PLANCHE XXXVI
Fi(t. O. — Le (uniulus d'KI Ouakdji lil [lasleurs FoulbiB.
du monument des victimes étaient sacrifiées et des offrandes déposées à leur intention.
Les objets recueillis dans les monuments de Goundam et d'El Oualedji montrent que ces deux tumuli, comme la plupart de ceux de la région lacustre, datent à peu près de la même époque. Leurs constructeurs étaient en pleine connaissance de Tusage et de Tutilisation des métaux. C'est dans cette belle période de civilisation barbare qu'El Bekri trouva ces populations nigériennes dans son exploration de l'Empire de Ganalha en 1050, quelques années avant la fondation de Tombouctou. Et son récit des funérailles indigènes s'applique exactement à ces tombeaux.
« A la mort du roi, dit-il, ces nègres construisent avec du c bois de rhonier un grand dôme qu'ils établissent sur le « lieu qui doit servir de tombeau.
« Ensuite ils étendent le corps sur une couche garnie de « tapis et de coussins et le placent à l'intérieur du dôme.
<» Ils disposent auprès du mort ses parures, ses armes, les € plats et les tasses dans lesquels il avait mangé et bu, et € diverses espèces de mets ou boissons.
« On recouvre l'édifice de nattes et de toiles, et la foule « assemblée s'empresse de jeter de la terre sur le tombeau « et d'y former ainsi une très grande colline.
« Us entourent ce monument d'un fossé qui n'offre qu'un « seul passage à ceux qui voudraient s'en approcher.
« Ils sacrifient des victimes à leurs morts et leur appor- « tent comme offrande des boissons enivrantes. »
Ce sont des monuments érigés d'après cette méthode de construction que nous retrouvons très nombreux dans la région lacustre, ancien centre des populations de TEmpire
de Ganatha. Sous le long travail des siècles, ces tumuli ont vu leurs arêtes effritées et emportées par les tornades. Peu à peu, ils se sont effondrés, ravinés par les eaux, et leurs chambres funéraires se sont comblées. Dans cet état plus ou moins informe, quelques-uns ont résisté jusqu'à nos jours et nous sont parvenus comme les seuls témoignages de l'activité, de rindustrie et de la civilisation de ces peuples « rouges M dont nous ignorons les noms et Torigine véritable.
L'aire de dispersion fort étendue dans laquelle sont signalés ces grands tumuli, caractérisés par de belles poteries et une industrie des métaux très avancée, semble devoir nous servir de base pour déterminer exactement les territoires sur lesquels s'étendait Tinfluence de Ganatha (1). Dans TËst, quelques-uns de ces monuments sont situés près des mares d'Aménaka, vers Zinder, et sur les rives du Niger jusqu'aux grands rapides de Boussa ; dans le Sud, M. Tadministrateur Delafosse a décrit ceux de la Haute-Côte d'Ivoire, du Baoulé (Montagne des Perles, Butte sacrée de Gueangomenou) (2) et des environs de Kong. Dans TOuest, nous connaissons ceux des environs de Sikasso, des rives de la Falémé et du Sénégal (Mafou). Enfin, sur le plateau central soudanais, j'en ai rencontré de très nombreux près d'Aribinda et sur les pentes de la falaise de Bandiagara au-dessus de Kani-Kombole.
Mais l'usage d'élever des tumuli s'est conservé dans toute
(1) Une partie des tribus de TEmpirc de Ganatha existent encore plus ou moins métissées et islamisées sous les noms de Wakorés Sarakollcs-Souninknés, Nono, ou Markas, tous de môme origine.
(2) Cf. Anthropologie, t. XI, 4900.
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l'Afrique du Nord et même dans les plaines nigériennes pendant de longs siècles. Si certains tertres tumulaires nous paraissent devoir remonter à la fin de Tàge de la pierre polie africaine, d'autres de ces monuments sont encore érigés par des populations soudanaises actuelles, non seulement sur le plateau nigérien, mais jusqu'aux rives de l'Atlantique. Les Sérères inhument toujours leurs morts d'après les rites des anciennes populations de l'empire de Ganatha (1).
L'étude plus approfondie et comparée des divers tumuli africains, érigés aux temps les plus reculés de la préhistoire, avec ceux de construction récente : grands monuments nigériens, tertres funéraires à inhumations accroupies ou couchées des plateaux soudanais, vieux tumuli du Sud-Oranais (2), de Gambie (3) et des Somalis, tombes récentes des chefs sérères, ete., etc., nous permettra peut-être de trouver des indices nouveaux pour jalonner les migrations de peuples envahisseurs ou de découvrir les traces d'une influence qui, partie des bords de la Méditerranée, s'étendit jusqu'au fond du golfe de Guinée.
Nous voyons d'ailleurs distinctement se révéler tout à la fois des affinités avec les anciennes populations berbères du Nord et les peuples nègres des contrées guinéennes, dans les grands tumuli nigériens.
(i) Voir Dr Lasnet, Une mission au Sénégal^ p. 147 (Paris, A. Challamel, 1900) comme le démontre le général Faidherbe par la linguistique et les traditions les Sérères ont été fortement impressionné par les « Rouges » Foulbès. Cf. (irammaire de la Langue Peulh, p. 6, 7, 8, par le général Faidherbe.
(2) Petit M., Bull. Soc. (ieogr. Archèol.^ Oran, juil.-sept. 1905, p. 285-294 et capitaine B. Normand, Anthropologie, XV, -2, p. 251.
(3) Cf. Anthropologie, t. XVI, 1905, n® 6, Les Mégalithes de Gambie^ capitaine Duchemin.
66 PREMIÉUE PAHTIË
Ces tumuli ont été conshniits par les peuples « rouges » do FEmpire de Ganatha, descendants probables des peuples garamanticjues, si céb'*bres dans le monde romain ; et (]ue Duveyrier (p. 280) considérait comme « ayant occupé le c Sahara avant toute autre race, et y avoir atteint un degré « de civilisation qui n'a jamais été dépassé depuis par leurs c successeurs ».
l)*ailleurs, ces affinités entre les anciennes populations du Noi'd de rAfri(|ue et les tribus guinéennes nous seront encore révélées par d'autres monuments d'un style architectural très caractéristique, par des traditions et des coutumes communes, eniin par la survivance de rites religieux spéciaux éparpillés dans un grand nombre do peuplades.
V. — MarN de dëfenso. EneointoN méj^alithiqaoN. VlIla^^eH do vetu^^m EniplacementM d*aueienuoM villeH hiMtoriqaeii.
Sur le plateau central nigérien, comme dans les régions montagneuses mauritaniennes et sahariennes, on rencontre souvent des enceintes mégalithi(jues et les restes de grands n)urs de défense érigés pendant les longues luttes de races du pa^sé.
Ces murs de défense sont formés de gros blocs de rochers amoncelés; ils barront en général los vallées d'accès et les cols des montagnes, dans les massifs du Oualo, sur le plateau de Bandiagara (Nandouli, Sanga, etc. , le long des crêtes du (.lourma dominant la vallée de la Sirba, et même sur la