KOBÉ-TAKA
1^ Sa jeunesse.
Cette Belle habitait donc le Gourma au moment de la naissance de Kobé-taka, tils de Furaûg-ber. Il régna dès la mort de son père, arrivée au moment de sa naissance. Il n'était encore qu'un enfant au milien des Sorko, ses sujets. Sa mère manda le chef des Sorko et lui dit: « Procure-toi pour Kobe-taka un peu de fer et fais-lui fabriquer un petit javelot, afin qu'il puisse s'exercer à la pêche, car un Sorko qui n'apprend pas à manier le harpon dès sa jeunesse ne saura pas s'en servir quand il sera grand. »
Les Sorko se réunirent et prenant 4.000 pamparam (morceaux de fer ayant la forme d'un poisson et livrés ainsi dans le commerce) en fabriquèrent une lance ; ils coupèrent trois grands roniers, les assemblèrent et en firent la hampe.
388 THOISIKME RVRTIK
Un jeune Sorko était assis au milieu d'eux ; ceux ci lui dirent : « Voici le harpon, va le montrer à ta mère, Innamoy ». L'enfant le prit cl s'en alla. Innamoy donna le harpon à son fils et lui dit: « Kobc-Taka, voici ton harpon ! » Kobe-taka le souleva et le jetant à terre se mit à pleurer : il dit k sa mère: « Si mon père (que Dieu ait son âme) était vivant, il m'aurait dit : Prends cette aiguille et fixe-la à uue paille ! » — Sa mère lui répondit : « Cela est vrai ! mais ce que les Sorko t'ont donné, prends-le pour Tamour de Dieu ! »
Kobé-taka se mit k pêcher avec ce harpon. Il alla de village en village en péchant, il se nourrissait de sa pêche et vendait le surplus. Son déjeuner se composait de cinq hippopotames. Quand il était rassasié, il disait: «Que Dieu maudisse le jeune Sorko qui pêche avec un tel harpon ! » (Il en fut ainsi jusqu'à sa mort, et il ne rencontra jamais son pareil,)
Un jour il revint à Gao trouver sa mère, et lui dit : « Je m'en vais au loin ; je vais aller chercher quelqu un à combattre ; celui qui me vaincra sera mon maître ! »
Il voyagea donc et à tous ceux qu'il rencontrait, il demandait s'il y avait quelque part quelqu'un de sa force. Partout on lui dit que non. Il voyagea dans le Haousa et il trouva là un jeune homme qui connaissait Fa timata -Belle.
Quand il demanda aux gens du pays s'ils connaissaient quelqu^un de sa force ceux-ci lui dirent que non : mais un jeune homme lui dit : « Si tu cherches quelqu'un à combattre, je t'en supplie ne va pas au (lourma, il y a là Akhali, Ahambal et Bokholiten, les iils de Fatimata-Belle. » Kobétaka lui dit : <( Est-ce qu'ils sont aussi forts que moi ? » Le jeune homme lui dit : « Faraflg-ber était un Sorko qui habitait Gao, il n'avait pas son pareil au monde : jusqu'à sa mort,
PLANCIIK CV
HABBÉS 389
il entendit parler de Fatimata-belle, de Akhali, de Ahambal et de Bokholiten ; eh bien ! il n'osa pas se mesurer avec eux. Que pourrais-tu faire, toi, jeune Sorko dont on ne connaît ni le père ni la mère ? » Il lui répondit : « Eh bien, moi, j'irai au iiourma ! »
2** La rencontre avec Fatimata-belle
Il passa donc au Gourma. Il descendit chez Fatimatabelle ; il s'assit auprès d'elle et causa avec elle. Alors l'esclave de Fatimata-belle jeta à terre sa couverture. Un pan de cette couverture tomba sur Kobe-taka et faillit Tétouffer ; il se mit à crier, mais personne ne soupçonnait même qu'il appelât. Alors qu'à Gao iorsqu^il criait on l'entendait jusqu'à Tigilem, jusqu'à Bawœni, jusqu'à Berregoungou. 11 criait donc sous la couverture et personne n'entendait des cris.
Enfin Fatimata-belle se retournant s'écria : « Où donc est mon hôte ? » L'esclave répondit : « Par Dieu ! je n'en sais rien. >> — Elle dit : « Donne-moi ma couverture que j'aille le chercher. » Elle leva la couverture et le trouva dessous. L'esclave s'écria : « Maîtresse ! ton hôte est là. » Fatimatabelle lui dit: «Mon jeune hôte, d'où viens-tu donc? » Celui-ci honteux, n'osa lui avouer qu'il était là sous la couverture et qu'il suffoquait, il lui dit donc : « J'étais couché, ici, sur la couverture. » Elle lui dit : « Que cherches-tu dans le monde? » Il lui dit : « Je cherche quelqu'un à combattre. » Elle lui dit : « Mçs fils sont allés au bois, va au devant d'eux. »
Il se leva et alla au devant d'eux. 11 rencontra d'abord
390 TROISIÈME PARTIK
Âkhali et lui dit : « Grand frère ! laisse-moi t'aider, tu es fatigué ! Celui-ci lui répondit : - Continue ta route, mon jeune frère est derrière, va l'aider! »> Il passa, et alla ii la rencontre de Ahambal et lui dit: « Grand frère ! laisse- moi t'aider, tu es fatigué ! » Celui-ci lui dit : « Passe ton chemin et va aider mon jeune frère qui vient derrière » : Il s'en alla et rencontra Bokholiten ; il lui dit : « Grand frère, laisse-moi t'aider, tu es fatigué ! » Celui-ci lui dit : « Laisse, prends seulement mes sandales. » Kobe-taka fît tous ses efforts pour les soulever de terre et ne put y réussir. De honte il s'enfuit alors à Gao.
3® Son mariage.
Quand il arriva il dit à sa mère : « Ma mère ! » Innamoy lui dit : « Kobé-taka ?» — « Je vais me marier, mais si j'épouse une jeune « Belle », elle ne pourra pas se moquer de moi, je l'assure! » — Sa mère lui répondit : « Soit ! » — Kobe-taka se maria. Quand sa femme fut enceinte, il dit à sa mère : « Maintenant je vais aller combattre la Belle ; il faut que je la tue ! »
4® Deuxihne voyage an Gonrma. Sa mort.
Il se prépare, réunit ses bagîiges, les mit sur sa tète et partit. Il arriva au Gourma et entra dans le campement de Fatimata-Bellc ; il la trouva dormant à terre. Il se mil î\ la frap[)er de sa lance depuis le matin jusqu'au soir. Sur ces enlrofaites ses fils arriveront et le trouvèrent en train de frapper leur mère (Quand celle-ci dormait elle dormait pendant
HABBÉ8 391
une année entière). Akhali le saisit par la nuque et lui brisa la colonne vertébrale. Kobé«taka mourut donc au Gourma et c'est là qu'il repose jusqu'à ce jour.
Expédition des Sorko contre Fatimata-Belle.
Leur défaite.
La nouvelle de la mort de Kobé-taka arriva à Gao. Les Sorko s'assemblèrent en disant : « Voici une grande nouvelle ! Que tous viennent ! Allons chez Fatimata-Belle ! allons la tuer; allons tuer Akhali, Ahambal et Bokholiten, ses fils ! Celui qui restera ici sera maudit !» — « Jamais un Sorko n'a pu tuer Kobe taka, pas plus qu'un Korencho, un Pagou, un Djemoy, un Sabia, un Touroufo, un Kontabo, un Nabo, un Sabo, un Djingaba, un Tanafo, un Sembe, un Koyta, un Sanko, un Bilakoro, un Sego, un Tjébé (1) ; seule cette Belle ra tué ! »
Les Sorko, assis en conseil, lancèrent des imprécations contre la Belle : ils jurèrent que s'ils rencontraient Akhali, dut-il s'envoler au haut des airs, ils prendraient leur vol à sa suite et lui apprendraientqu'il n'est que le fils d'une Belle, d'une belle des Mittisen, des Kalino-Kounder, des Kelelnasara, des Keltegosma, des Kelhehaggaren, des Tendjeredjef, des Agawaddaren, des Iloubibi, des Lenchar, de Telemakhtou, des Kelantasar, des Evvannada, des Kelhikikcn (2). Tous jurèrent ainsi à Tenvi.
Ngasa, la femme de Kobé-taka vint à eux en poussant des
(1) Noms de familles de pécheurs.
(2) Noms de tribus touaregs ou berbères.
392 TROISlkMK PAHTIE
cris de douleur et leur dit : « Mon époux a été tué par la Belle, l'esclave du irow, du bois, de Taworwor, du bisow, de Tadarin, du gorboy (1), du sanga-sanga, du hasana ! c'est elle qui Ta tué, Tesclave du darey ! Les Bambara n'avaient pas osé Tattaqucp, ni les Telemakhtou, ni les Foulbé, ni les Sorko, ni les Mittisen !... » Elle ennuiera ainsi tous les peuples.
Les Sorko se levèrent alors et jurèrent de se rendre tons en Gourma. Puis ils s'en furent coucher. Le lendemain matin ils partirent et se dirigèrent vers le Gourma. Ils rencontrèrent le campement de Ilayal et le ruinèrent ; puis ceux de Boudladjii et de Gangani-Korto, ils les ruinèrent entièrement. Ils détruisirent ces trois campements, puis ceux des Daga (2), des Sourgou, des Kelantasar.
Quand Akhali apprit cette nouvelle à sa mère, celle-ci lui dit : « Pourquoi restes-tu donc ainsi inactif alors que tu entends dire que ces Sorko maudits, ces Sorko de Bamba^ de Bambakoura, de Wagay, de Wagaybougou, de Berregoungou, de Bellesao, ces Sorko qui mangent de la main gauche, qui ne voient que de Tœil gauche, qui ne marchent que du pied gauche, qui ne parlent qu'un mauvais langage, embrouillé et incompréhensible aux autres peuples du monde, ont détruit les campements de Gangani-Korte, de Boudjadji, de Hayal ces trois campements sans pareils? »
Alors Akhali se leva, — Ahambal se leva aussi pour le
(1) Noms indigènes des arbres de la brousse, car les Bellahs serfs récoltent du bois pour leurs maîtres. Ces noms indiquent également les membres d'une ancienne confédération dont les emblèmes et signes de reconnaissance (tannas) avaient été pris dans le règne végétal :
(2) Daga, touaregs vassaux ; Sourgou, touaregs guerriers ; Kel-Antassars, tribu maraboulique.
HABBÉS 393
suivre, — Akliali lui dit : « Ahambal, mon jeune frère, reste là, ce n'est pas môme la peine que pour ce combat je prenne mon pantalon, ni mon javelot, ni mon sabre, ni ma lance. J'anéantirai aujourd'hui ces Sorko. Les Âkili, les Akilidjou, les Scgnanidgou, les Masagnani, les Abbamarabani (1), les Koda-Keyna-Koy-Kate-nikourabosi, les Meynagoungou-boûgo, les A-tafala-djangal les A-wa-na-tji-a-waûe, les Wa-na-tji-nga-alala, les Nda-ne-Kar-ga-ganda-wane-a-mabisa-ni-Kati, les Nda-ni-bisa-ga-dji-bara-a-ma-bisa-ni-bondles Nda-ni-bisa-ga-djiour-bara-a-ma-bisa-ni-Kousoa» ; sûrement ils apprendront que j'ai tué les Sorko aujourd'hui.
Akhali alla à la rencontre des Sorko; il les trouva tous réunis; il se jeta au milieu d'eux avec un bâton. Surpris, tous se levèrent et s'enfuirent ; il ne put en atteindre un seul ; mais il les chassa du Gourma (2) surleHaousa(3) et jusqu'à Bamba.
Alors il s'arrêta. La troupe s'enfuyait toujours, il lança son bâton et en tua mille d'un coup. Il revint alors et dit à sa mère : « Si j'avais eu le temps de déjeuner ce matin, je serais allé jusqu'à Oao et l'aurais détruite ».
Les Sorko revinrent à (iao en disant : « Cette Belle ne peut être tuée que par celui qui l'a créée ».
(1) C'est pour les gens du campement de Akili, de Akilidjou, etc.
(2) Gourma, nom donne à la rive droite du Niger sur laquelle se trouvent les Etats de Gourma. où est encore aujourd'hui Fada N-Gourma, dans le Haut-Dahomey vers Say.
(3) Haoussa, nom donné ù la rive gauche du Niger, sur laquelle se tfouvent les Etats l:aoussas.
Farang-nabo /® Sa naissance.
Les Sorko restèrent h Gao jusqu'aux couches de Ngasa. Elle mit au monde un garçon. On annonça cette nouvelle aux Sorko assemblés. Ils tuèrent alors des animaux et préparèrent tout ce qu'il faut pour la cérémonie de l'imposition du nom. Ils convinrent de lui donner le nom de son grand-père. On rappela donc Faraûg.
i?® Son en fa?} ce.
Il resta couché sur des linges jusqu'à ce qu'il pût s'asseoir; puis il se mit à ramper sur ses mains ; puis à se tenir debout ; enfin il commença à marcher.
Il alla alors jouer avec les autres enfants. En jouant avec les enfants de Gao, s'il venait à se battre avec eux il cassait soit une jambe, soit un bras, en sorte que les enfants mécontents se mirent à lui rappeler la mort de Kobe-taka, son père tué par la Belle : « Elle n'était qu'une méchante esclave de Mittisen, celle-là ! »
Faraûg, furieux, alla trouver sa mère et lui dit : « Ngasa, ma mère, je t'en prie, dis-moi la vérité, est-il vrai que la Belle a tué mon père? » Sa mère lui répondit : « Mensonge que tout cela ! ce sont des propos d'enfants ! Les Sorko n'auraient pu tuer ton père, pourquoi la Belle l'aurait-elle pu? »
Faraûg se leva et sortit : Pourtant pendant un an encore les enfants se moquèrent de lui en lui disant que la Belle avait tué son père.
Son bateau.
Quand l'année fut écoulée, il dit à sa mère : « Bon gré mal gré, demain j'irai à la forêt couper un petit arbre pour en faire une barque. Un fils de Sorko qui n*a pas de barque ne peut être digne et bien vêtu, il n'est rien ! » Sa mère lui répondit : « C'est bien ! »
Faraûg était encore enfant : sa mère se leva de bonne heure, lui prépara neuf mesures de mil pilé (chaque mesure est de quatre litres environ), et les mit dans une petite peau de bouc.
Faraûg partit de bonne heure l'i la forêt ; il prit sa hache et son erminette et entra au milieu des doueygna et passa la journée à abattre du bois. Le soir, il se coucha au pied d'un arbre et s'endormit. Le lendemain il recommença à couper des arbres juscju'au soir, et ainsi pendant quatorze jours. Puis il prépara le bois, il écorça les arbres, il en fit les bordages inférieurs du bateau, puis les bordages supérieurs, puis le fond, puis la poupe, puis la proue. Il mit ensuite toutes ces pièces en tas et les laissa là. Il revint chez lui.
Il alla trouver sa mère : « Ngasa, ma mère, j'ai fait mon bateau, aide- moi en me prêtant une scie ». Elle lui donna une scie.
Faraûg partit de grand matin h la forêt, il passa la journée à couper des feuilles de palmiers-nains, et ainsi pendant quatorze jours. 11 prépara ces feuilles et en fit des cordes. Quand il eut fini, il revint ti la ville. Il dit h sa mère : « Ngasa, ma mère, j'ai coupé des feuilles de palmiers nains, et en ai fait des cordes que j'ai déposées en las ». Ngasa lui dit : « Va
39(5 TIIOISIKMK PARTIK
trouver les gens de Gao, qu'ils faident ! tu as préparé le bois de ton petit bateau, qu'ils t'aident ! »
Faraûg alla trouver les vieillarJs de Gao et leur dit : « Je suis venu vous demander Taide des jeunes gens; j'ai coupé du bois dans la forêt, en ai fait les différentes parties de mon bateau, aidez-moi à les faire transporter ici ». Ils lui répondirent : « C'est bien ! Nabonké, Sondjinabo (1), Soynakoledji nabo (2), fils de Kobc taka ! Que Dieu te donne autant de biens qu'il en avait donnés fi ton père ».
Faraûg s'en alla. Quand il fut parti, un vieux Sorko se leva et dit : « Que tout le monde vienne ! Ce jeune Sorko, s'il plait î\ Dieu, nous vengera : les Sorko posséderont en paix Gao, Ramba, Bambakoura, Bamba-debesou... »
Ils s'en allèrent. Quand tous furent là, il leur dit : « Je vous en prie, aidez Faraûg-Nabonke : il a coupé du bois, allez le chercher ». Les Sorko partirent. Tous réunis voulurent soulever la poupe du bateau, ils ne purent.
Nabonke était là ; il les regardait, alors voyant leur faiblesse : « Gens de Gao, dit-il, allons donc ! ce simple petit morceau de bois que j ai façonné avant qu'il fût sec, vous ne pouvez pas le soulever ! » — Ils envoyèrent, à Gao, dire aux vieillards : « Envoyez-nous tous les enfants pour nous aider, car ce jeune Sorko veut nous faire transporter, non pas des pièces de bateau, mais des rochers.. Les vieillards vinrent eux-mêmes s'en rendre compte en amenant les enfants. Tous les Sorko, réunis, parvinrent à soulever la poupe du bateau.
(i) Nom de famille sijçnifianl fils de Nabo, descendant des Nabo du Serpent.
(2) ¥\\s de la confédération de la Sounna Blanche (Soyna, Kole dji). La Souna ou Siinni, confédération des Senahadja.
Tviic ili- rnSRiln paillo en frmiit . s l'oiillièK ilu PaniiUfilia tiiiimbala Parimakc et lit! loutc la n-gion lacustre.
PLANCHE CVll
Fig. m. — Cist llnlio SiiiiiDs, cruusÙL' ilaïui If sol Kt recouvcrli'
d'un toit plat sup]>orto par des piliers ;
(tans le fund. grenier n mil a toitures conti|ues.
HABBÉS 397
Ils lui dirent : « Faraûg, tu ne finiras pas de coudre ton bateau cette année, nous ne savons quand tu rachèvcras ». Faraùg leur dit : « Attendez-moi ! » Ils s'arrêtèrent. Faraûg prit toutes les pièces de son bateau, les plaça sur son épaule. Il ramassa tous les débris de bois en disant : « Je vais les porter à Ngasa pour allumer le feu ». Il prit encore les cordes et les porta jusqu'à Gao. De plus, les porteurs de la poupe étant fatigués en route, il avait pris la poupe.
En arrivant il plaça tous ses bois en tas dans la plaine et arrangea un emplacement pour la construction du bateau. Pendant quatorze jours il assembla les pièces avec ses cordes jusqu'à ce qu'elles fussent finies. Il vint alors trouver sa mère et lui dit : <( Ngasa, ma mère, ma corde est finie ». Elle lui dit : « Va trouver ton oncle et tu lui demanderas où est Albarka-Babata ».
Il alla trouver son oncle « le harponneur » Tinamori-Faraùg, et lui dit : <( J'ai déjà assemblé les pièces de mon bateau, mais je manque de cordes pour la dernière couture ». Tinamori se leva : « Gloire à Dieu et son prophète, dit-il, lui seul est grand ! Faraûgaka ! Dès ta naissance on t'a donné le nom de mon père. Quand il vivait, il y avait une esclave, Fatimata- Belle, dont le fils Akhali est ton ennemi. Celui qui ta donné la force de construire ton bateau, te fournira aussi les moyens d'aller au Gourma combattre Akhali. Faraûgaka! Je vais te donner tous les sortilèges et les piroguiers que ton père a laissés en mourant ».
Alors il le laissa là. Il appela : « Albarka-Babata ! » Celui-ci dit : « Voilà ! maître ! » Fomboragali ! — « Voilà ! maître ! » — Kousoutelje! Kousou-Djoumandi ! Hi-korembanoura ! Ili-bongo-mbanoura ! Fa-ma-Kautje ! Ilikatou-djereDjongo !
398 rnoisiÈMK parti k
Bouboulougadji ! (1) Ahmadou-Karnnkaran ! Asseyta-Bakari ! Koynsata-Bakari ! Hascy-ukandje-s'a-su ! Tjere-nda-tjere- Kati ! Tjere-nda-tjere-notan«^ou ! Hi-kore-gafa-noni ! Iliboûgo-gafa-noni ! Venez tous ici ! »
Ils arriveront au nombre de 333. Il leur dit : « Allons ! je vois que notre race n'est pas encore éteinte et qu'elle no s'éteindra jamais ici-bas ! » Il dit h Faraftg : « Voici les piro» guiei*s, ceux de proue et ceux de poupe ! Nabonké ! Fais attention ! Les gens de (lao seront témoins de tes actes ! Respecte les Sorko ! Bespectez-vous mutuellement ! Dans votre union à Gao tu trouveras ta puissance, Nabonké ! »
Il lui enseigna ensuite tous les sortilèges qu'il connaissait. Il lui dit : « Nabonké ! prends le bouc noir, la [)oule noire, le vase de terre pour le lait frais, sois plein d'attention à Karamankoy, à Marmankoy (2), à Kayankoy. h Mangasil Voilà que je t'ai tout donné, Faraûg ! »
Faraflg revint trouver sa mère et lui dit : Ngasa, ma mère ! Rendons ^ràce à Dieu ! mon oncle Tinamori m'a donné 333 piroguiers; il m'a donné aussi beaucoup de sortilèges! Ngasa dit aux piroguiers : « Que le salut soit sur vous ! Approchez ! » Les piroguiers entrèrent et s'assirent dans la maison. Ils se couchèrent.
Le lendemain, au jour, ils allèrent avec Faraûg à la foret; ils coupèrent des palmiers nains, les préparèrent et revinrent
(i) Surnoms des matelots armant Ja pirogue.
(2) Noms des divinités prolectrices de la race Sorko. Son oncle l'initie au culte à rendre h la divinité. Kara-ina-nkey, chefs des Rouges du Lamentin Garama ou Karama Marma-nkoy, chef des Marmar. Kayankoy, chef protecteur des Kaya. Maiiga Si. Les M«1 et les Si = Lamentin et Serpents. Ce sont les prolecteurs de différents clans aux(|ueis les Sorkos ont été affiliés Tiarama, Marmarides, Kaya ou Li, puis Mande Mango et Sousous.
HABBÉS 399
coudre le bateau. Quand il fut terminé ils le mirent à Teau.
Ses pi* cites.
Le lendemain Faraôg dit aux piroguiers : « Allons sur le Haousa ! allons à la pêche ! » Ils partirent. Faraûgaka tua 300 hippopotames, 300 caïmans, 300 lamantins, 300 tortues d'eau, 300 boas, 300 lézards d'eau, 300 gay (gros silures). Les piroguiers lui dirent : « Par Dieu ! et pour ton père ! couchetoi ! Demain tu le vengeras ! » Ils revinrent. Albarka-Babata dit aux piroguiers : « Que le salut soit sur vous ! Obéissez à Dieu et à Farafig, comme moi, j'obéis à Dieu et à Faratig.
Faraûg continua ses pêches dans tout le pays.
Pêche à Wagay.
II dit à ses piroguiers : « S'il plaît à Dieu, j'irai à Wagay, je pécherai et donnerai le produit aux gens de Wagay ! » Le lendemain ils partirent pour Wagay. Il tua des hippopotames, des lamantins, des caïmans, des tortues d*eau, des boas, des lézards d'eau, des gay. Il arriva ainsi k Wagay et aborda au port. Il appela Albarka-Babata et lui dit : « Monte au village et dis au chef de venir ici ». Albarka-Babata alla trouver le chef et lui dit : « Chef ! Nabonkc te fait dire d'amener au port tous les gens, hommes et femmes ». Ils vinrent et saluèrent Faraûgaka Celui-ci leur dit : « Reculez- vous un peu, que je vous jette un peu de viande pour faire la sauce de votre nourriture ! .» Ils se retirèrent et Faraûg leur jeta des hippopotames, des caïmans, des lamantins, des tortues, des boas, des lézards, des uav.
400 TIIOISIKME PARTItC
Les gens de Wagay ramassèrent, mais ne purent en venir à bout; la viande se corrompit avant qu'ils eussent fini. Ils remercièrent Faraûg en lui souhaitant une aussi longue vie que celle de ses pères.
Faraûg partit. Il dit à Alharka-Babata : « Je vais encore pécher ici, mais si rien ne s'y oppose, je n'oublierai pas la Belle, ni Akhali, ni Ahambal, ni Hokholiten, je ne les oublierai pas, ces esclaves des Kelennasara ! Je veux que tout Gao sache qu'il est temps que je venge mon père, que tout le Dendi (1) soit témoin de ma vengeance ! Albarka-Babata ! je le jure sur la Sonna I (2).
Prche à Wagay-bouyou.
Faraûg lui dit : « Demain, de bonne heure, j'irai pocher sur le fleuve de Wagay-bougou ! » Ils se couchèrent. . Le lendemain les Sorko embarquèrent et le ramenèrent jusqu'à Wagay-bougou. Ils tuèrent des hippopotames, des lamantins, des caïmans, des tortues d'eau, des lézards d'eau, des boas, des gay. Les barques étaient pleines. Ils gagnèrent le village. Les gens de Wagay-bougou avaient appris la nouvelle et considéraient de loin le Sorko qui venait. Arrivé au port, Faraûg dit à Albarka-Babata : t< Va dire au chef de venir avec ses gens, hommes et femmes ». Albarka Babata alla dire au chef d'amener tous ses gens. Ils vinrent saluer le Sorko. Celui-ci leur dit : Reculez-vous un peu, que je vous jette un peu de viande pour la sauce de votre nourriture ! »
(i) Province du S.-E. de l'empire Songlioï Pris en général veut dire TEsl.
(i) La confédération des Hannon du Ser|)enl.
HABDÉS 401
Ils se retirèrent. Le Sorko leur jeta des hippopotames, des lamantins, des tortues d'eau, des caïmans, des boas^ des lézards d'eau, des gay.
Pendant sept jours ils ramassèrent la viande, le reste se corrompit avant qu'ils aient pu l'emporter. Ils remercièrent le Sorko en disant : « Sorko ! Que Dieu te donne une vie aussi longue que celle de tes pères! »
Farafig dit à Albarka-Babata : « Demain, si tout va bien, j'irai pêcher à Berre-goungou. Ils se couchèrent.
[Péc/ie à Bervegoiiugoti).
A Taurore le Sorko se leva et dit : Albarka Babata ! je te le jure sur la Sonna (1), le Dendi apprendra que le temps de venger mon père est venu, que je ne l'oublie pas ». Il prépara des harpons, en fixa le fer à la hampe : il tua des hippopotames, des lamantins, des caïmans, des tortues d'eau, des boas, des lézards d'eau, des gay; puis il dit à Albarka- Babata : « Gagnons Berre-goungou ! Ils y allèrent. Farafig dit à Albarka Babata d'aller chercher le chef et ses gens, hommes et femmes. II y alla. Les gens de Berregoungou vinrent saluer le Sorko. Il leur demanda des nouvelles du pays. Puis il leur dit : « Reculez-vous que je vous jette de la viande ! » Quand ils se furent retirés, il leur jeta de la viande. Pendant sept jours ils ramassèrent et le reste se corrompit sur place. Ils le remercièrent.
Retour à Gao. — Farafig dit A Albarka Babata : « Retour-
Ci) Sonna ou Souna, confédération des Senhadja.
SB
n'>ii« ^ fiao pour dire a N'easa que les seai de W»-a\. •j^' Waeay-l>oijjou de Beire-L'ounsou on! vu ■'.
Ils partirent.
Fo arrivant a Uuo il alla livniver sa int^re. >a?:it auprès d'elle e( lai dit : ■ N^asa 2-. mu nn're. il vaut mieut asir soi-ni<-me une fois que de faire a;:ir d'autres. ^usâent-iI^ ceci 1 Toutef'ii* je \;h> <-iivi.yf-r un li<*ninie au Ijourma |f>ur anooncerÎÉ Katimata-lti-lle que je >tii> né, que je viendrai veocer ni'in péri-, que tout le Oourma sera témoin de ma vengeance -.
3 Forti/toroga.si et Foaiheha^oufi^.
Il appela Fomboros'ast, il appela Fombebaçoube : n Fom- Itoro^'asi. dît-il, je t'envoie avec Fombebag^ube. Allez par le llafiuiia. vous passerez ensuite sur le Gourma, vous irez trouver Fiitiinala-Bclle, vous lui direz : Karaflgaka-Nabo-Konlabo le fait dire : que Dieu détruise ta i-ace .' Moi. FaraA^aka- .\tibo. je vengerai mon père, si Dieu me donne vie j'irai Ircjuver iiu i\nmmn rcscinvc des Millisen et des A^anaddaren ! — Vous direz à Akliali : Voici les paroles du Sorko : Va, viens, vole, je te suivriii. — Altaclier un homme n'est pas aussi difficile que de le délier. — Si la hyène se fait tisserand, le mouton lui prépare sa navette. — Si le chat se fait marchand, la souris lui comptera ses cauris ».
Ils partirent. Ils voyapèrent chaque jour en partant de bonne heure. Knfln ils atteignirent le fiourma. Fatimata-Belle était là. Ils s'enquirent de la (ente de la Belle. <i Voyez, leur
(:!) Ngaxa ou .Sanga, nom lii- b ntcrc. ^i^'nilie qu'elle ap|iarliCDl au rhn (lu Serpent n^a fcmeilc.
dit-on, cotte tente là-bas, on dirait une forêt, c'est là ». Ils arrivèrent, saluèrent. On leur étendit des nattes, ils s'assirent. Fatimata-Belle appela son esclave Djidi-ber : « Prends des Kram-Krams (l), lui dit-elle, et prépare à déjeuner à mes hôtes ». Pendant que Djidi-ber s'acquittait de son office Funiborogasi dit à Fombebagoube : « ('ette esclave est jolie, je Taime ! » Djidi-ber leur apporta du dùn (boisson rafraîchissante) : ils mangèrent, ils burent jusqu'à ce qu'ils fussent rassasiés. Fomborogasi dit à Fombebagoube : « Moi je ne ferai pas la commission de Faraîig. Si Fatimata-Belle me demande ce que nous sommes venus faire, je lui dirai que je suis venu demander Djidi-ber en mariage ». — Ils restèrent là jusqu'à la nuit. Fatimata-Belle leur dit : « Mes hôtes, que voulez-vous de moi? » Fomborogasi répondit: « Je suis venu demander Djidi-ber en mariage ». — « Qui es-tu? » — « Je suis un homme Wagay-bougou, les Sofigoytje (2) sont mes maîtres ». — Fatimata-Belle lui donna Djidi-ber. « Je te donne Djidiber, mon esclave, épouse-la ». — Il l'épousa. Ils restèrent longtemps au Gourma.
{Boumbouloungasi).
Faraûg appela Boumbouloungasi et lui dit : « Va donc voir ce que deviennent Fomborogasi et Fombebagoube ». Il partit, en arrivant au Gourma il demanda la tente de Fatimata-Belle. On lui dit : « Vois la tente qui est là-bas, semblable à une forèl, c'est là ». Il y alla, il trouva Fombo-
{{) Graines de « penniselum dystichum » grosse comme du millet, que l'on mange en coulis, avec du lail.
(2) Songoylje, enfant eu Songoï.
trtxix'i élenda appavc sur sca condr Fombcboz^jab» c4ût allé M pmoi^a^r dans le campemeal . Ils w aloêfcat. boatoltoulooneasi dit alors : « Fomboroeasi. notrr aaitrt ^kp ebarç« d? I<r demander si lu es malade, si rien de maoTÛ» mt TOUS esl sorrena au Gonrina ■- — >oos ne «omotes pas malade*, mais doos n'avons pa& élé libres >. — t *I*à «st Fatiraata-Belle 7 ^ — ' Elle esl dans sa lenle . — U alla chez Falima la-Bel le, la salua el lui dit : • Nabonke le fait «lire : Que Dieu te brise! rjue Dieu détruise la raee' Si Dieo ■■« doane vie, je viendrai le trouver ao Gourmx. pour reosvr mon père. (^>Iui qui a épousé ton esclave est l'envoyé de Faraûs- ". Falimala-Belle se mil i rire : - Et loi. dil-eile. qui et-tu? M — » Moi. je suis Boumboulounçasi -. — • Donc, quand lu reU^umeras chez Farafig, dis-lui que s'il reneal aa Gonrma.. il m'y trouvera, dis lui : < Kobe-laka, ton père, est ici, enterré, A plus forte raiw>n, toi qui es * peine né y resteras-tu ; sache aussi que ton esclave que lu m'avais envoyé s'est marié ici à bjidi-ber mon esclave ■•.
Elle appela Djidi-ber, et lui dit : ■ Il parait que ton mari est un esrlave du Sorko, tu ne seras plus sa femme dès aujourd'hui •■.
On envoya chercher Fombebagoube et tous trois revinrent
& (jBO.
Iloumbouloiingasi dit a Fara&g : •• Fomborogasî et Fombehagouhe n'ont pas Tait ta commission, au contraire ils épousèrent là-bas l'esclave de la Belle. Moi je lai faite, ta commission : Farangaka Nabo ! Cette Belle est très forte, si tu voyais sa lente, tu dirais une forit; cette Belle est très grande, elle est grande comme le monde! lorsqu'elle s'asseoit