‹ Le plateau central nigérianChapitre 74 sur 100 · RETOUR A GAO. FATIMATA ESSAIE DE FAIRE MOURIR FARANG · texte numérisé non relu

RETOUR A GAO. FATIMATA ESSAIE DE FAIRE MOURIR FARANG

Fatimata emporta avec elle à Gaa la poussière de bois. On lui construisit une case ; elle prit alors la poussière et la sema dans case. Faraûg vint se coucher auprès de Fatimata. Le lendemain il partit de bonne heure à la pêche.

Fatimata envoya dire à sa mère : « Faraûg a couché dans la case et la tête ne lui fait même pas mal ». Sa mère lui envoya de la poussière rouge d'un autre arbre et lui fit dire : « Quand tu prépareras sa nourriture, mets cette poussière dedans, si Faraûg en mange il mourra ». Faraûg revint de la pêche ; il rentra chez lui. On lui apporta sa nourriture: « Fatimata, dit-il, tu as mis le sort dans ce mets. Eh bien, j'en mangerai! i» il en mangea.

Le lendemain il partit à la pêche. Fatimata envoya encore dire à sa mère que son sort n'avait pas réussi. Celle-ci lui envoya de la poussière noire en lui disant : « Enterre-la à l'endroit où Faraûg va uriner; s'il urine dessus, il mourra ». Faraûg revint à la maison, il va pour uriner et dit à Fatimata : « Ton mauvais sort est Ik, je le sais, eh bien, j'urinerai dessus quand même ». 11 le fit.

Fatimata comprit alors que les sorts de sa mère étaient impuissants contre Faraûg.

Faraûg partit à la pêche, sa femme vint se placer sur le seuil de la case. Une vieille femme vint à passer et l'aperçut : « Fatimata, lui cria-t-clle, qu'as tu? on dirait que tu n'as ni mangé, ni bu ! »

— « Par Dieu ! je n'ai rien, si ce n'est que je n'aime pas Faraûg ; je voudrais connaître un moyen de m'en débarras-

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ser ». La vieille répondit: • Tais-toi, si tu me donnes quelque chose je te donnerai de suite ce qui le fera mourir ». — a Je te donnerai, reprit Fatimata, 100 sacs de grains, tOO mitkals d'or, 100 esclaves, 100 chevaux, 100 bœufs; dis-moi ce qui le fera mourir ». La vieille répondit : • Je ne veux rien de tout ce que tu dis : je veux seulement un peu de son et une vieille pipe ». Fatimata donna ce qu'elle demandait. La vieille lui dit : « Fatimata, défais les tresses de tes cheveux : sème dessus de la cendre pour blanchir ta tête. Quand Faraûg reviendra, il te dira : « Fais-toi coiffer et enduis tes cheveux de graisse ». Dis-lui: « Je ne me ferai coiffer et ne me oindrai les cheveux que lorsque tu m'apporteras de la graisse de rhippopotamc de Deudera-gousou ». — (Or cet hippopotame tue tous ceux qui viennent Tattaquer).

Farang et Phippopotame de Dendera-Gousou.

Combat

Faraùg revint de la pêche, il trouva sa femme assise dans sa case : elle était décoiffée et la tête blanche de cendre. « Fatimata, lui dit-il, fais-toi donc coiffer». — « Farafig, je ne me ferai pas coiffer et n'oindrai pas ma chevelure, si ce n'est avec la graisse du ventre de l'hippopotame de Denderagousou ». — « Mais tu veux détruire ma maison ! Personne ne peut aller combattre cet hippopotame ! Fais-toi coiffer, je te donnerai 100 esclaves, 100 chevaux, 100 bœufs, 100 moutons, 100 inickals d'or, 100 écus d'argent! » — u Si tu me donnais, fiit-ce même Ngasa ta mère et ma belle-mère, je ne me ferai collier que si tu m'apportes cette graisse ». — « Alors, Fatimata, si je tue Thippopotame je te tuerai en rentrant ; si

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■ Thippopotame me tue, mes gens te tueront ! » — « Soit, qu'ils

me tuent, mais vas-y ! » * ' Fara&g alla dire cela à sa mère. Sa mère poussa de tels

! cris de douleur que les gens de Karabara les entendirent;

j elle lui dit : « N'y va pas ! Elle cherche ta perte, renvoie-la,

* qu'elle retourne chez elle ! » — « Non I je ne la renverrai

! pas ; je Taime pour toujoui*s... Je vais aller à Thippopotame,

; s'il me tue, que mes gens égorgent Fatimata : si je le tue,

moi je regorgerai! i>

Sa mère ne cessa de pleurer, alors Farafig manda ses gens au nombre de 333 et leur fît part de son dessein. Ils s'écrièrent : « Farafig ! renvoie Fatimata ! Qu'elle retourne chez elle ! Qu*elle ne vienne pas ainsi détruire nos maisons ! Si tu meurs, la ville est perdue. Elle ne désire que ta mort ». — « Non ! car je Taimc d*un amour éternel ».

Ils allèrent dormir. Le lendemain à Taurore ils prirent 333 harpons et les embarquèrent: ils choisirent 333 piroguiers pour pousser la pirogue. Ils partirent. Ils étaient déjà loin qu'ils prirent peur et revinrent au port.

Farafig appela Fatimata et lui dit : t J'y vais moi-même ; si l'hippopotame me tue, mes gens te tueront h leur retour ; si, moi, je le tue, je t*égorgerai !» — « Soit ! dit^elle ».

Farafig partit et arriva auprès de l'hippopotame. Depuis le matin il le harponna ; mais le feu mangeait ses harpons. Enfin les harpons furent tous détruits : ils partirent. Or, Farafig ne voulut pas retourner ainsi chez lui : « Abordez la pirogue, dit-il ». Ils abordèrent, puis tous se sauvèrent en abandonnant Farafig. « Moi, dit-il, je ne me sauverai pas! » L'hippopotame accourut : Farafig était à la proue de la pirogue, il courut au centre, l'hippopotame l'y poursuivit : Farafig

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s^enfuit à la poupe de la pirogue, Thippopotame y vint aussi; Farafig se sauva à terre, Thippopotame l'y suivit; Faraûg courut, ranimai courut derrière lui. Ils s'éloignèrent ainsi du bord du fleuve. Alors Faraùg s'arretant, ouvrit les bras en présentant sa poitrine et dit : « Il ne sera pas dit que j'ai fui devant un hippopotame ; les femmes des Sorko ne l'entendront pas dire, les hommes ne le raconteront pas >. Ils se saisirent réciproquement. Faraftg souleva Thippopotame et voulut le jeter à terre ; mais l'endroit où celui-ci frappa sa patte se transforma en mare. L'hippopotame souleva Faraûg et s'efforça de le jeter à terre ; mais l'endroit que Faraûg toucha de son pied devint une grande dune. La poussière qu'ils soulevèrent en luttant s'étendit au loin sur la terre, elle obscurcit le ciel. Les gens de Gao l'aperçurent. Quand le muezzin alla appeler à la prière : « Allahou... Venez donc voir! » Alors le marabout de Farafig sortit (1).

Alfa Mahalmoudou

Ce marabout s'appelait Alfa Mahalmoudou. Il partit de suite retrouver Farafig. Il le trouva aux prises avec Thippopotame. Il les frappa (ous deux de son bâton : ils tombèrent. Il dit alors à Farafig : « Lève-toi et viens ! » — « Non, répondit Farafig, il faut que je tue l'hippopotame ou bien qu'il me tue ! »

Le marabout revint i\ Gao. Ils se battirent de nouveau ; le marabout repartit et les sépara de nouveau : « Lève-toi,

{{) Celle légende paraît retracer les luttes des Sorkos contre les gens de l'Hippopotame (Malinkc), avec Tintervention entre les combattants des premiers marabouts musulmans.

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dit-il à Faraûg, et rentre chez toi !» — « Non ! répondit Faraûg, je ne retournerai pas ! »

Le marabout les laissa. Ils recommencèrent la lutte ; mais Farafig était fatigué, il se sentait succomber. Le marabout revint et les sépara ; pour la troisième fois il supplia Faraûg' de revenir chez lui. Celui-ci refusa. Alors le marabout lui dit : a Je ne t'aiderai plus après ces trois fois, maintenant je m'en vais et ne reviendrai plus ; si tu as des idoles (1), consulte-les, afin que Thippopotame n*aille pas te tuer ! » — « Tu as raison » dit Faraûg. Il appela à son aide ses idoles. Elles vinrent aussitôt : « Saisissez Thippopotame ! d dit Farafig. Elles le saisirent et le jetèrent à terre. Faraûg prit son couteau et égorgea l'hippopotame. Les idoles burent le sang.

Alors Faraûg appela ses gens, ils vinrent. « Arrangez Thippopotame i>, leur dit-il. Il le coupèrent en morceaux. Il leur dit : « Mettez-les dans la pirogue et mettez de côté pour ma femme la graisse du ventre ». Ils le firent. Ils leur dit : « Je vais me souiller de sang et me coucher dans la pirogue ; quand vous approcherez de Gao vous pleurerez en disant : Faraûg est mort, T hippopotame est mort ! Je verrai ainsi si ma femme désire ma mort. » (2)

Il s^étendit dans la pirogue et se dirigèrent vers Gao.

(1) Divinilés proleclrices de la famii'ic ou de la tribu.

(2) Celle légende nous monire la victoire des Sorkos sur les iMalinkés (gens de l'hippopolame) qui au xiv* siècle avaient réussis h occujKîr Tomhouclou et Gao avec Kankan Mousson -Manson.

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Rentrée à Gao,

Quand ils arrivèrent en vue de la ville ils poussèrentdes cris de douleur. Sa mère les entendit et se mit i\ pleurer, elle se leva et appela ; les gens de la ville accoururent, La fille de Faraûg dit à la mère de celui-ci : « Ne pleure pas ainsi ! Faraûg n'est pas mort, au contraire c'est lui qui a tué l'hippopotame. »

Ils arrivèrent au port. La femme de Faraûg se leva et vint au bord du fleuve. Elle dit aux gens : « Taisez-vous donc, ne pleurez pas! Moi, je rends grAce à Dieu et à son prophète, parce que Faraûg est mort ! Elle enleva le vêtement qui le recouvrait. Elle appela les habitants de Gao ; elle souleva un des pieds de Faraûg et dit : « Voyez ! croyez-vous qu'une femme sur laquelle repose une telle jambe le jour et la nuit, croyez-vous, dis-je, qu'elle n'en meure pas ? ».

Elle prit un bras, le leur montra en disant : « Croyez-vous qu'une femme sur laquelle se pose jour et nuit un tel bras, croyez-vous, qu'elle n'en meure pas ?»

« Tout cela est vrai », dirent-ils. — C'est moi qui l'ai emporté sur Faraûg ; maintenant je vais retourner chez ma mère. »

Elle voulut sortir de la pirogue ; alors Faraûg lui saisit la main. La femme s'écria : « Bonjour Faraûg ! Comment vastu ? Nabo ! Kontabo ! mon mari ! » Faraûg lui dit : « Prends la graisse de l'hippopotame, va te faire coifler et oindre les cheveux !» — « Oui ! dit-elle. » Elle prit la graisse, se fit

(I) Ici se place un détail trop naturaliste pour être reproduit.

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coiffer et oindre ; elle tressa ses cheveux avec des fils d'or et d'argent ; elle mit des anneaux <\ ses chevilles, un labadjour et un bakawel à ses reins, des bracelets à ses bras ; elle se para de tous ses bijoux. Elle vint ainsi chez elle ; Faraûg la vit et la trouva plus belle qu'aucune femme. Il s'assit auprès d'elle sur la couverture et restèrent ainsi A causer. Sept jours et encore sept jours ils ne mangèrent, ni ne burent, ils causèrent ainsi amicalement.

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