XXI. — R^içiiiK» foncier et cultures
Dans toute la région montairneiise, des Habbés-Gara, les terrains (le culture des plateaux et des vallées se trouvaient naturellement à l'ahii des pillards; por suite la propriété personnelle a pu se former et les biens familiaux ont été exactement délimités. Car pendant longtemps ces peuples, industrieux et cominerçanls dans Tî^me, n'eurent que Tagriculture comme ressource pour subvenir à leurs besoins, les plaines étant envahies par des pasteurs nomades guerriers. Tous les terrains furent utilisés et les flancs des montagnes aménagés en terrasse pour faciliter les cultures ; chacpie lopin de terre eut ainsi un propriétaire et seuls les apanages des chefs élus ou les terres confisquées au profit des vieillards restèrent des propriétés collectives. Mais nous avons vu que dans l'héritage d'un chef de famille le fils aîné reçoit seul la propriété familiale, avec la charge d'entretenir les personnes Agées et les membres de sa famille qui Taident aux travaux des champs, tandis que la fortune mobilière (cauries, argent, troupeaux, arbres fruitiers, captifs, marchandises) est partagée entre tous les garçons. Cependant comme un père a toujours le droit, avant sa mort, de faire cadeau à. ses enfants au moment de leur mariage, de troupeaux, d^arbres fruitiers, ou d'un champ, et quen outre les filles héritent exclusivement des propriétés et droits de leur mère, il arrive souvent que certaines terres appartiennent à une famille tandis que les récoltes des arbres fruitiers revieiment à une autre.
Ces coutumes amènent de tré(|uentes contestations qui doivent être léglées par le Conseil des anciens. En revanche
310 THOISI^IMK PAUTIK
les champs sont Tobjcl d*un soin jaloux et les méthodes d'agriculture indigènes se sont sérieusement perfectionnées dans ces régions, dépassant de beaucoup les résultats obtenus par ces cultivateurs de race, les Bambaras.
De tribus d'origines diverses, ces Bambaras, venus du Sud-Ouest vere le xvr siècle, perfectionnés, et métissés au contact des peuples rouges, Korongoï, Gara, Markas, des rives du Niger, formèrent une confédération chez qui prédominaient les types noirs prognathes. Travailleurs tenaces et infatigables, guerriers robustes et courageux, agriculteurs et chasseurs, ils furent pour nous de précieux auxiliaires.
D^une mentalité enfantine, vivant à leur guise selon la logique que leur inspirent leur bon sens et leurs simples réflexions, superstitieux sans croyances bien déterminées, fétichistes matérialistes peu convaincus, impressionnables et impulsifs, les Bambaras s*émerveillent de tout ce qui est nouveau pour eux, s'en font pendant quelque temps une sorte de culte puis passent à une autre admiration oubliant volontiers la première. Par-dessus tout, les dangers et les émotions des aventures de chasse ou de guerre les passionnent et ils s'y adonnent avec la môme ardeur qu'ils mettent à cultiver leurs champs pour leur faire produire d'amples récoltes. Leur but est toujours de pouvoir jouir, dans le repos et dans Tabondance, de leurs biens sans jamais prévoir une utililisation commerciale de leurs richesses acquises. Aussi dans les vastes plaines soudanaises de l'Ouest occupées par les tribus Bambaras, Samos, Bobos-Fing, Seno-Fo, les méthodes de culture sont toujours restées des plus primitives, la propriété personnelle n'existant pas, les champs de cul-
tures temporaires appartenant à la collectivité des habitants du village, ou de la Soukala, remplacement et Tétendue des cultures variaut chaque année. Le plus ordinairement le défrichage s'en fail par le feu, suivi de légers sarclages au commencement de la saison des pluies, mais rarement un aménagement d'irrigation permet de compenser l'instabilité du régime des tornades. Enfin dès que ces champs présentent des traces d'épuisement ils sont abandonnés incultes, les habitants du village transportant les cultures vers de nouveaux terrains fraîchement défrichés. La grande majorité des plantes cultivées par ces populations noires sorties des lisières de la forêt sont d'origine tropicale africaine comme les mils, sorghos, fonios, manioc, patates, niébé.
Plantées en quantité nécessaire pour la consommation usuelle et rarement dans un but mercantile, ces essences locales forment la base des cultures de l'Ouest avec les arachides nouvellement introduites dans ces régions.
Les populations Habbés-gara et toutes les tribus anciennement affiliées aux clans des « Rouges » cultivent au contraire avec ces plantes indigènes un certain nombre d'essences d'origines très diverses dont elles ont conservé, semble-t-il, le monopole, et plusieurs de ces plantations ne sont faites que dans un but commercial pour servir de matière d'échange.
Ainsi réapparaît en matière de cultures l'instinct commerçant toujours si développé dans toutes les tribus provenant d'un métissage de primitifs avec les populations Gara descendues du Nord, comme actuellement les Sarakolle, Ouakoré- Ouagara, Markas-Malinkobés.
En effet, dans les régions lacustres et jusque dans les
viallées du Plateau de Bandiagara on cultive le blé et l'orge importée du Nord peut-être par les invasions marocaines,
et dans toute la zone inondée ainsi que sur les gradins des plateaux rocheux ont été aménagées avec peine de nombreuses rizières dont Tirrigation demande des soins sérieux. Les variétés de riz cultivées sont nombreuses, et cette culture parait très ancienne dans ces régions, car Strabon et Pline {Hisi. Nal. V. 5) qui ne nous disent pas que le riz fut connu en Egypte, le signalent chez les Garamantes établis au Sud de la Tripolitaine. Si cette plante n'est pas aborigène elle a pu être introduite ^ une époque très reculée soit du golfe Persique, du Sud de l'Arabie, soit des Indes, par les Ethiopiens qui commerçaient dans ces régions (1).
Le mais, lui-même, cultivé dans la montagne par lesHabbés, et dans la plaine par les tribus de pêcheurs du Niger et du Sénégal se retrouve dans les cultures des peuples « Nda » de la forêt puis chez les Lobi et les Bobo-Ouli qui furent ralliés aux clans Rouges (2).
Le chanvre, le tabac, et les calebasses-courges (3), dont la iconsommation ou l'usage reste très restreint dans la montagne sont abondamment cultivés pour l'exportation. Descendus sur les marchés de la plaine nigérienne, ces produits agricoles sont transportés par les pirogues Bosos sur tous les marchés soudanais.
De même le coton, l'indigo, le henné, les épiées, piments, haricots, tomates, potirons, pastèques, oignons, fabirama, etc..
(1) De Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 310. m Voir D^ Ruelle, Anthropologie, XV, n*» 5, 6.
(3) On cultive beaucoup de courges-calebasses, mais surtout pour la vente aux Bambaras et Peulils de la plaine, car le Habbé se sert surtout de poterie.
l'LANCHR LXXXVI
Pis. 1G8. — Un a
n'h<> <luns un village île k plainn nIgérieDnp. Village de Foulbâs,
342 TROISlfcMK PARTI K
vallées du Plateau de Bandiaçara on cultive le blé et l'orge importée du Nord peut-être par les invasions marocaines, et dans toute la zone inondée ainsi (jue sur les gradins des plateaux rocheux ont été aménairées avec peine de nombreuses rizières dont Tirripition demande des soins sérieux. Les variétés de riz cultivées sont nombreuses, et cette culture parait très ancienne dans ces restions, car Strabon et Pline {Hisi. Naf. V. t)) qui ne nous disent pas que le riz fut connu en Egypte, le signalent chez les (laramantes établis au Sud de la Tripolitaine. Si cette plante n'est pas aborigène elle a pu être introduite fi une épo(jue très reculée soit du golfe Persique, du Sud de l'Arabie, soit des Indes, par les Ethiopiens qui commerçaient dans ces régions (1).
Le maïs, lui-même, cultivé dans la montagne par lesllabbés, et dans la plaine par les tribus de pécheurs du Niger et du Sénégal se retrouve dans les cultures des peuples « Nda » de la foret puis chez les Lobi et les lîobo-Ouli (pii furent ralliés aux clans Rouges (2).
Le chanvre, le tabac, et les calebasses-courges (3), dont la consommation ou Tusage reste très restreint dans la montagne sont abondamment cultivés pour l'exportation. Descendus sur les marchés de la plaine nigérieiuie, ces produits agricoles sont transportés par les pirogues Bosos sur tous les marchés soudanais.
De même le coton, l'indigo, le h(Muié, les épices, piments, haricots, tomates, potirons, pastèques, oignons, fabirama, etc..
(1) De Caïuiolle, Origine des plantes raltivées, p. 310. f-2) Voir IV Ruelle, A/if/iropolor/ie, \V, n« :i, G.
(3) On cultive beaucoup de rourj^es-calchasses, uiais siirtoiil pour la vente aux Bauibaras el IViiliIs «le la plaine, car le Habl»»» se serl surtout de poterie.