CHAPITRE PREMIER
(IKNEH ALITÉS
Uexamen attentif des documents anthropologiques, que renferment nos musées et laboratoires d'Europe, rapportés de TAfrique soudanaise à diverses époques, nous donnent l'impression d'un mélange de types très différents dans des groupements compris souvent sous la même dénomination ethnique. D'ailleurs cette impression de diversité de types dans une même tribu et souvent dans une même famille, frappe vivement l'Européen qui parcourt la brousse depuis quelques mois.
11 semble donc qu'en général un type homogène n'existe pas dans chacun des groupements indigènes que nous rencontrons si nombreux et portant des noms si divers, dans tous nos territoires de l'Afrique occidentale française.
Cependant il paraît aussi que dans la composition de ces diverses peuplades noires subsistent deux types d'hommes bien distincts, mélangés en proportions très variables.
C'est une impression (jiii frappe aussi bien le voyageur dans la brousse que le savant dans son laboratoire.
Le premier type est celui d'un hoinme, de haute alature,
large d'envergure, au thorax bien développé, aux membres
longs, bien musclés, terminés par des attaches fines. Avec un teint très noir et des traits quelquefois adoucis, il présente souvent un prognathisme relativement atténué.
Le second type nous offre un homme plus trapu, plus ramassé, d'aspect massif, avec un buste long et des jambes courtes : il joint à un teint, généralement rouge-brun, une tête plus arondie, une mâchoire plus prognathe.
Mais ces deux types de noirs n'ont pas seulement réagi Tun sur Tautre, ils se sont très diversement mélangés avec des peuplades blanches ou a rouges », Sémites ou Berbères, descendues du Nord, déjà plus ou moins métissées ellesmêmes.
Aussi devant cet amalgame de peuplades, de tribus et de familles si diverses, il est très difficile d*en déterminer les origines, ou d'établir les migrations et les mélanges succès-
sifs qui en ont été la conséquence. Car des guerres, aussi nombreuses qu'interminables entre les tribus, ont amené des mélanges entre certaines fractions, puis la création des castes et de la captivité.
Chacun des nouveaux groupes créés par ces événements a reçu une désignation nouvelle, souvent dans des idiomes différents. Ces appellations servent plus généralement à rappeler le fait politicfue qu'à désigner le groupement ethnique d'une population.
Si donc des individus d'une même famille en arrivent ainsi à faire partie de castes différentes et à être englobés dans des groupements politiques variés, nous voyons aussi, fréquemment, classés sous la même désignation et faisant partie des mêmes clans, des indigènes de races et d'origines bien différentes, comme certains Touareg, noirs pêcheurs ou Foulbès du clan des oiseaux [Oua-Garà),
C'est ainsi que des événements politiques ou des idées religieuses communes groupèrent en une même confédération des populations diverses qui, toutes alliées, tributaires ou vassales, adoptèrent momentanément l'emblème ou la divinité protectrice de la famille régnante. Mais ces tribus n'en restèrent pas moins à la merci d'un événement ou des circonstances pour se regrouper diversement sous une nouvelle désignation.
Nous verrons de même les esclaves et les captifs, d'origines diverses, s'approprier toujours le nom et les titres de la famille de leur maitrc, et changer ainsi la composition ethnique de cette famille qu'ils modifieront encore par leur métissage.
Pour arriver i\ définir ou tout au moins à distinguer les principales races les unes des autres, et pour retrouver les
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grands mouvemenls démographiques qui ont amené, dans ces régions, ces divers groupements humains, nous devons donc simultanément user de tous les moyens d'investigation mis il notre disposition par les études comparées de l'anthropologie, de l'ethnographie, de Tarchéologie et de la linguistique de ces peuplades, par une connaissance plus approfondie de leurs mœurs, coutumes, idées religieuses, par Tobservation des règles qui ont présidé à la formation, à la constitution et à la désignation de leurs divers groupements sociaux, et enfin par le recueil de leurs traditions ou légendes.
Ce sera néanmoins une tâche toujours très difficile, même avec une grande connaissance d'une région et un long séjour chez diverses populations indigènes, que de pénétrer la mentalité, les conceptions philosophiques et les anciennes idées religieuses qui servent de base à l'organisation sociale de ces peuples, car, de nos jours, les tribus islamisées n'avouent que très péniblement leur attachement à ces idées, et les fétichistes du Sud ne se laissent que très imparfaitement pénétrer. Vaincus, ils considèrent les Européens conquéi^ants comme d'une autre race, complètement étrangère à leur manière de vivre, et ne subissent leurs investigations qu'avec des sentiments de méfiance et de crainte.
Je dois donc considérer comme une véritable chance d'avoir poussé mes recherches sur le plateau central nigérien et d'être entré en relation avec les vieillards des tribus montagnardes, grands prêtres des divinités protectrices et gardiens des coutumes, légendes et traditions de ces peuples.
Aussi avant de commencer l'ethnographie des pêcheurs Bozos et :igriculteurs Oumboï qui semblent devoir nous représenter des cléments, plus ou moins altérés des primitifs
ETHNOGUAPHIK
loi'
noirs, et Tétude des Habbés de la montagne, métis de ce type primitif, avec des envahisseurs rouges, je crois devoir exposer diverses idées qui, d'après les chefs religieux « rouges », ont présidé à l'organisation sociale des Soudanais, à la formation des groupements, à la constitution des castes ; puis présente les légendes conservées par ces prêtres, sur l'origine des grands mouvements démographiques de l'Afrique soudanaise.
Ces documents ont été fournis en partie par un des vieux chefs religieux du plateau de Handiagara, le Hogon de Bankassi; ils m'ont été exposés et commentés par un Toucouleur Foutanké d'une grande intelligence et d'une tournure d'esprit très vive, Maki-Tall, petit-fils d'Kl-lladj-Omar et ancien fama de Dinguiray, enfin confirmés pour les populations Berbères par mon interprète Ould-Badi.