‹ Le plateau central nigérianChapitre 72 sur 100 · PLANCHE CIX · texte numérisé non relu

PLANCHE CIX

HABBES 403

SOUS sa tente, la moitié de son corps est dedans, Tniitrc moitié est dehors ».

Farangaka lui dit : « Cette Belle est grande, dis-tu ? Eh bien, si je vis, je détruirai sa race dans le monde comme si elle n'avait jamais existé ». Bombouloungasi lui dit : a Elle m'a dit de te dire que ton père Kobe-taka était enterré au Gourma, à plus forte raison toi, qui es à peine né ». Faraiig dit : « Soit ! »

Il appela Albarka-Babata et lui dit : « Si rien ne s'y oppose, je veux aller voir Tigilem. Je te jure par la Sonna que je ne perds pas de vue la Belle, et que je n^oublie pas ses paroles ».

Ils allèrent coucher.

Voyage à Tigilem

Le lendemain, à l'aurore, ils se levèrent. Farafig embarqua ses armes, puis entra dans sa barque. On partit. Le Sorko passa la journée à harponner. Il dit à Albarka- Babata : « Abordons sous ce gros arbre, et déjeunons ! » — Ils débarquèrent sous l'arbre, descendirent à terre les marmites et le foyer. Ils firent la cuisine et mangèrent bien.

Le Djimn de Tigilem (1).

Le Sorko dit à Albarka-Babata : « Je vais dormir et ronfler un peu ! » Il se coucha î\ terre et dormit. Les piroguiers s'assirent auprès de lui.

(i) Les Soudanais en général cl surtout les t'étichisles primitifs des montagnes croient à Texislence d'êtres supérieurs aux humains, sortes de génies

t'ig. ïm. — Uni' maison de pi^dii^ur Ki>ri>ngol vci'' UiuraralK-, sur le >'ig<T.

UABBÉS 405

SOUS sa tente, la moitié de son corps est dedans, Taiilre moitié est dehors ».

Farangaka lui dit : « Cette Belle est grande, dis-tu? Eh bien, si je vis, je détruirai sa race dans le monde comme si elle n'avait jamais existé ». Bombouloungasi lui dit : « Elle m'a dit de te dire que ton père Kobe-taka était enterré au Gourma, à plus forte raison toi, qui es à peine né ». Farafig dit : « Soit ! »

Il appela Albarka-Babata et lui dit : « Si rien ne s'y oppose, je veux aller voir Tigilem. Je te jure par la Sonna que je ne perds pas de vue la Belle, et que je n^oublie pas ses paroles ».

Ils allèrent coucher.

Voyage à Tigilem

Le lendemain, à l'aurore, ils se levèrent. Faraûg embarqua ses armes, puis entra dans sa barque. On partit. Le Sorko passa la journée à harponner. Il dit à Albarka- Babata : « Abordons sous ce gros arbre, et déjeunons ! » — Ils débarquèrent sous l'arbre, descendirent à terre les marmites et le foyer. Ils firent la cuisine et mangèrent bien.

Le Djinni de Tigilem (1).

Le Sorko dit à Albarka-Babata : « Je vais dormir et ronfler un peu ! » Il se coucha h terre et dormit. Les piroguiers s*assirent auprès de lui.

(i) Les Soudanais en général et surtout les t'élichistes primitifs des montagnes croient à l'existence d'(Mres supérieurs aux humains, sortes de génies

Le Djinni de l'arbre descendit et leur dit : « D'où venezvous et où allez-vous? » — « Nous venons de Gao, et nous allons à Tigilem ». — « Mais vous ne savez donc pas que personne ne peut aborder ici impunément, à plus forte raison s'asseoir au pied de mon arbre et y faire sa cuisine et y coucher? »

Alors les piroguiers se levèrent et se mirent à pleurer sur leur sort. Le Sorko s*éveilla et dit : « Albarka-Babata? Qu'y a-t-il? vous pleurez? Est-ce que je suis mort? » Alors le djinni de l'arbre s agita, le Sorko se leva, il dit au Sorko : « Ton voyage te portera malheur! » — « Et toi, ta venue ici sera ton malheur ! » — Le Sorko s'écria : (c Que son arbre soit coupé aujourd'hui! » — « Et toi, dit le Djinni, tu mourras aujourd'hui môme ! et tous tes piroguiers périront et disparaîtront de la face du monde ! » Ils continuèrent à s'invectiver ainsi : « Je jure que ton arbre sera coupé aujourd'hui! » — « Et toi et tes piroguiers vous périrez aujourd'hui ». — Enfin ils se lassèrent. Le Sorko appela ses idoles à son aide (1) ; il enleva le djinni, le lança en l'air, le jeta à terre ; puis il lui saisit le cœur; il appela Albarka-Babata : ((Donne-moi mon couteau ». 11 le prit et le plaça sur la gorge du Djinni. Celui-ci supplia : « Ne m'égorge pas, au nom de Dieu et de son prophète ! Je vais te donner des sortilèges ». Le Sorko retint son bras. — Le djinni lui donna des sortilèges. (( Ce sortilège te servira dans telle et telle circonstances ». Il lui donna ainsi 333 sortilèges. — Le Sorko lui dit : « Tu m'as tout donné? »

(iu lieu, qui se partagent les ditîerents sites terrestres. Les humains entrent en relations avec ces génies, se placent sous leur protection exclusive, leur font (les libations et cherchent à pactiser avec eux. (i) Il invoque ses divinités protectrices.

HAURÉS 407

L'autre répondit : « Oui ! c'est tout !» — Le Sorko replaça son couteau sur la gorge du Djinni. Celui-ci s'écria : « Ne m'égoige pas, j'ai encore des sortilèges ! » Il lui donna encore 333 sortilèges. — Le Sorko recommença à le menacer de son couteau. « Ne m'égorge pas, je vais te donner le vase aux sortilèges ! » Il le lui donna. Alors le Sorko égorgea le Djinni. Il creusa une fosse et Tenterra. Or c'était le fils du chef des Djinni. Tous les Djinni pleurèrent sa mort : « Malheur ! Farangaka-Nabo nous a détruits aujourd'hui en égorgeant le fils de notre chef. Si celui-ci ne lui avait pas donné les sortilèges, jamais il n'aurait revu le soleil, maintenant nous n'avons plus de pouvoir ».

Retour à Gao,

Faraûg revint à Gao. Il dit à sa mère : (c Ngasa, ma mère, qu'il advienne ce que pourra, demain sans faute je vais aller trouver Fatimata-Belle, la maltresse de Djidi-ber, l'esclave des Wittisen, des Agawaddaren, des Kalinokounder, des Kelennasara, dos Keltegosma, des Kelhehaggaren, des Tendjeredjef, des Iloubibi, des Lenchar, des Telemakhtou, des Kelantasar, j'irai la trouver ».

Sa mère lui répondit : « Nabonke, ce n'est pas h moi qu'il faut dire cela ; va consulter les divinités protectrices >>. — Il alla à ses protecteurs ; il appela Karmankoy, Marmankoy, Kayankoy et leur dit : a Demain, je veux aller trouver Fatimata-Belle » ! Ils lui répondirent : « C'est bien » ! — Ils le retinrent sept jours et encore sept jours, — ils lui firent boire un breuvage et lui enseignèrent toutes choses. Alors il revin t

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chez sa mère et lui raconta ce que les idoles (1) avaient fait. Celle-ci lui dit : « Maintenant, va trouver Fatimata-Belle ».

Départ de Farang, — Mort de Futimata-Belle.

Il partit et se dirigea vers le Gourma. Albarka-Babata poussait la barque. Ils trouvèrent Fatimata-Belle changeant de campement. Elle prit une outre et vint Templir au bord du fleuve. Elle mit un pied sur une rive et Tautre en face sur Tautre rive, elle se pencha pour emplir son outre, or sa couverture était tombée.

Quand le bateau de Faraûg arriva, il la trouva dans cette position. Fara&g était couché dans le bateau, les piroguiers poussaient, faisaient face aux parties nobles de Fatimata- Belle. Ils entrèrent ainsi dans le ventre de la Belle, sans le savoir. Elle-même ne se douta pas de la chose. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à son cœur, mais lu le bateau ne put passer. Ils réveillèrent Faraûg : « Lève-toi, nous sommes au bout du fleuve ! » Faraûg se leva, et leur dit : « Retournez en arrière, vous n'êtes pas à Textréraité du fleuve, mais dans le ventre de la Belle! » (2).

Quand ils furent sortis, Faraûg dit à Fatimata-Belle : « Hé ! Belle, idolâtre, qui ne pries pas, qui ne connais ni Dieu ni son Prophète, ôte-toi de là que je passe avec mon bateau ! » — Elle lui répondit : « Je ne me retirerai pas d'ici que mon outre ne soit pleine ». — « Si tu ne te retires pas, je détruis ta race à jamais ». — « Je n'ai rien à te dire, Akhali, Ahambal, Bokholiten sont là pour te répondre ».

(1) Idoles, divinités prolectrices.

(2) Ce passage signifie que les Bellahs et leurs campements occupaient les deux rives du Fleuve.

HABBÉS 409

Faraûg descendit à terre ; il saisit une patte de I^outre et voulut pousser Fatimata-Belle pour la faire tomber. Celle-ci tira sur l'autre patte de l'outre et Toutre s'arracha. Fatimata- Belle s'écria : « Tu seras puni aujourd'hui et l'œil qui t'a vu ne te verra plus jamais ».

Faraûg saisit son harpon et frappa la Belle et la transperça. Fatimata arracha le harpon et le lança contre Faraûg, mais celui-ci para le coup. Faraûg reprit le harpon et en frappa de nouveau la Belle. Elle tomba. Faraûg et ses piroguiers la frappèrent jusqu'à ce qu'elle mourût.

Mort de AkhalL

Faraûg débarqua alors et établit son camp dans cet endroit. Ils se mirent à pêcher pendant quatorze jours. La nouvelle arriva aux oreilles de Akhali-Belle. Il prit son poignard, son sabre, ses deux lances et vint au camp de Faraûg sur l'autre rive du fleuve. Il salua : « Le salut soit sur vous, maudits Sorko ! » Ils lui répondirent : « Et sur toi le salut, maudit esclave de Belle ! » — Akhali dit • « Faraûg, que Dieu te perde, qu'il perde ta mère, ton père, ton grand-père, ton oncle, ta tante, ton commencement et ta fin, tous tes ancêtres! Qu'il détruise le camp d'où tu viens, la ville d'où tu sors! je jure de te faire aujourd'hui plus que tu n'as fait à ma mère ».

Faraûg dit : (c Albarka-Babata ! Que dit donc cet homme de l'autre côté du fleuve? Je n'entends pas une de ses paroles ! » — « Moi, non plus, je n'ai pas compris une seule de ses paroles, je n'ai entendu que le son de sa voix ». — « Allez le chercher ! »

Ils le traversèrent. Quand il fut arrivé, Faraftg lui dit : (( Que disais-tu? » — « Je te disais que Kobe-taka a eu le cou casse ici ».

« Dormons jusqu'à demain, répondit Faraûg ; demain nous nous verrons et nous nous expliquerons ensemble ! »

Ils dormirent jusqu'au lendemain. On lui donna k souper. Akhali dit : « Depuis ma naissance, je n'ai jamais mangé la nourriture des Sorko, je ne commencerai pas aujourd'hui ». Ils lui dirent : « Par Dieu ! s'il plaît à Dieu et à son Prophète demain, nous te percerons de ta lance ! »

Faraûg lui dit : « Dormons ! »

Ils allèrent se coucher. Le lendemain, ils se levèrent.

Ils se mesurèrent. Akhali le frappa de sa lance : elle ne pénétra pas. Il le frappa de son autre lance : elle ne pénétra pas. Il le frappa de son poignard : le poignard se brisa. Il le frappa de son sabre : le sabre se brisa.

Alors Faraûg le frappa de son harpon, le harpon pénétra tout entier. Akhali mourut.

Faraûg chanta ses propres louanges : a Moi ! Nabo ! Kontabo ! Sondji-nabo ! Sognakolegni-nabo ! Ngasa-doumi-denkele ! Sata-doumi-gouroudjoumboy ! Je rends gloire à Dieu et A son Prophète »

Mort de AhambaL

La nouvelle arriva auxoreillesdeAhambal-Belle. Il s'écria : « Malheur de moi! Belle! esclave desMiltisen! » Il se prépara : il prit sa lance, son sabre, son poignard et marcha contre Faraûgaka. Quand il arriva il dit : « Faraûgaka Nabo I

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Je jure que tu changeras de camp aujourd'hui et que tu disparaîtras comme si jamais tu n'avais vu le jour ».

Faraûg lui répondit : « Viens ici, attendons à demain et* alors les gens du Gourma, du Haousa,du Deudi, du Malle (1), du Dengua entendront dire que lui, Faraûgaka-Nabo et Fatimata-Belle, Tesclave maudite, vêtue de cuir, mangeuse de daney, de nganchi, de ngorfou, se sont rencontrés. Que ce qui a perdu Fatimata-Belle et Akhali-Belle te perdra aussi, toi, Ahamhal-Belle ».

Ils se couchèrent. Le lendemain, Ahambal réveilla Faraûg et celui-ci lui dit : « Je ne me lèverai que je n'aie déjeuné ».

Ahambal alla s'asseoir. Quand Faraûg eut déjeuné, vers midi, il se leva et dit : « Allons, Ahambal-Belle ! maudit esclave, arrive ici, que nous nous battions ! »

Ahambal se ceignit; il brandit sa lance, et marcha contre Faraûgaka. Il le frappa, mais Faraûg para le coup. Il le frappa de son poignard : le poignard se brisa. Il le frappa de son sabre : le sabre se brisa. Alors Faraûg prit son harpon, le brandit et le lança. Le harpon pénétra dans la tête de Ahambal et le traversa de part en part de haut en bas. Ahambal tomba et mourut. Alors Faraûgaka-Nabo chanta ses propres louanges.

Mort de Bokholiten,

Bokholiten apprit cette nouvelle. Il partit, alla à sa tente, y entra, prit la lance, la planta en terre ; il prit son poignard, le posa à terre; il prit son sabre, le posa à terre; il prit son

(4) Noms do province, Melle, Mali.

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bouclier, le posa à terre. II prit sa ceinture et s'en ceignit ; il prit son amulette, se la passa au cou; il sortit. Il prit ses armes et courut à la rencontre de Faraftg. II arriva et dit : (\ Faraûgaka ! le Dcndi, le Denga entendra parler de nous ! >»

Faraùg lui dit : « A demain ! je vais dormir ! Ecoute, Bokholiten-Belle ! Le Gourma et le Haousa sauront que je suis ici. Ta lance ne me percera pas; mais mon harpon ne te percera pas non plus. Je t'emmènerai à Gao, pour te faire voir à tous mes gens ».

Ils se couchèrent et dormirent.

Le lendemain ils se levèrent. Ils marchèrent à la rencontre Tun de Tautre. Rokholiten le frappa de sa lance, Faraûg la para ; il frappa de son poignard, de son sabre : le poignard et le sabre se cassèrent. Alors Faraûg saisit Rokholiten par son vêtement et le conduisit ainsi jusqu'à Gao, après lui avoir attaché les bras derrière le dos.

Relou)' à Gao.

Il revint donc à Gao. Il dit aux gens de Gao : « Vous êtes témoins que ce que Faraûg-Ber, ni Kobetaka n'ont pu faire, moi Faraûg-Aka Nabo, je l'ai fait. J'ai tué Fatimata-Belle, Akhali-Belle, Ahambal-Belle ; je suis venu ici avec Bokholiten-Belle ! »

Les gens de Gao lui dirent : « C'est vrai ! Nabo ! Kontabo ! Sondjionabo! »

II amena Bokholitcn-Belle, le coucha sur son bouclier et regorgea.

Telle est l'histoire de Faraùgaka avec Fatimata-BelIe (1).

(I) Celle Icgcnilc parait reproduire les ilifférentes phases de la lutte des

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