‹ Le plateau central nigérianChapitre 14 sur 100 · PLANCHE XXIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXIX

Fig. 56. — Casi; fjnLTairi' du [imssif i<<' Nilalltt.

ARCHKOLOGie 51

Bakari-Malga-Surkouf, proviendraient de ces fentes sépulcrales, près du village de Garmi.

7° Dolmens ? — Mais sur le plateau lui-même, à la surface du sol, on remarque de nombreuses sépultures sous des monuments « en forme de dolmens ». Elles sont tout particulièrement nombreuses à la sortie du village de Ilombori-Maïga en bordure de la route le long du ravin de la Source. Les corps ont été placés par groupes de o à i\, quel(juos-uns accroupis, les autres couchés Est-Ouest (la tèteindilléromment d'un côté ou de l'autre) dans une des crevasses (pii gercent à la surface de la roche. En recouvrant cette fente avec des dalles à la partie supérieure, et en en fermant les extrémités avec de grosses pierres on a formé ainsi facilement une chambre funéraire.

Dans ces tombeaux rappelant soigneusement la forme des dolmens (1), on a recueilli des pointes de flèches et des couteaux en fer, des ornements en cuivre, des parures et grains de colliers en agathe jaspe..., etc., avec de petites figurines d'animaux en terre et des plaquettes d'ivoire placées sous les têtes des cadavres.

8® Cases funéraires. — Dans les strates horizontaux des falaises gréseuses du massif de Bandiagara et sous les abris de roches des pentes abruptes, on remarque une grande quantité de petites constructions surbaissées, rectangulaires ou circulaires, dont Taccès reste toujours très difficile. Plusieurs de ces groupes de constructions ont servi certainement de gre-

(i) Des dolmens de ce ç^owrc ont «'té trouvés et si^rnalés en Tunisie (dolmen sur tissure) Nécropole de Cliriuacli, Anthropoloific, \1V, \). :>!. Dr Car- Ion. Voir à l'ethnographie les coutumes en usage chez les tribus non islaminées pour l'orientation des corps dans les sépultures.

niers à céréales, d'habitation et de village de refuge dans une période troublée, mais beaucoup de ces petits édifices sont utilisés encore aujourd'hui comme chambres funéraires par les familles de la montagne (1).

J*ai pu, en cours de route, visiter dans des régions occupées actuellement par des Foulbés musulmans, deux séries de sépultures de ce genre, mais paraissant remonter à une époque -assez lointaine, car elles contenaient des poteries d'un type ancien : Dans ces deux groupes les corps avaient été certainement accroupis, tandis que dans le cimetière, formé de petites cases récentes, que j'ai visitées peu après, aFombori- Douentza, I inhumation avait eu lieu -couchée Est-Ouest, comme cela se pratique généralement dans cette partie de la montagne où seuls, certains chefs religieux^ dignitaires et chefs de vieilles familles ont conservé le droit à l'inhumation accroupie.

Le premier groupe de ces sépultures anciennes est situé sur le pourtour d'un massif rocheux au-dessus de N, Dalla. Sous des abris de roches sont placées des cases ovales hautes de 0 m. 80 sur 3 à l mètres de diamètre, avec une seule petite ouverture rectangulaire faisant face à TEst. A Tintérieur de ces chambres se trouvaient les ossements de 15 à 20 individus.

Le second groupe est construit dans les strates dune ride rocheuse dominant la route de Bandiagara à Kouna, à quelques kilomètres de Singara ou Sigama.

Les tombes de ce groupe sont caractérisées par une double

(1) Voir : Ruines de villages et de constructions^ puis Rites et coutumes fujièraires des Habbès .

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Fig. 5fl. - 19. Toiiibi'4 ilu Liitukrini tlloriilim lloiiilm) ; âO. ii. Tuiiibi'^ Goni^ m&nk<is et Sonttliuï; ^, TuiiiIr' <Ii; MussI ; ;13, ToiiiLl' îles iiluint^s de l'Ouvsl ; 3*, Totiibu sous terirc (laturul ilaiis li>s [iluîiii's Suii.

Fig. M. - l'DliTit* lin Y..iKlini(l<jiii!nlombes il>'s [t<ao< iniii'li^rriL'sl : [•i>\unv. ■ (M. tloni)iaM.ii'ni .

r«) : l'Dli'i'ii's ruD'-i'arrcx lius lii' ilu Singjiiiiu ou Syngara

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enceinte circulaire tangente située dans une excavation de la roche. Par suite de ce mode de construction la chambre funéraire dans laquelle reposent les corps de 25 à 30 individus est précédée d'un vestibule. Là étaient déposées des offrandes sur des coupes à pied circulaire, d'un type tout particulier, déjà signalé dans les débris de poteries des campements de pécheurs du lac Débo.

9^ Sépultures des plaines de l'Ouest nigérien. — Il semble que le principe dominant appliqué par toutes les populations nigériennes à leurs sépultures, a été de ménager à leur mort une chambre sépulcrale, car on retrouve l'application de cette idée non seulement chez les tribus fétichistes descendues des montagnes dans les plaines du S.-O. vers les Bobos et les Samos, mais encore dans les tombes des musulmans habitants les bords du Bani.

Maheureusement les tombes des fétichistes de la plaine anciennes ou modernes, fosses avec excavations latérales, ou chambres funéraires creusées au fond d'une galerie sous un tertre naturel (l), ne laissent généralement aucun indice extérieur permettant de les découvrir. Les inhumations s'y font, comme nous le verrons en étudiant les mœurs et coutumes de ces tribus, accroupies ou couchées ; et parfois de légers tumuli semés de débris de poteries, permettent seuls pendant quelques années de reconnaître l'emplacement de ces sépultures (fig. o9, n^ 33).

En effet l'emploi de tumulus, comme monument funéraire a été d'un usage constant aux temps préislamiques chez

(1) En Tunisie la sépulture fouillée par le Dr Hamy nous présente le lype modèle de ce ^enre de sépulture.

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presque toutes les populations des plaines nigériennes et soudanaises.

10*^ Tumuli soudanais. — Ces himuli sont particulièrement nombreux dans la région lacustre comprise entre les tristes dunes qui enserrent Tombouctou à TEst et les grandes plaines de pAturages que féconde le lac Débo h l'Ouest ; on en rencontre partout, des bords rocheux et mouvementés du Faguibine, au Nord, jusqu'aux immenses plateaux herbeux bordant les lacs D(^ et Nyangay au Sud. Aussi le voyageur est-il réellement surpris de la grande quantité de ces monticules artificiels trouvés î\ chaque pas sur des espaces immenses.

Ces tertres souvent gigantesques couvrant d'une ceinture de débris les marigots et les lacs qui en baignent le pied, sont presque toujours cachés au milieu de la brousse dense des zones d'inondation, dans les fourrés de palmiers nains, de rhoniers ou d'arbres épineux, sur les bords du grand fleuve Niger ou de ses déversoirs.

Devant ces masses agglomérées d'argile, de poteries et de pierres, généralement érigées en forme de pyramide tronquée, dont le sommet de terre cuite, émerge rouge brique des massifs de verdure qui l'entourent, l'Européen se demande par quel peuple, dans quel but et à quelle époque ces monuments ont-ils été dressés ?

L'étude de ces tertres indubitablement dus à l'activité humaine, à une époque plus ou moins reculée de l'histoire africaine, permet d'établir par l'observation de leurs formes, de leur orientation générale, des matériaux qui les composent ainsi que par la similitude des objets qu'on y découvre, qu'ils ont été construits suivant les mêmes règles, dans le même cycle chronologique et dans le môme but.

PLA.NCIIK XXXII

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PiR, 62. — Casi's funi

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En effet, tous sont élevés au bord de Teau ou des terrains inondés, dans une région boisée, ayant comme direction générale du grand axe de leur base la ligne Est-Ouest.

Lorsque plusieurs de ces monuments se trouvent réunis dans le même site, ils sont disposés les uns à c6té des autres, en demi-cercle, la concavité de ce demi-cercle tournée au Midi et la corde de l'arc toujours sensiblement orientée Est- Ouest.

Quelquefois au centre de ce croissant, un tertre plus petit se trouve isolé. Leur forme Générale, comme nous ravons déjà dit, est celle d'un tronc de pyramide, souvent érodé ou affaissé par place, mais atteignant jusqu'il 15 ou 18 mètres de haut sur une base de loO à 200 mètres carrés. Ils sont tous revêtus extérieurement d'une couche de terre argileuse mélangée de débris de poteries de toutes formes, de pierres et de résidus de laitiers de hauts-fourneaux.

Sur le sommet et le pourtour on trouve des traces nombreuses de fourneaux et de foyers qui ont fortement cuit la couche d'argile en lui donnant une belle teinte rouge.

La surface extérieure d'un grand nombre de ces monuments a été utilisée par les populations des villages voisins^ à une époque indéterminée, comme cimetière. En effet dans la région de Sumpi on trouve leur surface garnie de sépultures secondaires, tombes à tuyaux de poteries, ou à enceinte circulaire avec inhumation couchée tandis que dans l'Etat nigérien et au pied des monts de Hombori, ce sont des sépultures d'individus, accroupis dans de grands vases, surmontées d'un petit cercle de pierres.

Beaucoup de ces tertres funéraires ont subi des altérations diverses dues à plusieurs causes. Les uns, sous l'influence

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des pluies violentes des tropiqnes se sont affaissés : leurs masses, désagrégées et entraînées par Teau des tornades, couvrent encore de leurs débris de grands espaces, ne formant plus que de légers mamelonnements facilement reconnaissables aux nombreux fragments de poteries*qui en parsèment la surface. Les autres, arrêtant les sables mouvants qu*entrainent les souffles puissants du Nord-Est, servent de noyau à une dune qui peu à peu les recouvre, effaçant ainsi ces vestiges de Tactivité humaine, dont seuls les termes de leurs appellations feront survivre parmi les générations ces souvenirs d'un autre âge.

Quant à ceux que Timprévoyance des constructeurs a dressés trop près du grand fleuve ils voient leur base érodéc chaque année par les eaux de la crue. Peu à peu ils s^efi'ritent, puis s'effondrent partagés en leur milieu sous l'action désagrégeante des eaux et montrent ainsi au grand jour les secrets qu'ils devaient garder.

Les noms que Ton donne actuellement à la plupart de ces tertres, transmis d'âge en âge par la tradition, sont le plus souvent des noms d'hommes auxquels se rattachent encore quelque vagues légendes (1).

Quant à l'appellation générique de ces monuments elle est caractéristique : les Songhoy de l'Ouest les désignent par le terme de « Gourgoussou » (de Gourrey butte et Goussou creux) et les Foulbés de la région parlant le dialecte de Bandiagara par le terme de Tongomahé (monticules de ruines) tandis que les pécheurs Songhoï de l'Est nomment ces grands tertres Koïgourou ou Kaïgourou (butte du chef), réservant le terme

(1) Voir: Anthrvpolof/ie, t. XIV, Etude su?' les Tumulidu Killi.

Mohamed oulil Badi et ses sloughia soudan llËvrier» schilluuko).

de « Denderi » ( monticules de débris) pour les petits tumuli^ les ruines de villages détruits ou les tas de détritus formés à Texlérieur des agglomérations urbaines.

Dès 1896, peu après la prise de Tombouctou, le capitaine Florentin, commentant les légendes locales, signala ces monticules simplement comme des ruines d'anciens villages indigènes, la situation politique de la région ne lui permettant pas de pousser plus longuement cette étude. Mais, en 1901, la soumission des Touaregs étant complète, j'ai pu, pendant mon séjour à Goundam, faire fouiller un des tertres du monument de Sinfansy, que la tradition locale désignait avec une certaine vraisemblance comme la sépulture d'un chef, Si, ou Sin, qui gouvernait le pays des Lacs avant les invasions Malinkés, du xn^ siècle.

Ces fouilles, qui furent réellement très fructueuses par la variété et la quantité des beaux objets recueillis (1), ne permirent cependant pas de se rendre compte exactement de la forme et de la disposition de la chambre funéraire. Aussi, profitant de la subvention que TAcadémie des inscriptions et belles-lettres (2) voulut bien m'accorder en 1904, j'entrepris la fouille du Tumulus d'El Oualedji.

Construit au bord du Niger, sur la dune qui ourle la rive Nord du fleuve, en face du confluent du Bara-Issa et de rissa-Bery, ce monument s'élève au milieu des palmiers de Thébaïde.

Sa masse imposante, en forme de dôme arrondi, et teinté rouge brique par Targile cuite de sa surface, attire de très

(1) Ces objets actuellement au musée d'ethnographie du Trocadéro sont décrits dans l'Etude sur les Tumuli du Killi, Anthropolof/ie, t. XIV.

(2) Fondation Garnicr. Cf. Compt. Mend. Acnd. Inscript., t. XXXIÏ, p. 20, 327, 359.

loin les regards des voyageurs naviguant sur le Niger. Son sommet domine de 17 mètres le niveau moyen des eaux du fleuve et sa hase couvre avec ses éboulis plus de 100 mètres carrés. Aussi ce tumulus, au pied duquel fut bâti l'ancien poste d'El Oualedji est un des plus connus de la région de Tombouctou.

Il offre d^ailleurs la particularité de porter le nom d'un célèbre marabout ayant habité le Binga et dont le corps encore vénéré de nos jours repose sous une petite kouba à une centaine de mètres du monument préhistorique (1). Ce voisinage de la construction historique, sanctuaire connu de tous les Musulmans de la région, et du vieux tertre tumulaire a souvent causé de nombreuses confusions.

M. Félix Dubois fut un des premiers à le décrire dans sa TombouctoU'la-Mystérieuse en 1897 (2). Il devina d'ailleurs la véritable destination de ces collines artificielles en leur attribuant avec à-propos le passage d'El Bekri sur les funérailles et les tombeaux des chefs soudanais dans le courant du x« siècle de notre ère.

Grâce aux travaux entrepris à VA Oualedji en 1905 il fut possible de déterminer assez exactement la méthode de construction employée par les indigènes nigériens pour élever ces monuments et d'observer quelques-uns des rites funéraires en usage chez ces populations protohistoriques. Malheureusement rellondroment déjA ancien de la chambre sépulcrale, par suite de la décomposition des bois du cadre, et la mauvaise conservation des ossements n'a pas permis^

(1) Tarik/i es-Soudan {Tr^id . 0. Uoudas), p. 45-46.

(2) TombouctoU'la- Mystérieuse y p. 220.

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