I. — Lie pays et «es habitants
La grande masse rocheuse du plateau central nigérien, se divise en deux régions bien distinctes : dans le Nord-Est les divers massifs du Hombori et dans l'Ouest le plateau de Bandiagara^ centre de tout ce syst«Nme montagneui.
Les massifs du Hombori se composent de toute une série de pics, pitons, tables isolées, dominant les plaines de 500 à 800 mètres, et dressant leurs silhouettes bizarrement découpées au-dessus des ébouhs de leur base.
Cette région contraste étrangement avec Taspect désertique du Nord soudanais et même avec le plateau de Bandiagara dont elle est le prolongement naturel vers TOrient. Par son chaotique amoncellement de rochers arides dominant les dunes, elle prend, pendant la saison sèche, l'aspect d'un paysage saharien, tandis (jue les plateaux de TOuest, boisés et cultivés, avec leurs mamelonnements gréseux que coupent
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des ravins profonds et tourmentés, parsemés de cabanes en pierre sèche, rappellent au contraire nos causses du Quercy.
Dans les belles plaines, que dominent les arêtes occidentales de ces escarpements, s'étalent largement les inondations du Niger et du Bani, fécondant les pAturages et les terres à céréales, invincible attirance pour tous les peuples conquérants.
Ces grandes plaines giboyeuses et fertiles furent peuplées, des les premiers temps de la préhistoire africaine ; car déjA, à TAge de la pierre polie africaine, leurs habitants avaient une industrie et un outillage perrectionnos. Cependant la possession de ces terres irriguées devait toujours être la cause de luttes sanglantes et par suite les tribus qui occupèrent les rives du Niger, durent, tour à tour, demander un refuge, un abri et une protection naturelle aux escarpements des plateaux rocheux, refoulées qu'elles étaient par l'arrivée d'envahisseurs nouveaux sortis des steppes désertiques sahariennes au Nord, ou des fourrés mvstérieux de la foret au Sud.
Par suite de cet exode, à diverses époques, des tribus de la plaine vers les montagnes, les populations actuelles du plateau de Barir/iagara et des massifs du Hombori offrent un intérêt considérable pour l'ethnographie ; car chacune d'elles, suivant son origine, a conservé plus ou moins intactes ses mœurs, ses idées religieuses et ses traditions. Actuellement les plaines inondées de la région lacustre sont occupées par les envahisseurs nomades, hfn'hn'cs^ tounrctj, maures^ foiilbrSy ou leurs triiiutaires, tandis que les bords du Niger el du Bani nourrissent un nu'tissfigv des populations fou/heu descendues du Nord, avec les derniers conquérants Ikvnharas^ sortis du Sud. Parmi ces tribus d'origine étrangère, seuls quelques
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pfieheiirs^ ayant abandonné en grande partie leurs mœurs et leurs coutumes particulières devant les règles imposées par rismalisme triomphant, nous représentent les débris des peuples primitifs.
Au contraire, la montagne non islamisée, renferme toujours des groupements presque purs de ces populations « Gara », qui apportèrent la civilisation méditerranéenne au Soudan. Knfin, vivant au milieu des tribus de ces peuples « Rouges », existent également quelques dernières familles des grands noirs primitifs soudanais, Oimibo, Tonibo^ Bobo et Kala.
Dans cette description des mœurs et coutumes des populations soudanaises du centre de la Boucle nigérienne, j'éviterai de parler des populations Bambaras, si souvent décrites par nos explorateurs du plateau Mandingue\ je négligerai de môme les Berbères Touareg, — si complètement étudiés par Duveyrier, et dont Thistorique des confédérations soudanaises a été fait récemment par M. Sarrazin (1), avec celle des P,!aures et des Fou/bés de notre Afrique occidentale. Je me contenterai de signaler les traits de mœurs communs, que ces peuples peuvent avoir, avec les primitifs Oumboï et les pêcheurs Bosos, puis avec les populations du plateau de Baadiagara^ descendants plus ou moins métissés des fondateurs de Ganaa et de Djeané^ dont ils ont gardé les traditions et la religion.
Les diverses populations actuellement stationnées dans la Boucle du \iger peuvent être réparties d'après le tableau suivant :
(l) Les Races Humaines du Soudan Finançais, Clmmbéry, Imprimerie Générale de Savoie.
TROISIÈME FARTIK
Tableau
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II. — Généralités sur les populations HabbéH leurs désig^natious et leurs dialectes
Les populations non musulmanes du Plateau Central Nigérien ne constituent pas une race parti culi(^re, car dans le courant des siècles un métissafre constant s'est opéré entre les primitifs et tous les groupements chassés de la plaine par de nouveaux conquérants et venant successivement demander un refuge et la liberté à ces sites escarpés.
Ces peuples subirent longtemps la domination des tribus descendues du Nord qui avaient fondé Tempire de Ganna^ et bon nombre de familles Gannanéennes résident encore dans les diverses provinces de la montagne organisées par elles politiquement en confédérations, avec des traditions, des coutumes, des mœurs, des idées religieuses, une industrie et des habitations très différentes de celles des peuples soudanais. Ces innovations ont pénétré peu à peu chez les primitifs leurs tributaires et nous allons les observer plus ou moins mélangées aux coutumes des aborigènes.
Parmi les tribus descendues du Nord qui créèrent les premières organisations sociales de la montagne il en est une dont le nom est resté célèbre, les Kambé ou Hambbé. En effet les pasteurs Foulbés musulmans ont adopté ce nom pour désigner tout cet ensemble de populations rebelle à rislamisme. Par suite Hambbé (i) ou Habbé a pris un sens
(1) Le singulier de llabbé ou Ilambé est Addo ou Kaddo, nom de familles existant dans les montagnes les Iladdo-Hogué et les Kaddio.
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très général, comme le soudain « Soundani » des Arabes, et sert à désigner actuellement toutes les tribus nigériennes qui ont conservé les traditions et la religion de ces étrangers.
Mais la configuration géographique de ces régions montagneuses obligea les indigènes à former deux groupements bien distincts, division nécessitée surtout par les luttes qu'ils eurent à soutenir contre tous les conquérants musulmans, et dernièrement contre les Foulbés d'Amadhou Scheïkou et les Foutankés d'El-Hadj-Omar.
Le premier groupement occupe tout le plateau de Bandiagara ; on y remarque une grande prédominance des éléments gannanéens, « Ganin-Kobés »>, disent les Foulbés. Toute cette région formait d'ailleurs le centre du gouvernement Oua-Koré des Senahdja'Nononkés (1).
Le second groupement habite les massifs rocheux du Hombori\ il est formé surtout d*un grand nombre de tribus primitives, Buboy Toro^ Togo, Houmbo et Tombo^ imprégnées d'éléments gannaéens rebelles à Tlslam. C'est d'^iilleurs en parlant de cette région du llombori « Mont Tombo », que le vieux chroniqueur de Tombouctou dit : « Les montagnes des Tombola portent le nom d'une très nombreuse tribu professant le culte des Mages » (2).
(1) Les ruines de la capitale des Nononkc « Soukroula » se trouvent entre Mopti et Bandingara au pied du plateau. Cette région faisait partie des conquêtes de Sunni Ali. Le Tarickj p. ^Oi dit : «Sunni Ali fit alors la conquête « du Bara et du territoire des Senahja-Nounou, qui n celle époque étaient M gouvernés par la reine Ri-Koûn-KAbi. Il s'empara de Tombouctou et de M toutes les montagnes sauf N' Dom (M' Douma) qui lui résista. »
(2) Tarick ■ es-Soudariy trad. 0. Houdas, p. 2o.
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Ce groupe de TEst forme la coufédcration des Houmbébé (1), composée de tribus ne comportant qu'un petit nombre de familles primitives : On, Ongoï^ Bobo, Oi/mbo^ Telle, Kala, TorOy Togo. Mo.,, etc., chez qui la liaison réside uniquement dans la communauté d'idées religieuses et la crainte de leur grand prêtre ; car les Gara-Togo de Ganna n'ont pas fait disparaître chez eux Tesprit d'individualisme, si fortement ancré chez tous les primitifs de l'Afrique. La séparation bien nette des massifs rocheux, qui leur ont servi de refuge, a maintenu chez eux très vivace et sans aucune contrainte cet esprit de liberté individuelle.
Les Foulbés désignent l'ensemble de ces tribus par le terme de : Houmbébé, toutefois on les nomme encore : Tombo, Koumbo. Koiinmheyo, Hombo, Ongoï, Ongoïba, etc., selon leur nom de famille. Ils parlent tous un dialecte des Songho'i de TEst, mélangé de Mosn et de Sarrakolé Oud' koré, dialecte dénommé : Houmbéré, ou Tombokhan.
L'ensemble du pays s'appelle Hounihori et chaque région prend le nom de la famille importante qui l'habite : Tombori, Togori, Torodi, etc.
Au contraire les populations groupées sur les plateaux de Bandiagara qui avaient formé, pour maintenir leur indépendance, la grande confédération des Nt/ogom-fiuindo, ayant pour devise : <« lestions rassemblés», sont composées de nombreuses familles qui peuvent se diviser d'après leur origine dans les groupes suivants :
V Les laniilles primitives de même origine que les Houmb<*bê de l'Est, Toniho, Tara, Bobo, Oudio et parlant le môme dialecte SonghoW mélangé de Mossi et de Sarrakolé ;
(1) lloiimbo fait au plurK*! : Houmbi, Houmboi cl Houmb(»b(''.
2* Une famille de pasteurs Foulbés, non islamisée, appelée : FoulanneS'Kri Habbés, divisée en Issebéré et Ourosiré^ et parlant un dialecte peuhl mélangé de Sarrakollé (fig. 108);
3° Les anciens habitants de Ganna, venus vers 1230, après la destruction de leur capitale par les Soussous, rejoindre leurs anciens tributaires : Gara, Koron, Kolo?i, « les Rouges » aux multiples familles ; et qui sont désignés aujourd'hui sous le nom de : Gafuiinkobés, Kannaon, Arouna-On. A ces populations descendues du Sahara, sont venues s'adjoindre plus tard les tribus de même origine, fuyant le siège de Djemul pRV Sunni~Ali^ vers 1475, les Djennenkés et les anciens Ouakoré, des Senahdja-Nounonkés avec les familles : Ba, Dem, Dia, Keli, enfin un groupe de Afarkas métissés, les : fCanseigné-Malinkobés, laissés dans la région par. le conquérant Kankan^Mousa^ selon la tradition. Tout ce groupe a conservé des dialectes Sarrakolé ;
iP Un certain nombre de tribus, qui s'étaient ralliées aux AskiaS'Songhoï, de Gao, Ce sont les : Oudian^ les Nadiemba- Ongoïba, descendant des primitifs, et les Nadiemba Baloba descendant des gens de Nounou a Bali » (fig. 110). Ces familles parlent un dialecte Songoï mélangé de Sarrakolé semblable au dialecte de Tombouctou et de Djenné.
Cet ensemble si composite a reçu des peuples environnants les noms les plus variés :
Les Maures et les Touaregs les appellent : Soundani ; les Foulbés les appellent : Hambés^ Kaddo ou Ganninkobés ; les Songhoï les appellent : Tombai, Honmboï ; les Bambaras les appellent : Tomas, Komas, ou Tombokos, Tombomos ; les Mossi les appellent : Kipirsi^ lubîssi ; les pêcheurs les appel*