PLANCHE LXXIX
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esprits ancestraux privés de culte par suite de la disparition complète de leur famille.
Dans tous ces sacrifices ou doit immoler exclusivement des poulets noirs et des chèvres noires ; ces offrandes se font en plein champ dans la brousse inculte en arrière des lougans et dans un site où ne se trouve aucun monument.
Les victimes offertes aux mânes des ancêtres et aux Esprits de la Brousse (Baraguilé) abandonnés de leurs serviteurs, ont pour mission d'emporter avec elles les malheurs, les calamités et les vengeances célestes qui menaçaient le village ; par suite les animaux sacrifiés sont complètement brûlés et leurs cendres sont enterrées avec les libations, leskouskouss, et les prémices des moissons offertes pour apaiser les divinités vindicatives et éloigner ainsi les dangers qui menaçaient les familles et les récoltes.
Les primitifs noirs ont, comme je Tai dit précédemment, complètement matérialisé ces idées spiritualistes. On peut tout particulièrement observer ce changement de conception philosophique dans les tribus alliées au clans des Bammanas, qui, parties au xv® siècle des environs de Kong, vinrent vers 1700 s'établir avec Bitton à Segou après avoir conquis les hautes vallées du Niger et du Bani. Actuellement leur religion dont la base est formée par les conceptions Ilabbés, parait avoir évolué vers le fétichisme le plus absolu.
Tous leurs dieux sont des êtres supérieurs, cruels, méchants, vindicatifs, qui représentés généralement sous forme de statues grossières, toutes puissantes dans Tesprit du peuple, ne doivent jamais être aperçues par les non initiés sous peine des plus grands malheurs II convient de remarquer, en outre,
que les prêtres et les serviteurs de ces divinités Bambaras
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sont toujours des griots, des forgerons on des hommes de castes, descendants des |)0[)nlations asservies par les conquérants veuusdu Sud et qui exploitent sans vergogne les craintes superstitieuses de leurs vainqueurs en réclamant sans cesse des oilrandes et des sacrifices pour apaiser leurs dieux, (ina, Komo, Tjerko... etc., qu'ils ont seuls le droit d'approcher et d'interroger. Ce sont ces mêmes gens qui se sont réservé les cérémonies de la circoncision, signe d'alliance avec la divinité.
Dans les tribus du Haut-Niger non musulmanes, actuellement très mélangées d'éléments négroïdes [)rimitifs amenés du Sud par les conipiérants Bambaras, Malinkés, et Soussous nous retrouvons toute une hiérarchie de Dieux.
Le grand chef des génies du pays se nomme le Baf/oiignoba divinité essentiellement terrible qui ne se manifeste cpie dans le tonnerre, les cou[)S do foudre, et les tempêtes du fleuve ; sa puissance destructive est telle, que son nom seul prononcé à haute voix peut amener la mort du présomptueux qui ose rinvoquer.
Le génie protecteur de la famille royale des (louloubali placé sous les ordres du grand chef des Dieux se nommait le Man-holo/io. trotte divinité n'était pas essentiellement cruelle, mais cependant avait une prédilection marquée pour la guerre et le [lillage. Son |)remier serviteur céleste était le lûmtara, divinité très méchante qui avait pour devoir de recevoir le serment de fidélité des populations tributaires ou des vaincus réduits en castes serviles et de leurs Dieux.
Au dessous de ces trois grandes divinités se trouvait placée toute la série des génies possesseurs des sites terrestres ; Gna, Komo,Diara, Samoko, Tjerko, etc. . Esprits malfaisants, des-
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tructeurs, féroces, mangeurs de vie humaine que seuls les sacrifices et les ollVandes présentés par leurs serviteurs les forgerons peuvent apaiser.
C'est la revanche des vaincus.
lVI. — C^r^monieN relim^ieuHeii et eulte
M. Charles Monleil a donné une étude très intéressante dans sa monographie de Djeuné (1), du culle rendu aux « Gna » par h's populations métissées de Ha m ha ras habitant les phiin(»s du ilaut-.Niger et du Bani dans les cantons du Karadougou (2).
Voici quelcpies détails de ces rites religieux qui ont une grande analogie d'ailleurs avec les cérémonies cultuelles des populations Ilahbés.
Dans la vallée nigérienne pcdpléede Korongoï asservis, au siècle dernier, parles Hami)aras de Segou, la représentation matérielle d'une divinité quelcon(|ue se nomme un « Boli ». Toutefois dans cette région on lui donne également le nom de Gna, qui est l'appellation de la divinité féminine (3) d'un de ces villages.
Quand un homme veut acheter un « Gna », il se rcud, après s'ôtre assuré du concours de quelques personnes, dans la
(i) Mono(jrap/ur de Djenné, cercle el ville, par CM. Monleil, Tulle, 1903,
(i.) Villages i\Q)> Rouges. Ces fiOf)ulalions sont de même origine que les Habbés (iara, mais ont cle soumises aux IJambaras, el c'est leur religion qui a prédominé. (>ar jamais chez les Barbares purs les cérémonies n'ont lieu en public.
(3) La nière, la femme, comme ngo, nga. gnia, gna, gnia.
province de Ben-dougou, habitée par des « Ouango » dont les villages sont réputés comme la résidence préférée des divinités toutes puissantes.
Le nouveau venu apprend là comment il doit se comporter vis-à-vis de la personne divine dont il achète une figuration en bois. Cette figuration, statuette grossière, est accompagnée à son nouveau village par ses serviteurs ordinaires, qui ont alors la mission d'initier au culte sacré les nouveaux prêtres.
A l'entrée du village, le Gna est reçu comme le chef du pays, on l'installe dans une petite case qui lui sert de sanctuaire au milieu du village.
Pour rendre un culte régulier à cette divinité féminine, « Gna », le propriétaire du « Gna » ou Qnatigui est assisté de deux Oiiara-mina-den qui sont les intermédiaires du Gnatigui avec la divinité immatérielle ; puis d'un chanteur des louanges du Gna-diaHj et d'un sacrificateur Mouroii-Kalatiguiy enfin d'un nombre indéterminé de disciples ou Gnakode?i,
Pour être reçu disciple du dieu il faut offrir un poulet et 120 cauries. Le jour désigné le poulet est sacrifié en présence du néophyte, pour lequel on demande au Gna sa protection contre les sorciers, les serpents, les poisons et le mauvais œil. Puis le néophyte est conduit hors du village, à l'endroit des réunions ordinaires des prêtres ; là, il est baptisé suivant des rites déterminés, avec une eau consacrée contenue dans un vase allecté à cet usage seul. Tous les ans, vers l'époque de la récolte, les prêtres et les disciples doivent se baigner ainsi avec de l'eau consacrée : c'est une sorte de purification.
La divinité révèle ses avertissements, ses désirs, ou ses
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ordres par la bouche d*un de ses prêtres, Ouara-mina-den qui prend alors une crise d'épilepsie. Le Gnaiigui aussitôt prévenu vient personnellement recueillir les révélations de la divinité.
Les lundis et les jeudis sont des jours néfastes pendant lesquels le Dieu ne parle jamais.
Les exercices du culte consistent en des danses déterminées avec le concours des chanteurs et joueurs de tam-tam. Les fêtes religieuses publiques sont des orgies où l'on boit force dolo et où Ton mange les animaux sacrifiés. Tout le monde est admis à ces orgies mais doit apporter sa part contributive de vivres ou de boissons. Ces repas constituent une communion car avant de manger les mets, ils sont offerts par les prêtres, selon les rites, h la divinité pour la remercier de sa protection et lui demander de continuer à veiller sur ses fidèles. Dans toutes les cérémonies publiques^ et les festins rituels ou prélève toujours une part pour les prêtres ; cette part est consommée dans le lieu de réunion des serviteurs du Dieu, après une consécration spéciale.
Au village de Bamba situé au Sud-Est des Monts de Bandiagara, habité par des « Houmbi », le culte religieux dont est honoré la divinité féminine fécondante « Yo-ngo » se fait comme chez les Korongoï de la province du Karadougou, dont M. Monteil vient de nous décrire les rites. Toutefois pendant la période des semailles, lorsque la pluie bienfaisante vient à manquer, ou qu'une calamité menace les moissons et le village, la statue de la Divinité est exposée au public sur la terrasse de son temple, revêtue de ses colliers, bijoux, boubous et les sacrifices ou libations sont accomplis suivant les rites directement d ses pieds.
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Il y a par an, dans les cantons du Karadouerou Nigérien, comme sur le plateau Central, deux grandes fôles en Thonneur du « Gna » ; Tune à Tépoque de la récolte, l'autre à l'époque des semailles.
Pour ces deux cérémonies et pour colles que déterminent des circonstances graves ou exceptionnelles, les prêtres Oî/rtrrtmina-den absorbent un breuvage spécial qui provoque Textralucidité (1) et leur permet de rentrer en communication avec la divinité et de prédire Tavenir.
Les prévisions du Dieu ne sont jamais taxées d'imposture. Quand une personne meurt, dans un village où les Gna sont honorés, le prêtre interroge la divinité sur la cause du décès. Il médite fortement en concentrant sa pensée sur la mort et souvent il s^endort ; c'est alors que le Gna lui révèle en songe si c'est par sa volonté ou par les sortilèges des hommes ou des esprits du mal que le décès a eu lieu. Si la mort n'est pas naturelle la divinité ne manque jamais de tuer le coupable.
M Monteil, nous apprend également que dans les plaines nigériennes on peut trouver dans un même village deux variétés différentes de « Gna » ou divinités, les uns du sexe masculin, les autres du sexe féminin et que chacun selon ses goûts ou son origine peut suivre le culte de Tune ou de l'autre de ces Puissances Divines (2). Toutefois c'est le Dieu le plus ancien du village qui est le plus écouté et le plus honoré (3).
(1) M. Monteil dit que ce breuvage est fait avec des racines que Ton trouve en creusant les fosses pour enterrer les morts, mélangées avec du poivre, du piment et du sel, p. 101, op. cit.
(2) Nous voyons donc dans la plaine nigérienne, que la tradition cultuelle a conservé le principe d'honorer les Principes MAles et Femelles de la divinité toute-puissante importé par les(iara.
(3) Les populations Habbés ne paraissent pas attacher une grande impor»
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Les ccpémonies cnltucUos des populations Habhés montagnartlcs, qui ont conservé plus particulièrement intactes les anciennes traditions animistes et le culte des Esprits ancestraux, nousiollrent d'essentielles dillérences avec celles que nous venons de décrire, et existant dans les villages des vallées nii^ériennes et du Plateau Central habités par des populations ayant subi l'intluence matérialiste des primitifs noirs sortis des forets du Sud.
Dans tous les villages non musulmans des régions montagneuses, on remarque plusieurs maisons très ornementées de haut-reliefs dont la façade, à étage (juelquefois, porte une colonnade surmontée d'une frise chevronnée d'un joli effet architectural. Os vrîiis monuments servent de temple à la divinité et de logement pour les prêtres serviteurs et sacrificateurs. Ces prêtres sont tout d'abord le vieillard le plus Agé chargé d'honorer la divinité l^roteclrice du village, puis le Ilogon, grand-prétre nommé î\ Télection parmi les vieillards chefs de famille pour honorer la Triade Divine Toute Puissante ; enfin à ces hommes respectables s'ajoute, dans certains cantons le Laggam qui a pour mission d'écarter les génies malfaisants.
Dans la cour de ces temples ou sur le devant de la façade principale comme dans toutes les maisons familiales d'ailleurs sont dressés les autels. Chez le Ilogon qui révère la Triade Céleste, l'autel comporte trois pierres debout et selon
lance à lu slalue clle-môriie de la divinilé, à sa figuration en bois nommée Dédégiîo. (]ar, sur mon i\ô'<'\r, sachant «pie je reriKMJlais ('(.s staluetle»*, ils me les ont soiiviMil oflrrlos. Dnw^ les tribus de la plaine an contraire les tidiMes paraissi^nt î'ins allaclH's a lonrs statues «b» la divinité à lacpielle ils accordent des pouvoirs surnaturels.
la nature du principe divin adoré dans chaque famille, il se compose de pierres ou de cônes pour les tribus mâles, et de grands vases ou calebasses pour les tribus féminines.
Dans les autels coniques construits en terre, on implante souvent une petite crosse recourbée en fer représentant l'instrument générateur du feu fécondant : et Ton y suspend des amulettes, les signes d'alliances. Pour la même raison on enferme dans ces autels coniques des instruments néolithiques en pierre polie soit comme se rattachant aux ancêtres, soit en raison de leur origine surnaturelle comme pierre de foudre, ou flèche de tonnerre, selon l'expression des indigènes.
Par suite de ces croyances populaires il n'est pas rare de rencontrer dans les champs des autels spécialement affectés aux personnes qui font des offrandes à la Divinité pour amener des orages fécondants pendant l'hivernage. Ces autels sont composés uniquement d'instruments néolithiques trouvés dans les grottes de la montagne. Une grande hache sert de pierre conique, symbole mâle, et une meule dormante, ou un plat de pierre entouré de polissoirs et de hachettes, sert de table pour les sacrifices, et d'emblème femelle.
En effet on élève souvent en plein champ près d'une source, ou d'un bois, un autel à une divinité locale. Ces autels forment soirvent de petits sanctuaires très renommés et deviennent des lieux de pèlerinage très fréquentés.
On attribue très souvent à certains Génies locaux, comme à nos saints en Europe, des pouvoirs spéciaux très particuliers. Ainsi dans tout le Soudan il est accrédité même chez les musulmans, que le Djinni qui réside dans la montagne de
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Koulikoro a le don d'accorder la réussite dans les entreprises commerciales, et d'assurer un heureux retour aux voyageurs qui entreprennent de longs voyages.
Le génie de Sanglia, dont j'ai visité le petit oratoire dans les montagnes du Tengué, a, lui, le pouvoir de punir les voleurs et de guérir certaines maladies comme les étourdissements et les maux de ventre.
Ce petit temple, propriété spéciale d'une famille, dont le Génie est le protecteur tutélaire, se compose d'une petite case en pierre devant la porte de laquelle, face au midi, se dresse un autel conique peint en rouge. La case et l'autel sont enserrés dans une enceinte circulaire de pierres sèches formant un mur de 1 m. 50 de haut. I/intérieur de Tenceinte est sacré, seul le prêtre de la divinité a le droit d'y pénétrer. On remarque, devant Tautel, des broyeurs disposés sur une meule dormante destinés à écraser un mélange d'ocre et d'oxyde de fer pour produire une couleur rouge servant à enduire Tautel de la divinité et les mains des sacrificateurs. Dans un autre coin de cet enclos avaient été placées des jarres contenant de l'eau lustrale prise à une source voisine légèrement magnésienne ; enfin on apercevait accrochés aux murs extérieurs de la petite chambre toute une série d'ex-voto faits de bâtons et de cordes ayant servi à entraver les victimes sacrifiées.
Lorsqu'un habilant de la région vient implorer l'intervention divine, pour éloigner de lui et de sa famille les dangers qu'un esprit malfaisant pourrait leur faire courir, lorsqu'il se sent frappé dans la brousse d'un étourdissement, d'une insolation ou d'un coup de chaleur, il fait apporter au sacrificateur de ce sanctuaire un chien, (|ui est immolé à la divinité.
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Sa chair sert aussitôt à préparer un repas, tandis qu'avec son sang* mélangé d*eau lustrale le demandeur fait ses ablutions pour que les Djerkos malfaisants n'aient plus de pouvoir sur sa personne.
Si la divinité est implorée pour chasser les germes d'une maladie denlrailles, U» pèlerin doit, après le sacrifice d'un poulet offert sur l'autel conique, boire de Feau lustrale magnésienne, qui généralement produit un elfet purgatif souverain.
En revanche, si Ton veut faire punir un voleur, il suffit de maudire et de jeter un mauvais sort sur le coupable inconnu, en déposant sur laulel des tiges de mil nouveau pour que la divinité se charge de vous venger.
Dans la région montagneuse des Monts Oualo, habitée par des Iloumbi qui n'ont pas d'autels familiaux, on rencontre un certain nombre de ces petits sanctuaires très renommés, faits simplement d'un mur d enceinte circulaire ou mi-circulaire entourant une pierre debout. Os lieu.v de sacrifices sont le but de nombreux |>èlerinaires même de la part des Foulbés musulmans.
Les populations y foni offrir des victimes bœufs, moutons, poulets, par le «* Serviteur d'Ammo •> prêtre atfecté au service du sanctuaire et désitrné i»ar le lloiion de Petaka. Ces sacrifices sont très fréquents les années de sécheresse pour demander des pluies fécondantes.
Les pèlerins habituels cpii se rendent dans ces >ites sacrés pour implorer la divinité sont des femmes stériles ou jeunes mariées qui viennent olîVir un • poulet ronge pour obtenir la fécondité. Puis ce sont des ptM*si»nnes qui ont eu à subir une manifestation de la puissance divine : les victimes d'une
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insolation ; celles qui ont apperçu un « génie » au crépuscule ; ou des blocs de rochers énormes qui, sans raison apparente, se sont détîichés de la montagne et abattus avec fracas dans les champs ; enfin celles qui ont constaté la rupture d'un arbre, sous Tinfluence d'un vent violent : événements considérés comme des avertissements célestes qu'il ne faut pas négliger.
Dans ces mêmes provinces Iloumbi, se fabriquent des figurations de la divinité, grossif^res statuettes de bois sculptées, en forme d'homme ou d'animal, selon la mission dont elles sont chargées.
Lorsque ces statues représentent un génie masculin ou féminin elles sont gardées dans la maison, près des signes d'alliances, colliers, haches en pierre. C'est à leurs pieds que Ton dépose les libations et à leur oreille que Ton confie les requêtes h présenter au « Messager d^Amba » le Génie protecteur, lorsqu'il viendra les visiter.
Représentant un animal, généralement un chien, ces statues sont placées dans les champs avec mission d'inviter le génie du Hou, à veiller sur les moissons et les récoltes de la famille sa protégée.
Ces populations ne paraissent pas attacher à ces figurations de la divinité une grande importance surtout lorsque ces statuettes ne sont pas très vieilles ; leurs propriétaires s'en débarrassent même facilement et les baptisent souvent très irrévérencieusement. Ainsi celles qui sont placées comme gardiennes des champs sont nommées a les chiens des pauvres » (idjo fiere), parce qu'elles protègent les cultures avec leur simple influence morale. Cependant c'est auprès de ces
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statuettes que sont déposées les offrandes à la divinité protectrice.
Malgré tout, les Génies et Esprits supérieurs jouent dans rimagination populaire soudanaise un rôle des plus importants ; peuplant le monde, il n'est pas d'événement heureux ou malheureux qui ne soit attribué à Tinfluence de leur puissance occulte, bienveillante, malicieuse ou cruelle. Ces croyances sont tellement répandues dans toutes les populations nord -africaines qu'elles ont gagné même les classes des lettrés musulmans ; et jusqu'à Tépoque de notre occupation de Tombouctou, des farceurs exploitaient ces croyances en faisant^ au nom des Djinni, payer des redevances aux habitants de la ville qui, attardés, passaient la nuit près des grandes mosquées de Dinguerc-Bery et de Sankore.
Ces conceptions spiritistes ofiPrent, comme on vient de le voir, de grandes analogies avec celles qui régnent dans tous les peuples asiatiques extrême-orientaux non islamisés.
Fêtes religieuses des Habbés
Dans les tribus Ilabbés-Gara, trois grandes fêtes religieuses sont régulièrement célébrées, annuellement et à des époques fixes.
La première est donnée en Thonneur des Ancêtres, elle se célèbre dans le courant de la lune de mai un jour. heureux déterminé par les Ilogons. Cette fête est nommée Agguet par les Tombos du village de De.
La seconde fête annuelle, dite fête des semailles ou Ondonfile^ a lieu trois semaines environ après la précédente. Elle dure trois jours, au début des premières tornades de juil-
H ABBES
let. Dès qu'ils ont offert les sacrifices destinés h se rendre les divinités favorables, les indigènes commencent les travaux des champs et les cultures.
La dernière grande fête annuelle, nommée fôte de Reconnaissance ou des Remerciements" Gitinam golo >» a lieu après la rentrée des dernières récoltes de blé ou de riz en janvier ou février.
Pendant chacune de ces grandes fctes tout habitant du village doit immoler des victimes à la divinité. Le Hogon sacrifie à la Triade divine, implorant le grand chef des ancêtres. Le Laggam intercède auprès des esprits malfaisants et des âmes errantes abandonnées. LWnnagara, vieillard respectable du village invoque le Génie protecteur du canton et les Esprits Protecteurs; enfin chaque chef de famille et chaque habitant honore par des offrandes, les esprits anccstraux et les divinités tutéloires.
Les rites religieux de ces grandes fêtes annuelles ne présentent d'un canton ix l'autre que de légères difterences, aussi je me contenterai de décrire celles auxquelles il m'a été donné d'assister dans les villages de Ouolo et de Kankassi.
V Fête des Ancêtres.
La fête des Ancêtres est ordonnée par le Hogon, qui choisit pour la faire célébrer un jour heureux de la pleine lune de mai. La date en est annoncée à l'avance dans toute la région par un joueur de tam-tam accompagné de jeunes gens portant
les insignes des animaux totems, emblèmes des familles.
Quelques jours avant la date fixée, le Laggam, prêtre des Esprits méchants do la Brousse, se rend chez le Ilogon revêtu
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de son justaucorps rouge garni de cauries, coiffé de son bonnet rouge et porteur de ses insignes, en tenant en main sa crosse de bois.
Après avoir salué le grand -prêtre Hogon, qui l'attendait assis sous la vérandah précédant le temple du village, et bu avec lui de la bière de mil pendant que la foule se livre, aux sons des tam-tams, à des danses et à des beuveries, le Laggam rentre chez lui où pendant son absence des offrandes et des cadeaux ont été déposés.
Le matin du jour de la fête, le Hogon accompagné de tous les vieillards suivis parla foule et les joueurs de trompe et de tambour^ se rend dans les rochers à Tentrée de la grotte qui servit de première habitation à leurs pères chasseurs.
Là il fait sacrifier par le « serviteur d'Ammo » dépouillé de tout vêtement un bouc noir, ou taché de noir, dont la tête est recouverte du plat des sacrifices, puis des poulets noirs. Les victimes sont complètement incinérées et leurs cendres jetées au vent sauf pour un morceau de foie d'un des poulets, que le grand -prêtre consomme en invoquant les esprits ancestraux. Pendant toute cette cérémonie le peuple tenu un peu à l'écart garde un silence religieux.
Ce sacrifice terminé le Ilogon se rend, accompagné des tam-tams, au milieu des danses exécutées par les jeunes gens masqués et par la foule, h Tautel de la triade céleste fait de trois pierres coniques (1), où le Laggam l'attend pour le saluer.
On offre alors aux divinités protectrices des libations de
(1) Dans le canton de Dianvelli, l'autel de la Triade divine est en plein champ au milieu des cultures (M. Duboscq, administrateur des colonies, commandant le poste de Hombori).
HARHÉS 303
dhAne, puis on sacrifie sur Tautel des animaux blancs, moutons ou bœufs, dont la cbair est partagée entre les chefs de famille. La foule chante et danse pendant le sacrifice et la fête alternée de tam-tams, de beuverie et de festins se prolonge fort tard dans la nuit.
Fête (irs sonailles.
La fête des semailles a lieu quelques semaines plus tard et dure plusieurs jours ; vers Tépoqucî des premières tornades :
Chaque famille a préparé à l'avance de grosses provisions de vivres et de boissons, puis au jour fixé, vers le crépuscule, tous les jeunes gens disparaissent dans la brousse, où ils ne doivent vivre, comme leurs ancêtres, que du produit de leur chasse, couchant en plein air sous les abris de rochers. Le lendemain les vieillards viennent les retrouver dans un site sauvage de la montagne; ils mangent les animaux tués ou capturés pendant qu'aux villages seuls les femmes, les infirmes et les [)rétres gardent les demeures.
Le troisième jour, au soir, après avoir parcouru les champs, tous les hommes précédés du tam-tam et accompagnés des jeunes gens masqués et revêtus des costumes ancestraux conservés par les familles, simulent une attaque du village en poussant de grands cris, les femmes grimpées sur les terrasses les excitent par des yous-yous. Des danses et simulacres de combat sont exécutés [Kir tous les inas(|ues sur les places. Naturellement on boit beaucoup de bière de mil et la fêt(» se j)rolonge jusqu au matin.
Le jour suivant on ollVe des sacrifices à la divinité et aux ancêtres. Le llogon lui-même se rend à l'autel du Génie pro-
304 troisif:mk partir
tectcur (1) des ancêtres qui est placé dans la première case construite dans le village et habitée par TAnnagara. Lhy sur Tautel, ce grand-prêtre dépose les offrandes composées des graines à ensemencer, sacrifie des animaux, puis prépare, avec de l'eau fraîche et de la farine de mil, du dhône dans un grand récipient.
Il verse par trois fois des libations de ce mélange, après en avoir goûté, sur les pierres dressées de l'autel, et demande alors à la divinité un temps propice pour les cultures, l'eau fécondante des tornades, et d'abondantes moissons. Il fait ensuite circuler parmi les chefs de famille et la foule du peuple ce breuvage, dans lequel chacun trempe ses lèvres.
Enfin il jette, au milieu de l'assemblée, les graines des semailles consacrées à la divinité, qui sont ramassées avec soin pour être plantées dans les champs et attirer ainsi la bénédiction céleste sur les cultures.
Le laggam, ce jour-là, offre également en dehors du village deux animaux en sacrifice aux esprits de la brousse ; puis, comme le vieillard « Annagara » et les chefs de familles, il asperge la foule avec de Teau, lorsque les femmes viennent danser devant sa maison accompagnées des joueurs de tam-lams. Il demande alors aux génies d*accorder la pluie bienfaisante et d'attirer la fécondité divine sur le village.
La fête se termine comme en tout pays noir, par des orgies de nourriture, de boissons et des danses.
(1) Dans certains villages, c'est sur l'autel à trois pointes.
(2) Ces luttes figurent, paraitil, Parrivéeiles Sousous, venant chez les primitifs noirs imposer leur autorité.