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XXIV. — ChasMes et pèches

L'agriciillupe, l'apicullurc et l'élevage dans les régions occupées par les divers peuples de la Confédération des « Rouges » Habbés-Gara, Korongoï, ou Markas, ont atteint réellement un développement inattendu on pays noir. Elles le doivent, non à Tinstinct naturel des individus désirant se procurer une réserve de vivres, mais surtout à Tesprit commercial de ces populations voulant augmenter, en dehors des travaux de la communauté, leurs ressources personnelles par des échanges fructueux. La chasse et la pèche y furent aussi organisées et exploitées par des associations ayant pour but de présenter sur les marchés la viande ou le poisson séché comme matière d*échange.

La chasse est faite par les jeunes gens en battues régulières et dans des territoires spécialement réservés à certains villages. Elle a lieu chez les KorongoY habitant la région inondée du delta Bani-Niger au moment de la grande crue des fleuves, quand le gibier se trouve parqué dans les Ilots laissés par l'inondation ; chez les Habbés de la montagne elle se fait avant les semailles, enfin chez les Bobos au moment de la saison sèche quand le gibier vient boire aux mares et se tient dans les fourrés qui les entourent.

Toutes ces battues s'opèrent suivant des règles fixes bien déterminées, où les droits de chacun, directeur de la battue, rabatteurs, propriétaires du sol, sont reconnus. Ces mêmes règles se retrouvent dans les grandes pèches organisées par les villages au moment des plus basses eaux en saison sèche dans les lacs, les marigots et les fleuves.

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Mais certains individus habitant les plaines et la brousse dense du Sud-Est, comme certaines tribus des bords du fleuve, se sont complètement spécialisées dans la chasse ou la pêche, dans un but d ailleurs essentiellement commercial ; la viande boucanée et le poisson séché étant des matières d'échange très recherchées sur les marchés de Tintéricur.

Les chasseurs opérant généralement en troupe utilisent des pièges, des lances ou flèches empoisonnées (1) et quelques fusils pour s'emparer du gros gibier : antilopes, sangliers, kobba, buffles et éléphants. Les pêcheurs également organisés en confédération, pèchent aux filets, aux nasses, et à la lance empoisonnée, capturant toute une variété de poissons étonnante et même se livrant à la poursuite des hippopotames et des lamentins.

Nous allons rapidement étudier les intéressantes exploitations de pêches organisées par les indigènes sur le Niger et le Bani ainsi que dans les mares de la région lacustre.

Les tribus qui se livrent spécialement à l'industrie de la

(4) Les différents poisons [emplovcs dans celle région pour la chasse à riiippopolame el Téléplianl, pour la p(^che ou conlre un ennemi sonl :

i* Le strophantus sarmenlicus, qu*ils préparent en faisant bouillir les graines des follicules du fruit cornu, de façon à consliluer une pâle sirupeuse dans laquelle sont plongées les flèches harpons ;

2o Le soumpigna (Mossi), arbusle portant un fruit rond vert. L'action de ce poison est parall-il très lente. Lorsqu*on l'emploie pour armer des flèches il faut le mélanger à un autre plus rapide. En revanche il sert à empoisonner les gens ;

3® Le Vaima. Plante rampante rare, mais dont l'action serait très rapide ;

4* Le dalura dont on mélange à du lait la graine pulvérisée de la pomme épineuse. Les flèches sont souvent Ircnipécs dans un cadavre en décomposition, ou dans les glandes d'un serpent noir cracheur(ri7/jï arictans et^ec/^idnaathropo8).^i\\\x{ on se sert également d'une mouche arlhoptùre nommée macamogo. qui vil dans les herhnge»*, on la réduit en poudre el son ingestion est mortelle.

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pêche sont presque toutes composées de familles de grands noirs peu prognathes, mélangés principalement aux envahisseurs Gara de la Confédération des Kouges. Ces grands beaux hommes, portant toujours dans leur jeunesse la coiffure en boule, dite de Djenné, semblable à celle des Appoloniens de bi cùte Atlantique, sont d'aprrs les légendes les frères des grands noirs de la montagne que soumirent les Mandés -Gara, dont les Toile, les Pakalla et les Bobos sont actuellement les descendants. Comme ces primitifs, les premiers pêcheurs, au dire des traditions, habitèrent d'abord desgrotleset des trous dans la terre (1).

Mais liés par le serment du sang aux envahisseurs Habbésgara, dont ils observent toujoursstrictemont depuis des siècles les obligations, ils furent ainsi fortement imprégnés et civilisés par ces populations descendues du Nord, si bien que de nos jours dans le langage, les mœurs et les traditions de toutes ces diverses confédérations de pêcheurs, nous retrouvons à peu de choses près les mêmes idiomes Sarrakollé, ainsi que les coutumes et les industries conservées dans les tribus non islamisées du plateau de Bandiagara.

En effet quoique nomades sur le fleuve et pouvant grâce à leurs pirogues éviter le contact des envahisseurs en se cantonnant dans les lies, ces pêcheurs se sont toujours laissé influencer plus ou moins par les conquérants du pays. C'est ainsi que dans l'Ouest, sur le Haut Niger, ils sont actuellement un peu impressionnés par les coutumes des Bam-

(4) Voir Ch. Monteil, Monographie du cercle de Djenné. — Ils disent que les chiens sont sortis de terre avec eux et sont pour cela leur vrai tanna de race : cela rappelle le tanna des envahis^eurs Ilabbés Gara, le chien de Mandés.

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baras et des Malinkés, tandis que sur le moyeu fleuve les musulmans du Tekrow les ont obliges à adopter plusieurs règles de la rebgion islamique.

Par leurs animaux totem et par leurs légendes, nous trouvons la preuve qu'ils ont tous fait partie successivement des clans du Poisson ou MA et de celui des Oiseaux c Oua » ou « Dia », puis se rallièrent presque tous aux clans des serpents « So » dont leurs confédérations portent actuellement le nom.

Quoique appartenant ^^ un nombre de familles restreintes que Ton rencontre sur tout le fleuve, ils forment actuellement les confédérations suivantes :

1" Les Sormonos sur le HautNiger^ composés de familles primitives, furent éduqués par les envahisseurs du Nord, qui leur apportaient Tusage des grande filets (senne) introduits dit-on, par le Mandi Korongoï Tari-mani ; ils leur apprirent à fabriquer la poterie et à cojistruire des maisons en terre, et passèrent un grand nombre de mots sarrakollés dans leur langage. Ralliés aux clans des Sousous, ils furent soumis par les Bambaras Kouloubali dont ils devinrent une caste. Actuellement encore ils vivent dans des villages spéciaux près des agglomérations des Bambaras, et ont adopté quelques-unes de leurs tournures de phrases.

2" Les Korongoï stationnés dans toute la région des deltas du Bani du Niger et des iMarigots de Dias sont formés de l'alliance et du métissage des primitifs avec des familles originaires de Ganna ou descendues du Nord. Confédérés avec les clans des llouges ils ne se soumirent pas aux Sousous mais leur résistèrent en s'alliant avec (|uelques familles Markas qui formèrent avec eux le clan de la Hyène.

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Très industrieux ils fabriquent de grandes pirogues clouées, iJs édifient des maisons en briques, du même style que celles de la montagne de Bandiagara, et connaissent Temploi du tour dans la fabrication de la poterie ; enfin ils s'unissent en mariage avec les Noumous et les Sekous forgerons appartenant à leur famille et originaires du Nord^ disent-ils.

3^ Les BosoSy habitant les rives du Bani et des marigots nigériens, se déversant dans le Debo, au pied du plateau central nigérien, sont composés de familles primitives de la race des Bobos, affiliés aux clans desSousous, mais en général peu métissés avec les Rouges auxquels ils furent pourtant soumis ; ils habitent toujours des huttes en forme de ruches faites de roseaux ; leur dialecte Bobo contient beaucoup de mots Sarghay et Sarrakollé.

4* Les Sorkos qui exploitent le Nigerdulac Debo jusqu'à Gao, se composent de familles primitives noires dirigées par des Gara, métissés aux différents envahisseurs. Ils forment deux grandes confédérations : à TOuest les Fonno Hanna, ou hommes de Fono et ù l'Est les Farang Hanna, hommes de Farang. Nous donnons plus loin dans la légende deFaram, roi de Gao, la tradition conservée des luttes soutenues par cette confédération contre les autres peuples de la boucle nigérienne. Leurs dialectes sont des mélanges de la langue Songhol de TEst et du Sarakollé. Ils fabriquent des pirogues cousues, faites de niultiples morceaux de palmiers (cncifera thebaîca) ; pèchent surtout avec des nasses, ou en barrant le fleuve. Si vers le Debo ils se construisent quelques maisons en terre, vers TEst ils habitent plus généralement des paillottes en forme de ruche.

5° Les Songoï occMÇQïii toute la branche orientale du Niger,

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de Gao aux rapides de Boussa. Ralliés aux clans des Serpents comnne les Sorkos, ces pêcheurs sont encore des primitifs ; ils ignorent totalement la construction des maisons en terre, habitent toujours des huttes de paille, ne savent également pas construire des pirogues, se contentant de les creuser grossièrement dans des troncs d'arbres ; enfin ne connaissent pas encore Tusage des filets pour pêcher. Si un de leur chef Askia put imposer grâce à ses armées la domination Songhoï sur Tombouctou et Djenné, il ne leur apporta sûrement pas la civilisation, l'industrie et les arts qu'ils ignorent totalement encore de nos jours.

Toutes ces tribus se sont fait de la pêche et des transports par eau une vraie spécialité ; mais, comme nous lavons déjà dit, elles ont conservé un certain nombre de coutumes anciennes.

Dans chaque confédération les pêcheurs nomment à l'élection un grand chef du fleuve qui, pour les tribus de l'Ouest, habife sur le Debo et appartient actuellement à la famille Te.

Le fleuve et les lacs sont divisés en un certain nombre de secteurs dépendant chacun d'un chef de pêche nommé à l'élection. Ce chef de pêche qui n'a d'autorité qu'au moment de l'exploitation du fleuve obéit aux ordres du chef du fleuve et doit rester soumis à son chef de village pour toutes les questions politiques. Dans la région du Macina, les villages de Mopti, Kounna, Kouentza, Gourao sur le Niger et le Debo puis ceux de Kaka, de Sofara, Debetaka sur le Bani ont chacun leur chef de pêche qui est un Naciré pour les Sorkos et un Kontaro pour les Korongoï.

Les engins de pêche employés sont variés. Les engins fixes sont généralement de grandes nasses faites avec des lianes

flexibles, qu'on utilise pendant les hautes eauv lorsque le poisson remonte le courant sui* les bords du fleuve (juillet, août, septembre). La ligne de fond est également très employée et sert à capturer, aux abords de villages, les silures. Enfin des barrages sont installés dans les rizières et la zone inondée pour retenir le poisson au moment du retrait des eaux (février, mars) Comme engins mobiles les pécheurs de TOuest se servent aux basses eaux de la senne (avril, mai, juin), puis de filets à mains, enfin de harpons pour capturer hippopotames, caïmans et gros poissons, qui se reposent dans le bourgou pendant les fortes inondations.

Les pirogues de pèche ont en général cinq à six mètres de long, sauf c<»lles employées pour la chasse à l'hippopotame sur les lacs du Sud, dont les quilles atteignent quinze à seize mètres. Faites de planches cousues, elles servent de bateau de refuge aux harponneurs, qui montés sur de petites pirogues vont attaquer l'animal el leurs harpons lancés, regagnent vivement le bord à la nage.

En principe chaque engin de pèche se trouve être une spécialité réservée à telle ou telle famille ou confédération.

Tous les Somonos et les Korongoï des familles Nicuto, Kanto, Tapo, Kontao, Sobbo, Napa, Sabé, pèchent exclusivement avec la senne et les grands filets aux basses eaux.

Au contraire, le Djennepa, les Naciré, le Tamcapo, les Karamantao... se sont réservés la pèche h la lance et aux harpons des caïmans et des hippopotames ainsi que le placement des nasses aux hautes eaux dans les remous du fleuve.

En revanche les familles Tannapo, Korabetao, Tientao, se sont réservé le droit do barrer les marigots pour capturer les poissons.

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Mais toutes les populations riveraines ont la permission de barrer leurs rizières, de pêcher à la ligne de fond ou de poursuivre le poisson avec les filets à mains ; Les Djennenkés, les Markas Malinkobés qui ne sont pas des pêcheurs de profession, emploient ces méthodes.

Tous les poissons du Niger sont comestibles sauf une variété qui est dénommée « Borou » dans la région lacustre.

Le fleuve, divisé en zones de pèche, n'est exploité que sur Tordre du chef du fleuve lorsque celui-ci a oflcrt un sacrifice agréable il la « Fille du fleuve » (l) nommée Guidjé \ïdiV les Sorkos, Bhliam par les Foulannes et Mounou par les Songhoï.

Ce sacrifice est renouvelé dans chaque zone lorsque à son tour, après l'entente des chefs de pêche, elle est mise en exploitation.

Les pêcheurs de la région établissent alors sur les dunes de la zone de pèche leurs campements, villages temporaires en paillottes, dans lesquels ils préparent le produit de leurs captures.

Les opérations de pêche se font généralement par plusieurs familles associées qui partagent les bénéfices. Toutefois un individu de passage a toujours le droit de prendre part aux travaux de capture et reçoit alors sa part de prise. Ces prises sont toujours équitablement partagées entre le chef de pêche, les chefs de villaue de la zone exploitée, les pêcheurs et les voyageurs de passage, chacun recevant selon une coutume ancienne, la part qui lui revient. De même la location des

(1) La fille du Fleuve est le gfénie du Fleuve, la divinité qu'invoquent les pécheurs. Les peuples non p(>cheurs la confondent avec les lamentins.

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pirogues, et celle des grands filets (1) se paient par des parts de prises.

Toutes les contestations surgissant entre pêcheurs ou entre villages sont tranchées en principe par les chefs de pêche et souvent maintenant par les cadis.

Dans les tribus de pêcheurs tout individu blesse ou estropié pendant son travail soit par des silures, par les caïmans, les hippopotames, tombe comme les orphelins à la charge de la communauté et a droit à sa part d'animaux capturés que perçoit pour lui le chef de pêche.

Pendant que les hommes travaillent et surveillent leurs filets les femmes vont vendre aux marchés voisins du poisson frais, puis font sécher le surplus, fabriquent de Thuile avec le menu fretin, enfin préparent le boucanage de la viande et de la graisse d'hippopotame et de lamentins.

Ces produits de l'industrie des pêcheurs sont admirablement vendus sur tous les marchés de la plaine, Korienza, Kaka, etc., ils sont échangés contre des céréales, du sel, des Kolas, etc., même des étoffes. Le poisson sec empilé dans des paniers et Thuile enfermée dans des gourdes nommées « touques » prennent aussitôt par caravane les routes du Mossi, du Yagha et de Bobo Diolasso. La capacité d'absorption de cette denrée est si considérable dans tout Tintérieur de la Boucle que les pêcheurs n'arrivent pas à satisfaire les

(t) Les tilcls appartiennent généralement en commun à plusieurs individus. Lorsqu'on p&che avec une de ces sennes les captures sont réparties en trois parts. La première pour les chefs du fleuve et de village qui sont chargés de nourrir les estropiés et les orphelins, la deuxième pour les propriétaires du filet, l.-i troisième pour tous les gens qui ont aidé ou assisté à la pAche.

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besoins locaux ci que leur préparation de poisson fait prime sur tous les marchés.

Toutes ces populations riveraines des fleuves sont travailleuses : elles cultivent quelque lougans do riz, de maïs, de coton, de tabac et de chanvre, etc., dans les terrains que rinondation leur laisse libre ; en revanche la situation de leur village leur interdit, ou h peu près, Télevage. Ce sont eux qui font la plupart des transports de grains, de sel et de marchandises, grâce à leurs trains de pirogues, formant des convois réguliers entre les divers marchés de la vallée nigérienne.

Leurs pirogues sont entièrement construites et armées par leurs soins, avec les ressources locales et les divers bois de la région : dans le Nord les palmiers doums ou de thébaïde, dans le Sud les caïlcédrats, les karitcs ou les vènes ; leurs cordages sont fabriqués avec du chanvre ou des fibres de palmier, et le calfatage se fait avec des herbes impustrescibles recouvertes de beurre de karité.

Certains villages indigènes possèdent de sérieux chantiers de constructions, sur lesquels sont construits des vrais bateaux, des pirogues de 15 à 10 mètres de long pouvant porter 8 à 10 tonnes de marchandises.

Ces véritables coches d eau sont recouverts d'une toiture garnie de nattes ou de hAches en peaux, et se manœuvrent à la perche, h la corde ou à la pagaie, les indigènes ignorant encore l'usage de la voile.

Les chantiers les plus remarquables de cette région sont ceux de Saraféré, Korienza, Mopti, Diafarabé, Kaka Djenné et San.

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