‹ Le plateau central nigérianChapitre 18 sur 100 · VII. — Anthropolo^^le · texte numérisé non relu

VII. — Anthropolo^^le

Note sur /rs collections anthroitolof/itjties recueillies par M. le lieutenant DespUujnes dans le moyen Niger, par M. le professeur E.-T. IIamv, membre de l' Institut,

Les deux cainpas^iics, conduites avec autant de succès que de courage par M. le lieutenant Desplagnes dans la région moyenne du Niger, n'ont pas eu seulement des résultats de Tordre géograpliicjue. Aux renseignements tout nouveaux qu'il a recueillis sur la chaîne qui limite la boucle du fleuve dans la direction du Sud, aux indications précises qu'il a rapportées sur le long chapelet de lacs à peu près inconnus qui reproduisent dans la plaine à l'Est du grand fleuve les mômes phénomènes qu'on avait observés déjà vers sa rive occidentale, M. Desplagnes a ajouté, en eff*et, une quantité énorme de documents particulièrement précieux sur les premières populations de ce vaste bassin, dont il a retrouve les restes, à l'état d'îlots ethniques, soit dans les îles et les marécages, soit dans les hautes falaises méridionales (1).

('.es tribus, h peu près inconnues jusqu'ici, portent les noms de Sorkos, dans la vallée, de llahhés dans la montagne, et M. Desplagnes a fixé dans ses notes, ses photographies (2) et ses collections les survivances qui distinguent les unes et les autres des nouveaux venus qui ont dé[)ossédé ces anciens

(i) Cf. L. Dosplaj^^nes, t^m* mission (Lvchèolofiitiue tluns la vallée du Niger {La G^of/rap/rie. t. XIII, pp. 81-lU). tig. 17-'iO, im)l)). — Id., Le plateau central niffèrian Bull, de (ft'otjr. hist. ef (/fsfriptive, i%(}, pp. 65-81, carie. — /iull. Soc (IWnthrop.. I't fôvrior lHOi). pp. 7:î-8«).

(2) Au noml)re d»; plus di* TiOO.

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habitants du sol et les ont refoulés dans les sites où on les retrouve aujourd'hui.

Sorkos et Habbés avaient largement développé jadis une civilisation analogue à celle de notre période néolithique, et M. Desplagnes a réuni dans une étonnante vitrine du Musée du Trocadéro des spécimens à la fois très nombreux et fort remarquables de cette archéologie caractéristique.

Les Habbés de nos jours ont, d'ailleurs, conservé un certain nombre d'habitudes et de pratiques représentées aussi dans les matériaux de la mission de M. Desplagnes par un certain nombre d'objets dont l'interprétation lui a fourni des données ethnographiques instructives.

Enfin, grâce à une petite collection de crânes et d'ossements offert au Muséum et provenant d'anciennes sépultures fouillées par ce voyageur dans les falaises de Bandiagara et des monts Dalla et Hombori, nous sommes en mesure de commenter, à un autre point de vue encore, cette ethnologie si nouvelle, et je me propose d'aborder rapidement, dans les lignes qui vont suivre, l'étude des affiniiésanatoyniques de ces néolithiques nigériens, hier encore tout à fait ignorées des anthropologistes.

La première série que nous ayons à analyser se compose de trois crânes exhumés d'une sorte d'abri sous roche, entre Tougoume et Sigama, dans le cercle de Bandiagara. La sépulture avait été déjà violée ; on y reconnaissait toutefois des restes fort apparents de deux enceintes en pierres sèches de formes arrondies ; la plus interne contenait de nombreux

l'LANCIlE XLVIl

l'i'lli! uu Huiiibori.

vestes humains, orientés de TOuest à TEst et des poteries ronges, bien cnites, sorte d'escabeaux à pieds courbes ajourés, qui avaient dû servir d'offertoires.

Les crânes recueillis dans cette tombe sont tous trois masenlins, et relativement volumineux (cap. cran, moyenne 1465 ce. ; circonf. horizont. 0 m. 513). Cette augmentation de volume se traduit dans toutes les mesures diamétrales qui remportent, inégalement d'ailleurs, sur les mesures correspondantes des Soudaniens actuels. Les diamètres moyens antero-postérieur et transverse s'élèvent^ en effet, à 0 m. 189 etO m. 1*37 et comme ce dernier a pris une importance relative un peu plus considérable, l'indice céphalique, de 60,7 qu*il est chez les Soudaniens de la région du Niger s'élève à 7S,4 chez les Habés de Bandiagara. Par contre, l'accroirement du diamètre basilo-bregmatique étant moins sensible que celui des deux autres diamètres, le rapport de la hauteur à la longueur s abaisse à 71,0 et Thypsistenocéphalie, habitueUe à tous les groupes nigériens actuels disparait, Tindice de hauteur-largeur demeurant inférieur à 100 (09,2).

Ces crânes offrent d'ailleurs la morphologie habituelle aux Soudaniens vrais avec quelque chose de plus massif et de plus brutal. Ils ont surtout les arcades sourcilières plus prononcées et les insertions de la base beaucoup plus apparentes. La région pariétale est relativement plus importante.

La face est d*une rudesse frappante. Toutes ses dimensions sont augmentées à la fois en largeur et en hauteur, mais Tampliation des dimensions verticales étant plus considérable, l'indice facial de 71,0 qu'il est chez les Soudaniens modernes monte à 73,1. Les arcades zygomatiques se détachent notablement, surtout sur un des trois sujets, le plus grossier d'aspect

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de cette petite série, où elles deviennent de véritables ansœ capitis.

Los mesures de lorhite varient pou du Soudanien moderne au noir ancien de Bandiacrua et l'indico orbitaire chanffe à peine d'un groupe ù l'autre (haut. 33 mm., larg. 38 mm. ; ind. orb. 80,8). L'indice nasaL pris sur deux de nos sujets seulement (le troisième est déformé par un vaste polype) est un peu plus platyrrliénicn chez les llabbés que chez les Soudaniens ; la largeur du nez atteignant 28, la hauteur demeurant la même loO), Tindice nasal se chiffre par 66 au lieu de \\\.

Le prognathisme se traduit par dos angles faciaux, alvéoLiire et sous-nasal de 08^ et de 78*^ ; les mômes angles mesurent chez les Soudaniens (53° et 76°.

Un fémur gauche, le seul os long rapporté par M. Desplagnes de Bandiagara, mesure i77 mm., ce qui correspondrait h une taille de 1 m. 75 au moins.

Une deuxième série de crAnes provient des montagnes de Dalla. Ils ont été tirés, le 12 février 1905, d'une petite case en maçonnerie de 1 mètres do lf)ng sur 2 mètres de large et 1 mèlre de haut, ménagée dans un abri sous roche à 200 mètres environ d'altitude dans la falaise qui borde au Sud le bassin lacustre dont il était question plus haut. M. Desplagnes suppose quo cotle sépulture, qui renfermait les restes d'une quinzaine d'individus, serait antérieure ù l'arrivée des Sonrhays dans la région (xn* sièchî).

De ces cinq crAnes de Dalla^ quatre sont masculins ; le

cinquième a appartenu î\ une fommo relativement vij^oiireuse et un peu bornasse, pour ainsi dire ; ces ueus du Dalla appartiennent à deux types notnbleincMit difFércMits, l'un (jui se rapproche plus à c(»rlains ruards des Soudauiens uKMlernes ; l'autre qui s'en écarte dav;nitaf;(' au contraire.

Le premier ty[)e de Dalla, tout en conservant dans ses trois dimensions un(^ snprématie uolahle sur le SoudanicMi actuel présente des indic<»s crâniens [)res(|ue id<Miti«|n<*s. Les trois diamètres mesurent n^speclivenient 0 m. lîM, 0 m. 133, 0 m 139. Les indices correspondanls se cliilIVenl pai' ()9,() ; 72," ; lOi.o. (liiez les Soudauiens les mêmes diamrlres sont représentés par 0 m. LS2, 0 m. I:i7, 0 m. 133, mais les indices demeurent 09^7 ; 73,0; l(li,7.

11 en est de môme des proportions faciales ; les dimensions sont un peu plus îiraudes, mais l'indice facial varie peu (71,4 au lieu de 71,0), l'indice orbitaire est exactement le m^nie, l'indice nasal exagéré (02, o au lieu de oi,0) dans le sens de la platyrrhonie.

Les angles faciaux sont prescpie les mêmes ; l'alvéolaire un peu plus fermé (61"), le sous-nasal -à peine un peu plus ouvert (77*^).

Le second type de Dalla tend vers cette autre race négritienne dont j'ai essayé naguère de déiiaucr le type sous le nom de Non/Mi-liaoussa (I ) et dont les sept (rihus de ce dernier peuple re[)résenleiil réh'nienl occMilenlal. (le* sont [)rcs(pie les mômes diamèti'eset lesniéuK'S indices (|ne Ton relève chez les uns et chez l(»s autres (Dalla i2), ind céph. 7r),7 ; 73, î3 ; 95,7. Ilaoussas 77,2 ; 73,4 ; 9."),0). Les variations des indices

(i) Cf. Crania Ef/inica. pp. 3i<^ ot suiv.

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sont plus étendues à la face qui est proportionnellement un peu plus haute, mais avec un nez qui reproduit les éléments numériques du type Dalla n"* 1.

Les crânes des monts Hombouri, dont il me reste à dire quelques mots, ont été trouvés le 8 février 1905 dans des fentes naturelles de rochers de ces montagnes, que recouvrent des blocs de pierre rapportés, formant de petites chambres irrégulières. Plusieurs sujets à la fois occupent la même cavité et sont habituellement assez emmêlés pour qu'il soit impossible de faire, suivant l'expression du voyageur, l'attribution individuelle exacte de chaque ossement. Un sujet sur quatre qui nous ont été rapportés, est atteint de scaphocéphalée ; c^est une femme. Les trois autres sont masculins. Ils diffèrent considérablement les uns des autres ; le premier parait rentrer pIutM dans le type que je viens de définir sommairement sous le nom de Dalla n^ 1, tandis que le troisième rappelle de préférence le type n^ 2 de la même région.

Par les chiffres, la petite série du mont Hombouri s'écarte même assez peu de ce deuxième type, et quelques mensurations seules accentuent certaines particularités telles qu^une brièveté un peu plus marquée de la face et du squelette nasal en particulier.

Le taille moyenne donnée par trois fémurs recueillis par le voyageur serait i\ peu près la môme que celle du sujet de Bandiagara, mais il n'est pas inutile d'observer que Tun de ces trois os atteint 52i mm., ce qui correspond h une taille des plus élevées.

En résumé, le rapide examen que nous venons do faire

nous apprend qae les Habbés sont très franchement nègres^ doliehocéphales en moyenne (74 d'indice) beaucoup plus prognathes que ne le soupçonnait notre voyageur (angL fac. 8. nas. 76** alv. 64<^). Us sont en outre d'une taille très élevée (moy. 4 fémurs 0 m. 475) ainsi qu'il le proclame. Ces nègres des montagnes ne constituent pas une race particulière (M. Desplagnes Tavait bien constaté) (1), mais rappellent les deux types fondamentaux du Soudan actuel. Soudaniens et Noubas (2) sans qu'il soit possible d'établir, d'ailleurs, avec les Barbaresques les affinités que leur ethnographie parait mettre en évidence.

(\)BuU.degéogr. hi$t, et detcripL, 1U06, p. 69. (f) Cf. Crama Eêhnica, pp. 346 et 35i.

PRKMIÈHK l>\HTIE

CrAnos anciens

de la col

lection DksplaïîMls

Crânes nioderneiï

Souda- Noubas- ""■">' llaouspp^ dits sas

Mesures

Handia- .gara

1" type

Dalla 2" type

llonibouri

3cf

2cr

3cr

'cT

«cT

Gap. crin

liiiO

Circonf. liori/ontalt; .

D. ant. po8l

transv. niax. . . .

basil. bro^m. . .

1 Ht)

Indicu lar;;'. lonj;. . .

Ti.i

(iO. r.

— haut, lonjî. . .

— haut. lîir;^. . .

Diaru. front. nia.\. .

— — min. .

— biorb. ex t. . .

lOo

— bizyjs'oni. . . .

Facri haut

Indice facial

Orbite long

— haut

Inilice orbitairo. . . .

Nez larg

haut

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Indice nusul

.■iO.O

.'iO, 8

bo, 6

Angle fav, idv. . . .

— s. nas

KTIIXOGRAPIIIE

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