XI. — HlaladieA, mort, rites fnnéraireA
1^ Maladies.
Les populations du Plateau Central nigérien, quoique robustes, sont sujettes à un certain nombre de maladies dues en général au manque d'hygiène et au défaut de soins de propreté, quelques-unes cependant proviennent des eaux de la région.
Dans la première catégorie, nous citerons les nombreuses ophtalmies, syphilis, lèpres, petite vérole ; dans la seconde
(1) Mission des Pères Blancs sur le Bani.
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les accidents du goitre, ténia, ver de médine, maladies intestinales, affections réellement très fréquentes dans certaines provinces, où elles se rencontrent même chez les animaux : ainsi les chèvres du Barasara sont loutes goitreuses.
Les médications et les traitements pour combattre ces maladies sont généralement illusoires, car le plus souvent les malades n'ont recours qu'à la sorcellerie et h la magie. En effet, les montagnards comme d'ailleurs la plupart des popu* lations soudanaises divisent et classent leurs maladies en deux catégories. Les unes sont envoyées par la divinité, ce sont les coups, les blessures, les accidents, les maladies fréquentes que Ton connaît et auxquelles on applique une médication simple par les herbes, les cataplasmes, la cautérisation ou les purgations. Les autres, au contraire, qui comprennent tous les malaises ou maladies internes d'origine inconnue sont considérées comme Tœuvre d'un esprit malfaisant. Attribuées au tjerko au mauvais œil, ou à une « jettature » qu'un sorcier vous a lancée, ces maladies ne peuvent être conjurées que par des « gris-gris » ou par les filtres des vieilles sorcières, habiles dans Tart de lever les sorts et d'exploiter la crédulité publique. Un des devoirs du chef religieux Hogon est d'écarter, de rechercher et de juger les sorciers jeteurs de mauvais sort.
En tout cas, quelle que soit la médication employée, les malades ne sont pas abandonnés, mais au contraire restent entourés de soins souvent ineflicaces, il est vrai, mais prouvant que les Hambés-Gara sont accessibles à la com-* passion.
TROISIËNE PARTIE
2f> Mort
Jjorsqu'un individu tombe gravement malade sans espoir de guérison, les femmes l'entourent et se lamentent jusqu'au moment du déci'is, et dès que la mort survient, elles se mettent en devoir d'accomplir les cérémonies funéraires qui varient beaucoup suivant chaque tribu.
3* Cérémonies funéraires des peuples hambés-Gara de la montagne.
Par suite de leur conception religieuse, les rites funéraires diffèrent chez les Gara-Hambés, du plateau de Bandiagara, d'après l'Age du défunt.
Chez ces populations qui ont le culte des ancêtres, plus la personne & inhumer est Agée, plus on doit l'honorer par des cérémonies mortuaires brillantes, car on la considère déjA comme un ancêtre qui rejoint la divinité protectrice et l'autel de famille. Le vieillard ne sera donc pas pleuré et regretté comme une personne jeune n'ayant pas entièrement vécu sa vie et accompli sa destinée.
Dès qu'un Hambé meurt dans un des villages de la montagne, les femmes qui l'entouraient poussent de grandes clameurs annonçant dans toutes les directions que les génies malfaisants et féroces ont arraché un être à la vie. Aussitôt, tous les hommes se précipitent sur leurs armes, puis criant, hurlant, ils tirent des coups de fusil et lancent des flèches contre le ciel en cherchant à mettre en fuite les esprits cruels mangeurs de vie humaine et en insultant les divinités impas-
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sibles (1). Le laggam, prêtre serviteur des divinités locales qui, lui, a été impuissant à écarter le malheur, prend une crise d'hystérie pour montrer la volonté supérieure des génies.
Le mort est placé dans une des chambres du rez-de-chaussée, généralement dans le vestibule d'entrée de sa maison, sur un des lits de repos (2). Son corps, après avoir été déshabillé, rasé, lavé, est graissé au karité, imprégné d'ocre rouge et d'oxyde de fer qui le colorent fortement en rouge^ puis enroulé dans un grand linceul fait de bandes de coton, ouvert sur la bouche, que Ton attache avec de légers liens en fil au-dessus de la tête, autour du cou, de la poitrine, des genoux et des deux gros orteils. Le premier né des enfants du défunt, fille ou garçon, a di\ lui-même procéder aux ablutions ; mais si cet enfant est en bas Age, il se contente de jeter un peu d'eau sur le corps de son père et les camarades du clan ou de Tassociation procèdent eux-mêmes à la toilette mortuaire. Dans certaines familles, on embaume même avec du miel la dépouille mortelle des chefs et des vieillards. Cette coutume des Rouges est rapportées par le Tarick-ès-Soudan^ page 116 :
« A la mort de Sunni-Ali, le karadjite, le 6 novembre <' 1492, ses fils lui firent ouvrir le ventre, en retirèrent les « entrailles et remplirent la cavité avec du miel, afin que le « corps ne se corrompe pas », et le chroniqueur de Tom-
(i) Les musulmans Foulhès et Foutankés, habitants ces régions observent ces mômes coutumes car, disent-ils, s'ils ne s'y conformaient pas, ils passeraient pour n'avoir ni parents ni amis.
(2) Dans les villages Toro du Dianvelli l'exposition des corps des vieillards morts se (ait sur la place publique.
bouctou, fervent musulman, ajoute avec ingénuité 5 « Mais on prétend que Dieu lui a infligé cela en punition de « la tyrannie qull avait employée sa vie durant envers les « populations » (1).
Ces préparatifs funéraires terminés, on dépose aussitôt devant Tautel de famille une calebasse pleine de dhône, pour que Tâme du mort puisse se désaltérer ; cette libation sera renouvelée pendant sept jours, temps que met l'âme, avant de quitter définitivement son corps, à voyager entre le tombeau et Tautel de famille.
La famille du défunt prend alors le deuil, les femmes en s'arrachant les cheveux et en se les rasant, les hommes en se couvrant la tête de cendres, en se barbouillant la figure de blanc et en échangeant leur pantalon contre des pagnes. Une grande quantité de vivres et de boissons est préparée par la famille et l'association du défunt, pour les visiteurs. Une cloche est accrochée à la vérandah de la case, sous laquelle s'installe la femme ou la sœur du mort avec des pleureuses professionnelles : celles-ci clament en litanies les vertus du mort, disant: « Mon frère le généreux, qu'en a-t-on fait, <v puisqu'il n'est plus? mon époux fort comme le taureau, « courageux comme le lion, qu'en at-on fait? ») Et la foule des pleureuses répond : « Il est parti là-bas, là-bas chez les « ancêtres », ou « il dort là-haut, là-haut dans les rochers ».
Aussitôt avertis arrivent les amis du clan du mort, les parents des villages voisins, les connaissances, puis tous les oisifs des environs qui tiennent à profiter des largesses de la famille du défunt et à assister aux cérémonies funéraires.
(1) Tarick^es Soudan, p. 116.
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Ils cherchent à faire par bandes des entrées sensationnelles dans la maison mortuaire, en tirant des coups de fusil et hurlant pour chasser les esprits malfaisants ; puis ils frappent sur la cloche en criant aux pleureuses : « Consolation ! Consolez-vous ! » et celles-ci de répondre pai^ de lugubres clameurs et des « yous-yous » funèbres. Après être rentrés saluer le mort, jeter de la cendre sur la tôtc des hommes et boire du dhône, ils vont s'installer dans une maison voisine avec les invites déjà arrivés et parlent des vertus du défunt en attendant les funérailles, et en vidant force jarres de « bière de mil, « dholo ». C'est là que pendant toute une semaine continueront en Thonneur du mort des beuveries accompagnées de musique et de danses.
Si la personne décédée est jeune, Tinhumation a lieu le lendemain au lever de l'étoile du matin dans certains villages, à une heure quelconque de la journée dans d'autres. Au Contraire, si c'est un vieillard chef de famille, on attend trois, quatre et cinq jours avant de Tenterrer afin de pouvoir faire avertir au marché tous les gens des villages voisins portant le même diamou. Enfin les familles llabbés tenant à avoir une nombreuse affluence à renterrement de leurs chefs fixeront les funérailles, vers 4 heures du soir.
Les amis du défunt ou ses camarades du clan placent le cadavre roulé dans son linceul sur une civière faite avec des branches d'arbre et des nattes ; et pendant que la famille reste dans la maison mortuaire le corps est emporté vers le sépulcre en passant par les emplacements où le défunt aimait à se reposer de son vivant. Tous les invités accompagnent le cortège au son du tam-tam, les femmes en pleurant
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C'est pendant cette cérémonie que le père fait connaître à son fils sa filiation directe et les ancêtres des clans protecteurs de sa famille. Une cérémonie de ce genre est décrite dans la légende de Farang; lorsque Toncle Tinamori enseigne au jeune chef des Pêcheurs (1) les divinités protectrices de sa race, il lui dit : « Nabonkel prends le bouc noir, la poule « noire, le vase de terre pour le lait frais, soit plein d'atten- « tion à Garama-nkoy, à Marmar nkoy, à Kaya nkoy et à « Mangà si ! D
Mais la vraie initiation des jeunes gens aux traditions et coutumes de la tribu a lieu pendant la période de la circoncision. Ce n'est qu'après cette cérémonie que le clan se trouve constitué par tous les enfants opérés en même temps; qui doivent alors être unis par les liens de la plus étroite amitié, avec Tobligation de se porter secours et assistance, de marcher ensemble à la guerre, de faire les ablutions à leurs camarades morts et de porter leur deuil.
Du jour donc de la circoncision, Tenfant est considéré comme un homme et a le droit de participer à tous les devoirs des hommes de son clan; c'est Tacte le plus important de la vie des indigènes dans les sociétés noires organisées.
Dans les cantons du Plateau central cette cérémonie a lieu tons les trois ou quatre ans sur tous les garçons de 8 à 12ans^ dti canton, qui viennent se grouper autour d'un homme âgé» désigné par le Ilogon, habitant en général une case isolée dans la montagne près d'un petit sanctuaire. L'opération est faite dans ce lieu isolé sans que le village y prenne part par une fête spéciale ; et les enfants y sont soignés à la cendre,
(l) Revue des traditioyis populaires, l. XXI, i906, p. 89.
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selon la méthode employée dans tout le Soudan (1). Le vieillard leur raconte les légendes et traditions puis il les fait danser et chanter accompagnés d'un musicien. Les enfants portent souvent des bonnets ornés de figurines phalliques, et ont à la main une claquette faite de morceaux de fer, et de poteries enfilés sur une baguette de bois, pour annoncer leur passage.
Leurs danses se font en cercle, avec des battements du talon et en frappant en cadence le sol avec une verge d' « euphorbiacée » pour accompagner le musicien chanteur.
Ils gardent cette verge en bois d'euphorbe pendant le mois qu'ils passent dans la montagne.
Lorsque la guérisou de tous est complète, ils font à un jour « heureux » désigné, leur rentrée dans le village en chantant, dansant, vêtus de neuf, et vont saluer leurs parents et amis qui leur offrent quelques cadeaux en victuailles pour faire la fête le soir.
Chez les Ndogom-Gara de TOuest chaque famille offre un sacrifice surTautel des ancêtres et la journée se passe en festin et en tam-tam. Au contraire chez les «Oumbi» de l'Est il n'y a pas de fête.
Dans les massifs montagneux du Plateau de Bandiagara, les jeunes gens ont droit, du jour de leur circoncision, de prendre part à la vie politique et religieuse du village et du canton. Us figurent dans toutes les cérémonies rituelles, avec un rôle particulier portant les emblèmes de la famille et les masques totemiques, accompagnent les vieillards dans Texercice de leurs fonctions et dans les sacrifices religieux.
(1) Voir une mission au Sénégal, D' Lasnet.
340 TROISIÈME I>ART1li:
Cette coittume de la circoncision générale dans tout le Nord de l'Afrique a pénétré avec tes Gara, Ouagara ou Ouakore jusqu'au milieu delà fioucle nigérienne cbez toutes les tribus affiliées à leurs confédérations. Mais elle disparaît de plus en plus dans les tribus primitives du Sud et de l'Ouest : Oumbi, Samos, Lobi, Bobo, Dions, Fons, etc., etc., où n'existent ni g^ouverncment ni associations.
En revanche, l'excision des femmes n'est pas pratiquée chez les Habbés ni chez les primitifs noirs et les Foulbés purs (1). Il nous semble donc que ce sacrifice sanglant est un signe de reconnaissance ou un rite religieux importé des plateaux de l'Est par les envahisseurs du Serpent (Sousous) et propagé par leurs successeurs Matinkés et Bambaras. Ces peuples venus de l'Orient attachaient, nous l'avons vu, un haut prix à la virginité féminine dans le mariage, et nous en trouvons encore des traces dans leurs coutumes matrimoniales.
Ces gens du Serpent partis des plateaux Est africains, où l'excision existe encore, compliquée de libulation comme chez les Somali et chez quelques rares familles Berbères (2), ont imposé cette coutume A tous les peuples qui leur ont été longtemps soumis, métissés ou alliés.
Ces mutilations qui peuvent être des signes de reconnaissance comme les tatouages, le limage des dents, nous mon* trent également les deti.^ influences venues du Nord ou de
{!) Cctle coutume de Texcision n'existe pas chez les Peulils purs comme les Poul et les Foulannes Kri Habbés, ni chez les gens de Tombouctou, ni chez une grande partie des Berbères, Touaregs, Kountah, ni chez les pécheura KorongoV, ni chez les Ouolofs et Fout.inkés du Sénégal, pas plus que dans les casles ouvrières formées de primitifs, éduqués par les Mondés, on peut même dire qu'elle n'e>isie que dans les clans du Serpents.
(2) Les /laces Humaines au Soudan Françaû, p. '
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TEst imprégnant les primitifs nigériens. Ceux-ci n'étant ni excisés, ni circoncis, ont, selon la prédominance deTélément politique envahisseur Mande-Gara ou Sousous, adopté Tune ou l'autre de ces coutumes et quelquefois les deux comme chez les tributaires Malinkés des Mansa.
I 2. — Vieillesse.
Dans toutes les tribus a Rouges », les vieillards jouisseut du plus grand respect, sont entourés de vénération et possèdent une grande autorité. Ils dirigent la politique du groupement, forment le conseil des anciens, présidé par le plus âgé d'entre eux, et sont les intermédiaires directs entre les esprits des ancêtres, et leur famille, ayant la garde des signeg de reconnaissance et d'alliance de la Divinité. Le magistrat religieux, chef tout puissant de ces régions, est choisi parmi les vieillards ; il reçoit des pouvoirs très étendus, son caractère est sacré et on l'entoure d'honneurs divins.
Les chefs de famille, les personnes âgées des deux sexes sont particulièrement honorés, entourés et choyés par leurs enfants, et comblés de cadeaux. Leur mort est considérée comme une calamité.
Ce respect des vieillards a pénétré avec quelques-unes de leurs idées religieuses chez plusieurs tribus primitives en relation avec les Gara, comme les Lobi (1). Mais plus on avance dans TOuest vers la forêt, plus cette vénération diminue jusqu'à disparaître entièrement dans une partie de la population primitive Mossi, où, nous dit le D"" Ruelle (2), « le
(1) D' Ruelle, Anthropologie, XV. 6.
(2) Anthropologie, p. G86.
934 TROISI^.MK PARTIE
offrent à la personne qu'ils veulent honorer une jatte de lait sur lequel flotte un certain nombre de pailles représentant les noms choisis. La première paille enlevée par le parrain décide du nom de Tenfant (Tombouctou, Foulbés, Ould Badi, Berbères).
Ensuite, on rase la tète du nouveau-iié et on tue un mouton. Toutefois il convient de ne pas « encadrer de deux couteaux le baptême » sous peine d'attirer de grands malheurs sur l'enfant, c'est-à-dire qu'il ne faut pas raser Tenfant avant le baptême et tuer le mouton après, ou inversement. Ces deux opérations exécutées avec le couteau, doivent se faire ou avant, ou après l'offre au parrain de la jatte de lait.
Il est encore d'usage qu'un enfant ne peut sous crainte de malheur s'entendre appeler par le môme prénom que son père, du vivant de ce dernier; ce ne sera donc qu'après la mort du chef de famille que son fils surnommé jusqu'alors « Kamoï » pourra reprendre son vrai nom.
D'où l'origine de la coutume Mossi, qui à chaque avènement du roi (( Maro-Naba » oblige tous ses homonymes à chanerer de noms.
Dans les montagnes de Bandiagara, le fils d'une veuve né après la mort de son père s'appelle généralement « Endoumou » le « mal arrivé » et un bAtard se nomme Thagnion(l).
L'enfant d'une fillette de 15 ou 16 ans, né avant son mariage, se nomme Yendi ou Nieni (2), si c'est une fille, et Antimé ou Antibé, si c'est un garçon.
(1) Village de Diam, province d'Aroua.
(2) Nieni est un des noms que l'on donne à l'àme qui court la brousse avant de se reincarnep, c'est aussi le nom de l'envoyé de Dieu,
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