‹ Le plateau central nigérianChapitre 28 sur 100 · PLANCHE LVII · texte numérisé non relu

PLANCHE LVII

Pig. HO. - Voli'la du frniMre (liois sculptùs) .l'uno i Kiaurini^s liuiiiHines à ne; sOinitHiuos. Dana le volet de gauchu les troiii D^urinos |)orteur repri^senleot la. Tnaita divine.

(Industrie Habbé).

salité, sans essayer de résister. Ils furent ainsi groupés au milieu des Mossis et acceptèrent leur langage. Mais un des Naba, successeur de Yada (1), nommé « Ouaratamango », frappéde leur habileté de forgeron et voulant s'emparer de leurs terres, usa de son autorité despotique pour les disperser dans tous ses Etats, affectant une ou plusieurs familles à chaque village.

C'est ainsi que le voyageur les rencontre encore aujourd'hui, formant une espèce de caste parmi les descendants de leurs conquérants; tandis que des tribus de môme origine vivent indépendantes, groupées autour de Téra,

Si nous venons d'assister, d'après les traditions, à la création d'une caste de forgerons, la simple observation des coutumes Foulbés actuelle^ nous montrera facilement la formation d'une caste de serfs agricoles (2), organisée pendant notre conquête soudanaise.

En effet, chez les Foulbés conquérants, l'appellation de Dimadio (Rimaïbe au pluriel) sert à désigner les habitants d'un village de serfs cultivateurs, qui doivent une redevance, soit à l'Etat, soit k une famille Poul; car ces tributaires peuvent dépendre de la couronne s'ils appartiennent à un village qui a fait sa soumission sans combattre, ou dépendre de particuliers s'ils proviennent d'achat ou de part de prise.

Mais quelle que fut l'origine de ces individus, placés dans les villages de cultures, tributaires des Foulbés, ils perdaient du jour de leur soumission tout droit à leurs noms anté-

(1) Yada ou Va-nda A. Oua-nda-mango.

(2) Mr. Cil. Monteil dans sa Monographie de Djenné (Tulle, 1903, p. 146) donne une intéressante étude sur la formation des castes de Rimaïbe tributaires.

172 DELXIÈMK PAKTIK

rieurs et devenaient « Rimaïbes » (t) et, selon leur origine, se nommaient Tammoura ou Tmnboura^ pour les anciens habitants originaires des tribus de la montiigne Tombo ; Korohara^ pour les anciens membres de la Confédération des Rouges, « Koioufjoi et Konrotuneï » ; enfin Mangoura, pour ceux qui ayant appartenu au clan du Mî\ avaient été attachés comme tributaires du chef Foulbé Maïujha (2).

Ces changements de noms de tribus sont très fréquents et se produisent même volontairement lorsqu'une population vient se placer en état de servage auprès d*uue famille conquérante.

Ainsi, lorsque les Foutankés de l'armée d'El lladj Omar firent la conquête du Masina, récemment occupé par les Foulbés, les membres d une tribu des montagnes, « les Tapo », que les « amirou » Foulbés, d*Hamdallahï, avaient placés dans la caste de leurs tisserands, vinrent trouver ïidjani Tall» Fama de Handiagara, et se déclarèrent ses griots, puis changèrent leur nom contre celui du chef TalL Depuis cette époque, ces nouveaux Tall, griots, portent le nom des descendants d'El Iladj Omar et vivent aux frais de la famille régnante des famas du Masina.

Actuellement, la plupart de ces castes sont toujours qualifiées du nom de la première tribu (}ui s'est vu imposer le servage industriel ou agricole : chez les Foulbés, leurs premiers cultivateurs tributaires, étant de la tribu des Madio^ tous les serfs de la glèbe reçurent le nom de Rimaïbe, plu-

(1) Par la suite noire occiipalion liluMvi plii^^ieurs de ces villages, dont les habitants ont gardé le titre de Kimaïbe.

(2) Dans le Tanck-es Soudan, le lilrc de Magha est toujours donné aux chels Foulbés du Masina. Magha veut dire (Hommes des Ma).

l'LANCIIK LVIIl

yi

fin- lis. — liidusli'i<> llabtii'.

Ei'iTuC' l'n buis scuidli": •nn^c rie linunncs reiirt-si-nlunl bs «énies l'rijli'Ctiiurs ou Kaiiril.» ancu'lruuï, duns li; corps di- la L'uisswice divini' 'lUc dirÎKC la l'iiissunco iiimIp el !« Puissance /oniplle

PiK 113. -Imiiisln.' lial.lic.

L'n vicui labourct de lluRon recueilli dans une grotle

dovuDi la toiube d'un chef «ara.

ETHNOGRAPHIK 173

riel de Dimadio ; leurs premiers tisserands, tributaires étant de la famille des Mabo (dont une partie vit libre dans la montagne) tous les tisserands furent nommés des Maobe,

De même, chez les tribus Hammanas, leurs premiers vassaux furent les Dions ; depuis lors, cette appellation a été imposée h tous leurs serfs, comme celle de Noumous le fut à tous leurs forgerons, etc.

Quelquefois ces noms ont pris un sens bien plus général, ainsi lorsque les Sa, « Sousous », conquirent le Soudan, rindustrie du fer était propagée par les populations Gara.

En se soumettant, ces tribus devinrent les (larasa, nom qui est resté dans le Nord du Soudan pour designer tous les industriels. De même, le terme de Sanké, « homme de Sa », a été appliqué à tous les travailleurs du cuir, parce que les primitifs nomades, ralliés au clan du Sa, comme les Bellahs, ont toujours été des tanneurs émérites, ne s'habillant que de cuirs depuis les périodes préhistoriques.

Les invasions des peuples barbares amenèrent donc la création des castes, chez les Ouakorés et les Garas, industriels et commerçants, chez qui n'existaient auparavant que des corporations de marchands et de fabricants, comme à Djenne et à Tornboiictoif de nos jours.

Lorsque surgirent ces grandes invasions ; celles, par exemple, des Foiilbés, pasteurs venant accaparer les pâturages pour leurs troupeaux, ou celles des cultivateurs barbares du Sud qu'amenaient les lUnnmatias désirant s'approprier les riches terres à céréales du Niger, les primitifs habitants du pays se virent toujours dépossédés de leurs terrains. Mais leurs conquérants^ ignorant tout, du commerce, des arts et de l'industrie, « construction, poterie, métallurgie, tissage,

17i DEUXIÈME PARTIE

travail du bois, navigation, etc. », furent dans robligation pour organiser leur conquôic et Texploitcr, d'avoir recours aux connaissances de leurs tributaires asservis qui les avaient éblouis par les richesses développées au Soudan.

D'ailleurs plusieurs des tribus, habitant les plaines nigériennes, but de toutes les con(|uôtes, se sentant trop faibles pour lutter contre les envahisseurs, préféraient, ellesmêmes, î^i l'esclavage de guerre, impitoyable aux vaincus, un servage par famille, au milieu des villages des vain queurs, en abandonnant leurs terres et la protection de leurs dieux.

Par contre les nouveaux maîtres durent également pour gouverner le pays, faire appel aux conseils de leurs forgerons, descendants des premiers conquérants du Nord, les plus affinés et les plus intelligents des peuples soudanais.

Actuellement encore ces gens de caste, qui, si souvent, surent se rendre indispensables comme conseillers auprès des grands chefs, sont extrêmement intéressants à étudier, car, obligés de ne se marier qu'entre eux, ils ont conservé à peu près intacts les types des primitifs civilisateurs.

Toujours organisés en sociétés secrètes (1) ils gardent les

(1) Ce sonl les forgerons qui ont conservé dans les plaines Bambaras les idées religieuses de la montagne et le culte des divinités : ils entretiennent, pour exploiter les superstitions et la crédulité de leurs vainqueurs, les mystérieux « nama « hommes masqués, que nous retrouverons dans la montagne. Ils ont également organisé sur le modèle des eonlVériesGarade la montagne des sociétés secrètes, Nama, Konio el Simo pour se protéger contre les envahisseurs. Dansées confréries, aucun sociétaire ne doit trahir les secrets, ni ses coassociés, sous peine de mourir tragiquement, enfin les membres se sont engagés à exécuter toutes les décisions des chefs, même si c'est un crime (V. Anthropolotjie, t. XVII, p. :{oO : f.es Sc>mos, par A. Chevrier).

En outre, contrairement aux coutumes de leurs maîtres Sousous, Bam-

KTHNOGIIAPHIE 175

idées et les manifestations du culte des peuples de la montagne, et arrivent ainsi à impressionner souvent leurs vainqueurs superstitieux par la crainte de leurs divinités et de leur pouvoir occulte.

Disséminés dans tous les villages du Soudan, sans vouloir adopter les mœurs et coutumes des envahisseurs, et notamment Texcision, ces gens de caste restent pour nous de précieux témoins du passé et de sérieux appuis pour le développement futur de notre colonie.

baras, dont les femmes sont excisôcs. les leurs ne lo sont pas ; toutefois ils sont toujours chargés de la circoncision qui d'après les légendes aurait été apportée du Nord par les « Garas » leurs alliés.

Ces forgerons ont toujours abusé de la crédulité superstitieuse des Bambaras conquérants. En effet si les Bambaras dans la crainte de s'attirer la colère des divinités protectrices des vaincus faisaient jurer à leurs tributaires fidélité, à leurs Dieux, (fétiches protecteurs Nan-Koloko et Kantara) ces tributaires forgerons ou griots se réservaient toujours le service de la divinité.

Au xviii* siècle, les bandes des Couloubalis redescendaient en pillant la vallée nigérienne vers le Bore : au village de Sévaré, près Mopti, ils s'emparèrent d'une statue de N. Bouna, divinité protectrice des Nononkés. Ils l'emmenèrent aussitôt captive à Segou et l'attachèrent près des autels de leurs dieux pour assurer ainsi la soumission des Nononkés.

C'est à Segou que les Foutankès d'El Hadj Omar trouvèrent au commencement du XIX* siècle cette divinité enchaînée dont le prêtre était un forgeron Sama-Sekou tributaire des Bambaras. (MakiTall, petit-tils d'El Hadj Omar, ex-fama de Dinguiray).

Page 1