‹ Le plateau central nigérianChapitre 73 sur 100 · FAHANG ET SA FEMME (FATIMATA DE TIOILEM · texte numérisé non relu

FAHANG ET SA FEMME (FATIMATA DE TIOILEM

§ 1. — VOYAGE A TIGILEM

Faraûg habitait au Dendi.

11 appela ses gens et leur dit : « J'aime Fatimata ».

(Fatimata habitait Tigilcm).

Ses gens lui dirent : « N'aime pas Fatimata ! car sa mère connaît de mauvais sorts; et à tout homme qui vient lui demander sa fille en mariage, elle lui jette un sort pour le faire mourir ». — Moi, je Faime ! »

« Non, ne Faime pas ! »

Faraùg alla trouver sa mère et lui dit la chose. Sa mère pleura et dit : « Faraûg va ruiner sa maison ! )> Faraûg dit : (( Que ce soit bien ou mal, je veux épouser Fatimata ! »

Le lendemain, de bon matin, il s*embarqua avec ses armes et ses gens. Il leur dit : <k Allons ! poussez la pirogue ! » H harponna sur la route des lamentins et des hippopotames et des caïmans jusqu'à ce que la pirogue fi\t pleine. II arriva ainsi à Tigilem. Il descendit à terre et envoya dire à la mère de Fatimata de venir prendre la viande. Tout le village arriva et prit la viande.

tribus de pôcheurs Sorko songot contre des tribus de bellahs vassales des Touaregs, qui occupaient les bords du Niger. (1) Province du S.-E. de l'Empire Songhoy.

ili TROISIÈME PAHTIE

Farafig se coucha et dormit.

La mère de Fatimata prit du miel et le pila pour en faire du don (boisson rafraichissante), elle y disposa un mauvais sort et le porta à Faraftg- pour le faire mourir. Elle trouva Faraûg dormant; elle donna le don aux piroguiers. Ceux-ci dirent : « En ce moment Faraûg dort, buvons le dùn avant qu'il se réveille ; à son réveil nous ne lui dirons pas que nous avons bu le don de sa belle-mére ». Ils burent. Les uns furent malades, d'autres eurent mal au ventre, d'autres à la tête, d'autres aux oreilles, d'autres devinrent aveugles, d'autres boiteux. Ils faillirent en mourir. Ils réveillèrent alors Faraûg et lui raconlèrent ce qu'ils avaient fait.

« Nous te Tavions bien dit, la mère de Fatimata connaît de mauvais sorts ». Farafig prit son sac, y prit de la poussière d'un certain bois, la mit dans de l'eau et les en asperga. Tous furent guéris.

Il prit alors son pantalon de 333 coudées d'étoffe. II le passa, mais une seule jambe y trouva place, l'autre ne sut où se mettre. Farafig s'écria : « Ah ! que je suis grand ! Aujourd'hui ma nudité me fera honte, elle me tuera! »

Il alla chez la mère de Fatimata. Celle-ci lui souhaita la bienvenue; « Viens ici, Nabonke ! » Farafig lui dit : « Mère de Fatimata, je suis venu te demander la main de Fatimata ». La mère de Fatimata répondit: «Que Dieu t'anéantisse ! Fatimata n'est pas en âge de se marier, à plus forte raison avec un homme aussi grand que toi, Farafig ! Tu es un infidèle ! Je te donnerai Fatimata pour la tuer: si tu poses seulement ces gros bras sur elle, tu lui briseras les côtes : si tu places seulement ces grosses jambes sur les siennes, tu les lui briseras ! » Elle continua à insulter ainsi Farafig. Celui-ci se fâcha, il revint.

HABBÉS 415

Il rencontra alors le père de Fatimata, il voulut s'adosser à un mur(l), le mur s^écroula ; il s'adossa alors à une grande maison^ elle s'écroula aussi ; il alla s'appuyer à un baobab, le baobab tomba ; il alla à un ronier, le ronier tomba : il revint à un autre baobab^ celui-ci put le soutenir. Il dit : « Comment vas-tu, père de Fatimata ? » — a Très bien, Faraû^! que veux-tu? » — (( Je suis venu demander Fatimata en mariage ». — « Je te la donne; je te donne ses bras, ses jambes, sa tête, sa bouche, en un mot je te donne son corps tout entier ». — « Que Dieu te bénisse, père de Fatimata ! »

Farafig retourna chez la mère de Fatimata et lui dit : « Mère de Fatimata, tu es une hypocrite! Quand le père de Fatimata t*a épousée, pourquoi ne t'a-t-il pas brisé les pieds, ni les bras, ni le reste ? » Farafig revint au bord du fleuve.

Fatimata pleura, sa mère pleura, elles n'aimaient pas Farang. Le père de Fatimata les trouva en pleurs. La mère de Fatimata dit k son mari : « Tu déshonores notre maison ! » — « Si notre maison est déshonorée, répondit-il, tant pis, je l'ai donnée, je ne la reprendrai jamais ».

La mère de Fatimata prit de la poussière d'un certain bois, la donna à Fatimata en disant : « Quand tu iras à Gao, s'ils te construisent une case, sème cette poussière dedans ; quand Farafig entrera, il mourra ».

(i) Comme marque de déférence pour le laisser passer librement dans la rue du village.

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