‹ Le plateau central nigérianChapitre 6 sur 100 · PLANCHE VUI · texte numérisé non relu

PLANCHE VUI

l'LANClIfc IX

F\g. 18. - I-ii .-..ri'

GÉOGRAPHIK 13

Tout le massif central Nigérien délimite le rebord Sud de la grande cuvette lacustre nigérienne, reste d'une mer quaternaire dans laquelle se jetaient les grands oueds sahariens, ainsi que le démontrent les documents rapportés par M. E.-F. Gautier, au retour de son récent voyage à travers le Sahara (1).

Ce sont les contreforts N.-E. de ce plateau que le Niger a rompus et franchis non sans peine dans la branche orientale de son cours pour se frayer un chemin vers le golfe de Guinée au Sud, tandis que ses eaux s'étaient librement et largement étalées dans la plaine^ au pied des falaises rocheuses, avant d'atteindre vers Tombouctou le point culminant de leur course dans le Nord.

Actuellement il ne reste de ce primitif bassin intérieur que la double série des grands lacs nigériens qui, au Nord et au Sud du fleuve, retiennent au milieu des sables de cette immense plaine les eaux fertilisantes de l'inondation annuelle.

En effet, le Niger, avec ses inondations, ses dérivations et ses déversoirs, constitue à lui seul le réseau hydrographique stable de la région ; car les masses d'eau jetées sur le pays par les tornades de l'hivernage n'arrivent pas à constituer un régime régulier. Elles forment des marigots torrentiels dans la montagne et s'épandent brusquement dans la plaine, où elles sont absorbées par des terrains sablonneux.

Le Niger, grossi du Bani, couvre de ses inondations dès la

(l) Voir Emile F. (}aulier, Voyage de MM. Gantier et Chudeau à travers le Sahara (Annales de (jéographie, XIV, 1905, p. 400).

fin de septembre toutes les plaines riveraines, qui ressemblent alors à de vastes prairies d'où émergent, sur des Ilots de sable, les paillotes des villages entourés de leurs palmiers doums. En novembre et décembre Teau, par d'innombrables canaux entre les dunes, cherche à se frayer un chemin vers les bas-fonds de la cuvette et forme alors des chapelets de lacs. En janvier, la crue se termine et les eaux refluent vei's le Niger, laissant à découvert des terrains immédiatement cultivables, autour d'une réserve d'eau qui subsistera toute Tannée (1). Dans le Sud^ au pied de la falaise, ces lacs sont au nombre d'une douzaine, formant deux groupements principaux ayant chacun leurs canaux de remplissage particuliers. Cependant ces deux groupes lacustres sont reliés entre eux par un large marigot, le Foko (2).

Malheureusement, le régime du Niger étant très irrégulier, ces immenses cuvettes ne sont complètement remplies qu'aux années de grandes inondations.

Aussi loi*sque ta crue vient à manquer, ces lacs cessent d'être alimentés, et peu à peu, comme les Daouna à TO. de Goundam, ils se dessèchent complètement et sont perdus pour l'agriculture jusqu'à ce qu'une nouvelle grande crue vienne féconder leurs bords.

Malgré cette instabilité, l'immense plaine nigérienne, merveilleuse zone de pâturages et riche terre à céréales, fut de tout temps un puissant attrait pour les peuples. Aussi paralt-

(1) Voir planche XII, tig. ilJ-âi .

(2) Le relevé lopographique de la région lacu^^tre Sud a été fait pendant le cours de cette mission (voir la carte ci-jointe) car jusqu'à ce jour la région soudanaise s'étendant au pied du plateau de Bandiagara n'avait pas été complètement cartographiée.

l'LAN'(:i)K.\l

OÉOGRÀPHIE Ift

elle avoir été le but de nombreuses migrations dès la plus haute antiquité.

Les vallées, ces grandes voies naturelles de communica» tien, lieux de stationnement préférés des sédentaires et points de passage forcés des nomades, se trouvent généralement parsemées de très nom bijoux vestiges laissés par des peuples très primitifs.

Mais les thalwegs qui aboutissent à l'admirable plaine nigérienne, véritable carrefour des routes africaines du N.-O. dont le nœud se trouve formé par les grands gués qui traversent le coude septentrional du fleuve, recèlent une abondance extraordinaire de ces débris et de.monuments barbares laissés par les diverses populations qui, à plusieurs époques, attirées par ces terres irriguées, cherchèrent à imposer leur suprématie au Soudan.

Sur les plateaux bordant les sinuosités du fleuve, aux cols des arêtes montagneuses, près des confluents des vallées et aux abords des gués, on retrouve de nombreux monuments mégalithiques, une grande quantité d'armes et d'instruments •en pierre, témoins indubitables d'une humanité préhistorique très ancienne, remontant aux origines de Tâge de la pierre polie africaine.

Dans ces mêmes vallées et plaines lacustres, superposés à ces débris préhistoriques, on voit d'autres grands monuments élevés par des envahisseurs venus à une époque moins éloignée, mais encore bien antérieure à notre ère. Leurs constructeurs apportaient avec eux l'industrie métallurgique et Tart d'élever des maisons eu pierre et en briques.

Les gigantesques tumuU érigés dans toutes les vallées soudanaises pour servir de tombeaux à des chefs puissants nous prouvent Texistence de cette civilisation déjà si experte dans le travail des métaux. Fart de tisser les étoffes et de fabriquer de belles poteries, etc., dont la perfection n'a pu être atteinte de nos jours par les derniers conquérants du Soudan, Sousous, Malinkés et Bambaras, sortis des forêts du Sud.

Toutefois ces vestiges d'industrie et ces monuments mal définis situés dans la même zone et souvent sur le même emplacement, chevauchant parfois les uns sur les autres, laissent encore une tâche des plus ardues à ceux qui tenteront de retracer l'histoire de Thumanité dans ces régions : problème d'autant plus difficile à résoudre qu'il nous est actuellement impossible de nous appuyer sur la science des terrains et sur les jalons que pourrait nous fournir l'histoire.

Car, Fétude géologique de cette partie de TAfrique reste encore à entreprendre, et l'histoire de ces peuples ne remonte pas au delà du moyen âge. Les seuls documents écrits que nous possédions sont dus aux écrivains arabes, Ibn.Khadouln^ Ibn. Batouta et à l'auteur du Tarick-es-Soudariy etc. ; les historiens de l'antiquité ne nous ayant légué qu'une vague nomenclature de tribus accompagnée d'indécises désignations géographiques.

Donc, pour essayer de soulever même légèrement le voile qui recouvre ce passé africain, il importe d'étudier attentivement tous ces vestiges laissés par des populations aujourd'hui disparues ; de noter les ressemblances, les similitudes et les points communs que peuvent avoir ces vestiges avec les monuments, les outils et les gisements déjà étudiés dans l'F^gypte, le Nord de l'Afrique et principalement dans les

Page 1