PLANCHE LXXXIX
Fig. 174, — Typ-! de iràdiours ilos environ» rte Mopti.
Entreiircneurs de Iransporl' pnr pirogues sur lo* fleuvo'.
Nigor cl Bani K dan» I& rùgion lacuslrc.
HABBÉS 347
Les bestiaux échangés dans les tribus sahariennes du Nord, ceux achetés sur les grands marchés de la plaine nigérienne ou dans les campements des pasteurs font également l'objet d'un sérieux transit vers les régions forestières du Sud. Ce commerce, aujourd'hui encore entre les mains des indigènes, prend de jour en jour plus d'importance.
Les animaux, bcçufs et moutons, sont descendus vers les colonies côtières du Golfe de Guinée à petites journées, vers la fin de la saison des pluies, en novembre, décembre et janvier ; les uns sont acheminés par Dori et le Haut Dahomey sur la Nigeria anglaise, les autres par le Mossi et Salaga sur le Togo et la Gold-Coast, enfin d'autres sur Bobo Dioulasso et notre Haute Côte d'Ivoire. Tous sont destinés à approvisionner la zone forestière privée d'animaux de boucherie. Les bénéfices retirés de ces entreprises de longue haleine, il est vrai, sont considérables ; car les bœufs se vendent environ 150 francs dans le Sud alors que leur prix d'achat varie entre 40 et 50 francs sur les bords du fleuve ; de même, le prix des moutons passe de 5 francs dans la vallée nigérienne à 20 francs dans les provinces forestières du Golfe de Guinée.
A côté de ce grand n|)ouV^|p[ie^t do transactions, qui semble devoir prendre de plus en plus d'importance si les colonies côtières de TOcéan atlantique entrent décidément dans une période d'heureux développement, subsiste toujours l'ancien commerce de province à province, exportation de sel, de poissons séchés, de karité, de miel, fournis par les régions riveraines du fleuve, en échange des kolas, bandes de coton, tissus indigènes, fer... etc.. venus de l'intérieur. Ces transactions commerciales donnent toujours un chargement rémunérateur aux piroguiers du fleuve, et encouragent dans
318 TROISIKMK PAHTIK
rintérieur les entreprises de transports avec bœufs ou ânes porteurs. Quant aux opérations de nos grandes firmes commerciales qui jusqu'à maintenant paraissaient se borner dans cette région Nord h Tinstallation de grands bazars pour la vente en gros et au détail des produits européens aux commerçants indigènes, et pour Tachât de plumes (aigrettes, autruches), ivoire, or, cire, aux colporteurs noirs, elles semblent également ces dernières années entrer dans une voie nouvelle.
Depuis que le chemin de fer a concédé des tarifs très réduits à la descente, que des fluviaux à vapeur appartenant à la colonie et aux sociétés commerciales remontent les deux biefs du Niger, il s'est fait de gros achats de riz et de céréales dans toute la région lacustre. Ces céréales sont destinées actuellement à approvisionner les grands chantiers de construction publics de TËtat, à fournir sur le fleuve du Sénégal le riz que celte colonie demandait aux Indes et enfin a offrir des vivres de réserve aux indigènes de la Haute-Guinée qui négligent leurs cultures depuis que la récolte du caoutchouc leur fournil un travail rémunérateur. En outre il est à prévoir que nos maisons de commerce feront de plus en plus, comme tout le laisse supposer, de nombreux achats pour Texpédition sur l'Europe d'arachides, de cotons, de laines et de beurre de karité, matières premières jusqu'à maintenant négligées.
Ces régions agricoles du plateau central nigérien encerclées par les grandes voies navigables du Niger et du Bani sur lesquels se trouvent de grands marchés d'échanges, paraissent déjà rentrer dans une période d'exploitation normale, car elles contiennent avec des populations travailleuses, industrielles et commerçantes tons les éléments de prospérité
HABBÉS 3i9
à la seule condition d'arriver à fournir aux colonies forestières de la cote atlantique, les denrées de première nécessité, céréales et animaux de boucherie, qui leur font défaut et dont les réserves sont inépuisables au Soudan.
Ce développement économique sera peut-être moins brillant et moins rapide que celui des régions plus rapprochées de rOcéan contenant les riches produits agricoles que réclame rindustrie moderne, en revanche il parait devoir être plus stable. Un plus grand effort pour l'organisation de Toutillage économique sera nécessaire ; mais déjà en ce sens de grands progrès ont été accomplis : le Niger sillonné de vapeurs et de chalands se trouve relié au Sénégal par une voie ferrée, les chemins de fer des colonies de la cote grimpent à Tassant des plateaux soudanais et des routes sont créées dans chaque circonscription administrative ; enfin des missions hydrographiques relèvent soigneusement le cours des grands fleuves afin de pouvoir étudier facilement les travaux à exécuter pour assurer la stabilité du régime des inondations en augmentant le plus possible la superficie des terrains irrigables.
• — Klovage den animaux flomcNtiqueH.
Les régions lacustres nigériennes prolongées par les steppes herbeuses des bas plateaux soudanais forment d'admirables terrains d'élevage qui ont du, dès la plus haute antiquité, attirer les peuples pasteurs. Actuellement si les tribus Foulbés-Touaregs, Maures, d'origine berbère, se sont spécialisées dansTélevage des animaux domestiques et continuent à vivre, en nomades, de l'existence des pasteurs primitifs, la plupart
350 TROISIKMK PARTIE
des noirs sédentaires possèdent également comme preuve matérielle de leur richesse quelques beaux troupeaux et il n'est si pauvre individu qui ne soit propriétaire de quelques volailles ou même de quelques chèvres. D'ailleurs tous les peuples d'origine Mandés ou Gara descendus du Nord avec les pasteurs « Ouïe » se sont tous plus ou moins adonnés à rélevage des bœufs et des chevaux, une des meilleures formes de la richesse chez les primitifs. Dans tous les villages de la montagne la plus grande partie des troupeaux se trouve con6ée aux soins des Foulannes-Kri-Habbés qui nomadisent sur les plateaux herbeux tandis que les enfants gardent seuls au village quelques bêtes laitières.
Mais parmi les animaux domestiques du plateau central soudanais, à côté d'espèces qui paraissent devoir être d'origine soudanaise africaine comme l'âne, les poules, les pintades, les canards de barbarie, les pigeons (1) et les abeilles (plusieurs variétés de ces animaux vivent encore à l'état sauvage dans des régions africaines voisines) nous trouvons actuellement domestiquées dans tout le Soudan deux espèces très distinctes de bœufs, de moutons, de chèvres, de chiens et de chevaux^ dont il nous faut rechercher l'origine pour les uns vers les rives de la Méditerranée, et pour les autres vers les plateaux de l'Est africain.
C'est ainsi que nous croyons devoir placer dans les ani-
(1) Les pigeons sonl des animaux Tannas à Djenné, comme les hirondelles chez les Kasamba, les perdrix chez les Foulbés, les poulets chez les Dagas Touaregs, l'aigle à h^le blanche chez les pécheurs Dia du Fleuve. Ce qui prouve que tous ces peuples ont fait partie de la môme confédération des « Oua » après avoir été soumis aux Mandé, ou font partie de la confédération des MA.
HABBÉS 351
maux domestiques importés du Nord le cheval du type barbe, robe grise dit cheval du Fleuve ou cheval du Touat, les bœufs sans bosse de diverses variétés, les chiens hargneux, courts, trappus des Mandés, la grande chèvre maigre du Nord de rAfriquo du Kordofan et les moulons sans laine de diverses variétés, dont r« ovis longipes », type saharien remarquable par ses pattes très longues, sa tôtc fortement busquée au chanfrein, ses cornes extrêmement spiralées, sa queue longue et mince, qui forme le fonds de tous les troupeaux berbères.
Au contraire devons-nous rechercher versrp]st l'origine des chiens du type sloughi soudanais, grand, élancé, à tête fine, originaire du Haut-Nil (1), les chevaux courts, trappus, à forte encolure, robe baie brun, au chanfrein busqué rappelant le type mongol el la variété dite de Dongola (2), puis les diverses espèces de bœufs zébus dont on retrouve sur les plateaux de l'Est africain des types analogues ; enfin peut-être faudrait-il regarder comme provenant du Sud-Est les variétés de chèvres naines, que l'on retrouve domestiquées dans toute la forêt équatoriale.
Ainsi l'observation des animaux domestiqués au Soudan nous confirme également les origines et les affinités diverses des peuples envahisseurs qui vinrent habiter el civiliser les vallées nigériennes.
(1) Lévrier Sdiillouk.
(2) Voir pour l'origine des clievaux : Cassar Ewart J., « Origine multiple (les chevaux cl des poneys ». Trans, of the highland aîid agricultural Society of Scotland, ;ie série, t. XVI. pp. 230-208. Bidgeway W., The origine and influence of the thoronghbred-Horse, «< L'origine et le rôle du cheval de sang >», i vol. in-8® de 538 pages, Cambridge Universily Press., 1905.
350 TROISIKMK PARTIK
des noirs sédentaires possèdent également comme preuve matérielle de leur richesse quelques beaux troupeaux et il n*est si pauvre individu qui ne soit propriétaire de quelques volailles ou même de quelques cht^vres. D'ailleurs tous les peuples d'origine Mandés ou fiara descendus du Nord avec les pasteurs « Onle » se sont tous plus ou moins adonnés à rélevage des bœufs et des chevaux, une des meilleures formes de la richesse chez les primitifs. Dans tous les villages de la montagne la plus grande partie des troupeaux se trouve confiée aux soins des Foulannes-Kri-Iiabbés qui nomadisent sur les plateaux herbeux tandis que les enfants gardent seuls au village quelques bêtes laitières.
Mais parmi les animaux domestiques du plateau central soudanais, à côté d'espèces qui paraissent devoir être d'origine soudanaise africaine comme Tâne, les poules, les pintades, les canards de barbarie, les pigeons (1) et les abeilles (plusieurs variétés de ces animaux vivent encore à l'état sauvage dans des régions africaines voisines) nous trouvons actuellement domestiquées dans tout le Soudan deux espèces très distinctes de bœufs, de moutons, de chèvres, de chiens et de chevaux^ dont il nous faut rechercher l'origine pour les uns vers les rives de la Méditerranée, et pour les autres vers les plateaux de l'Est africain.
C'est ainsi que nous croyons devoir placer dans les ani-
{{) Les pigeons sont des animaux Tannas à Djenné, comme les hirondelles chez les Kasamha, les perdrix chez les Foulbés, les poulets chez les Dagas Touaregs, l'aigle h lAle blanche chez les pécheurs Dia du Fleuve. Ce qui prouve que tous ces peuples ont fait [)artie de la nn^me confédération des « Oua » après avoir été soumis aux Mandé, ou font partie de la confédération des MA.
HABBf::s 351
maux domestiques importés du Nord le cheval du type barbe, robe grise dit cheval du Fleuve ou cheval du Toual, les bœufs sans bosse de diverses variétés^ les chiens hargneux, courts, trappus des Mandés, la grande chèvre maigre du Nord de TAFrique du Kordofan et les moutons sans laine de diverses variétés, dont V« ovis longipes », type saharien remarquable par ses pattes trcs longues, sa tôle fortement busquée au chanfrein, ses cornes extrêmement spiralées, sa queue longue et mince, qui forme le fonds de tous les troupeaux berbères.
Au contraire devons-nous rechercher vers TEst l'origine des chiens du type sloughi soudanais, grand, élancé, à tête fine, originaire du Haut-Nil (l), les chevaux courts, trappus, à forte encolure, robe baie brun, au chanfrein busqué rappelant le type mongol el la variété dite de Dongola (2), puis les diverses espèces de bœufs zébus dont on retrouve sur les plateaux de TEst africain des types analogues ; enfin peut-être faudrait-il regarder comme provenant du Sud-Est les variétés de chèvres naines, que l'on retrouve domestiquées dans toute la forêt équatoriale.
Ainsi l'observation des animaux domestiqués au Soudan nous confirme également les origines et les affinités diverses des peuples envahisseurs qui vinrent habiter et civiliser les vallées nigériennes.
(1) Lévrier Soliillouk.
(2) Voir pour l'origine des chevaux : Cassar Ewart J., « Origine multiple (les chevaux el des poneys », Trans, of the highland aîid agricultural Society of Scotland, 5e série, l. XVI, pp. 230-2G8. Ridgeway W., The origine and influence of the t/iorottghb?'ed-Iforse, « L'origine et le rôle du cheval de sang », 1 vol. in-8® de 538 pages, Cambridge Universily Press., 1905.
350 TROISlkMK PAIITIK
des noirs sédentaires possèdent également comme preuve matérielle de leur richesse quelques beaux troupeaux et il n'est si pauvre individu qui ne soit propriétaire de quelques volailles ou même de quelques chèvres. D'ailleurs tous les peuples d'origine Mandés ou (lara descendus du Nord avec les pasteurs « Onle » se sont tous plus ou moins adonnés à rélevage des bœufs et des chevaux, une des meilleures formes de la richesse chez les primitifs. Dans tous les villages de la montagne la plus grande partie des troupeaux se trouve confiée aux soins des Foulannes-Kri-Habbés qui nomadisent sur les plateaux herbeux tandis que les enfants gardent seuls au village quelques bêtes laitières.
Mais parmi les animaux domestiques du plateau central soudanais, à c6té d'espèces qui paraissent devoir être d'origine soudanaise africaine comme Tâne, les poules, les pintades, les canards de barbarie, les pigeons (1) et les abeilles (plusieurs variétés de ces animaux vivent encore à l'état sauvage dans des régions africaines voisines) nous trouvons actuellement domestiquées dans tout le Soudan deux espèces très distinctes de bœufs, de moutons, de chèvres, de chiens et de chevaux, dont il nous faut rechercher l'origine pour les uns vers les rives de la Méditerranée, et pour les autres vers les plateaux de l'Est africain.
C'est ainsi que nous croyons devoir placer dans les ani-
(i) Les pigeons sont des animaux Tannas h Djenné, comme les hirondelles chez les Kasamba, les perdrix chez les Foulbés, les poulels chez les Dagas Touaregs, l'aigle à h^lc blanche chez les pécheurs Dia du Fleuve. Ce qui prouve que tous ces peuples ont fait partie de la nu^nie confédération des « Oua » après avoir été soumis aux Mandé, ou font partie de la confédération des MA.
HABRf^.S 351
maux domestiques importés du Nord le cheval du type barbe, robe grise dit cheval du Fleuve ou cheval du Toual, les bœufs sans bosse de diverses variétés^ les chiens hargneux, courts, trappus des Mandés, la grande chèvre maigre du Nord de l'Afrique du Kordofan et les moutons sans laine de diverses variétés, dont Wi ovis longipes », type saharien remarquable par ses pattes très longues, sa tôtc fortement busquée au chanfrein, ses cornes extrêmement spiralées, sa queue longue et mince, qui forme le fonds de tous les troupeaux berbères.
Au contraire devons-nous rechercher vers TEst l'origine des chiens du type sloughi soudanais, grand, élancé, à tête fine, originaire du Haut-Nil (1), les chevaux courts, trappus, à forte encolure, robe baie brun, au chanfrein busqué rappelant le type mongol el la variété dite de Dongola (2), puis les diverses espèces de bœufs zébus dont on retrouve sur les plateaux de TEst africain des types analogues ; enfin peut-être faudrait-il regarder comme provenant du Sud-Est les variétés de chèvres naines, que l'on retrouve domestiquées dans toute la forêt équatoriale.
Ainsi l'observation des animaux domestiqués au Soudan nous confirme également les origines et les affinités diverses des peuples envahisseurs qui vinrent habiter et civiliser les vallées nigériennes.
(1) Lévrier Scliillouk.
(2) Voir pour l'origine des chevaux : Cassar Ewart J., « Origine multiple (les chevaux et des poneys ». Truns, of the highland and agricultural Society of Scotland, 5e série, t. XVI, pp. 230-208. Bidgeway W., Tke origine and influence of the thorong/ibred-I/orse, « L'origine et le rôle du cheval de sang », 1 vol. in-8® de 538 pages, Cambridge Universily Press., 1905.
352 TH01S1K3IK PAHTIE