‹ Le plateau de LaqueChapitre 5 sur 15 · LE TESTAMENT DU COMTE ARM I\ ATI · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT DU COMTE ARM I\ ATI

été placé là par quelque jeu macabre. L'homme dont la chair a recouvert jadis ces os desséchés, à qui a appartenu cette carcasse, n'est pas pour moi un inconnu. Le vivant qui est devenu cette ossature m'a appelé par mon nom. Il m'a dit des paroles d'amilié ; bien plus même, il m'a adressé des prières. Ces vertèbres, maintenant rigides, se sont courbées devant moi ; ces sèches rotules se sont traînées à mes genoux, mais je n'ai écouté ni paroles, ni supplications. Je l'ai frappé là, entre les côtes; la pointe de mon poignard a touché son cœur palpitant. Cet homme, c'est moi qui l'ai tué; moi, Ettore Arminati; lui, Stefano Gapparini! « Car je l'ai tué, Stefano ! Stefano mon parent, mon ami, presque mon frère ! et nul n'a songé que je pourrais être l'auteur de ce meurtre impuni. Lorsque, Gapparini ayant disparu depuis un certain temps, la police commença à s'inquiéter de cette absence anormale, qui donc eût supposé que je fusse pour quelque chose dans une disparition dont je semblais, tout le premier, mortellement affligé ? Pensez donc, Capparini, Arminati, deux inséparables î Les recherches entreprises dans toute l'Italie, le monde entier, demeuraient vaines. Qu'avait bien pu devenir Gapparini? Noyé dans la lagune ? Suicidé dans quelque coin ? Les hypothèses allaient leur

train. Moi seul, je savais la vérité et comment Stefano, ayant cessé de vivre, avait cessé aussi d'être un cadavre reconnaissable et était devenu ce blanc squelette dont, morceau par morceau, fibre par fibre, j'avais patiemment dénudé les os !

(( Ne comptez pas que je vous dise au prix de quelles ruses atroces et de quelles atroces précautions j'ai accompli cette besogne de funèbre Shylock dans laquelle j'étais soutenu par la peur et par la haine. Car je le haïssais, ce Capparini. Je le haïssais d'être aimé passionnément de celle que j'aimais en secret, et c'était cela qui m'avait poussé au crime. Oui, j'espérais follement que je parviendrais peut-être, un jour, à prendre dans le cœur dexette femme la place qu'y avait occupée un rivai détesté. Elle sentirait obscurément que j'avais commis pour elle une de ces actions monstrueuses qui forcent l'amour et qui exercent, même inconnues,leur mystérieux sortilèg-e. Et ce fut dans cette pensée maudite que je préparai le guet-apens où j'attirai ma victime pour l'assassiner lâchement, car Capparini ne sut rien de la rivalité qui était la cause de sa mort. Il crut tomber sous le poignard stupide et inconscient d'un fou, et son dernier regard fut un regard de reproche et de pitié !

« 11 ne me restait donc plus qu'à tâcher de pro-

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