‹ Le plateau central nigérianChapitre 76 sur 100 · FARANG CULTIVE LE RIZ · texte numérisé non relu

FARANG CULTIVE LE RIZ

Ses gens,

Farafig habitait Gao. Il ûi venir Bande (son fils), Albarka-Babata (son esclave), Fomborogasi, Fombebagoule, Kousou-tetje (marmite posée sur le foyer), Kousoudjoumandi (marmite posée à terre), Hi-Kore-mbanou (grande poupe de la pirogue), Hi-bofigo-mbarrou (grande proue de la pirogue), Himadou (neveu de Farafig), Fema- Kandje (pointe du foyer), Asseyta-Bakali, Hasey-nkandjes'a-se (roncle sans genou), Boubouloungadji, Abmadou- Karankaran (le sorcier), Kari Ka-te baflga-wi (qui tue l'hippopotame avec une tige de mil), Kobe-Ka-te-baûga-for (qui écorche l'hippopotame avec ses doigts), Alkatou-ma bafiga-djemma (qui dépèce Thippopotame avec un morceau d'écuelle), Koynsata-Bakali (grand échassier), Tjere-ma-tjere- Kati (celui qui appelle les autres), Tjere-ma-tjere-notangou (celui qui crie au secours), Hi-Kore-gafe-tjire-noni (ver qui est auprès du siège de la poupe), Hi-bofigo-gafe-tjire-noni (ver qui est au siège de la proue), Hari-alkatou-djere-djongo (moitié d*écuelle brisée), Alkatou-Kosi (ccuelle h puiser Teau de la pirogue) (1).

(i) Nous voyons ici tous les surnoms légendaires des compagnons de Para m.

426 TROISIÈME PARTIH:

II leur dit : « Rassemblez tous les forgerons de la terre ! ». Ils les réunirent.

Ses outils,

II leur dit : « Faites moi des couteaux à couper le riz ; faites-en pour mes ouvriers, ils sont 333 ». Ils fabriquèrent les couteaux : « Nos couteaux, dirent-ils, ne ressemblent pas aux autres ». Ils prirent pour cela 333 morceaux de fer (dits : pamparam). Ils choisirent ensuite des baobabs, les préparèrent et en firent des manches de couteaux.

Ils donnèrent les couteaux. Faraùg les lit déposer jusqu'à la crue du fleuve.

Le dèfrichage du champ.

Il réunit les gens du pays et leur dit : a Je vais aller faire un champ de riz; la brousse ne nous rapporte rien. Venez, nous allons défricher le champ ! »

Tous partirent au champ. Faraûg partagea le terrain en deux parts. II en donna une part aux gens et se réserva l'autre.

II défricha sa part et revint aider ses gens k défricher la leur.

Puis ils revinrent à la maison.

Les semailles.

Quand la crue commença, Farafig dit à ses gens : « Allons semer le riz ! ». Ils allèrent au champ. Faraûg divisa le

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champ en deux parts, ea prit uae et laissa Tautre à ses gens ; il leur dit : « Ensemencez cette part pendant que j'ensemencerai l'autre ». II sema son riz, le hersa et revint aider ses gens.

Alors on apporta le déjeuner. Faraûg en fît deux parts ; une pour lui et Tautre pour ses gens. Il mangea sa part et vint aider ses gens à manger la leur. Ceux-ci lui dirent : « Que viens-tu faire ? ». Faraûg leur répondit : '< Quand il s'est agi de défricher le terrain et de Tensemencer, je vous ai aidé, il est bien juste que je vous aide aussi à manger votre part ! ». Ils déjeunèrent et retournèrent chez eux.

I 2 — KORAROU

l"* Korarou et les animaux du Niger, — Le riz poussa bien, la récolte s'annonçait belle : tout le monde en parlait. Les Poissons (1) en entendirent parler. Korarou fut un des premiers. Il prit sa guitare et vint s'installer auprès du champ de riz. Il appela tous les animaux du Niger : tous vinrent. Il leur dit : « Délibérons ! Faraûg est un pêcheur qui nous tue et nous fait du mal ; essayons de nous venger ;. mangeons son riz, détruisons son champ. Alors cela lui fera du mal, puisqu'il nous donne l'occasion » (2).

(i) Les gens du Korarou cherchent à reformer une confédération avec tous les clans des f)(>chears dont les '< tannas » sont des poissons pour arr(>tcr les empiétements des Sorkos de Farang. Ce sont encore les « Rouges « et les clans du Poissons Miindi qui vont lutter contre les pécheurs dirigés par les « Par ».

(2) Nom des différents clans ou familles .Mali, Mande. Bambara, Markas, Sousous... etc., représentés ici par leurs animaux emblèmes.

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L'hippopotame dit : « Moi, par Dieu, je ne le ferai pas, y ai

trop peur ! »

Le lameutin dit : « Moi, j'ai peur ! » Le caïman dit : « J'ai peur ! »

La tortue dit : « J'ai peur ! »

Le boa dit : « J*ai peur ! »

Le gay (sorte de silure) dit : « J'ai peur ! » Le bo-findi (sorte de lézard d'eau) : (gueule tapée) dit :

« J'ai peur ! »

Le desi-tjirey (sorte de silure rouge) dit : « J'ai peur ! » Le tampi ( ) dit : « J'ai peur !»

Le liani (silure torpille) dit : « J'ai peur ! » Le bam-idje (sorte de brochet : capitaine) dit : « J'ai

peur ! »

Le da ( ) dit : « J'ai peur ! »

Le bor ( ) dit : « J'ai peur ! »

Le desi-bibi (silure noire) dit : c J'ai peur ! » Le yollo ( ) dit : « J'ai peur ! »

Le wasi ( ) dit : t J'ai peur ! »

Le goura ( ) dit : « J'ai peur ! »

Tous dirent : « Nous avons peur ! »

Le djinjiria (silure) dit : « Tous ceux qui marchent en avant ont peur ï à plus forte raison, nous qui marchons à la suite » (1).

Korarou dit alors : « Allez- vous en ! Si vous avez peur vous mourrez ! Si vous n'avez pas peur, vous mourrez quand

(1) — II veut dire par là que les granils clans ayant peur de lutler contre les Sorkos eux qui font partie do familles peu puissantes, du clan des Poissons n'osent pas entamer la lutte contre les empiétements des Sorkos.

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môme ! (1) Moi j'irai manger le riz ; j'irai détruire le champ de riz ! »

Tous partirent.

Alors Korarou (2) prit sa guitare et se mit à jouer. Il entra dans le champ et se mit à le couper, à disperser le riz, à en manger ; il continua ainsi pendant douze jours.

Farang va trouver Korarou,

Une vieille femme était allée couper du bois ; elle constata les dégâts ; elle revint en courant à la ville et alla chez Faraùg : « Que fais-tu là, lui dit-elle, pendant que tout le riz est abimé et mangé ? » — « Ce n'est pas vrai ! répondit-il, les Djinni ne le mangeraient pas, ni Seytan, ni Thippopotame, ni le lamantin, ni le caïman (3) aucun animal du fleuve n'oserait faire cela ! » La vieille femme partit.

Faraûg appela Albarka-Babata : « Va voir le champ de riz, dit-il, car il y a longtemps que je ne Tai vu ! » Albarka- Babata y alla. Il trouva en efl'et le riz dévasté. Il vit là Korarou et sa guitare. Il l'interpella et l'interrogea : « Qui a mangé le riz ? Est-ce le Djinni ? Est-ce Seytan ? — « Non, dit Korarou, ce n'est pas le Djinni, ce n'est pas Seytan ! C'est moi,

(1) Ce qui signifie que leurs clans disparaîtront toujours, englobés par le vainqueur et qu'ils seront réduits en servage quelque soit l'issue de lutte.

(2) Korarou est pris ici pour les gens du clan des Korarou, ce clan rallié à la confédération des Poissons est presque éteint aujourd'hui, mais un lao de la région lacustre Sud du Niger vers Oddari, Bambara-Maôdé porte encore ce nom .

(3) Hippopotame ou clan des Malinké ; Lamantin ou clan des MAndé : Caïman ou clan des Bammana ou Bambara. Seytan un clan des Serpents, Djinni divinités locales, génie du lieu.

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Korarou, à la poitrine rouge (3), moi, qui ai mangé le riz ! »

— Âlbarka-Babata revint en hâte raconter cela à Faraûg*. Celui-ci s'écria : « Albarka-Babata, tu os un imbécile. Tu trouves Korarou en train d'abîmer le riz, tu ne le prends pas ! Eh bien ! Korarou ne mangera pas d autre riz que le mien. »

Le lendemain matin Faraûg se leva et alla à son champ.

Premier combat.

Il trouva Korarou jouant de la guitare et chantant ses louanges, Faraîig l'appela : « Qui a mangé mon riz, dit-il »

— <» Personne autre que moi, Korarou ! ». Faraûg leva la main et menaçant : « Disparais, dit-il à Korarou, comme si tu n'avais jamais existé ! »> Il alla à Korarou. Celui-ci déposa sa guitare : ils en vinrent aux mains. Faraûg enleva Korarou au-dessus de sa tête et le fit tourner autour de lui comme pour le jeter à terre. « Arrête, dit Korarou, la feuille de palmier nain ne se casse que lorsqu'elle est sèche I » Korarou fit tomber Faraûg.

Faraûg se releva et revint à la ville. Il passa devant la vieille femme. Celle-ci l'appela : « Faraûg, dit-elle, qu'astu ? » — « J'ai mal à la tête, répondit-il ! » Il rentra chez lui.

(3) Korarou Korongoï ou Kararou sont du clan des « Rouges » Kara et les membres du clan se peignaient le corps en rouge ; comme actuellement encore les Lobi et ainsi que les auteurs anciens le signalaient chez les chefs et les idoles des peuples d'Afrique (Pline, XXXIH-Hâ).

HABBÉfl 431

Deuxième combat.

Le lendemain de bonne heure, il revint trouver Korarou. Korarou jouait de la guitare :

a Lambagoulcj ! lambagouley !

Reyragirem ! reyragirem !

Lambagouley ! reyragirem ! »

Korarou déposa sa guitare. Ils luttèrent de nouveau, Farafkg enleva Korarou au-dessus de sa tête pour le jeter à terre. Korarou lui dit ; « Attends ! la feuille de palmier nain ne se brise que si elle est sèche ! » Il fit de nouveau tomber Farafig.

Faraùg revint chez lui. En chemin il rencontra encore la vieille femme. Celle-ci Tinterrogea : il lui répondit comme la première fois : « La tête me fait mal ! » Il rentra chez lui.

Troisième combat.

Le lendemain de bonne heure Farafig revint trouver Korarou. Celui-ci jouait toujours de la guitare. Farafig lui dit : « Pour Dieu ! quitte mon champ ! quitte-le ! pour le Prophète !» — « Non ! je ne le quitterai pas ! ».

Farafig saisit Korarou et voulut le jeter à terre. Celui-ci lui dit : (( Aftends ! si la feuille de palmier n'est pas sèche, elle ne casse pas ! » et il jeta Farafig à terre, la ceinture de son pantalon se cassa. Farafig revint chez lui.

Il rencontra la vieille femme qui lui demanda encore : « Qu'as-iu ? » — « J'ai mal à la tête, dit-il. » — « Tu mens! Toi et Korarou depuis trois jours vous luttez et chaque fois ta

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fus vaincu ; tu es un avare ; si ce n'était cela je te dirais ce qu'il faut dire à Korarou pour le vaincre et le tuer ! » Farafig' répondit :

« Je te donnerai 100 esclaves, 100 chevaux, 100 bœufs, 100 ânes, 100 mulets, 100 moutkals dor, et 100 de toutes choses ? » La vieille lui dit : « Je ne veux rien de tout cela, donne moi seulement un peu de son, de tabac et une vieille pipe ! Faraûg les lui donna. La vieille lui dit : « Demain, quand tu iras trouver Korarou, tu le soulèveras pour le jeter h terre; alors il te dira : « Arrête ! la feuille de palmier nain » ne se brise que si elle est sèche ». Alors toi, réponds-lui :

{ « Mais si elle est sèche elle se brise ! » (1).

Quatrième combat.

Le lendemain donc, Faraûg retourna combattre Korarou. Ils en vinrent aux mains. Korarou dit : « Arrête ! la feuille i de palmier nain ne se brise que si elle est sèche ». Faraûg

' répondit: « Oui, mais si elle est sèche elle se brise! ». Et

I jeta Korarou par terre.

♦ Mort de horaroii,

; Une partie de la chair (2) de Korarou se perdit dans la

vase, l'autre partie sauta en l'air jusqu'à la forêt. La partie

(I) Les formules magiques sont. souvent employées comme sortilège magique chaque fois qu'un indigène entreprend quelque chose de difficile ou court un danger.

(â) La chair signifie les membres de la tribu des Rouges, les chefs Kountahs parlant de leur peuple disent la d viande » de la tribu, eux étant la l(^le, l'ossature.

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de Korarou qui alla jusqu*à la forêt forma les Antilopes qui existent actuellement ; Tautre partie forma les Korarou actuels (1).

Faraûg prit la guitare et se mit à chanter ses louanges en allant à la ville. Depuis qu'il possédait la guitare, il ne prenait plus d'armes pour aller à la pêche. Il jouait de la guitare et tout ce qui était dans le fleuve en sortait. Il péchait donc avec sa guitare.

Et quand il revenait à la ville il se jouait à lui-même ses louanges.

Tout le pays entendit parler de la guitare de Farang.

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