modernes que Ton rencontre en parcourant le Soudan sont marquées par divers cercles de j)ierres, des tuyaux de poteries; ou sont placées sous dolmens naturels, dans des grottes, dans de petites cases funéraires, ou sous lumuli.

1^^ Les Basinas ou chouchets se composent d'un mur extérieur ovale, fait de grosses pierres, haut de 0 m. 70 îi 1 mètre

à l'intérieur duquel se trouve un remplissage de pierres et de gravats. Ces vieilles tombes sont situées sur le plateau formant palier au-dessus de la vallée du Niger et dominant les ateliers de « noumous » (forgerons) de la station agronomique de Koulikoro. On en retrouve une douzaine sur cette terrasse dont quelques-unes paraissent accouplées, mais les indigènes en signalent d'autres dans les environs vers le Nord.

J'ai fait ouvrir deux de ces monuments : au-dessous du massif de pierres rapportées (jui, sans fondations, s'arrêtaient au sol naturel, nous avons mis à jour, creusée dans la roche ferrugineuse, une fosse (1 ,2o-(),i.j et 0,37) diiii:ée N.-O.-S -E. dont les parois obli(|ues allaient en s'élargissanl vers la base. A l'intérieur de cette fosse il ne restait aucune trace apparente du corps inhumé.

ont 1 m. 50 à 2 mètres de diamètre et contiennent beaucoup d'instruments préhistoriques déposés en surface et quelquefois des inscriptions : (en arabe dans les cimetières récents comme à Dioumarane (près de Tenga), en face de Zamgoly ou en Berbère (1) comme 4ans celui de Labezenga).

Mais les tribus guerrières de l'Est, Oulmînden, Iguadaren, semblent préférer pour leurs chefs de grandes tombes isolées, dont Tenceinte circulaire, 3 ou 6 mètres de diamètre, est faite soit d'une seule rangée de grosses pierres soit par un mur de pierrailles. (Rive N.-E. du Niger vers Baror et Chabor, Tondibi, Tinhanazitcn, etc.), ou môme de plusieurs cercles concentriques (fig. i9-50).

Ces grandes tombes berbères sont irrégulièrement semées dans le pays, et ont été placées de préférence sur les plateaux rocheux, bordant le fleuve de Bamba aux grands rapides du Niger, ou dominant les plaines de l'Est ; mais dans leur voisinage subsistent toujours, auprès des ruines de village, comme à Hondou-Houdia, près de la falaise de Lotokoro, des séries de petites tombes à enceintes circulaires de petit diamètre (0 m. 60 à 0 m. 80) dont l'intérieur est paré de pierres plates, formant des allées, des croix ou des raies parallèles.

C'est également dans cette môme région que les ateliers contiennent des sépultures surmontées d'un petit cercle de 8 à 10 grosses pierres (fig. 51), n° 19).

(1) Ce cimetière est situé sur la rive droite du Niger en face des rapides de La bezenga, on y remarque une quanlilé énorme de lombes joinlives, délimitées par des entourages de pierres dressées, mais dont le cercle est si étroit, qud l'on peut supposer que plusieurs des inhumations ont eu lieu assises, comme dans les cimetières fétichistes voisins (fig. 48).

l11uutls(Monl Tunilibi),

ÀRCBjtOLOGIfi 47

S* Tombes des Noirs fétichistes de l'Est nigérien. — Le mode de sépulture, assis ou accroupis, reste encore en usage ehex la plus grande partie des fétichistes de TËst, dans la Boucle soudanaise. Songhol de Téra et de la Sirba, Kourou* mel Gourmankés, Doforobes et Oumbebe des Montagnes du Plateau centrai nigérien.

Chez toutes ces tribus les tombeaux se composent d'un puits vertical creusé en tronc de cône ; dans les terrains sablonneux le puits est souvent remplacé par un grand eanari (jarre). Le corps du défunt y est placé accroupi avec ses instruments, ses armes et ses bijoux (1). I/ouverture supérieure est fermée avec une poterie renversée entourée d*an petit cercle de 8 à 10 grosses pierres. Les chefs de famille sont toigours enterrés près de leur case ou même à Tintérieur de leur habitation^ les autres membres sont portés à l'extérieur. Ce mode de sépulture a été très employé, car sur les bords du Niger^ dans les ruines d'anciens villages, on voit fréquemment de ces grands cansris renfermant des fragments d'ossements humains. De même le pourtour extérieur des grands tumuli élevés aux chefs, sont, sur les rives de la branche orientale du Niger et près des montagnes, garnis de sépultures secondaires placées ainsi dans des canaris et marquées par un petit cercle de pierres. Les bellahs et les forgerons touareg qui occupent actuellement le pays fouillent continuellement ces tombeaux pour

(t) Ces coutumes funéraires seront décrites dans la partie ethnographique. En tout cas dans ces tombes les hommes sont enterrés assis face au soleil Itvanl ou couchés la tête à l'Est les pieds à l'Ouest, les femmes au contraire bût an soleil couchant ou tête à TOuest pieds à TEst ; enfin les chefs assit lace au Nord ou couchés léle au Nord pieds au Sud.

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s'emparer des grains de colliers et parures qui sont accumulés au fond de ces grands vases funéraires.

(«ommc nous Tavons fait observer, en nous rapprochant des plaines de TOuest, l'inhumation couchée remplace la position accroupie. Ce sont surtout les classes nobles des Mossis, les Moros, (jui, apros leur mort, sontc tendus couchés Est-Ouest, avec leurs armes, dans des tombes très élargies à la base, mais dont l'orifice circulaire est recouvert par une pierre, (lelle-ci est surmontée d'un léger tertre de terre sur lequel on abouche un vase entouré d'un cercle de pierres (fig. 59. n^« 20-21).

4" Tombes surmontées d*un tuyau de poterie {cheminée). — Un type de monument funéraire très curieux qui parait avoir été fréquemment employé dans de vastes régions à une époque très reculée, se trouve caractérisé par l'emploi des « tubes de poterie » spéciaux, placés au-dessous de la tète du mort.

Des tombes avec un dispositif analogue ont été retrouvées à Cartilage par le P. Delattro, à Boulogne-sur-Mer par M. Hamy, et dans les fouilles du camp du Causse par le général Pothier.

Quelques-unes des populations nigériennes actuelles ont conservé l'usage de ce type de monument. Ce sont les [xôcheurs « Korongoï » (l) du Niger et du Bani, puis les habitants de Djenné, mais ces derniers, musulmans fervents, ne se servent de ces poteries que comme « stèle » funéraire, tandis que les pécheurs des villages et des cam-

(1) « Koronjîoi » si^rnitie los Hommes ronj^os: (les chefs routes) leur tanna sont la hy<Mie et la panthère ; tribus «les pt^cheiirs anciennement soumis aux gens des clans «.le (iannathar.

PLANCHK XXVII

Fig. 52. — Grnilcs et fftnles .■,.'|)ulerali;s [ni's ilu village de Garmi {Uonts Hoiiibori'. Au premier plaH Itoubakor Matga, chef du Hombori,

pemcnts les utilisent toujours pour y déposer des offrandes et des libations aux morts. Les coutumes des Foulbés, pasteurs du Ferlo, que signale le lieutenant Moreau (1), se rattachent à ces idées d'off'randes : « Ils se ménagent par « un bambou creux ou tout antre moyen, une communi- « cation avec le mort, par où ils pourront lui verser le lait « dont il a besoin ». D'ailleurs la disposition même des grands tumuli nigériens rappelle cet usage par la présence d'un puits central chargé de débris de vivres et donnant accès dans la chambre sépulcrale.

Mais si dans toutes les tombes récentes nous retrouvons sur les rives du Niger-moyen Tusagc de l'inhumation couchée selon les rites islamiques, au contraire, dans le Yagha, j'ai eu la chance de rencontrer en cours de route plusieurs petits tumuli, formés par une série de sépultures de gens accroupis, surmontées de tuyaux de poterie. Poteries rouges^ sûrement très anciennes, ornées d'une décoration très semblable à celle des fragments de vases tournés dans les ateliers de « Noumous » à Koulikoro.

Ces petits tertres funéraires, avec tuyaux de poterie, situés près du village de Kokienga, sur la route qui de Alfasi conduit à Yama, seraient, au dire des indigènes, les sépultures des a Koromeï » (2), qui habitaient le Yagha avant les invasions Mossis du XI* siècle (fig. 60).

5^ Sépultures du Plateau central nigérien. — Dans les régions montagneuses du Plateau central nigérien, le type des sépultures et des monuments funéraires varie beaucoup et

(1) Ethnographie Soudanaise, p. 20. Notice publiée par le général de Trentinian à Kayes.

(2) Les a vieux » ou les rouges (Koron), anciens habitants.

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indique très bien la juxtaposition et le mélange de populations diverses venues à des époques dilt'ércntes chercher un refuge dans ces escarpements.

Sur les plateaux de Hombori, occupés depuis le xv* siècle par des chefs musulmans dépendant de Tombouctou, il est facile d'étudier les anciens tombeaux des primitifs sans susciter les méfiances de la population, et par suite d'y recueillir de nombreux documents anthropologiques. Malheureusement la plupart de ces tombeaux ont déjà été plusieurs fois fouillés par les musulmans eux-mêmes, qui en ont phis ou moins dérange Taménagement intérieur, pour s*emparo.r des armes, bijoux ou parures qu'ils renfermaient.

Au contraire, dans toutes les autres provinces encore occupées par des tribus non islamisées, les cimetières restent toujours des lieux sacrés et vénérés dont on ne doit s'approcher qu'avec beaucoup de prudence, même pour noter seulement leur faciès extérieur.

6° Grottes sépulcrales. — Les plus anciennes de ces sépultures paraissent être celles que Ton retrouve dans les crevasses profondes des rochers au fond de grottes et d'excavations surbaissées ou dans des fissures étroites de la montagne. — Mais il m'a toujours été impossible de voir le dispositif de l'inhumation, car toutes celles que Ton m'a montrées avaient déjà été bouleversées, et Ton n'apercevait que des fragments d'ossements avec quelques grains de colliers, restes de parures. On y a toujours recueilli beaucoup d'instruments en pierre polie, au dire de mes guides. Une cinquantaine de pièces, de la collection du Trocadéro, qui m'ont été oilcrtcs par le chef du Ilombori,

l'LANCHl'; XXVIII

Fig. ni).- DDlmcnVili

Fig. Si. — ToiiiLe iloliiu'ii sm- lissmru nalu™lle. jiri-.-, ilu villaj du Hotiib'iri Mftiga.

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