XIX. — Grands chefs, maf^istratM relii^eux
Ho§^on et Lia§^§^aiiifii
Los grands magistrats religieux de ces groupements indigènes sont, comme nous venons de Texposer longuement, soit le grand-prêtre des Divinités Protectrices Célestes, le Qogon^ soit l'intermédiaire surnatureliement désigné des « Djinny » terrestres, le Laggam. Chacun de ces Pontifes paraissant incarner une conception philosophique différente, dont Tune, animiste, semble avoir été importée du Nord par les Gara envahisseurs, tandis que l'autre, spiritualiste, aurait une origine bien antérieure à ces invasions, chez presque toutes les populations nigritiennes. Cependant, quoique ces magistrats religieux nous présentent de nombreuses analogies de fonctions dans les tribus soudanaises, très métissées, le protocole de leur existence, les cérémonies de leur nomina-
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tion (1), et les rites funéraires de leur inhumation, nous offrent une série de coutumes religieusement conservées, du plus haut intérêt ethnographique.
Hogoii.
Le Hogon, prêtre toujours respecté et honoré se trouve considéré lorsqu'il devient Agé ou Uar Ilogon comme un être sacré et divin.
Il habite seul en général une petite maison très ornementée entretenue aux frais du village, et bAtie dans un site écarté très souvent au sommet d'an escarpement rocheux. Ce petit monumeni demeure du Grand-Prêtre, orné de sculptures et de bas-reliefs, sert également de temple à la divinité et renferme les signes d'alliance.
La femme du Hogon et la jeune servante chargée de préparer ses repas habitent dans une petite dépendance de ce temple.
Les insignes sacrés que seul le Grand- Prêtre des Divinités protectrices a le droit de porter sont: une grosse opale attachée autour du cou par un cordonnet, un large bracelet de fer h la jambe droite, une boucle de cuivre à l'oreille droite et une bague d'argent au médium de la main gauche.
Chaque semaine il doit se faire raser complètement la tête.
Dans ses promenades et dans l'exercice de ses fonctions il porte une canne en fer forgé à trois renflements ou un bâton
({) Dans un cerlain nombre de provincc>« lous ces chefs sont choisis dans la môme famille, à Guimini, à Dondori. Le llogon, le La^gam et le Naba étaient frèrees. seul le Anna-Gara était un cousin de la munie famille.
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terminé par trois brandies, emblèmes dn Serviteur de la Triade Divine.
Les vôteinenls qui lui sont spécialemetil réservés, et par suite devenus « tannas n pour le peuple, sont de longs boubous en cotonnade bleue foncée et lustrée, puis un bonnet, mitre rouge, orné do vert, insigne de !a fonction suprême.
La personne du grand llogon étant sacrée il est absolument défendu de le toucher ou de lui adresser directement la parole ; aussi pendant ses pronïerîades il annonce sa présence en frappant avec un gros anneau fixé en bague au pouce de la main droite sur une clochette-castagnette attiichéa à un doigt de la même main. A ce signal on a le devoir de laisser la route libre et lobligation de saluer à la mode indigène le chef religieux, l'appelant par son titre seulement : Hogon-dale, ou Ilogon-gara ou Har-Hogon, etc.; car du jour de sa nomination, personne ne doit plus Tinterpeller par son vrai nom.
Ces mômes marques extérieures de respect, grand salut indigène et désignation du titre du Grand-Prétre, sont dues par tous les indigènes qui passent devant le temple sacré, demeure du Ilogon, même si celui-ci est absent ou mort.
Toutes les demandes, les requêtes ou les conversations, à part celles engagées avec d*autres Ilogons ou Anna-Gara, doivent se faire en vieux dialecte llabbé-Sarrakolle par Tinterniédiaire d'un des Kédiou ( I) ([ui accompagne toujours le chef religieux ; ce même fonctionnaire inspecte les ollrandes et les cadeaux ou goûte les niets, que la piété des habitants
(1) Le fils aîné (lu Itoj^on roniplit <;onv(Mit la fonction «rinterprèlo et de secrétaire de son père.
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dépose devant la porte de la maison de ce vieilllard vénérable.
Ces magistrats suprêmes ont des pouvoirs très étendus et de nombreux privilèges, comme le droit aux prémices des récoltes, au premier-né mâle de certains animaux, et d'avoir ses champs et son apanage cultivés par la communauté; en revanche ils ont des devoirs sérieux et un protocole minutieux.
En effet la nourriture et la boisson d'un Hogon doivent lui être servies dans des récipients spéciaux en bois sculptés. Il lui est absolument interdit de manger du chevreau ou du fonio (variété de millet) ; de même, seule l'eau de certaines sources de la montagne lui est permise, et il doit en emporter une provision à chaque déplacement. Il a l'obligation de vivre près des autels de la patrie sans quitter son canton ; car en son absence les Divinités négligées pourraient répandre des calamités inouïes sur les habitants.
Il doit cependant se rendre immédiatement à l'appel du Grand Hogon sans s'arrêter, quelle que soit la distance ; et chaque année vers la fin du mois de mai, il va prendre part aux travaux du Conseil Suprême présidé par le Har- Hogon-Koro pour discuter les intérêts supérieurs du pays Habbés.
Dans toutes les sorties officielles, l'itinéraire suivi par le Grand-Prêtre est fixé d'avance, des musiciens l'accompagnent, les jeunes gens l'escortent en dansant des pas rituels et en chantant, et les Kédious font porter des nattes et son siège de forme archaïque, pour le faire asseoir^ sous la protection d'un abri, si la fatigue survenait.
Avec la présidence du Conseil des anciens de son canton, la justice à rendre, les arrêts à faire exécuter, le Hogon est
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chargé des sacrifices à offrir aux divinités protectrices et aux astres ; il doit faire annoncer les fêtes, indiquer les jours néfastes, publier les bans des récoltes et des moissons, enfin tenir son village au courant des événements.
La matin au crépuscule (1) avant le lever du soleil le chef religieux fait entendre sa petite clochette pour indiquer que c'est rheure de saluer l'astre du jour fécondateur des moissons et pour prier les ancêtres de rester favorables et de protéger le village. Dans les cantons Mossi, comme chez les Tombosdu Oualo, les grands-prctres Ilougho-Ouango honorent spécialement les astres, le soleil, la lune et le feu, auxquels ils doivent faire chaque année divers sacrifices sur les pierres debout. Un des insignes de cette fonction est une queue de vache peinte en bleu k Tindigo et ornée de cauries. Ces mêmes grands-prêtres sont spécialement chargés de la circoncision des enfants et ce sont seulement les jeunes gens membres de leurs familles, qui figurent dans les cortèges porteurs des masques emblèmes d'oiseaux des Ouango.
Nomination (les Hogons. — Les petits Hogon-dota c'est-àdire les Hogons des petites familles ou tribus, sont nommés par élection après la récolte. Généralement c'est un des vieillards les plus âgés et les plus respectables de la famille qui est choisi. Après une remise solennelle des insignes de grand-prètre dans le Conseil des anciens par le fils du Hogon précédent, le nouvel élu est conduit en grande pompe au temple des divinités qu'il doit habiter. Il offre alors sur les autels, des sacrifices de bœufs ou de moutons blancs et des
(I) Village (le Dondori, 16 juin 1905, près de Pelou ; c'est ce signal, me (lit-on, qui sert d'indication pour les gens qui se rendent aux marchés voisins ou aux travaux des champs.
libations de l)ière de mil ; et la frte se termine par de nombreux festins et des danses variées.
Mais lorsque le Conseil suprême des Hogons de famille et des vieillards doit nommer le grand Hogon de la région ou le chef supieme de la Confédération les cérémonies sont bien plus importantes.
Trois années après le décès, à, l'époque fixée par le Conseil des anciens, un soir de pleine lune le Ilogon-haga-indc et les Kedious, qui remplaçaient le grand-prétre décédé, dont la mort a été tenue jusqu'alors cachée au peu[)le montent accompagnés de ses petits-Hls sur les toits du temple et annoncent à pleine voix dans toutes les directions : « le « Ilogondale est mort » le « Hogon-Koro est mort » : puis poussent ensemble de grandes clameurs.
Aussitôt le Conseil des anciens se rassemble en faisant prévenir tous les villages de la Confédération.
Après avoir sacrifié aux mânes des ancêtres des chèvres noires et des poulets noirs, chargés d'emporter avec eux, dans leurs cendres jetées au vent, toutes mauvaises pensées, les vieillards assemblés consultent les oracles, observent le foie des victimes et la manière dont les poulets sacrifiés expirent, etc.. pour savoir quel est celui que la Divinité accueillera favorablement comme grand-prétre, parmi les membres d'une famille désignée, (iuindo ou Togo.
Pendant les trois jours (jue dure la réunion du Conseil suprême, de grands tams-tanis sont organisés sur les places publii|ues et les jeunes gens dansent des pas rituels devant les autels. Il est inutile d'ajouter (jue le choix du candidat fait l'objet de vraies campagnes d'intrigues comme dans toute élection européenne.
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Le candidat désigné par la divinité et nommé par les membres du C.onseil reçoit le matin du quatrième jour sous un des abris-repos d'une place du village son bonnet mitre rouge et son boubou brodé lustré, oflerts par les membres de sa famille ; le Kediou-dale lui remet la canne du commandement et le fils de son prédécesseur, les bagues, colliers, bracelets, insignes sacrés de sa fonction.
Accompagné de la foule des dignitaires et des jeunes gens dansant, le nouvel Hogon se rend alors au temple de la Divinité, case très ornementée qui sera désormais son habitation sacrée. Cette promenade est considérée comme le cortège funéraire du Ilogon ; car dès son entrée dans la maison Hogonale, après avoir pris possession des « signes d'alliance » le serviteur grand-prêtre de la divinité est considéré comme mort pour sa famille.
Ayant sacrifié sur l'autel à trois pointes des bœufs, dont la viande est partagée entre les chefs de famille, le Har^ Hogon vient s'asseoir sur le lit de repos placé devant le temple, et fait distribuer à la foule d'énormes provisions de bière de mil, et de Kous-Kous. La foule l'acclame alors par ses titres Hogon-dalé, liar-Hogon, llogon-Koro-douha, etc., et commence de grands tams-tams. Au milieu des danses, le Laggam, les Ilogons-dota des familles, les fonctionnaires viennent à tour de rùle saluer le grand-prêtre nouvellement élu, puis prendre place à ses côtés sur le lit de repos. Au crépuscule arrivent également aux sons des trompes les chefs de nabas, entourés de tous les <( nabas » des familles, masqués et travestis^ qui, eux aussi, viennent au nom des Esprits Ancestraux saluer le grand chef suprême de la Confédération r
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La fête se prolonge naturellement fort tard dans tous les villages de la Confédération.
Dès le lendemain le nouvel Har-Hogon doit offrir sur tous les autels des libations aux divinités célestes protectrices et aux génies familiaux.
Ces cérémonies d'intronisation du grand chef religieux n'offrent pas de grandes différences d'une région à Tautre, toutefois chez les Oudio de Ouol, dans la plaine du Ba rasa va, certaines coutumes curieuses méritent une description spéciale. Dans cette tribu, les fonctions de Hogon sont toujours remplies par TAnna-Gara, le vieillard le plus âgé de la région, qui porte le titre de Hogon-Baga-Indé.
Lorsque trois ans et neuf jours après la mort du chef précédent on veut procéder à Tintronisation du vieillard, son successeur désigné, on s'aperçoit qu'il a disparu, enfui dans la brousse. Aussitôt tous les indigènes se mettent à sa recherche ; dès qu'il est retrouvé les habitants du village, chefs en tête, viennent le saluer, les femmes lui apportent à manger et à boire ; mais le retour au temple doit durer huit jours, en souvenir de l'intronisation d'un Hogon célèbre, qu'il a fallu autrefois aller chercher au loin dans la brousse pour l'obliger, contre son désir, à venir gouverner le pays.
Chaque jour donc, après une petite marche, le campement est installé sous un arbre, et des délégations de gens viennent supplier le vieillard de devenir leur Hogon.
Enfin le neuvième jour au matin quatre hommes choisis roulent le nouveau chef dans une couverture de coton rouge et blanche (couverture qui plus tard, ù sa mort, lui servira de linceul) et l'emportent sur une civière au milieu des
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acclamations de la foule, des danses des jeunes gens, aux sons des trompes et des tambours.
Le vi«»illard est déposé sur le lit de repos devant la case sacrée des Hogoiis ; le laggam revêtu de son costume rouge arrive aussitôt pour le saluer, suivi de tous les chefs de famille. Ils procèdent aussitôt à son intronisation en lui remettant le bonnet mitre, la canne de commandement, la bague, le collier, etc., et les autres insignes conservés par le fils du Hogon décédé.
A partir de ce moment le nouvel Hogon est considéré comme consacré à la divinité, mort pour sa famille, et personne ne doit plus prononcer son nom. Dès le lendemain il se rend à la grotte, premier logement des ancêtres, et sacrifie à leurs mânes des poulets noirs et des boucs noirs, dont les cendres jetées au vent sont censées emporter toutes les calamités qui menaçaient la tribu. La foule garde un silence religieux pendant celte cérémonie.
Ces offrandes terminées il se rend à Tautel de la cité, accompagné du Laggam, des nabas, et de la foule, pour offrir aux divinités protectrices des libations et sacrifier sur l'autel des animaux blancs dont la chair est partagée entre les chefs de famille avec beaucoup de bière de mil préparée d'avance. La foule chante et danse pendant le sacrifice, et la fête se prolonge fort tard dans la nuit.
Mort et funérailles des Ho(jons, — Lorsqu'un Ilar-IIogon meurt chez les ILabbés-Gara des monts Tomho, son décès est tenu, en principe, rigoureusement caché au peuple pendant trois ans, seuls, le conseil des Anciens et les fonctionnaires en sont informés. Le fils aîné du Hogon, les Kédious et TAnna-
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gara le remplacent dans toutes les cérémonies officielles. L'imprudent qui annoncerait la mort du chef serait immédiatement banni et verrait ses biens confisqués. Le corps du défunt est lavé et embaumé, les entrailles étant remplacées par un mélange de miel (1) et de résine aromatique (myrrhe du Soudan) Albarkente ; puis on le place sur le loit du temple jusqu'à ce que le conseil des Anciens décide son inhumation. Celle-ci a lieu de nuit, sans fcte, sans bruitet sans pleurs. Lecadavre estdéposé couchcjatéte au Nord,lespieds au Sud, dans une petite case, très peinte et ornée de chcvronnage et dessins polychromes située dans la grotte des Ancêtres, au flanc de la montagne. Devant la porte de ce caveau funéraire sont déposés un bâton de commandement, un escabeau archaïque et des ofl*randes ; mais les sacrifices rituels dus aux mânes des morts n'ont lieu qu'au moment de l'investiture de son successeur.
Dans les populations primitives des plaines, chez qui les Nabas-amirou ont gardé la puissance politique laissant aux Hogons les seuls pouvoirs religieux, la mort et Tinhumation de ces grands-prêtres se trouvent entourées de nombreuses cérémonies, comme pour les vieillards âgés. Chez les Mossi, le corps du Ilougho Ouango décédé est gardé dans sa maison sacrée pendant sept jours après avoir été embaumé, et chaque matin, en son honneur, des sacrifices sont offerts au soleil levant. Pendant ce temps la foule se rassemble, vient saluer le corps et se livre à d'abondantes libations de dolo. Après cette semaine de deuil, le corps est conduit en grande
(1) C'est le [)rocédc qui a été employé pour Sunni-Ali, roi des Songlioï, que cite le Tan'ck es-Soudan, traduction de M. 0. Houdas.
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pompe au sépulcre, précédé par les « Ouango )> masques familiaux et suivi par la foule accourue des villages environnants.
Le cadavre orne de ses insignes est descendu dans le trou vertical qui lui servira de tombe ; l'ouverture est alors surmontée d'un tertre funéraire qu'un tuyau de poterie traverse pour mettre en communication le sépulcre avec la surface extérieure de ce monument ; sur lequel des offrandes sont déposées et des animaux sacrifiés.
Dans les tribus Oudio, habitant les plaines du Barasara, les cérémonies funéraires réservées aux chefs religieux sont également très curieus(»s.Le jour de la mort du Hogon on avertit immédiatement son successeur éventuel, le vieillard le plus âgé du Village le « Hogon -baga-indé '>. Celui-ci fait annoncer le malheur à tous les villages de la région par des enfants montés sur les terrasses des maisons et des temples.
La foule se rassemble alors en silence devant la maison mortuaire sans cris, sans malédictions pour les génies malfaisants, les femmes se contentant de balancer leurs écharpes en disant : « le Hogon est mort... » f( le Hogon n'est plus ». Après avoir été lavé, peint en rouge, le cadavre est roulé dans le linceul de cotonnade, blanc et rouge, qui avait servi à son investiture, puis placé en travers de deux chevaux de selle, dont Tun est monté par son fils et l'autre par le fils du Hogon-baga-indé. C'est ainsi qu'accompagné de tous les gens du villa{ie, sauf du Laggam et du vieillard son successeur éventuel, le corps est conduit au sépulcre, les femmes balançant leurs écharpes, les hommes saluant le corps des appellations Hogon- Dale, Hogon- Koro.
Le tombeau est une large chambre sépulcrale de deux
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dépose devant la porte de la maison de ce vieilllard vénérable.
Ces magistrats suprêmes ont des pouvoirs très étendus et de nombreux privilèges, comme le droit aux prémices des récoltes, au premier-né mâle de certains animaux, et d'avoir ses champs et son apanage cultivés par la communauté ; en revanche ils ont des devoirs sérieux et un protocole minutieux.
En effet la nourriture et la boisson d'un Hogon doivent lui être servies dans des récipients spéciaux en bois sculptés. Il lui est absolument interdit de manger du chevreau ou du /bwto (variété de millet); de même, seule Teau de certaines sources de la montagne lui est permise, et il doit en emporter une provision à chaque déplacement. 11 a l'obligation de vivre près des autels de la patrie sans quitter son canton ; car en son absence les Divinités négligées pourraient répandre des calamités inouïes sur les habitants.
Il doit cependant se rendre immédiatement à l'appel du Grand Hogon sans s'arrêter, quelle que soit la distance ; et chaque année vers la fin du mois de mai, il va prendre part aux travaux du Conseil Suprême présidé par le Har- Hogon-Koro pour discuter les intérêts supérieurs du pays Habbés.
Dans toutes les sorties officielles, Titinéraire suivi par le Grand-Prêtre est fixé d'avance, des musiciens l'accompagnent, les jeunes gens l'escortent en dansant des pas rituels et en chantant, et les Kédious font porter des nattes et son siège de forme archaïque, pour le faire asseoir, sous la protection d'un abri, si la fatigue survenait.
Avec la présidence du Conseil des anciens de son canton, la justice a rendre, les arrêts à faire exécuter, le Hogon est
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Coimiîc îe Hogon, le Laggam doit habiter seul une petite case très ornementée qui est la demeure des animaux sacrés « tannas » emblèmes de la tribu, sur lesquels il doit spécialement veiller. Sa famille loge auprès de lui dans des habitations annexées à cette case ornementée.
Il est en général absolument défendu de l'approcher et de le toucher ; par suite, ce prêtre ne pénètre dans les villages qu'aux fctcs religieuses pour sacrifier sur les autels des divinités terrestres afin de les prier de ménager les récoltes et d'écarter du village leur influence néfaste.
Son itinéraire est toujours fixé d'avance et chacune de ses
sorties est annoncée à coups de trompes et de tambours.
Les insignes de sa fonction sont : une grosse agathe de silex rosé qu'il porte suspendue autour du cou par un cordonnet, puis un bracelet fixé autour de la cheville gauche et une bague de fer au petit doigt de la main droite, enfin un anneau d'argent à l'oreille gauche.
Dans ses promenades il s'appuie sur un bAton plat et tient à la main une hache-casse-tête au manche sculpté nommé « Sofa ». Son vêtement de cérémonie se compose d'un justaucorps en peau de mouton colorée en rouge, orné de cauries et de banderoUes de cuir, puis d'un bonnet de môme nature.
Une fois par an, un homme nommé le « Bounouko » vient lui arranger la chevelure et reçoit une chèvre pour sa peine.
Les laggams s'occupent peu de la politique du pays, car, très craints des indigènes, ils vivent retirés dans leur temple, recevant des cadeaux, exploitant la crédulité des populations, en expliquant les songes, en vendant des gris-
libations de bière de mil ; et la fôte se termine par de nombreux festins et des danses variées.
Mais lorsque le Conseil suprême des Hogons de famille et des vieillards doit nommer le grand Hogon de la région ou le chef suprême de la Confédération les cérémonies sont bien plus imporlantes.
Trois années après le décès, à, Tépoque fixée par le Conseil des anciens, un soir de pleine lune le Hogon-baga-inde et les Kedious, qui remplaçaient le grand-prêtre décédé, dont la mort a été tenue jusqu'alors cachée au peuple montent accompagnés de ses petits-fils sur les toits du temple et annoncent à pleine voix dans toutes les directions : « le « Hogondale est mort » le « Hogon-Koro est mort » : puis poussent ensemble de grandes clameurs.
Aussitôt le Conseil des anciens se rassemble en faisant prévenir tous les villages delà Confédération.
Après avoir sacrifié aux mânes des ancêtres des chèvres noires et des poulets noirs, chargés d'emporter avec eux, dans leurs cendres jetées au vent, toutes mauvaises pensées, les vieillards assemblés consultent les oracles, observent le foie des victimes et la manière dont les poulets sacrifiés expirent, etc.. pour savoir quel est celui que la Divinité accueillera favorablement comme grand-prêtre, parmi les membres d'une famille désignée, Guindo ou Togo.
Pendant les trois jours que dure la réunion du Conseil suprême, de grands tams-tams sont organisés sur les places publiques et les jeunes gens dansent des pas rituels devant les autels. Il est inutile d'ajouter que le choix du candidat fait Tobjet de vraies campagnes d'intrigues comme dans toute élection européenne.
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les « Bini-gezottm » (1) ou les « Fous au collier ». Le candidat heureux quia vu les animaux sacrés coucher à ses côtés et qui a découvert les insignes cachés du Laggam précédent est considéré comme l'intermédiaire surnaturellement désigné des divinités terrestres, et prend immédiatement possession du titre et des avantages du Laggam dont les fonctions inamovibles lui restent définitivement acquises.
Il se rend donc dans la case sacrée des animaux tannas où il fait une retraite de six jours.
Dans la matinée du septième jour revêtu du costume rouge, que lui a fabriqué un Kossodio, précédé de joueursde tamstams et de trompes, entouré des jeunes nabas porteurs des masques emblèmes des familles, le nouveau Laggam va saluer le Hogon, puis rentrant à sa case offre aux divinités terrestres son premier sacrifice.
La fête se termine dans le peuple par des libations de bière de mil et des danses variées.
Mort et funérailles du Laggam. — Pendant toute son existence le Laggam n'a pour serviteurs personnels ou pour cultiver ses lougans que des indigènes habitant des hameaux très éloignés. A sa mort ce sont ces mêmes individus qui le roulent dans un linceul de coton blanc à raies bleues après ravoir lavé, vêtu de son bonnet et de son boubou de cuir rouge orné de cauries, puis chaussé de bottes en peau de mouton blanche. Les gens de son village ignorent sa mort et ne prennent pas part à ses funérailles. Seuls les jeunes nabas masqués aux emblèmes de leur famille se rendent auprès de
(1) Ce mot vienlde Bina, collier, ot Ve/e, fou, qui, pareuplionie, fait Bini- Gezoum ; et montre rintluence des accords phonétiques des langues Peulils et Sarakolle.
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son cadavre, munis de grandes perches peintes en rouge et ornées de pointillés noirs, blancs, bleus.
Après avoir dansé autour du cadavre posé sur leurs bâtons ils remportent, la nuit venue, éclairés avec des torches, dans une tombe, creusée par les gens des villages voisins au loin dans la brousse inculte, ou aménagée dans les rochers sauvages.
Le cadavre du Laggam défunt est toujours revêtu de ses insignes, assis dans son tombeau face au Nord, les jambes allongées, les bras pendants, le corps calé par neuf couvertures, (trois à droite, trois à gauche, deux derrière la tète et le dos, enfin une sur les jambes).
L'ouverture du tombeau est ensuite murée, puis mastiquée avec un mortier d'argile et surmontée, dans la plaine, d'un haut tertre tumulaire. Tout' ce qui appartenait à ce prêtre des Djinnis terrestres, bijoux, armes, instruments, animaux, etc., est brisé ou sacrifié sur sa tombe, ses richesses sont distribuées à la foule, sa maison et ses champs abandonnés.
Le peuple évitera désormais de passer près de ces sépultures dénommées Teï ou Te; tumulus dans la plaine inculte ou petite case sépulcrale, peinte de rouge et de noir bâtie dans les rochers de la montagne, contenant les restes d'un serviteur des divinités cruelles.
Seuls les nabas masques aux emblèmes familiaux viendront encore quelquefois en ces sites sauvages, maudits de la foule, exccnter leurs danses funéraires.
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