PLANCHE XXXIV
Fig. 61. — Campenienl <te ber^^tr») Koulbos an pieil du tumulus de Dongo.
malgré toutes les précautions prises, de recueillir des pièces anatomiques dans un état de conservation suffisant pour faire de fructueuses observations anthropologiques.
La partie centrale inférieure du tumulus était occupée par une chambre funéraire de forme ovale (2 m. 50 sur 6) au grand axe E.-O. Cette chambre était circonscrite par des rangées de troncs de rhoniers fichés debout en terre sur plusieurs lignes formant un palanquage de près de 3 mètres d'épaisseur. Sur les accottements ainsi formés reposaient des poutres superposées formant une toiture arrondie que recouvraient des débris de paille.
La communication de la sépulture avec l'extérieur était assurée par un puits de 0 m. 80 de diamètre qui, s'ouvrant dans le fond Ouest de la chambre^ débouchait à la partie supérieure du tumulus.
Ce puits était destiné à faire parvenir aux mânes des morts les vivres nécessaires pour leur existence nouvelle. Nous y avons trouvé de grandes quantités d'ossements calcinés, bœufs, moutons, sangliers, poissons, tortues, etc., avec les récipients qui les contenaient. De même dans l'intérieur de la chambre, reposant sur une forte couche de sable rouge (ocre rouge et otyde de fer mélangé), avait été déposé autour d'une grande jarre (0,80-0,60) tout un mobilier formé de divers récipients en poteries renfermant des aliments et des boissons. Dans le milieu de cette chambre, nous avons découvert les ossements de deux corps humains, éparpillés, mélangés et amalgamés à des débris de bois fuses. Des bracelets, bagues et ornements de cuivre se trouvaient auprès, avec des armes en fer, lames de sabres, couteaux, pointes de sagaies, lances et flèches ; dans la poussière rouge du
fond nous avons recueilli de nombreux grains de colliers en cuivre, agathe, jaspe, elc, avec quelques figurines d'animaux en terre et de nombreux poinçons ou aiguilles en os.
La masse des bois fuses et des détritus de paille délimitant et circonscrivant la chambre, était recouverte d'une enveloppe de terre argileuse pétrie et durcie au feu qui formait le tertre tumulaire proprement dit.
La surface extérieure de ce tertre était très riche d'objets de toute nature, les uns jetés dans les immenses foyers de sacrifices qui recouvraient la plus grande partie du monument, les autres déposés pendant longtemps en offrande par les populations ayant gardé le culte de leurs morts.
Dans le foyer principal placé sur le sommet S.-E. du tumulus, nous avons recueilli, au milieu des cendres, des ossements de chevaux avec une partie de leur harnachement^ grelot de cuivre, clochettes, ornements de cuivre dont deux bijoux discoïdes ajourés d*un travail très soigné.
Des objets en fer s'y trouvaient nombreux mais dans un très mauvais état de conservation ; plaque de poitrail pour cheval, bouterolle de sabre, lames, lances, haches, flèches, etc., etc.
Dans les cendres des autres foyers furent récoltés, mêlés k des ossements d'animaux sacrifiés, des armes en fer, puis des polissoirs, molettes, haches en pierre, des ornements en terre, des figurines grossières d'animaux. Enfin, répartie à peu près également sur toute la surface extérieure, avec des grains de colliers, une grande quantité de fragments de poteries vernissées et décorées ayant appartenu à des récipients de formes les plus variées.
Les seuls objets recueillis et apportés par les relations
l'LANCIIE XXXV
Pig. S8. — Tnninlas de Koadi {Killi).
commerciales extérieures et pouvant nous rattacher au monde méditerranéen sont des grains de colliers en verre et en pôte émaillée trouvés près des cadavres et parmi les offrandes de la surface ; grains faits avec des verres translucides bleu cendré (1), ou grains globulaires de pâte vitreuse bleue à décor ociilé, ou orné de bandes blanches spiralées, enfin perles décorées d'incrustations émaillécs. il serait peut-être intéressant de les comparer aux produits industriels de TEgypte que Ton a retrouvés si nombreux en Phénicie, à Carthage, Utique et dans tout le monde méditerranéen ; car plusieurs de ces perles rappellent beaucoup les verres égyptiens du nouvel Empire (Fabrique de Tell-Amarna, époque d'Amenaphis IV).
On remarquera que tous les objets recueillis tant dans la chambre funéraire que dans les foyers extérieurs sont du même type que ceux trouvés dans le petit tumulus de Sinfansi, près de Goundam (2).
Les poteries découvertes dans ces tumuli dénotent une industrie céramique bien plus avancée que celle des indigènes actuels de la région nigérienne. L^engobe des vases anciens, l'élégant décor à pointillé que montre un certain nombre d'entre eux, ne se rencontrent plus sur les produits modernes qui, en outre, sont loin de présenter les variétés de types que nous avons rencontrées.
A côté de ces poteries soignées se trouvaient un grand nombre de vases grossiers informes et minuscules pouvant
(1) Voir dans Anthropologie y lorne XIV, la description des objets recueillis.
{% Ces grains de verre bleu nommés « perles d'aigris » se retrouvent jusque dans les tumuli de la Forêt equatoriale et de la Côte d'Ivoire.
6â PREMIÉRR PARTIE
laisser supposer que nous nous trouvions en présence de jeux d*enfants s'amusant à cuire leurs ébauches aux feux des sacrifices, à moins que ces petites poteries informes, ces grains de colliers d'argile et ces figurines d'animaux, semblables à celles des tombes sous dolmens du Ilombori (1 ), ne soient que des symboles d'offrandes que Tavarice, la pauvreté ou la tiédeur des sentiments inventaient à la longue pour se dispenser d'oflrandes réelles.
Le travail des métaux nous apparaît trc^s perfectionné, surtout celui des bijoux de cuivre, métal précieux à cette époque primitive. L'utilisation de motifs filigrannés semble déjà faire son apparition dans l'ornementation des parures.
Si dans les fouilles du petit tumulus de Sifanssi, près de Goundam, nous avions mis à découvert les sépultures des femmes et des captives du chef avec leur riche mobilier de bijoux et de parures diverses^ dans celles du tumulus d'El Oualedji, au contraire, nous avons retrouvé le corps d'un chef militaire inhumé avec un de ses compagnons, écuyer ou serviteur, dans une chambre funéraire construite en troncs de palmiers et renfermant, avec leurs armes, tous les objets usuels de Texistcnce journalière de ces guerriers.
Cette chambre, recouverte d'un haut tertre tumulaire de terre argileuse, communiquait avec Textérieur, comme nous venons de le décrire, [)ar un puits destiné à faire parvenir aux mânes des morts les vivres nécessaires pour leur existence de Tau delà, pendant que sur tout le pourtour extérieur
(1) Des figurines grossières, avec trous de suspension ont été rencontrées également dans les nécropoles de la Haute^Egypte (Abydos-Negada).