‹ Le plateau central nigérianChapitre 47 sur 100 · X. — vie aireetlvo · texte numérisé non relu

X. — vie aireetlvo

1^ Enfance, Adolescence.

Les parents caressent les enfants, jouent avec eux et paraissent les aimer réellement, mais toutefois se désintéressent complètement de leur éducation. D'ailleurs, d«-s l'Age de huit à dix ans les gamins quittent la maison paternelle pour aller 'vivre en dehors du village et fonder un groupement, un clan, une association qui s'imposera des lois, des règlements et des signes de reconnaissance (1), liant ainsi ses membres à de stricts devoirs de mutualité, par d'étroites amitiés. Cette société servira î\ les affiliera d'autres clans dans lesquels ils pourront toujours trouver aide et assistance au cours de leur existence.

Ces enfants habitent d'abord, avant de s'organiser complètement, dans une des maisons du clan plus ancien et ne commenceront à se bâtir leur lieu de réunion et d'habitation qu'après la cérémonie de la circoncision.

Us vivent alors dans la plus étrange promiscuité, se livrant librement au sodomisnic et recevant les visites de leurs petites amies.

Contrairement h ce qui se passe îi Tombouctou et chez les Foulbés de la plaine nigérienne, ce sont les jeunes filles qui doivent venir rendre visite aux jeunes gens, pour passer avec eux la preniière partie de la nuit, leur apportant des friandises et desgAteaux. Souvent on boit du dolo et on organise des fêtes de nuit, ou des danses avec tam-tam. 11 est de très

(1) Voir le chapitre des associations.

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bonne augure pour une fillette d'avoir ainsi rapidement un enfant, car elle est sûre de trouver promptement un mari après les couches qu'elle va faire chez sa mère. Comme nous Favons vu, l'enfant a pour père légal son oncle maternel, à moins que la jeune fille ne Toffre à son amant pour avoir la certitude de se marier avec lui.

Les mœurs, de ces jeunes gens, rappellent extraordinairement les coutumes Masaï de TEst africain (1) et des différentes tribus Oua, des monts Kilimandjaro et Kénia, dont les enfants des deux sexes vivent groupés en dehors du village des parents, chargés de la conduite du bétail. On retrouve également en Kabylie cette vie en commun des jeunes garçons en dehors de la maison paternelle, où cependant ils ont droit à la nourriture à la condition de travailler aux champs de la propriété familiale cinq jours sur six pendant la saison des cultures, de fin juin à novembre ou décembre.

Tout le reste du temps leur appartient pour se constituer, par la chasse, l'industrie, la culture ou le commerce, un petit avoir personnel qui leur permettra d'établir leur ménage avec le concours des amis du clan. Ce sont les différents clans d'un village qui organisent les fêtes, ripailles ou expéditions de chasses.

Les Hambés, formés par un mélange do primitifs et d'éléments descendus du Nord, (iara, ont un caractère assez plein d'imprévu ; ils adorent la musique et la danse qui restent la base de toutes les cérémonies cultuelles. Enclins à la boisson, ils sont gais, rieurs, mais très irascibles et sujets {\ des colères violentes dégénérant en rixes et en luttes fréquentes.

(i) A. (le Preville, Sociétés africaines, Thomson, Casati.

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Dans son village, le Hambé de la montagne, par suite des nombreuses luttes qu'il a dû soutenir pour conserver son indépendance, reste méfiant et ombrageux, accueillant souvent mal un étranger qui n'est pas affilié à un de leurs clans. En revanche, il se montre très brave et capable de dévouement ou d'attachement pour ses amis et ses chefs ; il devient même facilement affable et serviable dans la plaine dès qu'un de ses chefs religieux vous a pris sous sa protection.

Dans toutes ces populations extraordinairement indépendantes et fières, l'unique mobile de leur obéissance et le seul lien de leur organisation sociale réside dans leur crainte superstitieuse du surnaturel et des pouvoirs occultes que possèdent leurs chefs religieux, basée sur les conceptions spiritualistes des religions sémites.

D*ailleurs, la seule éducation que donnent les parents à leurs fils avant de leur laisser rejoindre définitivement les clans des jeunes gens, est une initiation au culte des ancêtres en faisant offrir par Tenfant un sacrifice de remerciement à celui de ses grands parents qui a bien voulu se réincarner en lui et animer l'être que portait le Hanc fécondé de sa mère.

En effet, après la circoncision, dès que Tenfant atteint sa huitième ou dixième année, son père ou son oncle maternel le conduisent devant lautel de famille et lui font offrir un sacrifice sur le signe d'alliance de la divinité pour remercier l'esprit de son parent résidant chez les ancêtres d'avoir bien voulu le choisir pour continuer la race en lui donnant son àme (nombril).

L'animal sacrifié sert à composer un repas qui est mangé dans la famille après que les prémisses en ont été offertes aux Divinités protectrices.

C'est pendant cette cérémonie que le père fait connaître à son fils sa filiation directe et les ancêtres des clans protecteurs de sa famille. Une cérémonie de ce genre est décrite dans la légende de Farang; lorsque Toncle Tinamori enseigne au jeune chef des Pécheurs (1) les divinités protectrices de sa race, il lui dit : « Nahonke ! prends le bouc noir, la poule « noire, le vase de terre pour le lait frais, soit plein d'atten- « tion à Garama-nkoy, à Marmar nkoy, à Kaya nkoy et à « MangÀ si ! D

Mais la vraie initiation des jeunes gens aux traditions et coutumes de la tribu a lieu pendant la période de la circoncision. Ce n'est qu'après cette cérémonie que le clan se trouve constitué partons les enfants opérés en même temps; qui doivent alors être unis par les liens de la plus étroite amitié, avec l'obligation de se porter secours et assistance, de marcher ensemble à la guerre, de faire les ablutions à leurs camarades morts et de porter leur deuil.

Du jour donc de la circoncision, l'enfant est considéré comme un homme et a le droit de participer à tous les devoirs des hommes de son clan ; c*est Tactc le plus important de la vie des indigènes dans les sociétés noires organisées.

Dans les cantons du Plateau central cette cérémonie a lieu tous les trois ou quatre ans sur tous lesgarçonsde 8 à 12 ans, dîi canton, qui viennent se grouper autour d'un homme âgé, désigné par le liogou, habitant en général une case isolée dans la montagne près d'un petit sanctuaire. L'opération est faite dans ce lieu isolé sans que le village y prenne part par une fête spéciale ; et les enfants y sont soignés à la cendre,

(1) Revue des traditions populaires, l. XX!, i906, p. 89.

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selon la méthode employée dans tout le Soudan (1). Le vieillard leur raconte les légendes et traditions puis il les fait danser et chanter accompagnés d'un musicien. Les enfants portent souvent des bonnets ornes de figurines phalliques, et ont à la main une claquette faite de morceaux de fer, et de poteries enfilés sur une baguette de bois, pour annoncer leur passage.

Leurs danses se font en cercle, avec des battements du talon et en frappant en cadence le sol avec une verge d' < euphorbiacée » pour accompagner le musicien chanteur.

Ils gardent cette verge en bois d'euphorbe pendant le mois qu'ils passent dans la montagne.

Lorsque la guérison de tous est complète, ils font à un jour « heureux » désigné, leur rentrée dans le village en chantant, dansant, vêtus de neuf, et vont saluer leurs parents et amis qui leur offrent quelques cadeaux en victuailles pour faire la fête le soir.

Chez les Ndogom-Gara de TOuest chaque famille offre im sacrifice sur Tautel des ancêtres et la journée se passe en festin et en tam-tam. Au contraire chez les « Oumbi » de l'Est il n'y a pas de fcte.

Dans les massifs montagneux du Plateau de Bandiagara, les jeunes gens ont droit, du jour de leur circoncision, de prendre part à la vie politique et religieuse du village et du canton. Ils figurent dans toutes les cérémonies rituelles, avec un rôle particulier portant les emblèmes de la famille et les masques totemiques, accompagnent les vieillards dans l'exercice de leurs fonctions et dans les sacrifices religieux.

(1) Voir une mission au Sénégal, D' Lasnet.

210 TROISIÈME PARTIIi:

Cette coutume de la circoncision générale dans tout le Nord de l'Afrique a pénétré avec les Gara, Ouagara ou Ouakore jusqu'au milieu de la Boucle nigérienne chez toutes les tribus affiliées à leurs confédérations. Mais elle disparaît de plus en plus dans les tribus primitives du Sud et de l'Ouest : Oumbi, Samos, Lobi, Bobo, Dions, Fons, etc., etc., où n'existent ni gouvernement ni associations.

En revanche, Texcision des femmes n'est pas pratiquée chez les Habbés ni chez les primitifs noirs et les Foulbés purs (1). Il nous semble donc que ce sacrifice sanglant est un signe de reconnaissance ou un rite religieux importé des plateaux de TEst parles envahisseurs du Serpent (Sousous) et propagé par leurs successeurs Malinkés et Bambaras. Ces peuples venus de rOrient attachaient, nous l'avons vu, un haut prix à la virginité féminine dans le mariage, et nous en trouvons encore des traces dans leurs coutumes matrimoniales.

Ces gens du Serpent partis des plateaux Est africains, où l'excision existe encore, compliquée de fibulation comme chez les Somali et chez quelques rares familles Berbères (2), ont imposé cette coutume à tous les peuples qui leur ont été longtemps soumis, métissés ou alliés.

Ces mutilations qui peuvent être des signes de reconnaissance comme les tatouages, le limage des dents, nous montrent également les deux influences venues du Nord ou de

(1) Cette coutume de Tcxcision n*existe pas chez les Peuhls purs comme les Poul et les Poulannes Kri Habbés, ni chez les gens de Tombouctou, ni chez une grande partie des Berbères, Touaregs, Kountah, ni chez les pêcheurs Korongoï, ni chez les Ouolofs et Foutankés du Sénégal, pas plus que dans les castes ouvrières formées de primitifs, éduqués par les Mondés, on peut môme dire qu'elle n'existe que dans les clans du Serpents.

(2) Les Haces Humaines au Soudan Français^ p. 189, Sarrazin.

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TEst imprégnant les primitifs nigériens. Ceux-ci n'étant ni excisés, ni circoncis, ont, selon la prédominance de l'élément politique envahisseur Mande-Gara ou Sousous, adopté Tune ou l'autre de ces coutumes et quelquefois les deux comme chez les tributaires Malinkés desMansa.

I 2. — Vieillesse.

Dans toutes les tribus a Rouges », les vieillards jouisseat du plus grand respect, sont entourés de vénération et possèdent une grande autorité. Ils dirigent la politique du groupement, forment le conseil des anciens, présidé par le plus âgé d'entre eux, et sont les intermédiaires directs entre les esprits des ancêtres, et leur famille, ayant la garde des signeg de reconnaissance et d'alliance de la Divinité. Le magistrat religieux, chef tout puissant de ces régions, est choisi parmi les vieillards ; il reçoit des pouvoirs très étendus, son caractère est sacré et on l'entoure d'honneurs divins.

Les chefs de famille, les personnes âgées des deux sexes sont particulièrement honorés, entourés et choyés par leurs enfants, et comblés de cadeaux. Leur mort est considérée comme une calamité.

Ce respect des vieillards a pénétré avec quelques-unes de leurs idées religieuses chez plusieurs tribus primitives en relation avec les Gara, comme les Lobi (1). Mais plus on avance dans l'Ouest vers la forêt, plus cette vénération diminue jusqu'à disparaître entièrement dans une partie de la population primitive Mossi, où, nous dit le D"" Ruelle (2), « le

(1) D' Ruelle, Anthropologie, XV. 6.

(2) Anthropologie y p. 686.

vieillard est peu ou pas respecté ; lorsqu'il devient impotenti a à charge, il n'est pas rare de voir ses parents, son fils même^ M venir demander au naba Tautorisation de le mettre à mort, « autorisation toujours accordée si le demandeur prend soin a d'offrir au chef une partie des biens de la victime ».

Cette barbarie se retrouve encore chez certaines tribus du Baninko, stationnées près de la mission (1) de Segou et ralliées au clan des Bambaras. Ces peuplades insultent leurs vieillards morts en leur reprochant leur incapacité de travail, la nourriture qu'ils mangeaient et en exprimant leur joie d*en être débarrassés.

On peut, en général, constater que les tribus très sauvages des forêts de l'Ouest n'ayant pas eu grand contact avec les « Rouges », se montrent également cruels envers tous les vieillards, et que chez eux Tamitié et la compassion sont des sentiments inconnus.

XI* — Maladies, mort, rites funéraires.

l® Maladies.

Les populations du Plateau Central nigérien, quoique robustes, sont sujettes à un certain nombre de maladies dues en général au manque d'hygiène et au défaut de soins de propreté, quelques-unes cependant proviennent des eaux de la région.

Dans la première catégorie, nous citerons les nombreuses ophtalmies, syphiHs, lèpres, petite vérole ; dans la seconde

(1) Mission des Pères Blancs sur le Bani.

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les accidents du golire, ténia, ver de médine, maladies intestinales, affections réellement très fréquentes dans certaines provinces, où elles se rencontrent même chez les animaux : ainsi les chèvres du Barasara sont toutes goitreuses.

Les médications et les traitements pour combattre ces maladies sont généralement illusoires, car le plus souvent les malades n*ont recours qu'à la sorcellerie et à la magie. En effet, les montagnards comme d'ailleurs la plupart des populations soudanaises divisent et classent leurs maladies en deux catégories. Les unes sont envoyées par la divinité, ce sont les coups, les blessures, les accidents, les maladies fréquentes que Ton connaît et auxquelles on applique une médication simple par les herbes, les cataplasmes, la cautérisation ou les purgations. Les autres, au contraire, qui comprennent tous les malaises ou maladies internes d'origine inconnue sont considérées comme Fœuvre d'un esprit malfaisant. Attribuées au tjerko au mauvais œil, ou à une « jettature n qu*un sorcier vous a lancée, ces maladies ne peuvent être conjurées que par des « gris-gris » ou par les filtres des vieilles sorcières, habiles dans Tart de lever les sorts et d'exploiter la crédulité publique. Un des devoirs du chef religieux Hogon est d'écarter, de rechercher et de juger les sorciers jeteurs de mauvais sort.

En tout cas, quelle que soit la médication employée, les malades ne sont pas abandonnés, mais au contraire restent entourés de soins souvent inefficaces, il est vrai, mais prouvant que les Hambés-Gara sont accessibles à la compassion.

2° Mort

Lorsqu'un individu tombe gravement malade sans espoir de guérison, les femmes l'entourent et se lamentent jusqu'au moment du déet^s, et dès que la mort survient, elles se mettent en devoir d'accomplir les cérémonies funéraires qui varient beaucoup suivant chaque tribu.

3* Cérémonies funéraires des peuples hambés^Gara

de la montagne.

Par suite de leur conception religieuse, les rites funéraires diffèrent chez les Gara-Hambés, du plateau de Bandiagara, d'après Tàge du défunt.

Chez ces populations qui ont le culte des ancêtres, plus la personne à inhumer est âgée, plus on doit l'honorer par des cérémonies mortuaires brillantes, car on la considère déjà comme un ancêtre qui rejoint la divinité protectrice et l'autel de famille. Le vieillard ne sera donc pas pleuré et regretté comme une personne jeune n'ayant pas entièrement vécu sa vie et accompli sa destinée.

Dès qu'un Hambé meurt dans un des villages de la montagne, les femmes qui l'entouraient poussent de grandes clameurs annonçant dans toutes les directions que les génies malfaisants et féroces ont arraché un être i\ la vie. Aussitôt, tous les hommes se précipitent sur leurs armes, puis criant, hurlant, ils tirent des coups de fusil et lancent des flèches contre le ciel en cherchant à mettre en fuite les esprits cruels mangeurs de vie humaine et en insultant les divinités impas-

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gibles (1). Le laggam, prêtre serviteur des divinités locales qui, lui, a été impuissant à écarter le malheur, prend une crise d'hystérie pour montrer la volonté supérieure des génies.

Le mort est placé dans une des chambres du rez-de-chaussée, généralement dans le vestibule d'entrée de sa maison, sur un des lits de repos (2). Son corps, après avoir été déshabillé, rasé, lavé, est graissé au karité, imprégné d'ocre rouge et d'oxyde de fer qui le colorent fortement en rouge^ puis enroulé dans un grand linceul fait de bandes de coton, ouvert sur la bouche, que Ton attache avec de légers liens en fil au-dessus de la tête, autour du cou, de la poitrine, des genoux et des deux gros orteils. Le premier né des enfants du défunt, fille ou garçon, a dû lui-même procéder aux ablutions ; mais si cet enfant est en bas âge, il se contente de jeter un peu d'eau sur le corps de son père et les camarades du clan ou de l'association procèdent eux-mêmes à la toilette mortuaire. Dans certaines familles, on embaume même avec du miel la dépouille mortelle des chefs et des vieillards. Cette coutume des Rouges est rapportées par le Tarick-ès-Soudan^ page 116 :

« A la mort de Sunni-Ali, le karadjite, le 6 novembre (' 1492, ses fils lui firent ouvrir le ventre, en retirèrent les « entrailles et remplirent la cavité avec du miel, afin que le « corps ne se corrompe pas », et le chroniqueur de Tom-

(1) Les musulmans Foulbès et Poutankés, habitants ces régions observent ces mômes coutumes car, disent-ils, s'ils ne s'y conformaient pas, ils passeraient pour n'avoir ni parents ni amis.

(2) Dans les villages Toro du Dianvelli l'exposition des corps des vieillards morts se tait sur la place publique.

bouctou, fervent musulman, ajoute avec ingénuité î « Mais on prétend que Dieu lui a infligé cela en punition de « la tyrannie qu'il avait employée sa vie durant envers les « populations » (1).

Ces préparatifs funéraires terminés, on dépose aussitôt devant Tautel de famille une calebasse pleine de dhAne, pour que l'Ame du mort puisse se désaltérer ; cette libation sera renouvelée pendant sept jours, temps (jue met TAme, avant de quitter définitivement son corps, à voyager entre le tombeau et l'autel de famille.

La famille du défunt prend alors le deuil, les femmes en s'arrachant les cheveux et en se les rasant, les hommes en se couvrant la tête de cendres, en se barbouillant la figure de blanc et en échang^eant leur pantalon contre des pagnes. Une grande quantité de vivres et de boissons est préparée par la famille et l'association du défunt, pour les visiteurs. Une cloche est accrochée à la vérandah de la case, sous laquelle s'installe la femme ou la sœur du mort avec des pleureuses professionnelles : celles-ci clament en litanies les vertus du mort, disant : « Mon frère le généreux, qu'en a-t-on fait, <v puisqu'il n'est plus? mon époux fort comme le taureau, « courageux comme le lion, qu'en a-t-on fait? »> El la foule des pleureuses répond : « Il est parti là-bas, là-bas chez les 0 ancêtres », ou «< il dort là-haut, là-haut dans les rochers ».

Aussitôt avertis arrivent les amis du clan du mort, les parents des villages voisins, les connaissances, puis tous les oisifs des environs qui tiennent à profiter des largesses de la famille du défunt et à assister aux cérémonies funéraires.

(i) Tarick-es Soudan, p. 116.

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Ils cherchent à faire par bandes des entrées sensationnelles dans la maison mortuaire, en tirant des coups de fusil et hurlant pour chasser les esprits malfaisants ; puis ils frappent sur la cloche en criant aux pleureuses : « Consolation ! Consolez-vous ! 9 et celles-ci de répondre pai^ de lugubres clameurs et des « yous-yous » funèbres. Après être rentrés saluer le mort, jeter de la cendre sur la tète dos hommes et boire du dh6ne, ils vont s'installer dans une maison voisine avec les invités déjà arrivés et parlent des vertus du défunt en attendant les funérailles, et en vidant force jarres de « bière de mil, « dholo ». C'est là que pendant toute une semaine continueront en l'honneur du mort des beuveries accompagnées de musique et de danses.

Si la personne décédée est jeune, Tinhumation a lieu le lendemain au lever de l'étoile du matin dans certains villages, à une heure quelconque de la journée dans d'autres. Au contraire, si c'est un vieillard chef de famille, on attend trois, quatre et cinq jours avant de l'enterrer afin de pouvoir faire -avertir au marché tous les gens des villages voisins portant le même diamou. Enfin les familles Habbés tenant à avoir une nombreuse affluence à Tenterrement de leurs chefs fixeront les funérailles, vers 4 heures du soir.

Les amis du défunt ou ses camarades du clan placent le cadavre roulé dans son linceul sur une civière faite avec des branches d'arbre et des nattes ; et pendant que la famille reste dans la maison mortuaire le corps est emporté vers le sépulcre en passant par les emplacements où le défunt cdmait à se reposer de son vivant. Tous les invites accompagnent le cortège au son du tam-tam, les femmes en pleurant

248 TROISIÈMK l*ARTIk

et chantant, les hommes en tirant des coups de fusil et poussant des clameurs afin d'éloigner les mauvais esprits.

Le convoi funèbre grimpe ainsi dans la montagne jusqu'au pied des sépulcres du village, précédé souvent par des jeunes gens porteurs des masques emblèmes de la famille.

Après quelques pleurs, la foule se retire pour aller exécuter des danses funéraires près de la maison familiale, tandis que les camarades du défunt vont procéder à Tensevelissement du corps dans le tombeau des gens de son âge.

Chaque village de la montagne possède plusieurs groupes de cases sépulcrales construites en pierres ou en briques dans les strates horizontaux des falaises. Ces groupes de sépulcres sont réservés aux gens ayant atteint le même âge ; il y a les tombeaux des enfants, ceux des jeunes gens des deux sexes, ceux des vieillards, et enfin comme à Kani-Bouzou ou à Guiminiy la grotte sacrée, réservée aux grands ancêtres où ne sont enterres que les Hogon, des tribus rouges et les vieillards chefs vénérés des anciennes familles. Là sont érigées de petites constructions cylindriques en briquettes ou en pierres cimentées, crépies d*argile et ornées de dessins géométriques polychrome (arlequinages et dents de loup) avec figuration d'animaux et de symboles. L'intérieur de ces petites tours sépulcrales rondes ou carrées est peint en rouge, le sol lui-même est fortement garni de sable et de terre rouge.

Tandis que les vieillards vénérables sont enfermés seuls dans leurs sépulcres, les ensevelissements des autres personnes se font en commun dans la case sépulcrale des gens de leur ège. A Gîdmini, ces cases sont situées dans la falaise

inaccessible à 10 ou t2 mètres au-dessus des éboulis et les corps sont hissés avec des cordes.

¥ Tombeaux.

C'est dans une de ces cases à ouverture rectangulaire que les camarades d'association du mort placent son corps lorsque la foule s'est retirée. Après avoir repoussé vers le fond du sépulcre les ossements des gens déjà inhumés, ils déposent le cadavre, couché dans les provinces Doiilen, Tinguéy et assis dans les provinces du Darkol plus imprégnées de primitifs. Les rites funéraires veulent que la tête soit à FËst et les pieds à TOuest pour les hommes, et inversèment la tête à l'Ouest et les pieds à l'Est pour les femmes, enfin que les vieillards, et les chefs, regardent le Nord. On a toujours soin de rompre les liens du suaire lorsque le mort est placé dans sa dernière demeure. Autrefois, parait-il, on enterrait les Habbés revêtus de tous leurs colliers, bijoux ; mais cet usage a disparu par suite des fréquentes violations de sépultures, pendant les guerres contre les Ardos, Foulbés.

Le cadavre étant placé selon les rites traditionnels, l'ouverture du tombeau est bouchée avec des pierres, cimentées de glaise délayée dans de l'eau mélangée au sang de la victime (bœuf, mouton, poulet), sacrifiée devant la tombe. Toutefois, on prend soin de ménager une légère ouverture pour que Tàme du défunt puisse circuler et s'évader. Afin de permettre à cette âme, « nombril » de se reposer, on place un petit tabouret devant la case sépulcrale, auprès du petit vase contenant les cheveux de la dernière toilette du mort,

SSO troisième; partie

dé l'urne qui a servi à mouterleau du mortier, et d^s bâtons de la civière.

De même, on dépose des libations devant l'autel des ancêtres et sur les sentiers qui mènent de la maison mortuaire au tombeau, pour que Tâme puisse se reposer et s'abreuver pendant ses voyages entre son corps périssable et l'autel ancestral qu'elle va protéger.

Ces libations sont renouvelées tous les jours pendant là semaine qui suit le décès, puis une fois par lune dans le cou^ rant de cette même année.

5° Danses funéraires.

} » Pendant la cérémonie de rinhumation commence à la maî-

I son mortuaire la grande série des danses funéraires qui

j durent six journées complètes, entremêlées de pleurs, de

récitatifs célébrant les vertus du mort ou de ses ancêtres, et de visites quotidiennes au tombeau pour renouveler les libations (1).

Ces danses ont pour objet de mimer les scènes journalières de la vie ; elles sont exécutées par les membres de la famille et par les camarades d'association, qui reproduisent les événements principaux de Texistence vécue par le défunt. A Guimini, le 14 juin 1905, j'assistai aux danses funè- .raires données à roccasion de la mort d'une vieille femnîé j inhumée le matin. Au son du tambour et de la flûte, sous les

I déclamations huUulées des vocifératrices professionnelles, il

était réellement navrant et triste de voir les camarades

J (i) Bandiagara.

et amies de la morte, pauvres vieilles ingambes et déformées, essayer de mimer leurs jeux de fillettes et leurs amourettes de jadis vis-à-vis de vieillards chenus, anciens amoureux des belles années de jeunesse enfuies.

Mais comme tout dans l'insensible et féconde nature nous montre un perpétuel recommencement et que toujours la mort d'un être engendre d'autres vies nouvelles, sur une place voisine, les jeunes gens des environs accourus aux funérailles avaient organisé leurs danses aux sons du tamtam ; et bien loin d'eux certainement était la triste pensée de la mort immanente, car ils ne songeaient qu'à vivre fortement en courtisant les filles du village et à faire, sans tristesse, largement honneur aux « Kouskous » et aux jarres de bière de mil, fournies par la famille de la vieille défunte.

Ces danses funéraires, qui se prolongent pendant six jours et six nuits sont très assidûment suivies par toute la jeunesse des environs, surtout si le mort est riche et sa provision de dhôlo considérable.

Elles se terminent d'ailleurs habituellement par une orgie générale pour fêter l'entrée de l'âme du défunt dans le royaume des ancêtres,

6« Deuil

Le grand deuil reste scrupuleusement gardé par les proches parents, femme, mari, enfants, pendant sept semaines de six jours ; il consiste à ne pas quitter la chambre mortuaire et à y recevoir les condoléances des amis. Le petit deuil se prend ensuite pour un an pendant lequel les hommes

doivent avoir les cheveux défaits (1), et les femmes la tête rasée, avec Tobligation d'entretenir les libations de la chambre mortuaire.

Le jour où se termine le grand deuil la famille offre encore un sacrifice sur l'autel des ancêtres en l'honneur du mort. La viande de l'animal sacrifié ne doit pas être mangée par les parents, mais offerte aux étrangers, aux pauvres ou aux enfants.

C'est également 42 jours après la mort, à la fin du grand deuil, que se partage la succession.

Les vêtements, objets d'un usage courant, canne, sabre, tabatière, pipe, etc., reviennent aux camarades du clan ou de la corporation. Si le défunt est chef de famille, sa propriété revient à Talné de sa famille ou à son fils aîné qui doit alors venir habiter la maison paternelle où se trouve lautel des ancêtres.

Les biens mobiliers d'un homme sont partagés entre tous les garçons, à Texclusion des filles ; ceux d*une femme entre ses filles à l'exclusion des garçons.

La chambre mortuaire est alors fermée pendant douze lunes, sans que rien y soit changé ; elle reste inhabitée, mais on y entretient des offrandes et des libations pour l'Âme terrestre du mort, le « Kinkirga ».

Au bout d'un an, parents et amis se réunissent pour fêter l'anniversaire des funérailles, ils offrent un sacrifice sur Tautel de famille, et organisent des repas et des danses,

(i) Au village de Bambou un Kedio en deuil avait les cheveux défaits, hirsutes et l'obligation de ne toucher personne pendant toute son année de deuil.

pendant lesquelles les jeunes gens cherchent à conclure des mariages et à enle\cer des femmes (1).

7^ — Ctulte des morts.

Le culte des morts existe très respectueusement observé chez tous les Hambés-Gara, « Rouges » des montagnes. Une grande fête a lieu chaque année au jour fixé par le Hogon, grand chef religieux ; elle consiste en sacrifices offerts dans chaque famille, et par les grands Prêtres sur les autels de la cité ; et quoique ne comportant ni danses, ni chants, elle se termine toujours par une orgie avec de grandes beuveries de dholo (2).

8* — Cérémonies funéraires spéciales.

Dans les provinces montagneuses, les chefs religieux sont enterrés à part avec un cérémonial spécial : de même, certaine catégorie d'individus, tels que les enfants morts sans être circoncis, les femmes mortes enceintes et les gens décédés à la suite d'une épidémie, petite vérole ou lèpre, sont ensevelis avec des rites particuliers.

Un enfant non circoncis venant à mourir, ses parents après l'avoir lavé et roulé dans un linceul lui versent sur les pieds

(1) Cette fête a pour objet de fêter la réincarnation du Kinkirga, âme terrestre.

(2) Pendant mon voyage la lèle des Morts a été célébrée à Ouol le 2 mars 1905 et le chef de village pour me montrer combien son village avait fait grandement les choses, m'annonçait triomphalement que quoique tout le monde eût bu du dolo (bière de mil) jusqu'à plus soif, il restait encore amplement de quoi hoiro deux jours après.

254 TROISIÈME PARTIK

une libation de dhone, a mil pilé dans du lait. » Ils le portent ensuite au tombeau sans cris ni chants (1), et retendent dans sa tombe sur une couche de coton, enfin déposent des libations de mil devant son sépulcre.

Quant aux lépreux et aux femmes enceintes, mortes avant Taccouchement, ils sont enterrés à part comme étant frappés d'une malédiction spéciale.

Dès que lu nouvelle de la mort d'une femme enceinte se répand dans un village, toutes les femmes se sauvent dans la brousse après avoir fermé leurs maisons et restent cachées jusqu'à ce que le sépulcre de la morte soit muré ; car elles craignent que l'âme méchante (Kinkirga) de Tenfant qui a fait mourir sa mère n'entre en elles pour se réincarner et occasionner leur perte.

Les hommes restent devant les cases ou vont chercher un faiseur de sortilèges nommé « Gansagui ». Celui-ci, en arrivant, ouvre le ventre de la femme et sort le fœtus : certains indigènes disent que cette opération a pour but de sauver l'enfant s'il est vivant, d'autres prétendent que c'est uniquement pour le punir d'avoir fait mourir sa mère ?

Les deux corps sont lavés et emportés sans cris et sans cérémonie dans un tombeau spécial par des hommes n'ayant pas le même nom, « diamou », que celui des victimes. Ce tombeau ayant été fortement muré et les grands prêtres ayant offert un sacrifice pour apaiser la divinité, les femmes rentrent au village.

(1) On croit que l'âme terrestre qui s'était réincarnée dans Tenfant provenait d'un parent précédemment mort et avait encore envie de vagabonder.

BABBÉS â5â

9 Sépulture des tribus Gara habitant les plaines du Sud

Les populations Gara, « Rouges » de la plaine n'enterrent dans les cavernes de la Montagne que leurs chefs religieux qui sont placés dans un petit bâtiment funéraire très ornementé et coloré, construit au fond d'une des grottes sacrées, grottes qui, telles celles de Endé ou de Bonzon^ restent réservées depuis des siècles aux Ilogons.

Les autres chefs de famille et les vieillards âgés, sont enterrés comme à Bankassi, dans une grande chambre funéraire contenant plusieurs petites loges, et creusée sous un tertre naturel de la plaine au bout d'une galerie profonde.

L'ouverture de cette galerie débouche ordinairement sur le versant nord du tertre : elle est fermée par des troncs d*arbres que Ton recouvre de terre et de buissons.

Les morts y sont couchés, les hommes la tète à TEst, les pieds à rOuest, les femmes inversement.

En redescendant vers le Sud, au milieu des primitifs, gouvernés encore par des familles « Rouges », les corps des morts sont assis ou accroupis dans une chambre funéraire, les hommes regardant l'Est, les femmes TOuest, et les chefs conservant toujours le visage tourné vers le Nord, le pays de leurs ancêtres.

Dans le Yagha et le Yatenga les familles régnantes se réclament d'une même origine que les chefs Mandés-Gara (1), descendus des régions désertiques. Aussi les Naba^Bango, chefs du pays des Mares et les Naba-Baguere^ chefs du pays

(i) Famille royale larba de Garama.

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des Troupeaux sont enterrés avec tous leurs ornements, assis face au Nord, dans une chambre sépulcrale, creusée au fond d'un puits, dans une petite colline. Auprès de leur corps se trouve enfermé un des petits chiens « tannas » sauveur des migrations Mandés (1) et l'on sacrifie dans le petit sanctuaire élevé au-dessus de l'ouverture du puits un àne^ ani* mal consacré à la famille conquérante du Mossi.

Les tumuli ne seraient élevés, pour recouvrir la chambre funéraire, que dans les plaines où il n*y a pas de tertres natu* rels (2) pour y creuser le tombeau.

Alors que les chefs et les vieillards sont inhumés dans des chambres sépulcrales, les jeunes gens des tribus c Rouges m de la Plaine sont enterrés dans des fosses placées ordinairement comme des sépultures secondaires sur le pourtour extérieur du tertre funéraire de leurs pères.

Ces fosses sont creusées dans le sens du levant au couchant, profondes de 0,70 à 0,80 seulement, s'élargissant fortement vers la base, ce qui leur donne une coupe trapézoïdale.

Le corps après avoir été lavé, coloré en rouge et roulé dans son suaire est, après Taccomplisscment des mêmes cérémonies et rites que dans les montagnes, couché dans ce tombeau la tête au soleil levant si c*est un homme et au soleil couchant si c'est une femme.

On ferme la fosse par un plafond de pierre ou de briques de façon que le corps reste non recouvert de terre dans une

(1) Voir traditions et légendes.

(S) L'usage des Tumuli importés par des peuples envahisseurs s*est répandu dans tout l'Ouest de l'Afrique et un grand nombre de tribus ont encore conservé ce genre de monuments funéraires comme les Sérères du Sénégal (Dr Lasnet. op. cit , p. i47. Les Macagnes, Le Prince, Anthrop. XVI, n« 57, les Mossi, Lobi, Oumbi.

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et se séparent à la fin de la semaine de grand deuil. A ce moment la partie éihérée va rejoindre TEsprit des ancôtrea en communication avec la Divinité devenant ainsi la Force protectrice de la famille terrestre. Cette àme céleste restera désormais en communication avec son « nombril j réincarné, par les « gris-gris » protecteurs signes de reconnaissance sur lesquels les hommes devront Tinvoquer pour réclamer son intervention.

Cette partie de l'àme, considérée comme immatérielle chez les Ilabbés-dara et xNononkés du plateau de Itandiagara, a été matérialisée dans les peuplades du sud, renfermant une forte proportion d'éléments primitifs noirs. En elTet, après la mort de Tun d'entre eux, ces indigènes croient que son âme va revivre dans le rovaume des ancêtres une nouvelle vie terrestre, en reprenant son ancienne physionomie humaine : Au Gourma et au Mossi, on désigne môme les régions montagneuses réservées à TEmpire des Morts où les défunts mènent une existence heureuse, avec des richesses, des femmes et des enfants... CVst pour rester en communication avec ces chers défunts et pour leur être agréables ou utiles qu'au Dahomey des capfifs porteurs de nouvelles furent pendant longtemps sacrifiés et qu'aujourd'hui encore Ton charge les personnes dccédées de commissions et de cadeaux pour l'autre monde, en déposant dans leur sépulcre des parures, armes, bijoux, kolas, etc.

Quant à la deuxi^'me partie de Tàme, le « nombril », qui reste vouée à la procréation de la famille terrpstre, elle est considérée comme un être indéfinissable, qui parcourt la brousse aux abords des villages. D'aprôs la croyance générale ces esprits à forme humaine^ dit-on, se réconfortent aux

plancul: Lxxiii

HABBÉS 257

espèce de chambre sur laquelle on élèvera ua tumulus damé, pour que les bétes ne fouillent pas la sépulture. Pour permettre à TAme du mort de s'échapper librement, on ménage toujours une ouverture, dont Torifice est recouvert par un vase (ou canari) renversé.

Ce mode de sépulture est encore adopté par les pêcheurs Bosos. Korongoï et par les Poulo^ Fou/annes/cri-Habbés et Foulanes, non islamisés, avec celte particularité que les pêcheurs ont remplacé le canari par un os creux d'hippopotame, un tuyau de poterie ou un vase spécialement fabriqué avec trous extérieurs et que les Pasteurs Peu/ils se servent le plus souvent d'un bambou creux ou d'un simple bâton naturel.

Cependant les Foulbés, musulmans à* Hamdallahi qui ont adopté un genre de fosse en usage chez les primitifs du Bani l'ont imposé à une grande partie de leurs tribus vassales de la Plaine.

Cette fosse, profonde de 70 à 80 centimètres est excavée vers la base à angle droit sur l'un des côtés^ de façon à former latéralement une chambre sépulcrale dans laquelle on renferme le corps séparé des terres, dont on comble la fosse, par un mur de pierres ou de bois. Les Gara-Habbés, non musulmans, qui ont adopté ce tombeau, ménagent cependant toujours une ouverture pour permettre à l'ànie de circuler facilement.

Dans toutes les tribus de la plaine, les rites funéraires ressemblent beaucoup à ceux des Habbés Gara des monts Tingue.

Toutefois après l'inhumation la femme ou les enfants sacrifient un bœuf sur le grand tertre funéraire des vieillards,

âS8 TROIS] Ame partir

ou un poulet sur la tombe d'une personne jeune. Ils ont soin que le sang de la victime ne se répande que sur le pourtour du monument sans rejaillir sur le tombeau.

La viande des animaux sacrifiés est distribuée aux pauvres, aux enfants et aux g*ons de passage. En outre les libations déposées sur la tombe, le long des chemins et dans la maison mortuaire, pendant les six ou dix jours de la première semaine, ne sont pas répandues sur le sol, mais placées dans des coupelles.

A la fin de cette semaine, la femme ou les enfants doivent sacrifier une chèvre ou un poulet noir sur l'autel des ancêtres et faire une visite aux autres chefs de famille du village qui ont assisté aux funérailles.

Le deuil, les fêtes commémoratives, la fête annuelle des morts se font avec les mêmes rites et à peu près aux mêmes époques que dans les tribus montagnardes.

10» Inhumations des Primitifs

Les populations primitives de TEst et du Sud ont été plus ou moins impressionnées par les idées religieuses et les coutumes funéraires des '< Rouges », quoique ayant conservé un grand nombre de rites particuliers que nous allons passer en revue.

Dans les tribus Ottmboï, Songho'i^ de Tera et Gourmanké^ dès qu'un décès survient, il est annoncé par les cris des femmes, aussitôt les hommes accourent, en criant, et en insultant la divinité qui n'a pas pu protéger la victime.

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Le corps du défunt est lavé, peint en rougo (1) ou en noir selon le clan dont il faisait partie, puis roulé dans un linceul.

Les jeunes sont enterrés immédiatement au loin dans les champs, tandis que les corps des vieillards sont gardés plusieurs jours pour laissera la famille le temps de préparer beaucoup de bière de mil (dolo). Le cadavre est alors installé sous un dos arbres de la soukala et des pleureuses l'entourent en poussant des gémissements. Lorsque ron soupçonne que la maladie a été occasionnée par un sortilège ou le mauvais œil d'un sorcier, au lieu de prier le Hogon^ comme chez les Habbés-Gara^ de vouloir bien rechercher le coupable, la famille demande au défunt lui-même d'indiquer son meurtrier.

Pour cela, le jour de l'inhumation le cadavre est déposé sur une civière, les bras et les jambes pendantes ; puis les hommes le promènent en zigzagant et en courant dans tout le village au milieu de la foule hurlante, tirant des coups de fusils, brandissant leurs armes et lançant des flèches contre le ciel. Si pendant cette promenade funéraire un des assistants est violemment heurté par la civière ou les membres du mort, il est considéré comme l'auteur désigné de la maladie fatale, et se voit le plus souvent dans l'obligation de subir l'épreuve du poison. Depuis notre installation au Mossi et à Fada N'Gourma, cette épreuve tend à disparaître et n'est plus guAre pratiquée que dans les viU

{{) Les Lobis ooloroni leurs morls en ronge également par influence des Rouges dont ils ont adoptés plusieurs tanna. Anthrop., XV, D» Ruelle, p. 659.

làges du Ilaiit-Dahomcy et du Yagha très éloignés de nos postes.

Les tombes, de la hauteur d*un homme^ sont creusées en forme de puits, élargies à la base. Dans les terrains sablonneux du Sonffhoï, on les remplace par une grande jarre enterrée dans la dune de sable.

Après la funèbre promenade dans le village, le corps du défunt, revêtu de ses parures et de ses vêtements, est glissé dans le sépulcre, assis ou accroupi sur le côté. Auprès de lui sont déposés des Kolas, des Kauries, du miel, du sel, ses armes ou instruments. Certaines personnes lui confient même des cadeaux et des commissions (1) à remettre aux personnes de connaissance qui Tont précédé dans le royaume des ancêtres.

Puis on ferme Torifice du puits sépulcral avec un canari renversé que Ton recouvre d'un léger tumulus de terre surmonté d'un cercle de pierre.

Tout le monde rentre alors à la maison mortuaire pour commencer, aux frais de la famille une orgie de nourriture, de boissons et de danses aux sons des tam-tams, afin de fêter le départ de ce « courrier » chez les vieux parents. Ces véritables réjouissances, durent tant qu'il reste de la viande h manger et du dolo à boire.

Plusieurs de ces tribus primitives du Sud-Ouest paraissent avoir gardé le culte des morts importé par les Gatn'-Mandés; on le retrouve au Lobi (2), au Dahomey, chez les Nda de la Cùte d'Ivoire et on Cazamance. Mais un grand nombre

(I) Pour cela on vient les lui confier tout bas en lui parlant à l'oreille. (t) Aftt/iropolof/ie, \\\ n© 6, IK Ruelle.

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d'autres populations, comme les Malinkes (1), Bambara&y paraissent ne pas célébrer de fêtes commémoratives après les cérémonies de Tenterrement qui souvent se font sans bruit.

Parmi les modes de sépulture à citer chez les Soudanais, nous remarquons Tinhumation des chefs de famille dans Tintérieur même de leur case, chez les Bambaras et les Malinkes, puis en Gazamance chez les Diolas (2), les Banioukhas(3)y les FJalantes, enfin au Dahomey chez les Evcs. Lorsque le mort est ainsi enterré, les autres membres de la famille continuent à habiter ce même logement funéraire sans paraître incommodés par le voisinage du cadavre.

Enfin il faut rapprocher de la coutume des Ifoghas qui, selon mon interprète Ould-Badi, attachent aux branches des arbres les corps de leurs jeunes gens décédés, celle des Sérérés qui enferment dans un trou de baobab creux les corps de certaines familles de griots (4), inhumés d'ailleurs avec le même cérémonial que les autres morts placés sous tumuli.

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