MORT DE FATIMATA
Enfin Himadoii (neveu de Faraûg) et Bande (fils de Faraûg) vinrent trouver leur père. Fatimata était sortie ; elle était aller saluer une amie. Ils vinrent pleurer à la porte de la case.
Faraûg se leva et les vit ainsi tout en larmes. « Qui les a frappés ? dil-il^ que je détruise sa maison ! Qui les a insultés ou qui les a vus seulement ? Que je le punisse ? » — « personne, dirent-ils, ne nous a frappes, ni insultés, ni vus ; c'est toi, Faraûg, qui nous a frappés, toi, qui nous as vus ; c'est toi, qui nous fais honte et nous fais mépriser. Quand tu es parti de Gao, tu as dit : « Si l'hippopotame me tue, mes enfants tueront leur belle-mère ; si je tue l'hippopotame, c'est moi qui l'égorgerai. » — c< C'est vrai dit Faraûg, allez la chercher, vous l'égorgerez. »
Bande alla la chercher : « Mon père te demande » dit-il. — « Oui, je sais ; il veut m'égorger ! » c< Mais non ! tu sais bien que s'il voulait t'égorger, je ne viendrais pas t'appeler. ». — « Allons ! » Ils partirent ensemble. Ils arrivèrent chez Faraûg. Celui ci lui dit : « Fatimata, couche-toi que je
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t'égorge ! Le jour où je suis parti ; je t'ai dit : Si je tue Thippopotame je te tuerai ; s'il me tue mes enfants te tueront ! »
— « C'est vrai ! Faraùg. i\abo ! mais tu vois bien que je me suis fait coiller ! ne m'égorge pas ! tu as vu mon labadjour ? »
— « Couche-toi, te dis-jc? reprit Faraùg, que je t'égorge. >\ Fatimata se coucha ; Faraùg prit son couteau et voulut
l'égorger ; mais il ne put ; il recommença, mais ne réussit pas davantage. Le fils de Faraûg saisit alors le couteau et coupa la gorge de Fatimata. Farang y s'écria : « Je rends grâce {"à Dieu ! car si je ne l'avais pas tuée, c'est elle qui m'aurait tué ! » Il prit les bijoux qui l'ornaient et les envoya à la mère de Fatimata. Quand elle les vit, elle se mit à pleurer.
Farang et le chef de Djoni
La mère de Fatimata alla implorer le chef de Djoni (1) (Djoni est un village de Soûgoytje). Celui-ci appela ses forgerons ; ils lui fabriquèrent des balles de fusil, des flèches, des lances, des sabres.
Puis il envoya un homme à Farafig pour lui dire de venir.
Il dit à la mère de Fatimata : « Maintenant va-t'en chez toi ! Je jure que Faraûg ne verra plus le soleil. Je lui couperai la tête et l'enverrai à sa mère î »
Faraùg se leva avec ses gens et vint à Djoni, où il arriva au milieu du jour. Les gens de Djoni se ceignirent, ils prirent
(1) Ce sont des hommes de la tribu des Dios ou des Dias,
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leurs lances et leurs fusils, les cavaliers montèrent à cheval et vinrent à la rencontre de Faraûg.
Celui-ci dit à ses gens : « Restez ici, aux pirogues, et attendez mon retour. » Il s'en alla sans armes. Il étendit les bras et leur présenta sa poitrine. Ils le frappèrent de leurs lances ; déchargèrent sur lui leurs fusils, mais en vain. Le chef dit k ses gens de ne cesser de tirer dessus jusqu'à ce qu'il meure. Ils tirèrent tellement que la fumée masqua le village et obscurcit le ciel. Ils s'arrêtèrent de tirer : ils croyaient Faraîlg mort. Quand la fumée se dissipa, ils le virent toujours debout, les bras étendus.
Pendant trois jours encore ils s'acharnèrent sur Faraîig, le fusillant, le frappant de leurs lances, de leurs sabres, de leurs flèches. Toujours il était invulnérable.
Enfin les armes et les munitions des gens de Djoni furent épuisées. Alors il marcha sur eux, saisit le chef par les pieds, fit face à Tigilem, fit tourner le chef autour de sa tête et le lança au loin. Le tronc du corps alla tomber au delà du village de Tigilem ; quant à la tête personne ne sut jamais où elle tomba.
Alors les gens de Farafig se saisirent de lui pour qu'il n'aille pas détruire le villa.q^e ; ils préféraient le rendre tributaire de Gao. Farafig alors souffla si fort qu'il renversa les palissades, les arbres, les murs, dessécha les mares. Les gens le conjurèrent d'épargner lu reste. Il accepta ; mais il décida que cette ville paierait Timpôt à Gao.
Telle est Thistoire de Faraûg et deFatimata son épouse (1).
(1) Celle histoire de Farang et de Fatimata de Tigilem parait devoir représenter les péripéties d'une lutte entre les pécheurs des Fari et des tribus de la région lacustre de Goundam, les Dios qui turent réduits en servage comme forgerons.
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FARAN(i ET KORAROll