CanipoiuoiitH et iitc^lic^rH
Les ateliers de l'Age de la pierre s'observent particulièrement autour des puits creusés dans les lits des anciens oueds sahariens de l'Azaouad (1 ), puis sur les berges X. et N.-E.
(i) Sénégal (N, Diakan.) Guinée (Kakimbon), Timl>o, Tchad, Congo.
ARCnÉOLOGIE 23
du Niger, aux abords des gués et au pied des dunes qui dominent le fleuve dans la partie orientale de son cours à la sortie de la région lacustre, de Uliergo aux rapides de Labezenga. D'anciens lieux de stationnement de pécheurs primitifs parsemés de nombreux instruments en pierre existent en pleine région I.icnstre, surtout dans les ilôts rocheux du Debo. Mais ces localités, par suite de leur [position favorable pour la pèche, paraissent avoir été habitées presque continuellement jusqu'à nos jours. Elles présentent, avec un outillage différent de celui dos ateliers de l'Est, des traces de Tôge du fer; aussi feront-olles Tobjct d'une étude spéciale.
l'' Ateliers de l'Est nigérien. — Les plus importants des ateliers de Vdgc de la pierre soudanaise sont établis les uns sur les dunes de la rive gauche du Niger, en face des lies Zamgoï, en amont des rochers si connus de Baror et Chabor, puis sur les falaises à l'ouest du poste de Bourrem ; les autres au sommet du plateau de Tondibi et au fond de Fanse du Niger à Lolokoro, mais le plus considérable et le plus riche de tous ceux que j'ai pu visiter attentivement en cours de roule, se trouve au confluent do l'oued Tolemsi et de la plaine nigérienne, à quelques kilomètres dans l'Est de flao.
Ces ateliers, souvent situés à de grandes distances de tout affleurement rocheux, sont reniarcpiables par la grande quantité d*éclats, de rognons et de nucleï dont ils sont parse' mes. Ces morceaux de rociies ont été importés soit du centre de la boucle niporionno (am[)hib(>los, quartzites, marbres), soit des massifs sahariens do l'Adrar (silex, syonites, porphyres, etc.).
Au milieu do ces éclats on peut rocuoillir uno multitude de percuteurs ovoïdos ou sphéiiquos, <jnantito do hachettes,
24 PRK.MIÈRK l>AKTIK
gouges, ciseaux minuscules admirablement polis, accompagnés de tout un outillage de petits instruments en silex, 'couteaux grattoirs, forets, poinçons, pointes de flèches, tous éclatés et très retouchés. Ces objets sont mélangés à quelques débris de poteries, modelées sur des nattes, légèrement décorées, autour des restes et résidus de larges foyers, dans lesquels on aperçoit beaucoup d'ossements de phacochères, d'antilopes et surtout de poissons, même en pleine région désertique, autour des puits creusés dans les oueds asséchés de TAzaouad ; ce qui tendrait à prouver qu'un climat plus humide régnait dans cette région sud saharienne à l'époque même de cette civilisation lithiciue.
Certains de ces ateliers ont l'aspect de légers monticules hauts de 3 à 4 mètres ; ceux de Lotokoro et de Telemsi sont dans ce cas, nous laissant supposer un long stationnement de populations sur le même emplacement. On trouve presque toujours dans ces monceaux de débris, ou aux environs, des sépultures d'hommes accroupis dans des trous verticaux dont Torifice supérieur est fermé par un cercle de 5 à 6 grosses pierres.
Actuellement, des tribus bellahs ou imrahds, vassales des Touareg, enterrent leurs morts dans des cimetières placés (peut-être par tradition) à proximité de ces tombes, il devient par suite difficile de faire des fouilles, car ces nomades montrent beaucoup de méfiance pour toutes recherches entreprises dans ces localités.
Sans doute, plus tard, des fouilles méthodiques permettrontdc déterminer à quelle époque géologique remontent ces stations et h quelle variété de la race humaine appartiennent les auteurs de cette industrie de la pierre. Peut-être trou-
ARCHÉOLOGIK 25
vera-t-on leurs liens de parenté avec les populations sahariennes quaternaires qui ont laissé dans le Nord de si nombreuses traces de leur existence et dont M. Flamand étudie avec tant de science les dessins rupestres. Dans le massif de TAdrar oriental, on retrouverait môme, au dire de nos nomades Kounthas et Iguellads, dans le voisinage de gravures rupestres, des tombes sous roches, dans lesquelles le mort, assis dans une fente de rocher, est entouré d'armes et d'instruments en pierre, de la grandeur et de la forme de ceux qui sont placés sur les tombes indigènes au bord du Niger.
Dans nos ateliers nigériens, à part quelques broyeurs cylindriques, meules ou fragments de grosses pièces, tous les grands et beaux instruments polis ont été enlevés par les indigènes et placés, en raison de leur origine, soi-disant surnaturelle, sur les sépultures de leurs parents dans les cimetières voisins ; mais en revanche, ces indigènes ont toujours négligé les petits instruments, dont les plus intéressants recueillis à la surface de ces ateliers sont :
1* Des galets en quartzite, ayant servi de percuteurs et montrant des traces de coups sur tout le pourtour ; ces grossiers instruments sont très nombreux dans tous les gisements soudanais, ils se rencontrent avec un instrument rappelant le « coup de poing » souvent en quartzite noir, dans l'Est, au talon piqueté, pour en faciliter l'utilisation^Pl. XV. fig. 4).
Dans tous les lieux de stationnement on trouve également empruntés aux roches des localités elles-mêmes, un grand nombre d'outils grossiers qui, les uns, paraissent avoir dû s'utiliser comme couteaux et, les autres, rappellent un peu les types de (^belles et du Moustier ;
2* Des percuteurs sphériques de diverses prrosseurs, tirés
de toutes les variétés de roches de la rccrion et souvent si nombreux dans certains ateliers qu'on se croirait dans une fabrique de projectiles. Il est possible que quelques-uns de ces globes de [lierre aient piï servir de projectile à fronde, instrument de jet, dont Tusacre s'est conservé très fréquent chez les enfants des pécheurs, gardiens des champs de riz. En tous cas, la plupart de ces instruments montrent des traces indubitables de leur ulilisation comme percuteurs ou polissoirs ;
3** De petits instruments éclatés en silex extrêmement nombreux, seulement dans les ateliers de TKst, taillés dans des nodules ou d(»s nucléi de silex provenant des massifs Sud sahariens, (les instruments de formes variées, sont généralement très finement retaillés sur leurs l)ords. D'aspect vaguement solutréen, ils ont une grande analogie et souvent une ressemblance frappante avec les instruments récoltes par la mission du Bourg de Bozas sur les plateaux éthiopiens et ceux de la colhîction saharienne de M. Fernand Foureau. Plusieurs pièces de ce genre ont été recollées en Basse-Guinée, dans la grottede Kakimbon.On remarque des poinçons et des pointes en silex, des perçoirs allongés, retouchés sur les côtés, quelquefois portant un talon.
Des burins de base élargie, des retouchoirs, des lames formant couteaux, instruments tranchants et surtout une grande variété de petits couteaux en forme de croissant à dos rabattus.
Des racloirs et des grattoirs ^^1) très bien accusés, enfin un
{\) I/indiistric (\o^ peaux est encore très dévoloppée, los bellahs Touareg (gara sa), no sont velus que de peaux, cl les lentes des Touareg sont également en cuirs tannés.
ARCHKOLOGÏK 27
couteau éclaté, de forme ciroiilaipe, quelciuefois poli sur une des faces avec une aréto raballiie et polio. Cei instrument est tire de toutes les roches de la rr^ion et on le retrouve jusque dans les ateliers de la Haute-(iiihiée en linionite ; il existe assez semblable dans le tiiseinent de la i:rotte Kakimbon et dans les pièces recueillies par ilevoil à la cote des Somalis (IV
Des armes représentées [)ar des pointes de lance polies, du type des lances éthiopiennes ou somalis. et [)ar des pointes de flèches et de sagaies taillées, généralement pédonculées, de base concave. •
Des récipients représentés d'abord par des frapnients de vases, coupelles en [)ierrc vers 1V)n(lil)i et Felemsi) puis par de la poterie non vernissée, décorée d'un chevronnage ou de dents de loup, formant une petite bande autour du rebord ; cette décoration est faite ti la pointe et ce genre de poterie se rapproche un peu plus de celles des campements de pécheurs et des ateliers de Noumous que de celles des Tumuli (Gourgoussous). La pAte argileuse porte souvent l'impression des nattes en feuilles de «doûms » sur lesquelles a été roulé le vase. 11 semblerait donc (|ue Part d(î la poterie n'a été importé ou découvert au Soudan rpje longtemps après l'utilisation d(» réci[)ients (mi pierre ou en bois.
Des fusaïoles se rencr)nti*ent aussi nombreuses dans ces ateliers que dans tous les lieux de staliomnMnents soudanais, même récents.
Kntin, les (►bjets de p.nnre sont très nombreux: morceaux de quartz troué, perles en cristal de roche, ou a^alhe, frag-
(1) Bévue d Etiuuxjraphic, t. I. p. G, 188:>.
38 PREMIÈRK PARTIE
ments de bracelets, grains de colliers en os ou en terre. Parmi ces objets il faut noter des épingles en os et une en cristal de roche trouvée à Lotokoro avec des fragments de bracelets de pierre et 'de petites plaquettes de schistes colorés.
Les ateliers récemment découverts par M. l'administrateur Guebhard dans le Fouta-Djallonaux environs de Timbo, contiennent dans les foyers situés autour des tombes surmontées d'un petit cercle de pierre, des instruments (1) dont les formes rappellent ceux des rives orientales du Niger. Toutefois, les matériaux employés proviennent presque tous des affleurements rocheux de la région (quarlzites, grès, limonites, labradorites, etc.), ce qui donne à ces pièces archéologiques, un faciès particulier ayant une très grande analogie avec les instruments récoltés dans les anciens campements de pécheurs de la région lacustre ou les vieux ateliers de Noumous, de Koulikoro, et les pièces provenant de la grotte de Kakimbon, près de Konakry, ou des rives de la Falémé et de la l)ubreka.
2^ Vieux campements de pôcheurs et restes d'ateliers de Noumous. — Les emplacements d'anciens campements néolithiques situés dans la région lacustre, sont également caractérisés par une grande variété de petits instruments fabriqués, pour la plupart, avec les roches de la région grès ou quartzites.
Mais ces stations se distinguent des précédentes, parla présence de laitiers de haut-fourneaux, de fragments de fer, et
(4) Au musée d'Ethnographie Africaine du Irocadéro. — Bull, du Mus., 4897, p. 28t-283. I)r. E.-T. Ilamy.