‹ Le plateau central nigérianChapitre 69 sur 100 · LEGENDES DE FARANG · texte numérisé non relu

LEGENDES DE FARANG

INTIIODICTION

Lorsque chargé par l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres d'une mission archéologique et ethnographique dans la Boucle du Niger, je quittais Tombouctou en novembre 1903, pour me rendre dans la région lacustre du Sud du Niger, encore peu connue à cette époque, M. Dupais- Yacouba, interprète du gouvernement du Haut-Sénégal-Niger, voulut bien m'accompagner.

Pendant tout ce voyage, j'ai trouvé auprès de cet aimable compagnon de route le concours le plus précieux que l'on puisse imaginer, car Yacouba (c'est le nom sous lequel tous les indigènes soudanais connaissent M. Dupuis) est l'homme le plus charmant, le plus instruit, le mieux au courant des usages, coutumes et dialectes indigènes du Nord soudanais.

Auteur en grande partie de la grammaire Songhoy publiée par Mgr Hacquard des Pères Blancs, n'ayant pas quitté depuis plus de dix ans la région de Tombouctou, où il a su si bien faire apprécier par tous son inépuisable amabilité et sa haute compétence des choses du pays M. Dupuis s'est vu en même temps nommer par le Gouvernement interprète principal du Territoire militaire, et par les indigènes, qui le considèrent comme Tun des leurs, citoyen de Tombouctou, sous le nom

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de Yacouba. C'est le plus grand éloge que Ton puisse faire de lui et de sa science. Vivant de îa vie d'un indigène à Tombouctou, et surtout aux environs de Kabara où il aime à aller se reposer en pleine campagne, sur les bords du grand Fleuve, au milieu des pêcheurs derniers descendants des primitifs Soudanais, Yacouba a pu recueillir en langue indigène avec leur forme particulière, un grand nombre de légendes, contes ou fabliaux. Ce sont ces poèmes que Ton narre le soir autour des feux de campements dans la brousse, ou que dans les réunions indigènes de Tombouclou Thôte généreux offre à ses invites, avec le thé parfumé de menthe, déclamés par le « troubadour » en renom de la ville, accompagnant sa mélopée du son grêle de la guitare touareg.

Pendant mon séjour dans la Montagne chez les tribus Habbès, je fus frappé de la ressemblance des coutumes existant encore chez ces primitifs avec celles décrites dans les légendes des Pêcheurs que Yacouba nous narrait après Tétape pendant les longues heures de la soirée.

Je le priai donc de vouloir bien me traduire quelques-uns des récits qui composent son recueil de légendes, et principalement ceux ayant trait aux luttes des Sorkos conduits par leur chef Faram, contre les différents peuples envahisseurs du Soudan.

J'ose espérer qu'en dévoilant ces premiers récits légendaires, la modestie de M. Dupuis ne m'en voudra pas trop d'avoir révélé au public ses travaux et qu'il continuera au contraire la publication de ces documents si intéressants pour la connaissance des mœurs, de la littérature et de l'histoire des pays soudanais. Toutes ces légendes se déroulent sur les bords du Niger, le grand fleuve des Noirs, dans la partie de

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son cours qui s'étend de Djeuné et du lac Debo à TOucst jusqu'aux grands rapides de l'Est vers Say et Boussa.

Nous y voyons décrites les mœui*s, les relations et les luttes d'une tribu de pêcheurs conduite par son chef, Faram ou Farâng, avec les différents envahisseurs de la région : les Belle — ou Bellahs, tribus noires vassales des confédérations touaregs, puis avec les gens de la confédération du Gondo, du Korarou, delà Hyène... etc., etc.

Ces Sorkos formaient une tribu de pêcheurs, fraction à un moment donné du peuple Songhoï, qui reçoit sous son commandement les villes de Djenné, Tonibouctou et Gao.

Us se prétendent les descendants directs des aborigènes du pays. Ce sont des noirs presque orthognathes, ressemblant assez aux Ethiopiens des tribus Nilotiques.

Etablis dès la plus haute antiquité sur les rives du Niger, ces indigènes eurent à lutter constamment contre des invasions de peuples nouveaux attirés par les terres verdoyantes et irriguées de la vallée du Fleuve, Pasteurs Foulbés ou Berbères descendus des steppes désertiques du Nord, Trappeurs noirs prognathes sortis des lisières de la Grande Forêt du Sud.

Actuellement les descendants de ces primitifs nigériens se sont réfugiés soit dans les lies du fleuve (Bozos, Sorkos) soit dans les sites inaccessibles des montagnes du Plateau Central Soudanais (Tonibo, Oumbo, Habbés). Et seules ces légendes et traditions orales permettent de retracer leurs grandes luttes du passé.

En transcrivant ces légendes, M. Dupuis-Yacouba a conservé fldèlenient dans sa traduction les tournures indigènes.

Les noms propres des individus et des groupements ont

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été orthographiés littéralement selon la prononciation des Pécheurs Sorkos. De ce fait, les mots et les noms Maures, Berbères ou Tamachek nous apparaissent avec une allure toute différente de celle que nous leur trouvons habituellement. C'est rinverse de ce qui s'est produit dans le Tarickes-Soudan où nous recherchons avec peine les noms des noirs très difficilement transcrits et rendus en caractères arabes.

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