‹ Le plateau central nigérianChapitre 77 sur 100 · FARANG ET LA HYÈNE · texte numérisé non relu

FARANG ET LA HYÈNE

L hyène vole la guitare.

Un jour Faraûg alla à la pêche. Il joua de sa guitare : les animaux du fleuve vinrent mourir à ses pieds. Ses gens pilèrent le mil et firent la cuisine, ils mangèrent jusqu'à ce qu'ils furent rassasiés. Alors ils se couchèrent et s'endormirent. L'hyène (2) vint. Elle aussi avait entendu parler de la fameuse

(1) Cela sif^nifie que le clan primitif du Korarou se dispersa en formant deux clans nouveaux, les Korarou actuels de la région lacustre de Bandiagara et le clan des Antilopes qui se réfugia vers la Foret de TOuest ; ainsi cette conféiléralion, ralliée aux (Poissons) Mandé se trouve désagrégée.

(2) La confédération de la Hyène comprend des Markas du Debo et des Korongoï pécheurs de Djenne et de San sur le Bani.

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guitare* Elle entra dans le bateau, lécha les plats, s'empara de la guitare et s'enfuit. En sortant de la pirogue elle heurta la guitare contre le bord, elle produisit un son : « Pelem ! » qui réveilla Faraûg. Mais il constata que l'hyène s'était enfuie. Il se mit à la poursuivre en gémissant : « Ma renommée est finie ! ma race est finie ! » Il appela : <( Âlbarka-Barbata 1 ma guitare est perdue, je ne sais qui me l'a prise ? »

Faraûg en éprouva une telle douleur qu'il en tomba malade et fut obligé de se coucher.

Pendant ce temps l'hyène, dans la brousse, jouait de la guitare et se bfUit une case. Tout ce qui était dans la brousse venait mourir auprès d'elle ; tout ce qui était dans le fleuve venait également mourir là (Se soumettait et se ralliait au clan de la Hyène).

Ij Faraûg était toujours malade. L'hyène, au contraire était

! ': dans l'abondance, elle faisait bonne chère et faisait sécher de

li la viande pour le mauvais temps.

i*. Un jour le chacal passa derrière la case de l'hyène. II

ri -

if î

Le chacal {V).

vint et resta à la porte. L'hyène lui dit : « Qui est-tu ? » i; Moi, le chacal (2), Djoûgo-Doumbani ». — Que désires-tu ?»

i — Donne-moi un morceau d'os à ronger! — « Chacal! si

l tu ne t'en vas pas, je vais jouer de la guitare et tu mourras.

Le chacal se sauva et vint à Gao. Il vint trouver Faraûg : « Comment vas-tu Albarka !» — « Qui es-tu ?» — « Moi le chacal Djoûgo-Doumbani ». — Que veux tu ? — « Je veux

(1) Les Allouch?, Meschdoufsetc.« ont fait partie de ce clan du chacal. (Ï2) Confédéralion du clan du travail.

HABRÉS 435

voir Farafig !» — « Farafig est malade ! il ne peut se lever ». — « Je voudrais lui parler ! » Faraûg ordonna de le laisser entrer.

Il vint jusqu'à Farafig : <( Farafig, dit-il, je sais où est ta guitare ». — « Où est-elle? » « Je sais que c'est Thyène qui la poss(^de ». — « Albarka ! donne-lui à manger ! »

On apporta h manger au chacal. Alors Farafig dit à ses gens : « Allez trouver Thyène ». Mais le chacal dit : « Non ! mais que Farafig aille se coucher en dehors de la ville de Gao comme s'il était un cadavre ».

Farafig alla donc s'étendre à terre en dehors de Gao, comme un cadavre, on jeta sur lui quelques vieilles nattes.

Le chacal partit en courant trouver l'hyène, il s'arrêta près de sa case et lui dit : « Ecoute, hyène ?» — « Qu'y a-t-il ?» — « La paix ! Je viens t'annoncer une grande et bonne nouvelle !» - « Quelle nouvelle ?» — « Farang est mort, on Ta jeté en dehors delà ville de Gao; moi. chacal, je me suis dit, personne n'y touchera avant l'hyène ! » L'hyène lui dit : « Chacal ! entre dans ma case, mange ce que tu voudras, ma case est la tienne ! » Le chacal entra et mangea. L'hyène prit sa guitare, la plaça sur sa patte et se mit à jouer : « L'embagouley !... »

Le chacal mangea.

Enfin ils se levèrent et partirent. L'hyène emporta sa guitare. Ils coururent, ils se hâtèrent. Ils arrivèrent auprès de la ville. L'hyène dit : « Où est-il ?» — « Vois, hyène, ce qui est gros là-bas ! c'est lui ! « L'hyène y courut avec le chacal. L'hyène regarda attentivement : « Il n'est pas mort! dit-elle ». — « Si, dit le chacal, il est mort comme s'il n'avait jamais été vivant !» — a Moi, je ne m'y fie pas ! » — « Si tu n'en veux

436 TROISIÈME partie:

pas, dis-le moi, je vais aller chercher le lion (1), il le mangera, lui !» — « Non ! je vais tout manger de suite ».

L'hymne s'approcha pour saisir la poitrine de Faraûg. Celui-ci voulut lui prendre la patte. L'hyène se sauva.

Farang poursuit T hyène jusqu a Saraféré {Farangkoyrà)

Il reprend sa guitare,

Faraîig se leva, il la poursuivit jour et nuit jusqu'à (Saré Faraûg) (Farafig-Koyra) Saraféré. I? ne put l'atteindre. Alors il s'arrêta : l'hyène courait toujours. Faraûg se frappa la cuisse ; il en sortit une brique ; il la lança sur Thyène, la brique tomba en avant de celle-ci, elle devint une mare vaseuse. L'hyène s'engagea dans la mare pour la traverser; mais elle s'enlisa des quatre pattes. FaraîLg accourut, il descendit dans la mare, s'empara de la guitare. Il dépeça Thyène en morceaux avec l'ongle de son petit doigt. Ainsi mourut l'hyène (2).

' i FAR ANC) ET LE ROI SI

Si envoie un Djoron,

•\ Faraûg revint à Gao. Il continua à jouer de la guitare et

remercia Dieu et son prophète de lui avoir rendu sa guitare.

(1) Les gens du clan du Lion, les Oudraba-Ndogom, elc.

(2) Deslruclion du clan de la Hyène ; les familles Maïkas du Debo sont encore du clan de la Hyène et vivent dans la vase de la région marécageuse.

Le pays entier entendit parler de sa guitare. La renommée en arriva aux oreilles de Si, qui gouvernait la moitié de la terre. Si (1) avait un Djoron qui s'appelait : « Mahamadou-Djoron ».

Le Djoron vint trouver Si et lui dit ; « Si ! Meyga ! Dja- Eliamin-Koy ! Fati et Karakara-Koy ! Le Sorkoquiest k Gao possède une guitare magnifique. Toi, si tu n'as pas de guitare tu n'es pas un roi ! Or demain je vais k Gao pour entendre cette merveille ; je t'en rapporterai des nouvelles ! »

Le lendemain il sella son cheval et partit. Il arriva à Gao et descendit chez Faraûg. Faraûg lui offrit l'hospitalité : lui fît donner à manger, à boire du vin, il tua pour lui un mouton. Il mangea : lorsqu'il fut rassasié, Il dit : Faraûg ! merci ! que Dieu te bénisse ! te récompense ! Joue-moi un peu de ta guitare ! « Faraûg dit : « bien ! • Il appela sa fille, Nana, et lui commanda d'apporter la guitare. — Nana lui apporta la guitare et la lui donna. Faraûg joua de la guitare au Djoron, et chanta, Le Djoron dit : « Merci ! »

Il se leva et partit.

Il alla trouver Si et lui dit :

« SU la guitare fait : lambagouley, reyragiren !... »

Si répondit : « Par Dieu ! c'est vrai elle a un joli son ? Je vais rassembler mon armée pour aller à Gao ». Le Djoron lui dit : « Ne rassemble pas d'armée ainsi sans raison ! Envoie plutôt quelqu'un à Faraûg pour dire de faire couper de l'herbe pour ton cheval, qu'il soit ton palefrenier ; si

(1) Si — Confédération du Serpent dont le chef était de la famille des Dia, c'est pour cetlo raison qu'il l'appelle Dja-Eliamin-Koy. Ce sont les Dias ou Sa de Koukia. Djoron est un conseiller de la Tribu des Oias

Faraûg refuse, alors tu iras démolir Gao et tu auras la guitare» (1).

Si envoie deux hommes.

Si appela deux hommes et leur dit : « Allez dire àFarafig* de couper de la paille pour mon cheval ».

Ils partirent et arrivèrent à Gao. Il rassemblèrent tous les alfa (marabouts) de Gao, tous les Arma, tous les Elwalidjî. Ils leur dirent le but de leur venue.

Les uns dirent : « Nous ne pouvons aller lui dire cela ! »

Les autres dirent : « Il faut que nous y allions ; Si n'est-il pas le roi ? »

Ils allèrent trouver Faraûg et le lui dirent. Farafig réponjj; dit : « Allez- vous en ! vous êtes fous ! jamais je ne couperai

d'herbe, un sorko ne coupe pas d'herbe !» — Sa mère lui dit : « Ne parle pas ainsi, s'ils vont rapporter tes paroles à Si, il va venir détruire Gao. Je t'en supplie par mon sein coupe de l'herbe pour Si ! » — Il répondit : « Allez dire à Si : au nom de Dieu ! je lui couperai de l'herbe ! » — Ils dirent : « C'est bien ! » Us partirent rapporter ces paroles à Si (2).

(i) C'était un moyen d'inviter les Sorkos et Farang à faire leur soumission aux clans du Serpent et à s'en reconnaître tributaire, vassaux ou griots.

(2) D'après d'autres légendes de la confédération du Serpent sont appelés Sansan, Sousous, Sa, Si, So, ce furent des liordes de cavaliers envahisseurs qui arrivant de TEtat par le Ouadaï conquirent tout le Soudan renversèrent la confédération des MAndé (lamantin) et détruisirent Ganna (M. S. de Beilo, Tarick es-Soudan). Les Dia s'allièrent à ces Sousous et se nommèrent Sa.

Far an g va trouver Si.

Faraflg appela ses gens : «- Demain, leur dit-il, nous irons couper de l'herbe ! » — Ses gens vinrent de bonne heure, entrèrent dans les pirogues ; Faraûg luimôme s'embarqua. Ils partirent. Ils péchèrent en route des hippopotames, des lamantins, des caïmans, des tortues, des boas, des gay, en nombre considérable. Ils arrivèrent ainsi au village de Si. Ils abordèrent à la rive. Faraûg : « Allez, dit-il, dire à Si, qu'il vienne prendre son herbe avec 300 chevaux ». Si dit : « Allez ! » Les chevaux vinrent au fleuve ; Faraûg dit : « Tous sont là ? »

Ils répondirent : « Oui ! » Faraûg se leva ; il prit un hippopotame, le lança au milieu des chevaux, il renversa deux cavaliers, ceux-ci en renversèrent deux autres et ainsi de suite. Puis il lança des caïmans, les lamantins et le reste...

Des 300 chevaux, il en tua 250. Le reste se sauva et retournèrent chez Si. Faraûg revint à Gao. « Jamais, dit-il, je ne couperai d*herbe ; jamai un sorko ne coupera d'herbe ! »

Si vient à Gao,

Alors Si fit battre le tambour de guerre. L'armée nombreuse se rassembla. Il lui dit : « Nous allons à Gao : nous allons aller couper la viande de Faraûg, pour la donner à manger aux chiens ».

Faraûg rassembla ses gens ; il leur dit : « Allez couper des bâtons plein les bateaux ! Ils y allèrent, coupèrent des bâtons et les rapportèrent ; ils les mirent en tas derrière la ville.

Si arriva avec son armée ; Faraûg sortit à sa rencontre avec

140 TROISIKME PARTIK

ses gens au nombre de 333. Il vint se placer devant les bâtons, il étendit les bras.

Si demanda : « C'est là Faraùg ?» — « Oui ! répbndit-on ». « Qu'on le fusille ! ». Faraûg réunit ses gens derrière lui. Ils tirèrent tellement que la fumée obscurcit le ciel et la terre

Si arrêta ses gens : « Cessez le feu ! dit-il : Faraùg est tombé ! y>

Quand la fumée fut dispersée ils virent Farafig debout. Ils continuèrent ainsi jusqu'à l'épuisement de leurs munitions. Alors Faraùg dit : « Si ! je viens à toi, « sans armes pour me battre avec toi ! » Il dit à ses gens : « Passez-moi les bâtons ! » Ils les lui passèrent. Il les lance Tun après l'autre parmi les gens de Si. Les gens de Si épouvantés tombaient les uns sur les autres et se tuaient.

Si s'enfuit, Faraùg le poursuivit. Si entra à Gao, Faraûg l'en chassa. De là il se sauva à Karabara, à Wagay, à Bawani, à Berregoungou, à Bellesao, à Djoni, partout Faraûg le rejoignit et le chassa. Enfin Si se sauva chez les chrétiens.

Faraûg lui dit : « Va, imbécile ! tu ne reviendras plus jamais grossir le nombre des Songoytje !» (1)

Farafig revint à Gao (2).

Voilà ce qui arriva entre Faraùg et les Sousous.

(!) Songoytie veut dire HIs des Songoù cette légende nous montre la lutte des Sorkos pécheurs contre les cavaliers envahisseurs de la confédératloo du Serpent (Si) après avoir lutté contre les gens du Korarou et de la Hvène.

(2) Les clans des Serpents Sousous sont en ce moment sur les bords de FAtlantiquc en Casamance et Sénégal à côté des colonies des chrétiens Européens. Dans c^tte légende il semble que les animaux et les bâtons que le chef Sorkos jette successivement sur le gens des Si. représentent les emblèmes des différentes confédérations nij^éricnnes ralliées et dirigées par Para m.

IIABBËS 44 1

FARANC; KT LK (iONDO (de Namara^San)

Le GONno (anguillkj (1)

Le Gondo de Namara San devint fort et gras. Il était puissant. Aucun bateau ne pouvait passer à Namara-San, soit en remontant^ soit en descendant. Le Gondo était là. Dans tout le pays on n'entendait parler que des méfaits du Gondo de Namara-San.

Réunion des Sorko à Mopti.

Les gens de Mopti étaient fatigués. Ils envoyèrent dire aux Sorko de Kouakourou de faire en sorte de venir les aider à vaincre le Gondo, car aucune pirogue ne pouvait franchir le Namara-San. Si même un oiseau passait au-dessus de Namara- San, le Gondo le saisissait au vol et lui brisait le cou. Les Sorko de Kouakourou se réunirent (2).

Les gens de Mopti envoyèrent chercher les Sorko de Mayel- Nasou. Ceux-ci vinrent h Mopti.

(1) Les gens de la con fédéra lion de l'ÂnguilIc appartiennent aux grands clans des Mandés (lamantins). Une province sur le plateau central soudanais à l'Est de San et dans le Bornou s'appelle toujours Gondo, mais ce clan de rAnguille a disparu actuellement : CCS deux régions sont peuplées par des Foulbés.

(2) Les gens de la confédération des Oiseaux u les Rouges », Oua-Kore, Oua Gara, etc.

Dans celte légende les Ouagara, Korongoï, Bosos, Sorkos, se réunissent

418 TBOISIÈME PARTIE

Ils envoyèrent des émissaires à Toûgoroûgo, à Feytara, à Guimitoûgo. Tous les Sorko vinrent à Mopti.

Tous les Sorko se réunirent à Mopti, car la nouvelle se répandit partout.

Etaient là : Gow Mahmadi (Mo-na-di-de-Kamba-na Salem), Gow Idrisa (Fini-wali-gabou), Gow Soleymann (Gabou-felenfelen gabouwalengadji).

Le lendemain, de bonne heure, ils se dirigèrent vers Namara-San.

; Le Gondo, furieux, se métamorphosait continuellement. Il

dit : a Par Dieu ! aucune pirogue ne passera à Namara-San. Je verrai bien s'ils pourront me prendre I »

Quand ils furent près de Namara-San, les Sorko dirent : i « Que Gow Mahmadi s'avance et aille combattre le Gondo ! »

Gow Mahmadi,

Gow Mahmadi se détacha du groupe ; il s'avança et engagea la, lutte avec le Gondo. Il prit un djow (harpon), le lança sur le Gondo. Celui-ci prit le djow et en brisa la hampe en mille pièces.

Gow Mahmadi prit un djaba-pa (harpon), le lança sur le Gondo. Celui-ci en brisa la hampe, en coupa la corde.

Gow Mahmadi prit un hardji (harpon), il voulut en percer le Gondo. Celui-ci en brisa la hampe.

Le Gondo dit : « Gow Mahmadi ! Est-ce que tous tes harpons sont brisés ? — Oui ! »

pour lutter contre cette confédération du Gondo. Les Oiseaux Rouges contre ,{' un clan des Poissons.

HABBÉ8

Le Gondo prit une flèche, la planta dans le dos de Gow Mahmadi. Celui-ci tomba et mourut.

Gotv Idrisa.

Gow Idrisa s'approcha. Il harponna le (iondo avec un djow (harpon). Celui-ci brisa la hampe.

Gow Idrisa harponna avec un djaba-pa. Le Gondo le brisa.

Gow Idrisa prit un dama et harponna le Gondo. Celui-ci le brisa.

Gow Idrisa prit un hardji et harponna le Gondo. Celui-ci le brisa.

Le Gondo lui dit : « Gow Idrisa ! tous tes harpons sont-ils brisés ? — Oui ! »

Le Gondo prit une flèche et la planta dans le dos de Gow Idrisa. Celui ci tomba et mourut.

Retraite des Sorko.

Les Sorko se réunirent et dirent : a Deux Gow fameux sont morts ! »

Gow Soleymann leur dit : « Retournons à la ville ! » Ils retournèrent à la ville en disant : a Personne ne peut lutter avec le Gondo, que Dieu qui Ta créé ! »

Farang est informé

La renommée du Gondo se répandit en amont et en aval ; elle parcourut toute la contrée jusqu'au Dendi. Elle arriva à Berregoungou, à Karabara, A Gao.

414 TKOISIKMK PAUTIE

Faraûg était dans sa case. Albarka-Babata vint : a Allons ! n as-tu pas entendu la nouvelle ? — Quelle nouvelle ? — Le Gondo de Namara-San ? Aucune pirogue ne peut passer à Namara-San. Le Gondo est furieux, il est fou. Si môme un oiseau passe au-dessus de Nainara-San, le Gondo le saisit au vol et lui brise le cou. Nabouke ! Kontabo ! Sondjinabo ! Kolegninabo ! Kolegnagotodjinabo ! fils de Ngasa ! de Sata ! de Satadavvey ! de Kobetaka ! Toi le ramassour de vieilles nattes ! toi le ramasseur d'habits usés ! toi dont les cheveux, semblables h des tiges de mil, ne peuvent être tressés ! toi, dont une mare où Teau atteint la cheville de la patte d'un lièvre ne peut suffire ù laver Tœil ! voilfk que tu restes assis dans ta case^ alors que la rumeur parcourt le fleuve en amont et en aval ! »

Faraûg répondit : « Albarka-Babata ! que dois-je faire ?

— Lève -toi ! Les gens de Wagay, de Wagaybougou, de Berregoungou, de Bellesao, de Bawani, de Tigilem, de Tafalit, de Karabara, de Djoni, de Dangasa et de Gao ont entendu la nouvelle et toi tu restes étendu dans ta case ! »

Alors Faraûg fit battre le tambour de guerre.

Puis il s'assit et dit : « Albarka-Babata ! si rien ne s'y oppose, nous partirons demain pour Goura. Je le jure par Karamankoy, par Kayankoy, par Mangasa (I), par mon vase au bois de fer. par mon écuelle au lait frais, par le wakondo,

(I) Les trois divinités protectrices de la confédération des Sorko :

Karamankoy =^ le maître, le chef des mAlos de la confédération des Mà- Rougc (lamentins) ou (iarama ;

Kavankov = le clieC des familles El Kava (oridnaires de TichiU) ;

Mangasa = le chef des gens confédérés des campements du Lamantin et du Sorpont.

UAUBÉS 445

par mon oharboi} de bois, par ma poule noire (I) ; demain à l'aurore, je les consulterai ! je le jure par Ngasa, ma mère, si rien ne s'y oppose je partirai demain. »

Albarka Babata s'en alla se coucher.

Le lendemain, à l'aurore, Faraûg se leva ; il appela Albarka-Babata,Fomborogasi,Fombebagouie,Kousou-Tedjé, KousouDjoumandi, Ili -Kore-mbanoura, Hi-Boûgo-mbanoura, Feina-Kandje, Oari-Katou djere-djongo, Boubouioumgadji, Ahmadou-Karankaran, Asseyta-Bakali, Koynsata Bakali, Haseynkandje-s'a se, Tjere-ma-tjere-Kati, Tjere-matjere-notangou, Ilimadou (le fils de sa saur) et Bande (son propre fils).

Tous se réunirent et répondirent à son appel.

Premier voyage de Farang.

Faraûg leur dit : '< Rassemblez tous les harpons et embarquez-les. »

Il les mirent dans la pirogue. Lui-même alors prit son pantalon de 333 coudées d'étoffe, le secoua, y passa une jambe, l'autre jambe n*y trouva pas place ; elle ignorait si sa compagne était dans un pantalon. Faraûg, voyant cela, s*écria : « Ah ! malheur ! Nabo ! Kontabo ! si la pauvreté ne me fait pas mourir cette année, elle me fera honte aux yeux des fils

de mon père ! »

Il s'en alla au fleuve et s'embarqua. Il commanda : «Partons ! )>

On poussa la pirogue avec 333 perches. Il voyagea jusqu^à Karabara. Là. il demanda des nouvelles. On lui répondit :

(i) Différcnls objets destinés à offrir les sacrifices rituels.

« Des nouvelles ? Nous ne savons qu'une chose : c'est que le Gondo de Namara-San a coupé la route, aucune pirogue ne peut passer à Namara-San, aucun oiseau n'y passe sans être pris et tué. De plus, nous avons entendu dire que lesSorkode Waladou, de Goura, de Bowkora, de Gouloumbou, de Gouloumbou-Koro, de Baniba^ de Baniba-Koro^ de Kona, de Poure, de Hengem, de Bia, de Yowar, de Sobe,deDjindjow, de Gisiwali, de Koynsa, de Sendege, se sont réunis pour aller combattre le Gondo ; que Gow Mahmadi, Gow Idrisa sont morts dans cette lutte. »

Il leur répondit : « Voilà une grande nouvelle I » 11 envoya demander h sa mère, à Gao, de la poussière d'un certain bois^ car ce Gondo est vraiment redoutable ! Sa mère la lui envoya.

Faraûg partit de bonne heure de Karabara. Il voyagea rapidement jusqu'à Goura (1). Là, il s'informa des nouvelles^ au sujet du Gondo. On lui répondit : a Nous ne savons qu'une chose, c'est qu'aucune pirogue de Djenne ou de Tombouctou ne peut franchir Namara-San, qu'aucun oiseau (2) ne s'y aventure sans être tué. »

Faraûg continua sa route et vint coucher auprès de Namara- San.

Au milieu de la nuit le Gondo bâilla ; du feu sortit de sa gueule. Jamais Faraûg n'avait été réveillé en sursaut comme il le fut cette nuit-là par le feu qui jaillit de la gueule du Gondo. Le Gondo envoya une étincelle de ce feu contre Faraûg, elle lui tomba sur 1 épaule. Faraûg s'assit et se

(1) C'est Gourao de nos postes.

(2) Clan des Oiseaux (Oua).

HAHBÉS 447

gratta l'épaule et dit à Albarka-Babata (1) : « Jamais il ne m'est arrivé une chose semblable à ce qui m'est arrivé cette nuit. i>

Premier combat.

Ils se recouchèrent jusqu'au matin. Faraflg marcha alors contre le Gondo. Il harponna le Gondo et celui-ci lui renvoya ses harpons en miettes ; et cela depuis le matin jusqu'au milieu du jour, jusqu'au soir, jusqu'au milieu de la nuit, jusqu'à Taurore, jusqu'au milieu du jour. Enfm il n'avait plus de harpons.

Le Gondo lui dit : « Est-ce que tu as épuisé tous tes harpons ? — Oui ! » Alors le Gondo chassa Faraflg depuis Namara-San jusqu'à Hondou-nine (Djeygalia). C'est alors seulement que Faraflg pensa à la poussière de bois que sa mère lui avait envoyée. Il la prit et en sema entre le Gondo et lui (2).

Le Gondo s'arrêta et retourna à Namara-San.

Faraflg retourna à Gao.

Retour à Gao, — Farang consulte les idoles,

A son arrivée à Gao, il alla trouver sa mère et lui dit : « Le Gondo et moi, nous nous sommes rencontrés. Il a brisé tous

(1) Peul-êlrc cela veut signifier que les gens du Gondo possédaient quelques fusils, car cette légende se passe après l'arrivée des Sa (Serpents), puisque dans les divinités protectrices des Sorko. nous voyons les Serpents. Or les Sousous, Soce, Sisoko, etc , familles de la confédération des Ser* pents, envahirent le Soudan, et détruisirent Ganna, au xui* siècle.

(2) Ce qui signifie que la confédération des gens du Gondo, victorieuse, arriva jusqu'aux environs de Tombouctou ; Djeijgalia est une dune sur le Niger eo face de Tombouctou.

448 TROISIKME PARTIE

mes harpons. Il me faut une méthode nouvelle pour le combattre, ce n'est pas uuGondo quelconque. »

Sa mère lui dit : « Nabonke ! Depuis que Dieu a créé le monde, il a réellement envoyé son prophète. Tu me demandes la vérité ? La voilà : Quand tu partiras pour aller combattre le Gondo, va consulter les divinités protectrices ! »

Faraùg suivit ce conseil. Il alla trouver la divinité et lui dit : « Le petit Gondo de Namara-San empêche les pirogues de passer par là. »

Alors la fille de Faraùs: vint le trouver et lui dit : « Mon père ! moi, Nana, je suis en Age de mettre un pagne, laissemoi aller voir le Gondo ; je te le ramènerai ! — Vraiment, Nana ! ton sexe ne t'arrête pas ? — Alors, mon père, si rien ne s'y oppose, va consulter les divinités (1). — Oui ! j irai ! »

Faraûg se coucha et dormit jusqu'au matin. Il se leva et alla trouver Karamankoy ; Karamankoy appela Marmankoy ; Marmankoy appela Kayankoy ; Kayankoy appela Mangasa.

Mangasa arriva. Toutes les divinités protectrices étaient réuuies: < Qu'y a-t-il, Faraûg? » demandèrent-elles. Farafig répondit : « Moi, Sorko du Dendi, je suis parti de Gao et suis allé à Goura. Toutes les femmes de Goura, de Manimani, de Koyta-Debo, de Harisemo-Debo, de Waladou, de Baniha, de Baniba Koro, de Gouloumbou, de Gouloumbou-Koro, toutes

(I) Divinités prolectrices; ce passage est très intéressant pour la filiation lies clnns «lans la jurande confédération, dont les divinités protectrices invo- (|uéos sont : |o Kara-ina-nkoy, le chef des Ma (lamentins) Rouges. Nous vovons ici le terme : Kara-ma ou (iarania des anciens; 2° Mar ma-nkov, le chef des ?nî\Ics de la confédi'ration du Lamantin, actuellement Man-Kas, après la dissolution de la confédération des MA, ancien Marmarides ; 3® les Kara-nkoy ; 4® Manga-sa.

IIARBÉS 449

les femmes des Sorko ont su que je suis allé à Nairiara-San, que le Gondo de Namara-San m'a chassé depuis Mopti jusqu'à Gao. Mais vous, vous ôtes là, vous n'êtes pas encore mortes ! — C'est vrai, répondirent-elles : mais quand tu es parti tu n'es pas venu nous trouver. Ton père Kobetaka, ton grand-pérc Faraûg, n'ont Jamais rien entrepris sans nous consulter ; toi Faraùgaka, tu t'es dit : « J'irai bien sans les consulter. » — C'est vrai, mais aujourd'hui je viens vous demanderde médire «comment jedois m'y prendre enversle Gondo. » Elles lui répondirent : « Attends que nous réfléchissions ensemble. Toi, va- t'en. Quand nous aurons trouvé nous te le dirons. (Certainement ce sera avant la nuit. »

11 partit. Les divinités restèrent à se consulter. Mangasa leur dit : « Le Gondo mourra et disparaîtra du monde comme s'il n'y avait jamais existé ! Mais il faut pour cela que Faraûg nous immole un bouc noir, une poule noire, qu'il mette du « verre » dans le vase, du lait frais dans l'écuelle. «

Elles allèrent dire cela à Faraîig. Faraùg dit : « C'est bien ! » Il immola un bouc noir, une poule noire, mit dans le vase du verre, dans l'écuelle du lait frais. Elles dirent à Faraùg : « Donne-nous ton djow. » Il le leur donna. Elles le lui attachèrent et y mirent leur sortilège, puis le donnèrent à Faraùg en disant : « Maintenant, demain, va à Namara- San. »

Deuxième voyage de Farang.

Faraùg se coucha ; le lendemain il appela ses gens et leur dit : « Meltcz tous les harpons dans la pirogue. » Puis il s'embanjua lui-même après avoir passé son pantalon à une jambe.

CLANCIIIi: CXI

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