‹ Le plateau central nigérianChapitre 17 sur 100 · PLANCHE XXXVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXVII

PLANCHE XXSVIII

Fig. 73. — Ruini's du vieux villag'' de Snnfto, ISkil, au 74.-0. de Bandiagara

croupe du mont de Gourao surplombant lo lac Débo.

Afin d'étudier rationnellement ces camps, oppidum ou enceintes si fréquents dans tout le monde méditerranéen et dont de nombreux exemplaires se retrouvent dans TAfrique saharienne et soudanaise, lé XIII® Congrès d'anthropologie préhistorique, réuni à Monaco en 1906 a émis le vœu de voir les recherches et les observations sur ce sujet continuées et coordonnées.

Sur le sommet des pitons, des falaises ou des plateaux rocheux africains, à cùté de vieilles enceintes mégalithiques de formes très archaïques et primitives comme celles que M. l'administrateur Robert Arnaud, adjoint à la mission Tagant-Adrar (190l-190o), a découvertes en Mauritanie, on rencontre également des ruines de villages construits tout en pierre, que les tribus maures, nomades occupant actuellement le pays, disent avoir été habités par des c Gagara » (Gens Rouges) que leurs ancêtres les « Beldanes 3 (Les Blancs) ont chassés vers les plateaux soudanais. Des villages du même type existent encore dans les monts Hombori et sur le plateau de Bandiagara, les uns abandonnés et détruits, ayant servi de refuge aux populations de la plaine, les autres encore habités par des tribus qui se disent de race rouge (Nonon* kés-Korongoï-Gara). On retrouve ces vestiges d'anciennes habitations en pierre et Taméuagcment des flancs de montagnes en terrasses pour les couvrir de cultures, très loin dans le Sud.

' En effet, si dans le Nord, on Mauritanie, nous avons les ruines du Uodh et du Tagant, et celles des monts de Goundam (Fata-Kara et Bankore), nous voyous dans le centre de la boucle celles des monts Bandiagara-llombori, et dans le

68 PREHIÈRK PARtlK

S.-E., celles des montagnes du Yagha qui entourent la mare de Igha ; enfin M. le D*" Ruelle (1) nous a signalé dans le S.-O. de nombreuses constructions en ruines du même genre et des vestiges de travaux existant sur une large bande de terrain qui s*étend du Bangouri-Ba, affluent de la Volta (ligne Lokhosso-Bobo-Dioulasso), jusqua la Côte d'Ivoire, aux environs de Boussa.

Cette immense région africaine couverte de ruines de villages en pierre d'un type bien particulier nous permet de suivre les peuples de la confédération « des Rouges » et de retrouver les traces de leur influence ; car un grand nombre des tribus noires de ces territoires qui furent, soit affiliées ou alliées à leur confédération, soit soumises à leurs lois, portent encore les titres de : « Oulé i» ou a Gara d, les Rouges.

C'est ainsi que nous pouvons contrôler les traditions et les légendes qui font descendre du Nord les a peuples rouges » et leur donnent la suprématie sur toute la boucle nigérienne aux temps protohistoriques, avec k Ganna » (2) comme capitale.

Dans les massifs rocheux du Plateau central soudanais où nous avons retrouvé sur les crêtes les ruines des villages de refuge des « hommes rouges », on aperçoit accrochées aux parois verticales des rochers au-dessus des villages construits dans les éboulis par les indigènes actuels, d'innombrables petites constructions en briques ou en maçonnerie, auxquelles on ne peut accéder souvent que par des crampons

(1) Cf. Anthropologie^ t. XV, no G, Dr E. Ruelle, Populations noires du 2* territoire militairej Lobi.

(2) Ce royaume fut fondé trois siècles après J.-C. (El Bekri-Vakoul- Ebn-Kaldoun) Gahanna veut dire (campement des gens-Anna). Le titre Anna-gara (Anna-Rouge) est encore donné dans les montagnes aux vieillards.

l'LANCIIBXXXV[

Fig. 76. — Falnisc ili^ Ibi-lCngeni ditnl Ifis slmtes sonl finmios lie pMites construclions (Jo trngliiflj1i>s.

ARCHKOLOGIK 69

de fer plantés dans le roc et en se hissant par des cordes.

Les légendes attribuent également ces petites constructions aux <c Hommes rouges » qui apportèrent sur les rives du Niger l'art de fabriquer des briques et Tindustrie du fer. Ces peuples s'étaient établis dans la région lacustre après avoir fait alliance avec les pécheurs primitifs, Sorkos, premiers habitants sortis des « trous de la terre ». Ils faisaient partie alors de la grande confédérationdc Ma (poissons) (1). Ces tribus commençaient h prospérer lorsqu'elles eurent t\ subir les attaques farouches de hordes de cavaliers envahisseurs dirigées par le puissant chef San-San (2). Incapables do résister à ces barbares qui tuaient les hommes, emmenaient les femmes et les enfants en esclavage, les primitifs s'enfuirent dans les montagnes qui bordent le Sud des grands lacs nigériens. Là, ils s'établirent dans des sites où, selon leur expression, les chevaux des vainqueurs ne pouvaient les poursuivre.

Toutes les légendes s'accordent à dire qu'à cette époque reculée, la région montagneuse était habitée par des « Dîallams D, nains chasseurs vivant sous des abris de rochers.

Ces nains, troglodytes, frères sans doute des négrilles de la forêt équatoriale s'allièrent aux fugitifs pour repousser les attaques des envahisseurs, et à ce que prétendent encore les conteurs indigènes, aidèrent leurs alliés à construire ces petites cases minuscules que l'on trouve groupées dans les abris sous roches, aux points les plus difficilement accessibles de la falaise.

{{) MAndo = Père-lamenlin, Grande famille de la Confédération des Poissons.

(2) San-San ou Sousous, Knvahisseursde la Confédération des Serpents Sa.

J'ai pu visiter, superficiellement il est vrai, une trentaine de ces bizarres groupes de constructions, formés de petites cases rectanjculaires ou ovales de 2 à 3 mètres de longueur sur 1 m. 50 de large et 1 mètre à 1 m. 70 de haut. Biïtis en briquettes (0 m. 20 X 0 m. 05) ou en pierres cimentées par de Fargile, n'ayant pour la plupart qu'une ouverture de Om. 60, ces petits logements sont toujours érigés dans la partie abrupte de la montagne, entre les strates des rochers, accrochés aux aspérités et saillies des pics escarpés entre 150 et 2o0 mètres d*altitude au-dessus des éboulis dominant la plaine. Quelquefois construites dans une grotte, avec un couloir central sur lequel s'ouvrent de petites chambres (Boubani-Kani), ces cryptes prennent l'apparence des Ilaouanet de Tunisie, de Ghouach ou du Djebel-Behelil (1).

Placées souvent dans une fente horizontale des rochers, toujours dans un abri sûr, elles ne sont abordables que par un sentier d'accès très difficile, serpentant sur des corniches étroites. Dans certaines montagnes, les corniches qui permettaient l'accès de ces villages se sont éboulées et il ne reste plus aucun moyen d'escalade pour arriver à ces vieilles constructions.

En tout cas, dans un certain nombre de ces « abris » ou cases dont l'accès reste encore praticable, j'ai remarqué des traces de foyer, des fragments de vieilles meules A broyer le grain, et l'aménagement en terrasse dos éboulis de la montagne, qui permettaient d(3 vagues cultures au-dessus des plaines et des

(i) De Foucauld signale également des habitations de troglodytes du même type dans l'Atlas Marocain.

Reconnaissance au iMaroc — de Mcknôs à Quasba-Beni-MollaJ, p. Gi-62, et dans la vallée de l'Oued Ouaouizerl (tig , p. 70).

plateaux facilement abordables. Tous ces indices, avec des pistes, conduisant aux points d'eau situés aux environs (Elli-f Boni, Guitram, Boubani-Kani), permettent de supposer qu# ces cases, ou cryptes, ont a un moment donné servi de refuge aux populations de la région. Mais à part l'exiguïté de ces petits logements, je n'ai rien vu (jui puisse confirmer l'exis* tence d'un peuple de nains. Or, comme je m'étonnais devant mes guides de ne retrouver aucune trace et pas même lea ossements de ces négrilles, il me fut répondu que ce n*était pas étonnant, car ces populations enterraient leurs morts dans le lit d'un cours d'eau détourné, et qu'elles faisaient reprendre son cours îi la rivière après l'inhumation pour en effacer toute trace (1).

Dans les massifs de TËst, vers le Hombori, ces petites cases ont été ouvertes et fouillées depuis longtemps ; elles sont utilisées actuellement comme greniers à céréales par les habi-^ tants des villages qui continuent à cultiver les petites terras^ ses des flancs des montagnes. Dans les Monts Ouallo près de Douentza et de Dalla, beaucoup d'entre elles servent de sépultures à des groupes d*individus inhumés avec leurs vêtements et leurs armes.

Je serais assez tenté de croire que ces petites constructions regardées par les indigènes comme remontant à une trèâ haute antiquité et nommées « Maisons des anciens hommesÈ ou « cases des Hong es » ; sont d'anciens sépulcres, construite par des populations habitant des villages situés sur les pla*

(1) Celle couUime est pratiquée p»ar les né^rilles de la grande forôl équa* toriale. Ce qui tendrait à démontrer ({ue les traditions locales ont conservé (les notions assez exactes sur ces peuplades de nains (\\\\ ont bien pu habiter ces régions.

72 PHEMIÈHE PAHTIK

teaux inférieurs de la montagne ; constructions qui, à un moment donné, furent sans doute utilisées en partie pour mettre les récoltes à l'abri d*un coup de maiu, ou comme refuge par des tribus fuyant les conquérants des plaines.

D'ailleurs, actuellement les populations des falaises de Bandiagara inhument encore leurs morts dans quelques-unes de ces constructions et môme se construisent, comme sépulcres, de grossières cases en pierre présentant beaucoup d*analogie avec ces monuments.

En tout cas l'étude minutieuse de ces petites cases et cryptes sépulcrales, qui présentent tant d'analogie avec les « Haottanets » tunisiens, leurs fouilles ainsi que celles des dolmens sur fissure de rochers des mômes régions, et des grottes, abris, ou anciens villages de refuge en pierre des € Hommes Rouges » présenteront un intérêt considérable et devront être entreprises dès que la défiance et l'ombrageuse susceptibilité des montagnards le permettront.

Emplacement d'anoiennes villes historiques.

Mais si nous devons attendre plusieurs années avant d'entreprendre des recherches sérieuses sur ces plateaux de Bandiagara et du Hombori, les vallées nigériennes peuvent offrir dès maintenant à l'activité des chercheurs d ^intéressantes questions à élucider.

On peut déjà rechercher l'emplacement exact des vieilles villes soudanaises et des Kasbah marocaines ; identifier les localités actuelles avec les différents noms qu'elles ont portés dans les chroniques locales de Tarick-es-Soudan ; faire de

ARCHÉOLOGIK 73

fructueuses observations dans les ruines des grandes métropoles noires à peu près disparues de nos jours ; visiter sur ]*emplacemcnt de Gao au milieu des mamelonnements de débris de la vieille capitale, à Tintérieur des anciens remparts, les vieilles tombes fétichistes avec leur entourage circulaire de briques cuites posées soit verticalement, soit à plat de façon à former une tombe ^< cratériforme » ; recueillir également les inscriptions du vieux cimetière musulman accolé aux murs de la célèbre mosquée de Gao construite vers 1324, par Kankan Moussa, rentrant de La Mecque, comme nous le raconte l'auteur du Tarikli-es-Soudan : « A son retour, le « prince passa par le Songhaï et fit bâtir en dehors de la « ville de Kàgho, une mosquée avec mihràb ou il fît la « prière du Vendredi. Cette mosquée existe encore aujour- « d'hui » (1) (fig. 79).

Au cours de ma descente en pirogue sur le Niger j'ai cherché à retrouver remplacement exact et les ruines de deux des plus célèbres capitales soudanaises : Koukiya et Ganna.

Si pour Tune, Koukiya,j*ai pu parcourir le sol même qu'elle recouvrait et contrôler la tradition indigène par le recueil d'inscriptions arabes sur les tombes de son cimetière; pour l'autre au contraire, Ganna, il m'a été impossible de visiter moimême ses ruines situées au dire de témoins dignes de foi, h une trentaine de kilomètres du Niger au Nord vers Banamba et vers Touba sur les deux rives d'un marigot qui se jette dans le fleuve auprès de Nyamina. Mais ces présomptions si fortes soient-elles demandent à être confirmées par une visite aux

(1) Tarick e9-Soudan, Traduction de 0. Houdas, p. 14.

7t PREMIÈRE PARTIE

monticules de détritus qui marquent les emplacements de la vieille cité des « Hommes Ronges » (1).

Koukia était au contraire la capitale des noirs et la première métropole de l'empire Songhaï avant rétablissement des Askias à Gao. Le Tnrikh-es-Soudan dit (page 6) « Kou- «. kiya, la cite très ancienne élevée au bord du fleuve sur le '< territoire du Songhaï. Cette ville existait déjà au temps de « Pharaon... » (2). Mais Texistence et la position douteuse de cette ville disparue dans le courant du xvni* siècle a fait émettre par les savants et les explorateurs des opinions très différentes (Ra Ifs, Barth, Binger, F. Dubois... 0. Houdas Tarikh^ note p. 6).

Pourtant d'après les textes mêmes du Tarikh, il était permis de supposer que Koukiya ne devait pas être très éloignée de Gao, quoique formant une agglomération différente, en se basant surtout sur le passage suivant {Tarikh p. 165) : « Daoud fut proclamé souverain le dimanche, 25 du mois de <* safar de Tannée qui vient d'être indiquée (24 mars 1549)

(1) Cet emplacement (railleurs met de riiarinonic et accorde tous les textes anciens. Le Tarik-es-Sourfan, dit p. 8 : La capitale était Ghana, grande cité sise dans lo pays de BAghcna a, mais Sokolo qui occupe le centre du Baghena, se trouve au Nord do cette position, en outre la province où se trouvent ces ruines s'afjpelle aujourd'hui (Gannia-ga : campements des gens de Gannia). Or, El Bekri (édil. do Slane, texte arabe, p. ili) et Yaquout (édil. NViislcnteld, t. HI, p. 770) disent formellement que GhAna n'était pas dans le voisinage immédiat du Niger et Ehn-Khaldoun (Histoire des Berbères^ trad. de Slane, t. 11, p. 110), assure que la ville était formée de deux parties séparées par une rivière. C'était d'un marigot sans doute qu'il voulait parler et non du Niger.

(2) Le Pharaon de l'écrivain arabe osl peut être tout simplement le chef Farang ou Pharam dont les exploits légendaires recueillis par M. Yakoula Dupuis se passent dans cette région nigérienne.

PLANCIIK XL[I

Fig. 81. - InsiTipliuii Libyco Boi-hèn;. ivtuuill ii- sur un rocli.rrdii U

Fig. 8t. — Inscriptions Libyto-Bmliù-it' ot Tuiiiacimfc (laliiiagli) l'ucuuilliul vers Karon. IJudla^uLiia Zutijfui sur la Lram'liu uritiilale du ISiiçur,

« dans la ville de Koukiya. II rentra à Kàgho le premier jour ic du mois de rebi l*' (30 mars) ».

En effet les ruines de cette capitale, qui m'ont été montrées par Issa de Hentia un des derniers desccudants des Askias, se retrouvent sur la rive Est du Niger à quelques jours de marche de Gao (150 kil. au S.-E. environ) ; en face de la petite lie sur laquelle le village de Bentia (Binting deBartli) a été cons» truit et que les indigènes appellent également Kotia Kokia ou Koukia.

Aux pieds de cette capitale, s'arrête le grand bief navigable du Niger moyen ; car, plus au Sud, cet immense ruban d'eau qui fait communiquer tout le Soudan nigérien se voit divisé et barré par de nombreux récifs rocheux, qui par les rapides et les chutes qu'ils déterminent dans le cours du fleuve rendent la navigation très périlleuse.

Dès la plus haute antiquité, selon les traditions, la population noire primitive habitant ces îles, protégée parles flots écumeux du Niger, et aguerrie par sa lutte incessante contre les éléments en courroux, avait construit à la tète du bief naviga" ble, sa capitale commerciale Koukiya d'où s'est élancé le peupie Songhaï pour conquérir le Soudan et former le plus grand et le plus fameux empire Noir.

Aujourd'hui, sur les bords du fleuve bouillonnant, il ne reste de cette vieille métropole populeuse et célèbre, que de vagues éminences d'argile parsemées de débris de poteries, d'éclats de pierres et de fragments de moules en grès couvrant d'immenses espaces qu'envahit peu k peu la maigre brousse des régions déscrticjues. Les seuls monuments intacts qui ont résisté à la destruction du temps et des hommes, sont de nombreuses pierres tumulaires dressées verticalement,

7fi PREMIÈHE PARTIK

OU groupées en cercle sur la dune qui domine ces ruines informes. Leur sombre silhouette et leurs longues inscriptions s'efforcent, dirait-on, de vouloir faire échapper au néant, la gloire et les vertus de ceux qui ont fondé et illustré cette ville à jamais disparue.

Le pays de Tekrour situé sur le Niger moyen dont parle Ibn Batouta et que nous signalent tous les écrivains arabes comme s'élant converti le premier à l'islamisme n'avait pas encore été identifié exactement (l).

J'ai pu visiter heureusement cette région située comme le disait déjà Faidherbe en 1851 sur le Niger en amont de Tombouctou, et dont la capitale, réduite actuellement à Tétat d'infime village porte encore le titre de Ïokoro-Rundée (lie de Tokrour) (2).

Voici d'ailleurs la tradition locale conservée dans la province du Farmaga sur les origines des pays musulmans de Tekrour.

Le royaume de Ganna habité par des gens de la Confédération des Rouges comptait déjà vingt-deux règnes de princes, lorsque dans le courant du x^ siècle les Arabes et les Berbères y apportèrent l'islamisme. Les peuples de la Confédération, Foulbés, Markas, Dia, etc. se convertirent nombreux à la religion nouvelle et bâtirent plusieurs mosquées dans les régions lacustres. Une des premières mosquée fut élevée par les habitants d'une bourgade commerçante située dans

(1) Voir général Faidherbe, Grammaire et vocabulaire de la langue Peulh, p. 4 et 5.

{t) La carte de « Spicq » de la Boucle du Niger (Henri Barrère, cdit.) porte bien ce nom mais mal orthographié. Togoro-Kunde au lieu de Tokoro- Rundée sur le marigot de Dia entre Diafarabe et le Debo.

i>L anche; xl][i

Fig. 84 — nps'ins nipi^slros .le Songo.

PLANGIIK XLIV

Fig. 86. — Dessins m|ivslTOS f> I? kil. nu N.-U, 'le It.iriiii.-.Kara.

une lie du Macîna sur le Marigot de Dia à la limite du Bourgou et du Farimaké (Farmaga). Cette lie se nommait Tokoro- Rundée (l'Ile des Nénuphars). Celte bourgade, parla suitedes événements, devint réellement le centre de Tlslamisme soudanais, lorsque les bandes fétichistes des Soussous ravagèrent et pillèrent Ganalha vers 1230-1240. Car pendant la guerre, tout ce qui était musulman à tlanna, ville possédant alors, dit-on, douze mosquées, se réfugia derrière le marigot de Dia, dans TUe de Tokror. Les habitants de la région^ noirs et Peuhls mélangés, furent nonnnés les gens de Tekror(l), Tokoror, Tokolor, nom qui est resté depuis à tous les métis de Foulbés, qui a été appliqué par les Arabes et les Berbères à tous les musulmans noirs soudanais et dont nous avons fait Toucouleurs.

VI. — DeflUMins rupestres. Tafinag^h berbèroH. luscriptioiiii arabe». ManuMcritM récents.

Analyses des Manuscrits par M. 0. Holdas, professeur à FEcole des Langues Orientales

Le capitaine Koch et le docteur Jacquot découvrirent, en 18i7, au cours d'une expédition du général (^avaignac dans le Sud oranais, les premières gravures et dessins rupestres africains à Thyout et à Mograr-et-Tahtani.

(i) Tokoro veut dire nénuphars, lotus, plante très abondante dans la région lacustre et dont les pommes et les racines servent de comestibles couramment h tous les pc^cheurs Bozos et aux gens du Farimaké. Au dire des Bozos Tokoror Tokolor est synonyme de mangeurs de nénuphars, lotophages, terme appliqué primitivement aux habitants de la région lacustre.

78 PRKIIIÈRK PAKTIË

Depuis cette époque, toutes les explorations du Nord de rAfriquc et du gniod Sahara ont fait connaître de nombreuses stations nouvelles dispersées sur une aire vraiment considérable. Mais jusqu'à ces dernières années, il semblait que ces manifestations primitives de Tart et deTécriture n'avaient pas pénétré en iNigritie.

Or, pendant la mission Tagant-Adrar, 190i-1905, M. Robert Arnaud découvrait en Mauritanie sénégalaise, dans les abris sous roche de la gorge de Garaoual, des dessins et des inscriptions rupestres. Ces dessins représentant surtout des animaux, sont tracés on noir et en rouge, accompagnés de plusieurs signes rappelant ceux des alphabets libyco-berbères.

A cette même époque, j'avais la chance de retrouver également sur les bords de l'inondation nigérienne et dans le plateau central soudanais, deux stations comportant des dessins du même genre.

A la vue des figures et des signes qui tapissaient, dans une de ces stations la paroi rocheuse d'une falaise du plateau de Bandiagara, mes interprètes et Maki Tall, petit-fils d'El Hadj Omar, ex-fama de Dinguiray, qui m'accompagnaient, m'indiquèrent immédiatement plusieurs autres stations du i^ême genre situées, d'après eux, sur le plateau Mandingue et dans le massif guinéen. Ces stations restent encore à explorer. Les premiers dessins rupestres que j'ai découverts m'avaient été signalés par les indigènes de Tondidarou pendant ma visite aux mégalithes sculptés. Ils me furent décrits comme des représentations de peignes de femmes, et c'est réellement l'impression première que vous donnent d'un peu loin ces grossières ligurations.

l'LANCHK XLV

Fin- S7. — Aliri-]i;iii.' ilim ùl]:i)tr. H. pilicvs rir. i,..U [lorl.Til .1,- miiI| v-,

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Fig. S8. — Kroukrti honiain); cl d'un

PLÂNCIIK XLVI INSCRIPTIONS ET DESSINS IIUPESTRES

79 bis

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Fig. 89.— Types dos linun-s dessinées ot peintes sur les rochers de Modougon.

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Fig. 90. — Types des ligures peinles sur les roeliers de Songo, et reproduites

souvent dans les décorations Habbés.

AHCHÉOLOGIE 7$

En réalité, ces dessins représentent des animaux et dea cavaliers, accompagnés de quelques signes ; ils n'ont guère plus de 0,11'" et sont peints en rouge avec de Toxydo de fer sur les gros blocs de quartzitcs de Tarète rocheuse de Niodougou qui n'est séparée de la région des méij^alilhes de Tondidarou que par un golfe du lac Takadji (fig. 89).

Beaucoup de ces figures, mal abritées des pluies par les tètes de rochers, sont à demi-effacées on recouvertes de 1& patine noire qui envahit la pierre; les autres, placées un peu haut sous les abris de roc ne peuvent être que difficilement photographiées. Mais cet ensemble de signes et d'animaux mêlés rappelle exactement les petits dessins ligures sur une Hadjra Mektouba « Pierre écrite », de la frontière marocaine reproduite dans un numéro de la Revue Armée et Marine (n' du 16 mars 1902) (1).

Les dessins rupesttes, de la seconde station^ avaient été exécutés en trois couleurs (rouge, noir et blanc) sur la paroi verticale du rocher, au-dessus des éboulis d'une falaise, auprès des ruines du vieux <( Songo », dont les maisons é ventrées se silhouettent pittoresquement au sommet d'un piton voisin.

: Les habitants actuels du nouveau village de Songo construit dans la plaine à une quinzaine de kilomètres à l'Ouest de Bandiagara, prétendent que ces figures, de sacoches î animaux, hommes, signes bizarres, diables, génies ou instruments, ont été tracés, il y a très longtemps, par les premiers habitants du vieux « Songo » qui a})[)ortrrent Tart de fabriquer le fer aux temps même où les négrilles habitaient

(i) Anthropologie, XVI, 1. p. 111).

les rochers. Ce seraient ces mêmes métallurgistes, au dire des légendes, qui introduisirent les coutumes de la circoncision en Nigpjtie ?

Actuellement encore, ce sacrifice rituel sanglant se fait par tradition, disent les indigènes de la région, au pied de cette falaise, ornée de dessins coloriés représentant des emblèmes de famille, des animaux protecteurs, génies du foyer ou des instruments.

Ce mode d*ornementation en couleur, avec l'emploi des mêmes motifs décoratifs, a persisté jusqu'à nos jours dans les tribus « Rouges » des montagnes. Non seulement, on retrouve ce mode d*ornementation dans les grottes contenant les restes des anciens chefs, dont les petites chambres sépulcrales en maçonnerie sont agrémentées et décorées extérieurement de bandes parallèles, de chevrons, carrés, triangles, étoiles..., etc., tracés en plusieurs couleurs, rouge, noir, blanc, mais nous voyons ces motifs réapparaître peints dans l'intérieur des cases, modelés en ronde bosse, sur les maisons des chefs religieux et sur tous les krous-krous à mil (greniers à céréales) ou sculptés en plein bois sur les poutres des maisons ou les piliers des abris de villages (1) (fig. 87-88).

Les indigènes donnent actuellement encore une signiiication à la plus grande partie de ces figures, emblèmes de tribus, de familles, signes de reconnaissance, génies protecteurs, marques de corporation.

Il serait du plus haut intérêt de recueillir leurs explications

(i) Seront étudiés dans la partie ethnographique (ornementation et décoration). Ils semblent que plusieurs de ces signes figurent encore parmi les marques des tribus Berbôrcs nomades appliquées sur leur hélai I comme signe de propriété.

AHCHÉ0L0G1£ 81

à ce sujet, car un grand nombre de ces dessins comme Tautruche, une figure spéciale d'homme, des génies, des traces de pied, des seins de femmes, des instruments, crosse..., etc., employés dans l'ornementation actuelle, se retrouvent sur des débris de vieilles poteries (du Yagha), dans les dessins rupestres et paraissent avoir été employés et reproduits en gravures dès la plus haute antiquité sur les rochers du Sahara.

Les deux autres stations de dessins et gravures rupestres que Maki me signala en pleine Nigritie sont situés sur le plateau Mandingue.

La première serait placée dans Tarêtc rocheuse comprise entre Sampigna et Kouragué sous un abri de rochers ou grotte non loin de la grande route qui conduit de Dinguiray à Kitba ; mais au delà du village de Kinikana et près de Sirakoro.

La deuxième, contenant surtout, me dit-on, des gravures ou lignes gravées sur blocs de rochers, serait située sur un petit marigot près des ruines très anciennes d'un vieux village entre Bagnagna et Takoutala à une trentaine de kilomètres au S.-E. de la route Dinguiray -Tomba.

M. Tadministrateur Chaffaud, commandant le cercle de Dinguiray, a bien voulu me confirmer ce fait.

Toutefois ces deux stations que je n'ai malheureusement pu visiter pendant mon voyage, sont encore à explorer et à étudier.

Parmi les figures d'hommes ou d'animaux représentées dans les dessins rupestres on aperçoit des signes analogues à certains caractères de Técriture Lybico berbère ; d'ailleurs les inscriptions en « tafinagli » quoique peu nombreuses se retrouvent pourtant dans ces mômes régions soudanaises.

82 l'REMIÉRE PARTIR

principalement sur des pierres des enceintes circulaires de vieilles sépultures ; c*est ainsi que j*ai pu en recueillir sur une tombe à double enceinte de Zamgoï et dans le cimetière de Labezenga, avec quelques autres, qui avaient été gravées sur les rochers de la rive droite du Niger en face du village de Karou (fig. 81-8:î). Les indigènes en signalent également d'autres à la limite de l'inondation nigérienne gravées sur des blocs rocheux ; elles sont encore à retrouver et à recueillir.

Si les traces de l'écriture berbère restent toujours rares en Nigritie, récriture arabe est représentée par de nombreuses inscriptions sur les frustes stèles funéraires des cimetières musulmans des grandes villes soudanaises, et sur les pierres tombales des tribus nomades maraboutiques, berbères-arabises (Kountah, Iguellads, Kel-Antassars, Kel-es Souk) (lig. 80).

Ce fut grâce à la traduction de plusieurs inscriptions funéraires d*un cimetière datant des vu* et vin® siècles de Tllégire et placées au milieu de nombreuses ruines dominant le cours du Niger en face des rapides de Bentia, qu'il a été possible de certifier la véracité des légendes locales qui plaçaient en ce site Tantique Koukia, première métropole de l'empire Songhoï.

Parmi ces inscriptions, si quelques-unes ne donnent que des indications générales sur le défunt et son lieu d'origine, d'autres contiennent de vrais panégyricjues.

Voici la traduction de deux de ces textes arabes :

1® Inscription (Vtoko tombo dv Sansandint/ : «< Louange à « Dieu seul. 0 mon Dieu répands tes bénédictions sur Celui « après Lequel il n*y a plus de Prophète. Ceci est le tombeau

ARCHÊOLOGIK 83

« de feu Salcni-ben-Abbaker-ben-Mohamed-Essellami, de « Tiehit où il est né et où il demeurait. « 0 mon Dieu fais miséricorde à tous.

« Amen. »

2* Inscription rpcurillir sur la tomlw. dun marabout célèbre^ flans un cinie/irrr nitjfhifn : « Au nom de Dieu clément « et miséricordieux ! Hue Dieu répande ses bénédictions sur « le Fropbète s-énéreux. C.eci est le tombeau du défunt, « pieux, pur, ascète, animé d(* la crainte de* Dieu, qui don- « nait généreusement son l)ien pour la satisfaction de son « Seigneur, dont il se contentait, et qui pendant sa vie se « préparait à sa fin ayant en vue, ce faisant, le contentement « de son Maître, feu Omar-ben-El-Hadj-ben-Ahmed-EI-Hadj « Mohamed-ben Aadjou-ben-Mohham-ben-EI-IIabib-ben-Et- « Taleb-Yahga-ben-Ez-Zenhaf-Mohamed. Que Dieu soit pour « moi et pour eux un protecteur et un défenseur.

« 0 mon Dieu fasse que la fin de mes paroles au moment c< du dernier soupir soit : 11 n'y a de Divinité que Dieu. »

Ces belles inscriptions appartiennent généralement à la brillante période littéraire qui se développa en Nigritie dan» le courant des xv" et xvi® siècles.

La chronique du Tarickcs-Soudan nous fait connaître en partie l'histoire des enipii'es noirs à cette épocjue, malheureusement à part ce manuscrit il ne nous est parvenu qu'un très petit nombre de documents liistori(|aes.

Noie de M. 0. Houdas, professeur à l'Ecole des langues

orientales.

J'ai bien glane, à mon passage, chez divers marabouts, des copies, de manuscrits et de lettres traitant d'événements historiques, mais la récolte n'a pas été très brillante. Cependant M. 0. Houdas^ professeur à l'Ecole des langues orientales^ a bien voulu faire l'anal vse de ces divers documents et voici son opinion sur chacun de ces manuscrits.

1* Le premier est une lettre circulaire écrite par Nouh-ben- Et-Tahar, disciple du Cheikh Sidi-El-Mokhtar-ben-Ahmed-El- Kounti et adressée à toutes les tribus sahariennes du Soudan occidental. L'auteur annonce qu'Ahmed -ben-Ahmed-ben-Bou- Bcker (1), qui fait la guerre sainte dans le Macina, est le 22<' khalife dont parle Mahmoud-Kiato dans son ouvrage historique intitulé : El-Fettdhi. Le fragment du El-Fettdch, qui est cité, donne une certaine valeur à cette circulaire et il serait assez intéressant d'en publier une traduction.

2® Le deuxième manuscrit comprend avec des anecdotes survenues à Tombouctou, au temps des pachas, la nomenclature des mosquées construites au Soudan depuis Askia jusqu'à nos jours.

3^ Le troisième manuscrit est une lettre d'Askia-El-Hadj, habitant Koukia, écrite à son retour du pèlerinage de La Mecque, pour faire part au sultan du Maroc à Fez de son entretien avec le prince des Croyants, au sujet de la guerre sainte.

(1) Amahdou Scheikou.

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Le n^ 4 est une consultation juridique sur la question de savoir si les nègres amenés au Touat peuvent être considérés comme esclaves et par suite être vendus. L'auteur, Ahmed- Baba-ben-Ahmed-ben-Ahmed-El-Hadj-Ahmed, indique les conditions qui, d'après la loi musulmane, permettent de réduire un homme à lesclavage et, à ce propos, il cite à plusieurs reprises Thistoricn Ibn-Khaldoun.

Le n* 5 a pour auteur : Otsman-ben-Mohamcd-ben Otsman, surnommé Ibn-Fodié (1). Son but est de faire connaître quelles sont les populations soudanaises qui peuvent être réduites en esclavage. Il distingue chez les nègres trois catégories d'hommes ; 1° les vrais musulmans ; 2° les faux musulmans; 3^ les infidèles. Il appelle faux musulmans ceux qui, ayant embrassé Tislamisme^ ont conservé des pratiques religieuses païennes et il énumère toutes ces pratiques en même temps qu^il trace les devoirs que Tislamisme impose à ses adeptes. Cette brochure est intéressante et mériterait d'autant plus d*être traduite que la description des coutumes rituelles fétichistes lui donne une valeur ethnographique sérieuse.

Le n* 6 contient une liste des rois bambaras qui ont précédé El-Hadj-Omar et son fils. La durée de chaque règne est notée et la période comprise dans cette nomenclature s'élève à 176 ans.

Le n® 7 répond aux reproches que le prince des croyants Ahmed-ben-Mohammed avait adressés ii Mohammed ben- Otoman-El-BokhAri (2) qui avait refusé de lui prêter serment de fidélité et avait quitté ses Etats. El-IiokhAri demande au

(1) Conquérant Foulbé du Haoussa et du Sakoto au commencement du XIX* siècle, (î) Amahdou Sclieikou, aux chefs deDjigoldi et Liptako.

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prince de formuler ses griefs par écrit au lieu de les lui faire connaître de vive voix par un messager. 11 cite néanmoins les textes sur lesquels il s'appuie pour méconnaître Tantorilé du souverain.

Le n* 8 rappelle à une praticpie plus régulière de l'islamisme les Uouma de Djénné et leurs partisans de race blanche ou de race noire. L'auteur de cette épitre est Moliammedben-El-Moklitar-ben-Aluned-hen-Bou-Beker.

Le n** S) est un fragment do riiistoire du Soudan en 1821. C'est une con)|)ilation (pii renferme cpiehjues détails curieux. Malheureusement le copiste ne comprenant pas le texte qu'il avait sous les yeux a fait des fautes si grossières qu'on aurait beaucoup de peine à donner une traduction exacte de certains passages.

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