‹ Le plateau central nigérianChapitre 45 sur 100 · X. — Vie affective · texte numérisé non relu

X. — Vie affective

1*^ Enfance, Adolescence,

Les parents caressent les enfants, jouent avec eux et paraissent les aimer réellement, mais toutefois se désintéressent complètement de leur éducation. D'ailleurs, drs l'c^ge de huit à dix ans les gamins quittent la maison paternelle pour aller Tivre en dehors du village et fonder un groupement, un clan, une association qui s'imposera des lois, des règlements et des signes de reconnaissance (1), liant ainsi ses membres à de stricts devoirs de mutualité, par d'étroites amitiés. Cette société servira à les affiliera d'autres clans dans lesquels ils pourront toujours trouver aide et assistance au cours de leur existence.

Ces enfants habitent d'abord, avant de s'organiser complètement, dans une des maisons du clan plus ancien et ne commenceront à se bAtir leur lieu de réunion et d'habitation qu'après la cérémonie de la circoncision.

Us vivent alors dans la plus étrange promiscuité, se livrant librement au sodomisme et recevant les visites de leurs petites amies.

Contrairement à ce qui se passe à Tombouctou et chez les Foulbés de la plaine nigérienne, ce sont les jeunes filles qui doivent venir rendre visite aux jeunes gens, pour passer avec eux la première partie de la nuit^ leur apportant des friandises et des gAtcaux. Souvent on boit du dolo et on organise des fêtes de nuit, ou des danses avec tam-tam. Il est de très

(1) Voir le chapitre des associations.

236 TROISIÈME PARTIK

bonne augure pour une fillette d'avoir ainsi rapidement un enfant, car elle est sûre de trouver promptement un mari après les couches qu'elle va faire chez sa mère. Comme nous l'avons vu, l'enfant a pour père légal son oncle maternel, à moins que la jeune fille ne Toffre à son amant pour avoir la certitude de se marier avec lui.

Les mœurs, de ces jeunes gens, rappellent extraordinairement les coutumes Masaï de l'Est africain (1) et des différentes tribus Oua, des monts Kilimandjaro et Kénia, dont les enfants des deux sexes vivent groupés en dehors du village des parents, chargés de la conduite du bétail. On retrouve également en Kabylie cette vie en commun des jeunes garçons en dehors de la maison paternelle, où cependant ils ont droit à la nourriture à la condition de travailler aux champs de la propriété familiale cinq jours sur six pendant la saison des cultures, de fin juin à novembre ou décembre.

Tout le reste du temps leur appartient pour se constituer, par la chasse, l'industrie, la culture ou le commerce, un petit avoir personnel qui leur permettra d'établir leur ménage avec le concours des amis du clan. Ce sont les différents clans d'un village qui organisent les fêtes, ripailles ou expéditions de chasses.

Les flambés, formés par un mélange de primitifs et d'éléments descendus du Nord, Gara, ont un caractère assez plein d'imprévu ; ils adorent la musique et la danse qui restent la base de toutes les cérémonies cultuelles. Enclins à la boisson, ils sont gais, rieurs, mais très irascibles et sujets à des colères violentes dégénérant en rixes et en luttes fréquentes.

(i) A. de Preville, Sociétés africaines, Thomson, Casati.

UÂBBÉS 237

Dans son village, le Hambé de la montagne, par suite des nombreuses luttes quïl a dû soutenir pour conserver son indépendance, reste méfiant et ombrageux, accueillant souvent mal un étranger qui n'est pas affilié à un de leurs clans. En revanche, il se montre très brave et capable de dévouement ou d'attachement pour ses amis et ses chefs ; il devient même facilement affable et serviable dans la plaine dès qu'un de ses chefs religieux vous a pris sous sa protection.

Dans toutes ces populations extraordinairement indépendantes et fières, Tunique mobile de leur obéissance et le seul lien de leur organisation sociale réside dans leur crainte superstitieuse du surnaturel et des pouvoirs occultes que possèdent leurs chefs religieux, basée sur les conceptions spiritualistes des religions sémites.

D'ailleurs, la seule éducation que donnent les parents à leurs fils avant de leur laisser rejoindre définitivement les clans des jeunes gens, est une initiation au culte des ancêtres en faisant offrir par Tenfant un sacrifice de remerciement à celui de ses grands parents qui a bien voulu se réincarner en lui et animer Tetre que portait le fianc fécondé de sa mère.

En effet, après la circoncision, dès que Tenfant atteint sa huitième ou dixième année, son père ou son oncle maternel le conduisent devant l'autel de famille et lui font offrir un sacrifice sur le signe d'alliance de la divinité pour remercier l'esprit de son parent résidant chez les ancêtres d'avoir bien voulu le choisir pour continuer la race en lui donnant son àme (nombril).

L'animal sacrifié sert à composer un repas qui est mangé dans la famille après que les prémisses en ont été offertes aux Divinités protectrices.

238 TROISIÈME PAtlTlE

C'est pendant cette cérémonie que le père fait connaître à son fils sa filiation directe et les ancêtres des clans protecteurs de sa famille. Une cérémonie de ce genre est décrite dans la légende de Farang; lorsque Toncle Tinamori enseigne au jeune chef des Pêcheurs (1) les divinités protectrices de sa race, il lui dit : « Nabonkel prends le bouc noir, la poule « noire, le vase de terre pour le lait frais, soit plein d'atten- « tion à Garama-nkoy, à Marmar nkoy, à Kaya nkoy et à « Mangà si ! D

Mais la vraie initiation des jeunes gens aux traditions et coutumes de la tribu a lieu pendant la période de la circoncision. Ce n'est qu'après cette cérémonie que le clan se trouve constitué par tous les enfants opérés en même temps; qui doivent alors être unis par les liens de la plus étroite amitié, avec Tobligation de se porter secours et assistance, de marcher ensemble à la guerre, de faire les ablutions à leurs camarades morts et de porter leur deuil.

Du jour donc de la circoncision, Tenfant est considéré comme un homme et a le droit de participer à tous les devoirs des hommes de son clan; c'est Tacte le plus important de la vie des indigènes dans les sociétés noires organisées.

Dans les cantons du Plateau central cette cérémonie a lieu tons les trois ou quatre ans sur tous les garçons de 8 à 12ans^ dit canton, qui viennent se grouper autour d'un homme âgé, désigné par le Ilogon, habitant en général une case isolée dans la montagne près d'un petit sanctuaire. L'opération est faite dans ce lieu isolé sans que le village y prenne part par une fête spéciale ; et les enfants y sont soignés à la cendre,

(l) Revue des traditions populaires, l. XXI, i 906, p. 89.

HABBÉS 239

selon la méthode employée dans tout le Soudan (1). Le vieillard leur raconte les légendes et traditions puis il les fait danser et chanter accompagnés d'un musicien. Les enfants portent souvent des bonnets ornés de figurines phalliques, et ont à la main une claquette faite de morceaux de fer, et de poteries enfilés sur une baguette de bois, pour annoncer leur passage.

Leurs danses se font en cercle, avec des battements du talon et en frappant en cadence le sol avec une verge d' « euphorbiacée y> pour accompagner le musicien chanteur.

Ils gardent cette verge en bois d'euphorbe pendant le mois qu'ils passent dans la montagne.

Lorsque la gucrison de tous est complète, ils font à un jour « heureux » désigné, leur rentrée dans le village en chantant, dansant, vêtus de neuf, et vont saluer leurs parents et amis qui leur oiTrent quelques cadeaux en victuailles pour faire la fête le soir.

Chez les Ndogom-Gara de l'Ouest chaque famille offre un sacrifice sur l'autel des ancêtres et la journée se passe en festin et en tam-tam. Au contraire chez les « Oumbi » de l'Est il n'y a pas de fcte.

Dans les massifs montagneux du Plateau de Bandiagara, les jeunes gens ont droit, du jour de leur circoncision, de prendre part à la vie politique et religieuse du village et du canton. Ils figurent dans toutes les cérémonies rituelles, avec un rôle particulier portant les emblèmes de la famille et les masques totemiques, accompagnent les vieillards dans l'exercice de leurs fonctions et dans les sacrifices religieux.

(4) Voir une mission au Sénégal, D' Lasnet.

Cette coutume de la circoncisioa générale dans tout le Nord de TAfrique a pénétré avec les Gara, Ouagara ou Ouakore jusqu'au milieu delà Boucle nigérienne chez toutes les tribus affiliées à leurs confédérations. Mais elle disparaît de plus en plus dans les tribus primitives du Sud et de l'Ouest : Oumbi, Samos, Lobi, Bobo, Dions, Fons, etc., etc., où n'existent ni gouvernement ni associations.

En revanche, l'excision des femmes n'est pas pratiquée chez les Habbés ni chez les primitifs noirs et les Foulbés purs (1). Il nous semble donc que ce sacrifice sanglant est un signe de reconnaissance ou un rite religieux importé des plateaux de TEst par les envahisseurs du Serpent (Sousous) et propagé par leurs successeurs Malinkés et Bambaras. Ces peuples venus de rOrient attachaient, nous l'avons vu, un haut prix à la virginité féminine dans le mariage, et nous en trouvons encore des traces dans leurs coutumes matrimoniales.

Ces gens du Serpent partis des plateaux Est africains, où l'excision existe encore, compliquée de fibulation comme chez les Somali et chez quelques rares familles Berbères (2), ont imposé cette coutume à tous les peuples qui leur ont été longtemps soumis, métissés ou alliés*

Ces mutilations qui peuvent être des signes de reconnaissance comme les tatouages, le limage des dents, nous montrent également les deux influences venues du Nord ou de

(i) Cette coutume de Texcision n^existe pas chez les Peuhls purs comme les Poul et les Foulannes Kri Habbés, ni chez les gens de Tombouctou, ni chez une grande partie des Berbères, Touaregs, Kountah, ni chez les pêcheurs Korongoï, ni chez les Ouolofs et Foutankés du Sénégal, pas plus que dans les castes ouvrières formées de primitifs, éduqués par les Mondés, on peut môme dire qu'elle n'existe que dans les clans du Serpents.

(2) Les Races Humaines au Soudan Français^ p. 189, Sarrazin.

HABBÉS 241

TEst imprégnant les primitifs nigériens. Ceux-ci n'étant ni excisés, ni circoncis, ont, selon la prédominance de l'élément politique envahisseur Mande-Gara ou Sousous, adopté Tune ou l'autre de ces coutumes et quelquefois les deux comme chez les tributaires Malinkés desMansa.

I 2. — Vieillesse.

Dans toutes les tribus « Rouges », les vieillards jouisseat du plus grand respect, sont entourés de vénération et possèdent une grande autorité. Ils dirigent la politique du groupement, forment le conseil des anciens, présidé par le plus âgé d'entre eux, et sont les intermédiaires directs entre les esprits des ancêtres, et leur famille, ayant la garde des signes de reconnaissance et d'alliance de la Divinité. Le magistrat religieux, chef tout puissant de ces régions, est choisi parmi les vieillards ; il reçoit des pouvoirs très étendus, son caractère est sacré et on l'entoure d'honneurs divins.

Les chefs de famille, les personnes âgées des deux sexes sont particulièrement honorés, entourés et choyés par leurs enfants, et comblés de cadeaux. Leur mort est considérée comme une calamité.

Ce respect des vieillards a pénétré avec quelques-unes de leurs idées religieuses chez plusieurs tribus primitives en relation avec les Gara, comme les Lobi (1). Mais plus on avance dans l'Ouest vers la forêt, plus cette vénération diminue jusqu'à disparaître entièrement dans une partie de la population primitive Mossi, où^ nous dit le D'' Ruelle (2), « le

(1) D' Ruelle, Anthropologie, XV. 6.

(2) Anthropologie, p. 686.

vieillard est peu ou pas respecté ; lorsqu'il devient impotent, <i à charge, il n'est pas rare de voir ses parents, son fils même, M venir demander au naba l'autorisation de le mettre à mort, « autorisation toujours accordée si le demandeur prend soin <L d'oflrir au chef une partie des biens de la victime ».

Cette barbarie se retrouve encore chez certaines tribus du Baninko, stationnées près de la mission (1) de Segou et ralliées au clan des Bambaras. Ces peuplades insultent leurs vieillards morts en leur reprochant leur incapacité de travail, la nourriture qu'ils mangeaient et en exprimant leur joie d'en être débarrassés.

On peut, en général, constater que les tribus très sauvages des forêts de TOuest n'ayant pas eu grand contact avec les <i Rouges », se montrent également cruels envers tous les vieillards, et que chez eux l'amitié et la compassion sont des sentiments inconnus.

Page 1